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Si madame veut bien se donner la peine ...
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Valentine W. ~ Vagabond ~

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MessageSujet: Si madame veut bien se donner la peine ...   Mar 13 Oct - 21:27

Les planches qui permettaient de quitter le Nidhogg pour rejoindre le ponton où il était amarré ployaient légèrement à chaque pas que Valentine faisait dessus. Elle s’en fichait bien : elle les avait vu, toute la journée, supporter le poids d’hommes bien plus épais qu’elle, de caisses de matériel, de vivres, et autres … un passage de plus ou de moins ne serait pas à même de les faire se briser. De toute manière, maintenant qu’elle avait vu de quoi était capable le navire, elle doutait fortement qu’il la laisserait tomber à l’eau si simplement que cela … mais ne préférait pas imaginer la technique qu’il emploierait pour la rattraper. Elle ne visualiserait que trop bien les cordes ou les planches se tordre et se déformer pour fondre vers elle, la rattraper, l’immobiliser dans les airs … et sans qu’elle sache pourquoi, cette simple pensé la mettait un peu trop mal à l’aise pour qu’elle ne veuille l’envisager. Peut-être le fait d’être totalement privée de sa liberté de mouvements, fusse pour un court instant. Surtout par une créature pareille. Car quoi qu’en ai dit fortune, il ne s’agissait pas d’un bateau … mais d’autre chose.

Remontant le ponton vers le quai en lui-même en enfournant ses mains dans sa poche, la semi-vampire s’accorda, pour la première fois depuis la veille, le droit de faire quelque chose qu’elle adorait : un point sur la situation. Trois jours plus tôt, elle était sur Era Necrolia, en train de chasser sa proie. Elle avait été transportée ici, perdant tous ses pouvoirs et repères en un claquement de doigts. Hier soir, dans une taverne, elle s’était fait engager par une capitaine des plus particulières, et avait rencontré une autre demoiselle issue de sa terre natale, avec lesquels elle avait sympathisé, et assuré son avenir : maintenant, elle suivait au moins un chemin, et même si ce n’était pas elle qui le traçait, elle avait un métier assuré, et de quoi survivre en attendant de se renforcer. Mieux : en tant que seconde, elle pouvait tout de même se permettre un peu plus de liberté qu’un simple marin, et n’était pas complètement spectatrice de ce long voyage. Certes, l’aventure dans laquelle elle s’était embarquée semblait manquer de rationalité, sous certains aspects, mais elle n’en avait pas peur pour autant. Elle s’était engagée dans bien pire …

Et maintenant … elles avaient passé la journée à « recruter » … voir plus. Elle ne désirait pas vraiment revenir sur tous les évènements survenus depuis que le soleil s’était levé, mais en tout cas, ça n’avait pas été de tout repos … même si tout n’avait pas été si ennuyeux que ça pour autant, au final. S’arrêtant juste à la limite entre le bois du ponton et la pierre des docks, la vampire se retourna. Le navire était réellement énorme … Certes, elle avait passé des années en mer, mais n’aurait jamais pensé être aussi haut placée sur un bâtiment de cette taille. Il n’y avait qu’à espérer qu’elle serait à la hauteur de la tâche qui l’attendait … enfin, il n’y avait probablement pas trop à s’inquiéter : elle avait toujours apprit assez vite. Et pour l’instant, le seul problème vraiment notable qu’elles pouvaient établir était leur absence de navigateur … Personne dans l’équipage qu’elles avaient constitué ne savait se servir d’un sextant. Enfin … Si, Fortune. Or, s’il n’était pas vraiment « handicapant » que le capitaine assume le rôle de maître navigateur, c’était tout de même plutôt contraignant pour elle … Et la demi-elfe avait encore légèrement les oreilles sifflante de l’avoir entendu s’en plaindre, à plus d’une reprise. D’ailleurs, maintenant qu’elle y pensait … elle n’avait pas vu la moindre carte de Kosaten, dans la cabine où était localisée la mappemonde. Certes, elle en avait bien une, elle, mais ce n’était pas une carte maritime, et elle n’était pas assez grande pour y prévoir des déplacements précis … en trouver un ou deux de plus d’un autre calibre serait une bonne idée, tant qu’elle prenait un peu l’air.

Mettant finalement le pied sur la terre « ferme », elle se mit à longer le port, avançant tranquillement. Son corps était habitué à la fraicheur de la nuit : elle avait presque trop chaud, couverte comme elle l’était … mais elle avait fini par prendre l’habitude : ce n’était rien d’autre que sa tenue de tous les jours, après tout. Et puis, elle outre le fait qu’elle adorait cette vielle veste trop longue et rembourrée, elle ne pouvait pas négliger les quelques petites « personnalisations » qu’elle y avait apporté … quelques poches contenant de quoi survivre en milieux hostile, de la nourriture, des bandages … Quelques protections aussi, pas grand-chose, mais de quoi dévier un projectile qui chercherait à lui percer le dos, ou à atteindre son cœur. Quelques fioles – actuellement vides – qui lui permettaient d’habitude de récolter le sang des monstres qu’elle combattait … et tout simplement une doublure qui la rendait confortable, résistante et chaude. Ce n’était au final pas grand-chose, à part le résultat de quelques heures de couture et autres travaux du genre réalisés par une néophyte, mais ça lui convenait amplement, et preuve avait été faite plus d’une fois qu’elle n’avait pas forcément besoin de plus.

Resserrant doucement les bandages qu’elle avait autour des mains alors qu’elle continuait à marcher, la blonde laissa soudain ses oreilles sortir de sa chevelure, les dressant légèrement. Des éclats de voix. Elle n’était pas certaine de leur origine, puisqu’elle ne connaissait pas la ville, mais elle s’en approchait, visiblement … une dispute de couple ? S’approchant encore puisqu’elle ne changeait pas le rythme de sa marche, elle put légèrement étayer cette hypothèse : elle entendait les voix d’un homme et d’une femme … Et même si elle ne comprenait pas ce qui se disait, ce n’était certainement pas des mots doux, vu le ton. Devait-elle s’interposer ? La question lui vint naturellement : elle ne tenait pas vraiment à laisser un meurtre se commettre dans les environs, comme ça. Question d’éthique ? Peut-être, un peu. Mais surtout : elle ne tenait pas à ce que lors de l’une des deux seules nuits où le bateau sur lequel elle se trouvait était dans une ville – de ce qu’elle avait compris - , un meurtre soit commit dans les environs … si Fortune tenait à ne pas attirer l’attention, ce genre d’incident pouvait tout faire rater. Et puis, accessoirement, c’était de toute manière dans la direction du bâtiment d’office portuaire qu’elle avait repéré plus tôt dans la journée : elle se dirigerait dans cette direction, quoi qu’il advienne.

S’arrêtant cependant quelques instants, elle ferma les yeux, et se concentra. Lentement, son manteau se mit à … fumer. Comme si des brumes naissaient en dessous, et s’en échappaient progressivement pour chuter à terre, jusqu’à recouvrir les pieds de la demi-elfe … Puis, ses jambes … et enfin, son corps tout entier fut noyé dans le nuage. Lorsque ce dernier se dissipa, il ne restait plus rien de l’elfe de brume, en apparence. Cette dernière rouvrit ses paupières, dardant ses yeux jaunes sur les alentours … son champs de vision était bel et bien déformé par les effets de sa technique, lui offrant la vision d’un monde aux couleurs tronquées : bien plus lumineux, teinté, comme si elle le percevait au travers d’un morceau d’ambre convexe et poli à l’extrême. Se remettant en marche, elle pressa légèrement le pas, confirmant bel et bien sa pensé : les cris venaient de l’office où elle se rendait. Cependant, elle n’eut pas le temps de voir la dispute de ses propres yeux : ouvrant la porte d’un mouvement brusque, une jeune femme sortit du bâtiment en tempête, et s’éloigna à pas vifs. La chasseuse l’observa pendant quelques instants, perplexe : elle avait une drôle d’impression en la voyant … L’instant d’après, un homme sortait également : ce dernier s’arrêta cependant juste devant le bâtiment : il se mit à invectiver la demoiselle d’un éclat de voix, comme pour lui intimer de revenir. La réaction ne se fit pas attendre, et étira un peu plus les lèvres de la blonde invisible.

Vous vous moquez de moi? Sérieusement?elle jeta un regard par-dessus son épaule, fusillant l’homme du regard. Vos carte sont aussi précises que les dessins d'un gosse de 4 ans, comment espérez-vous permettre à quelqu'un de travailler correctement avec ça?

La demi-elfe croisa les bras, et réfléchit rapidement. L’office était devant elle, porte ouverte. Le seul individu normalement présent à l’intérieur était juste sous ses yeux et à l’extérieur, occupé par quelqu’un d’autre. Et pour couronner le tout, personne ne savait qu’elle était là … sans parler de ce qu’elle entendait, qui était des plus intéressants.

-Mais Madame, je... Euh... Ce sont les meilleurs que nous avons?

Discrètement, elle passa derrière l’individu, s’engageant dans l’office. Il ne lui fut qu’une poignée de seconde pour voir que les quelques cartes « à vendre », étalées sur la table, étaient effectivement loin du compte : Fortune serait, au mieux, légèrement dépitée avec un matériel pareil … soupirant, la demi-humaine s’avança un peu plus dans le bâtiment, et fronça un sourcil. Une porte entrebâillée qui menait probablement à la réserve … Derrière elle, elle perçu la dernière phrase, qui lui mit encore plus la puce à l’oreille.

Eh bien excellent, vous pourrez faire du feu avec comme ça... Mais pour ma part, je vais faire en sorte de trouver quelqu'un qui ait au moins une vague idée de ce que c'est que la cartographie.

Est-ce qu’elle avait entendu correctement ? Elle continuait de réfléchir à toute vitesse, tout en agitant : sa diversion venait de prendre fin. La porte fut juste devant elle en à peine quelques pas. La poussant, elle la traversa, et la referma derrière-elle pour s’assurer qu’on ne verrait aucun objet mouvant depuis la partie publique. Sa vision nyctalope s’adapta immédiatement à cette pièce, qui elle n’était pas éclairée, et tout de suite elle retrouva son sourire. Trois cartes, superbes cette fois-ci, étaient étalées sur une large table au milieu de la petite pièce : elles feraient parfaitement l’affaire. L’instant d’après, elle levait les yeux vers la fenêtre ouverte … il lui fallut peut-être une poignée de secondes supplémentaires pour se retrouver de nouveau dans la rue, les cartes maritimes roulées sous le bras, sans avoir attiré l’attention, et entendant même l’homme qu’elle avait vu plus tôt rentrer dans le bâtiment et fermer la porte.

S’éloignant à pas rapides de l’endroit en gardant son butin sous le bras, l’elfe désactiva très vite son pas de brume : elle n’avait plus vraiment d’intérêt à rester invisible désormais. Laissant son manteau, et quelques fumeroles résiduelles de sa magie, voleter derrière-elle alors qu’elle avançait d’un pas pressé sur le pavé de la ville, la demi-vampire s’éloigna peut-être de 3 ou 4 blocs de maisons avant de finalement retomber sur celle qu’elle cherchait. Elle avait l’espace d’un instant eu peur que la femme qu’elle avait vu plus tôt ne s’évanouisse dans la nuit, mais visiblement, elle n’était pas pressée de s’éloigner de cet endroit : en quelques foulées rapides, la traqueuse fut derrière elle, l’interpellant au passage.

Hey … Hey, s’il-vous-plaît. Parvenant à son niveau, elle s’arrêta, ayant visiblement attiré son attention. Bonsoir … Excusez-moi : j’étais sur les docks, tout à l’heure, et … je crois avoir compris que vous aviez des notions de cartographie. Ça vous dérangerait de m’en dire un peu plus ?


"La plus grande Nemesis que j'ai jamais dû affronter ... C'est moi-même." :
 


"Ceci dit, petite boule est devenue grande ... Mais il s'appelle toujours Oor'ka.":
 
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Mer 14 Oct - 3:24

Trois jours que j’étais là. Trois jours que j’avais été retirée à mon triomphe. Trois jours que ma tête était sur le point d’exploser, partagée entre la mélancolie, la rage, et peut-être un soupçon de peur. Un sentiment que je n’avais ressenti depuis bien longtemps. Mon arrivée dans ce nouveau monde, privée des pouvoirs qui faisaient ma grandeur, s’était muée en source intarissable de problèmes pour moi… Entre mes tentatives d’adaptation à cette nouvelle vie (rarement couronnées de succès il faut dire), mes questionnements internes sur la raison de la disparition de ma puissance (également inutiles), ou les découvertes impromptues et inopportunes qui s’enchaînaient… Je pouvais le dire : j’en avais plus qu’assez. J’avais toujours dirigé ma vie comme bon me semblait… Même sous la férule d’un mari tyrannique et tout puissant, j’avais réussi à mener ma barque dans des eaux plus calmes, où j’étais capable d’avoir le dessus sur la tempête toute proche. Et soudainement, sans raison aucune, j’étais téléportée dans un monde dont je ne savais rien, qui attendait visiblement de moi des choses que je n’étais pas prête à lui donner, et qui me considérait visiblement comme une sorte d’hybride entre un héros et un esclave. Mes pensées actuelles n’étaient pas plus difficiles à deviner que cela : Par quel mauvais coup du sort une vie pouvait prendre une tournure aussi dramatiquement misérable alors qu’elle atteignait le summum de l’accomplissement personnel encore quelques secondes plus tôt ? Si vous avez la réponse à cette question, n’hésitez pas, car je la cherche encore pour ma part.
Je m’étais donc matérialisée, sans crier gare, dans l’une des plaines cultivées du sud de Fuyu. Fuyu, donc, était un royaume placé tout au nord du continent de Kosaten, un peu à l’image de mon Empire… Si ce n’est qu’il ne lui arrivait pas à la cheville. J’avais plus au moins compris, grâce à mes échanges avec les locaux, que j’étais une sorte d’ « élue », supposée servir les intérêts de leur nation sans poser de question. Une perspective réjouissante pour une personne qui était à la tête d’un empire encore quelques heures plus tôt.

Bien entendue, je n’étais pas plus excitée que cela de goûter à cette facette de la hiérarchie : les ordres, je les donnais, et pas l’inverse. L’idée de servir d’agent spécial d’une nation dont j’ignorais tout, et pour laquelle je n’avais qu’aversion à l’instant présent m’était donc tout bonnement insupportable, et dès que je compris ce qui était attendu de moi, je commençais donc à imaginer des plans qui me permettraient d’échapper à ces obligations stupides. La réponse me vint rapidement, puisqu’elle était évidente : il allait me falloir fuir. Fuir le royaume, et tous les autres états d’ailleurs, puisque je comprenais vite qu’ils partageaient la même vision des élus que ma terre d’adoption. Trois questions plus tard, je comprenais donc que le seul endroit à peu près sûr où je pouvais me rendre était la région indépendante, située au beau milieu du continent.
Ce fut fait en à peine plus de vingt-quatre heures. Une apparence visiblement noble, et un sens de la diplomatie aiguisés vous permettent de tromper les petites gens assez aisément, et une fois qu’ils comprirent que j’étais une grande dame, toutes les portes s’ouvrirent en grand. Ils n’étaient pas question de s’attirer les foudres de l’élite, ils le savaient… Mais je ne me gênais pas pour leur rappeler de temps à autre. Je prenais donc le chemin du sud dans une calèche, accompagnée par des bagages dont je n’avais pas acheté le contenu, et avec une bourse remplie de l’or d’un autre. Visiblement, mes capacités à survivre dans un monde sans magie n’étaient pas encore trop émoussées… Et si ma puissance d’autrefois me manquait cruellement, j’avais au moins de quoi subvenir à mes besoins pendant un certain temps. Le temps de trouver une situation un peu plus stable par exemple… Ou encore le temps que mes pouvoirs me reviennent, et que ma mégalomanie reprenne le dessus, m’entraînant vers des sommets… Ou vers la tombe. Mais c’était un sujet qui serait traité plus tard, puisque j’avais encore beaucoup à découvrir sur ce monde ci, et que partir à la conquête de celui-ci sans le connaître était certainement d’une imprudence folle. Ne dit-on pas « le savoir, c’est le pouvoir » ?

La journée suivante fut donc consacrée au voyage vers les terres indépendantes, puis à mon installation dans celle-ci. Enfin, installation est un bien grand mot… Une fois arrivée dans une petite bourgade portuaire, mon transport me déposa, en même temps que mes affaires, dans une petite auberge où je passais le reste de la journée. Après un copieux diner, je montais à l’étage où se trouvait ma chambre, pour ruminer seule. Je n’étais pas encore en état d’affronter ce monde… Et j’avais besoin de temps pour affronter mon propre état. Quelques essais plus tard, je constatais à nouveau l’état lamentable dans lequel se trouvaient mes pouvoirs, que je tentais malgré tout de pousser à leur limite jusqu’à ce que la fatigue m’emporte dans les bras de Morphée, partagée entre un désespoir grandissant, et une colère sourde qui battait sous mes tempes. J’en voulais au monde entier, mais surtout à moi-même, d’être incapable de quoique ce soit.
La journée suivante devrait toutefois être plus productive… Il fallait que je fasse quelque chose si je ne voulais pas devenir folle. Une fois levée, et habillée d’une robe simple mais élégante, je descendais les escaliers rapidement avant de sortir de l’établissement pour explorer l'endroit. Je voulais apprendre à connaître ce monde-ci, sa vie citadine, ses us et coutumes... J'avais besoin d'un peu de temps pour me familiariser avec toute cette nouveauté. Ma journée fut donc partagée entre l'observation des locaux, et les questionnements divers qui m'envahissaient. Une fois le soir venu, et sachant qu'il ne me restait plus beaucoup de temps pour faire ce que j'avais en tête, je prenais donc le chemin de la capitainerie d'un pas nonchalant. J’avais besoin d’apprendre à connaître cet univers-ci, et le commencement logique de cette entreprise était la quête d’une carte qui m’expliquerait à peu près clairement la géographie du continent où je me trouvais. J’aurais ensuite tout loisir de m’enquérir des relations entre les différents états auprès des indigènes et après… Je ne savais pas encore. M’immiscer dans le grand jeu politique ? Certainement. Pas forcément une bonne idée, sachant que j’étais aussi faible qu’un nouveau-né, mais la meilleure que j’avais pour l’instant… Et j’avais besoin de savoir que je comptais encore, d’une façon ou d’une autre. Question d’égo personnel cette fois-ci.

Mais je déchantais assez rapidement. Une fois arrivée dans la capitainerie, un homme entre deux âges, le visage buriné par les embruns, m’accueillit avec un sourire et une phrase aimable. Je lui répondais vaguement, avant de me plonger dans l’étude des cartes qui étaient à disposition sur le présentoir. Une étude qui fut brève… Car il n’y avait rien à étudier, en réalité. Les cartes étaient simplifiées à l’extrême, surtout celles représentant le continent. On voyait vaguement où se trouvaient les frontières des différents pays, ainsi que leurs grandes villes, mais à part cela… Les reliefs étaient inexistants, les forêts au mieux gribouillées ici et là, mais visiblement sans conviction… Quelques routes serpentaient à travers le tracé du continent, mais elles n’étaient qu’une poignée. C’était quelque chose à accrocher sur un mur pour faire croire qu’on s’y connaissait en géographie, sans rien en savoir en réalité. Les cartes maritimes étaient plus que discutables également : les grandes étendues bleutés étaient marqués ici et là de lignes parallèles démontrant visiblement de l’existence d’un courant à cet endroit précis, mais plusieurs d’entre eux étaient accompagnés de points d’interrogation, montrant visiblement les problèmes qu’avait l’auteur de ces cartes pour placer correctement ses repères.
Je lâchais un soupir exaspéré avant de relever la tête vers l’homme qui me faisait face, une certaine inquiétude dans son regard. Il avait compris que j’étais loin d’être satisfaite par ce qui me faisait face, et je m’apprêtais à confirmer son sentiment… D’une façon pas forcément agréable :


« -Je ne suis pas intéressée par les cartes que vous vendez au touriste pour ramener chez eux en souvenir, j’ai besoin de matériel précis… Et ce que j’ai sous les yeux est bien loin d’être suffisant. »
L’homme me jeta un regard étonné avant de prendre un air embarrassé, en me répondant d’une voix où sa gêne se ressentait visiblement :
« -Ce sont les seules cartes que nous avons à disposition madame, je suis désolé.
-Vous n’allez pas me faire croire que vos capitaines travaillent avec ça ? Ou même vous ? Je veux dire, vous êtes supposés être une capitainerie, alors faite votre job : en utilisant ces cartes, je suis à peu près certain que les vaisseaux s’échoueraient avant même d’avoir quitté la baie !
-Je suis véritablement navré que nos cartes ne vous conviennent pas, mais nous n’en avonss pas d’autres.
-Incapable ! »

Je laissais un soupir exaspéré franchir mes lèvres alors que l’homme se pétrifiait face à mon attitude résolument agressive. Il ne devait pas avoir l’habitude d’être traité comme ça. Il ne devait pas non plus avoir l’habitude d’avoir affaire à des personnes connaissant la géographie, sans quoi il aurait perdu son job depuis un certain temps.
Je maudissais une fois de plus ce monde intérieurement avant de tourner les talons vers la sortie, passablement énervée. Béni était l’empire que j’avais fondé… Nous avions entamé un gigantesque travail de cartographie et de recensement alors que nous régnions avec mon mari, et cela nous avait permis de posséder des cartes précises de l’ensemble des régions sous notre contrôle, bien plus détaillées que les torchons qu’on me présentait ici… Et qui portaient pourtant sur des territoires bien plus imposants. L’incompétence était une plaie.
Alors que je passais la porte, j’entendais derrière moi l’homme qui sortait de derrière son comptoir pour me suivre, visiblement gêné par la situation… Ou effrayé que je fasse de la mauvaise publicité à son échoppe. Pour cela, il n’avait rien à craindre : je n’avais pas grand monde à qui je pouvais confier l’incompétence des locaux, si ce n’est les locaux eux-mêmes… Et j’avais un certain doute sur leur capacité à ne pas s’en offenser. Alors que je passais la porte, il lança quelque chose comme « Mais madame, revenez ! », que j’ignorais au premier abord… Et puis ma colère prit le dessus, et je me retournais, au beau milieu de la rue, pour lui rétorquer :


« -Vous vous moquez de moi? Sérieusement? Vos cartes sont aussi précises que les dessins d'un gosse de 4 ans, comment espérez-vous permettre à quelqu'un de travailler correctement avec ça?
-Mais Madame, je... Euh... Ce sont les meilleurs que nous avons? »
Sa pathétique excuse m’irrita encore plus, et je lançais donc d’un ton incendiaire :
« -Eh bien excellent, vous pourrez faire du feu avec comme ça... Mais pour ma part, je vais faire en sorte de trouver quelqu'un qui ait au moins une vague idée de ce que c'est que la cartographie. »

L’homme resta là, les bras ballants, visiblement désarmé par ma langue acérée et les reproches –justifiés- que je faisais à son travail. S’il était incapable de remplir la tâche qui lui était confié, alors qu’il ait au moins la décence de démissionner ! Mais je suppose que les capitaines de bateaux de pêche qui constituaient ses principaux clients n’étaient pas vraiment regardant au sujet des cartes qu’on leur fournissait. Heureusement pour lui. J’ignorais donc son air penaud avant de me retourner, le menton haut, et de reprendre ma route d’un pas rapide, bouillant d’une rage intérieure que j’avais du mal à contenir maintenant. Mais où est-ce que j’avais atterri ? Mon pas ralenti quelques pâtés de maison plus loin, alors que la tension redescendait… Et je commençais à chercher une alternative aux cartes fournies par cet incapable. J’avais la certitude qu’aucun cartographe digne de ce nom n’avait élu domicile dans cette ville… Peut-être était-il plus simple d’aller chercher dans une autre alors. De toute façon, je n’avais pas exactement de préférence sur mon lieu de résidence, puisque, jusqu’ici, ils m’avaient tous étés relativement antipathiques. Mais alors que je recommençais à tirer des plans sur la comète, une voix s’éleva derrière moi, visiblement dans le but de m’interpeller. Je me retournais donc, pour faire face à la nouvelle arrivante, qui s’adressa à moi :

« -Bonsoir … Excusez-moi : j’étais sur les docks, tout à l’heure, et … je crois avoir compris que vous aviez des notions de cartographie. Ça vous dérangerait de m’en dire un peu plus ? »

Je prenais un instant pour juger la nouvelle venue, mes yeux la détaillant rapidement. Une jeune femme visiblement, au teint un peu trop pâle pour être naturel. Soit elle utilisait beaucoup trop de maquillages, soit elle était malade… Soit c’était autre chose, de plus intéressant. Ses vêtements étaient d’une qualité assez discutable, mais elle avait tout de l’aventurière ou de l’exploratrice… Peut-être même du bandit. C’était assez original dans une petite ville comme celle-ci, où l’on voyait principalement des fermiers, des marins ou des marchands. Après quelques secondes, je lui répondais donc, d’une voix circonspecte :

« -Disons que je suis plus ou moins nouvelle par ici, et que j’aimerais apprendre à connaître la région… Mais je suis une habituée des… Voyages. Aussi j’apprécierais de trouver une carte qui n’ait pas l’air d’avoir été gribouillée à la va-vite. »

Je remarquais finalement les rouleaux de papiers qu’elle avait sous le bras… On pouvait percevoir l’intérieur de là où j’étais, et ils ressemblaient à des cartes. De véritables cartes, avec suffisamment de détails pour vous permettre de vous repérer efficacement, avec les outils appropriés. Avait-elle besoin d’aide pour les déchiffrer ? Ou souhaitait-elle me les vendre ? J’aurais apprécié la deuxième option, car elle m’éviterait un certain nombre de problèmes, à commencer par la quête d’un transport approprié pour rejoindre la prochaine cité. Haussant un sourcil pour marquer ma surprise, je plantais mes yeux dans les siens, pour trouver un regard difficilement supportable tant il était perçant. Mais je n’étais pas si simple à effrayer, aussi je reprenais d’une voix posée :

« -Mais votre question n’est pas exactement classique… Je suppose donc qu’il y a une motivation derrière celle-ci. Ma question est donc : quelle est-elle ? Et épargnez-moi les formules de politesse. »

Mon regard glacé resta vissé dans le sien. Je saurais si elle le mentait, même sans magie. Car si j’avais réussi à développer un don autre que mes pouvoirs surnaturels, c’était une bonne analyse de la psychologie humaine. Je savais jauger les gens. Et si j’avais le sentiment que la femme face à moi était quelqu’un de très intéressant, j’avais également la sensation qu’elle pouvait se révéler un danger assez rapidement. Ma main droite se glissa donc discrètement dans les plis de ma robe pour saisir une dague, sans toutefois la dégainer. J’étais quelqu’un de prudent, mais ici je ne cherchais pas l’affrontement. Je cherchais des réponses.


Dernière édition par Madame le Jeu 15 Oct - 1:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Jeu 15 Oct - 1:13

Bon … aborder la demoiselle, c’était fait. Maintenant, venait la partie la plus compliquée … tout le reste. Valentine n’était pas certaine de ce qu’elle faisait à vrai dire … Exiger un minimum de qualité pour une carte, fusse pour un voyage personnel, n’avait rien qui faisait de vous un cartographe. Sans parler évidement des différences existant entre la cartographie maritime, et celle terrestre … De ce qu’elle en avait vu, Kosaten n’était constitué que d’un seul continent, il n’était donc pas surprenant de penser que les cartes traitant la mer étaient moins détaillées que celles sur Era Necrolia par exemple, où en traversant la mer, on pouvait arriver sur une terre totalement différente, et bien plus rapidement que par la voie terrestre. Mettant ses vieux souvenir de la géographie de son monde d’origine de côté, la sang-mêlé profita de leur immobilité pour observer un peu mieux la femme à qu’elle avait fait s’arrêter. Elle n’avait, à n’en pas douter, pas du tout l’air d’une paysanne : il suffisait de voir la teinte et l’éclat de sa peau, la finesse de ses traits, ou le soin qui était apporté à son corps, même sans maquillage particulier. A côté de cela, sa manière de rembarrer quelqu’un ne lui fournissant pas un minimum de qualité témoignait d’un tempérament fort … Et peut-être d’une certaine habitude à commander. Elle ne pouvait certes faire que des suppositions, mais elle aimait bien se forger son premier avis, comme ça … Sans pour autant le laisser transparaître. Une preuve qu’elle se trompait était si vite arrivée, après tout.

Cependant, ou en tout cas en ce qui concernait le commandement, l’hybride d’elfe et d’homme n’avait pas l’impression d’avoir mis à côté de la cible : à peine avait-elle rencontré la dame dans la rue que cette dernière lui commandait quelque chose. Et visiblement, elle ne souhaitait pas encombrer la demi-vampire de formules de politesse : elle-même s’en abstenait, même si elle restait correcte dans son langage. Sans qu’elle sache pourquoi, cette pensé fit naître un sourire amusé sur les lèvres de la blonde, qui se contenta de tirer légèrement son masque vers le haut d’une main, avant de reléguer une mèche de cheveux vers l’arrière. Ses yeux jaunes ne dévièrent qu’un instant de ceux, gris, de la demoiselle. Le sourire s’arqua d’autant plus.

« Plus ou moins nouvelle par ici » … C’est une jolie manière de le tourner. Mais si vous voulez un conseil qui m’a suivi absolument partout où j’allais : faites attention à ce que vous faites … en particulier avec vos mains.

Le sourire ne quitta pas tout de suite les lèvres de la pluri-centenaire, qui n’avait pas prononcé ces mots sur un ton de menace, mais plutôt de manière factuelle. Elle avait appris, parfois à ses dépens, qu’avoir le mauvais geste au mauvais moment avec une personne un peu trop louche était potentiellement synonyme d’une arme plantée entre deux côtes. Or, elle n’allait pas se voiler la face sur ce point : elle avait l’air louche … Et pas qu’à moitié. Ajoutez à cela le fait qu’elle interpellait les gens dans la rue, de nuit, après leur avoir couru après, et la personne avec laquelle elle discutait était bonne pour tomber dans une embuscade nocturne dans les instants qui suivraient. Enfin … ici, ce n’était heureusement pas le cas, et l’hybride espérait un peu que son interlocutrice n’ait pas le même genre de raisonnement qu’elle, sans quoi leur discussion risquait d’être courte, et peu productive. Et puisqu’il n’y avait pas besoin de s’employer à faire des détours.

Je vais être tout à fait honnête, je ne suis pas de la région non plus, même si c’est plutôt aisé à deviner. En réalité, je suis seconde sur un navire actuellement à quai, le Nidhogg, et … Comment dire. A part certaines … Documentations qui étaient à refaire à neuf, l’équipage a été assez fraîchement constitué, et il nous manque encore un ou deux rôles clefs, donc … Nous avons donc des postes à pourvoir. Mais veuillez m’excuser, j’ai cru l’espace d’un instant que ceci … Elle sortit une des cartes de sous son bras, et l’ouvrit pour la laisser se dérouler en l’air, face à la brune qu’elle observait toujours Vous intéressait. Je ne pense honnêtement pas que vous en trouverez d’autres de cette qualité dans cette ville : je viens tout juste d’acquérir les trois derniers exemplaires.

Ne laissant pas un tic ou une expression la trahir lorsqu’elle avait prononcé le mot « acquérir », elle fit jouer ses doigts sur le rouleau de bois, enroulant de nouveau le papier dessus, avant de le ranger avec les deux autres, tapotant doucement sur le tout en les observant. Après tout, à peu près quoi qu’il advienne, sa soirée avait été un tant soit peu lucrative … maintenant, elle avait de quoi se repérer à fournir au Nidhogg. Et même si elle ne savait pas si Dahlia avait une destination géographique en vue pour l’instant, elle était pratiquement certaine que des indications claires sur « comment s’y rendre » ne seraient clairement pas de refus. Revenant à l’instant présent, elle leva de nouveau les yeux sur la femme, et soupira, comme si elle était légèrement déçue par quelque chose qu’elle venait de réaliser.

Excusez-moi, ce n’est pas très poli de ma part de vous narguer de la sorte … surtout que sans vos éclats de voix, je n’aurais jamais mis le pied dans la boutique où j’ai acquis ces documents. En plus … Je viens de me rendre compte que je vous ai arrêté comme ça, sans même me demander au préalable si vous ne travailliez pas déjà pour un autre capitaine du port, ou quelque chose de ce style … Mais ...

En réalité, la vampire allait poursuivre une nouvelle phrase, mais quelque chose avait coupé son attention en plein milieu. Un détail peut-être idiot, mais qu’elle n’avait pourtant pas noté plus tôt. Le dos d’une des mains de son interlocutrice. Un petit motif de dragon tatoué, d’une belle couleur bleue … L’espace d’un instant, elle leva presque la main pour saisir celle sur laquelle était tatoué l’animal légendaire, avant de se résigner, et de simplement le pointer de l’index. Avec ce point à prendre en considération, heureusement qu’elle n’avait pas forcément dit ce qu’elle pensait … car cette simple petite zone de peau colorée peu naturellement invalidait ce qu’elle comptait dire. Relevant donc les yeux vers ceux, gris, de la jeune femme, elle pencha la tête sur le côté. Décidément … croiser des élus aussi souvent lui faisait presque douter de la notion « d’exceptionnelle » qu’ils avaient … si la moitié de la planète était composée de ces étrangers, ils n’étaient plus si bizarre que cela, n’est-ce pas ?

Je ne suis pas encore capable de l’attribuer à un pays en particulier … Mais je reconnais cette marque. Lorsque vous disiez que vous étiez nouvelles dans le coin, je ne pensais pas que vous sous-entendiez « nouvelle dans cette dimension » … Mais si vous êtes élue, et que vous venez d’arriver, ce que je voulais vous proposer à la base a tout de même des chances de vous intéresser. Enfin, pour peu que l’idée de travailler pour une des trois nations vous déplaise, que vous cherchiez un moyen plus ou moins tranquille où vous n’attirerez pas l’attention sur vous plus que nécessaire avant un certain temps … Et que vous ayez envie de recouvrir votre puissance perdue sans trop de difficultés.

Laissant sa main retomber le long de son corps, la vampire haussa les épaules. Non pas qu’elle se fichait de la situation présente, mais les cartes n’était pas dans ses mains à elle … Enfin, pas métaphoriquement parlant, en tout cas. Mais le choix revenait à cette femme, quel qu’il fut. Se frottant un peu le menton, l’hybride tourna la tête, observant un peu les maisons … Elle reconnaissait l’endroit. « Le rond de cuir », la taverne où elle avait rencontré Dahlia et Akemi la nuit précédente, n’était qu’à deux rues … et maintenant qu’elle y réfléchissait, elle commençait à se demander si la demoiselle face à elle n’avait pas froid, à rester immobile en pleine rue à une telle heure.

Valentine … Valentine Weathley. elle tendit la main, imitant un geste particulièrement universel, qu’elle avait vu imité à plusieurs reprises, ici. Il fallait juste espérer que la personne en face le connaisse également. Je ne sais pas vous, mais je trouve l’endroit un peu … Exposé. Vous êtes tentée par l’ambiance plus « intime » d’une bonne taverne ? J’en connais une à deux pas d’ici. Mettons que c’est moi qui offre le repas et les boissons, du moins pour ce soir …


"La plus grande Nemesis que j'ai jamais dû affronter ... C'est moi-même." :
 


"Ceci dit, petite boule est devenue grande ... Mais il s'appelle toujours Oor'ka.":
 


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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Ven 16 Oct - 1:24

La lumière vacillante des torches qui éclairaient la scène, de part et d’autre de la rue, jouait doucement sur le visage de la jeune femme… Et ne la rendait que plus inquiétante. Ses yeux étaient durs, froids… Des yeux qui avaient vu milles horreurs, et en étaient revenus. Les yeux d’une guerrière, ou d’une assassine, de quelqu’un qui a vu et vécu les combats les plus intenses que l’homme peut créer. Des yeux qui n’étaient pas si différents des miens. Je ne savais pas qui elle était, d’où elle venait, ou même ce qu’elle me voulait, mais j’avais maintenant une certitude : c’était quelqu’un de dangereux. De dangereux, mais pas de véritablement hostile visiblement, puisqu’elle ne faisait rien pour m’intimider. Plutôt le contraire même, puisqu’un petit sourire vint marquer ses pommettes, quelques secondes avant qu’elle ne remonte son masque pour le dissimuler. Un sourire qui faisait plutôt froid dans le dos que chaud au cœur en réalité, mais pas un sourire cruel. Elle n’était pas agressive, simplement intriguée… Ou tout au moins c’est ce qui se dégageait de son attitude. Lorsqu’elle prit la parole, sa voix à peine déformée par le bout de tissu qui couvrait sa bouche, ce fut d’un ton froid mais calme. Elle énonçait une évidence :

« -« Plus ou moins nouvelle par ici » … C’est une jolie manière de le tourner. Mais si vous voulez un conseil qui m’a suivi absolument partout où j’allais : faites attention à ce que vous faites … en particulier avec vos mains. »

J’aurais presque laissé un sourire gagner mes propres lèvres. Elle avait l’œil, pour tout arranger. Ma main ne quitta toutefois pas le contact rassurant de ma dague : si je n’étais pas particulièrement menacée de manière immédiate, ça n’était pas pour autant que j’allais m’offrir à elle sans défense. Son regard avait toutefois quitté le mien, et je laissais donc courir mes yeux sur son corps… Des vêtements rapiécés l’habillaient sobrement, couverts par une veste trop chaude pour la saison, mais visiblement portée par habitude. Ses cheveux laissaient dépasser des oreilles trop longues pour être celles d’une humaines, et j’étais à peu près persuadée que les légers plis que je pouvais apercevoir dans son vêtement étaient des armes savamment dissimulées. Elle aurait tout eu du bandit de grand-chemin, si ce n’est son attitude. Elle ne voulait visiblement pas m’intimider, et son visage de marbre cadrait assez mal avec l’idée que je me faisais de la criminelle lambda. Alors que j’achevais rapidement mon inspection, elle reprit la parole d’un même ton posé, pour me… Proposer un boulot ? C’était ce qu’il ressortait de ses premières phrases… Elle voulait m’engager comme cartographe ? Ses derniers mots étaient toutefois un peu plus joueurs, comme si elle voulait me narguer, en jouant à l’innocente.
Il n’était toutefois pas difficile de savoir comment elle avait obtenu les cartes qu’elle me montrait à présent. La capitainerie n’en proposait pas d’aussi bonne qualité, et il n’y avait pas la moindre trace d’un cartographe en ville… Non, ces cartes avaient été fauchées à quelqu’un, si leur « acquisition » était récente. La seule question qui demeurait, c’était l’identité de la victime, mais cela ne m’intéressait qu’assez moyennement à vrai dire… Qui se soucie des moyens, lorsque l’on obtient les résultats espérés ?

Mon interlocutrice m’offrit toutefois assez innocemment la réponse, en indiquant qu’elle s’était « fournie » auprès de la capitainerie. Le scénario se forma instantanément dans ma tête : elle avait profité de mon altercation avec le responsable pour se glisser dans le bâtiment, subtiliser ces documents, et sortir, plus que certainement par l’arrière. Ce qui soulevait une nouvelle question : pourquoi ne l’avais-je pas vue entrer ? Peut-être avait-elle pénétré l’édifice par l’arrière également… Ce qui n’avait pas grande importance, je vous le concède, mais je suis quelqu’un de curieux. Et puis, après une phrase dont l’objectif était visiblement de se convaincre elle-même que je ne correspondais pas au profil qu’elle recherchait, sa bouche se figea, au beau milieu d’un mot. Il n’y a pas énormément d’explications à ce genre d’attitudes, mais j’avais la mienne : ses yeux étaient dardé sur le dos de ma main. Je n’avais même pas besoin de baisser le regard pour m’en rendre compte… Elle savait que j’étais une élue, grâce à ce maudit symbole bleuâtre.
Son assurance revint quasi immédiatement, expliquée par les implications évidentes qu’avait ce signe exotique : je n’étais pas un danger visiblement, et j’étais plus que certainement sans emploi, puisque nouvelle dans ce monde. Des informations que j’aurais préféré conserver par devers moi. Après une courte note mentale m’indiquant de prendre des gants la prochaine fois que je sortirais, j’écoutais la suite de ce qu’elle avait à dire, alors que son regard rencontrait à nouveau le mien :


« -Je ne suis pas encore capable de l’attribuer à un pays en particulier … Mais je reconnais cette marque. Lorsque vous disiez que vous étiez nouvelles dans le coin, je ne pensais pas que vous sous-entendiez « nouvelle dans cette dimension » … Mais si vous êtes élue, et que vous venez d’arriver, ce que je voulais vous proposer à la base a tout de même des chances de vous intéresser. Enfin, pour peu que l’idée de travailler pour une des trois nations vous déplaise, que vous cherchiez un moyen plus ou moins tranquille où vous n’attirerez pas l’attention sur vous plus que nécessaire avant un certain temps … Et que vous ayez envie de recouvrir votre puissance perdue sans trop de difficultés. »

Pour le coup, elle marquait un point. Sérieusement même. Je suppose que c’était le cas pour tous les « élus », mais pour moi plus que quiconque, retrouver mes anciennes capacité était un objectif primordial. Je commençais toutefois à avoir quelques idées sur l’identité de celle qui me faisait face… Ou sur sa personnalité, tout au moins. Le sourire sur mon visage revint, légèrement prédateur… Elle n’était pas n’importe qui, pas plus que je ne l’étais, et j’avais pour intuition que nous partagions probablement un peu plus que nos attributs féminins. Elle laissa finalement tomber ses mains le long de son corps, les cartes qu’elle tenait traînant légèrement au sol… Et elle se présenta. Valentine Wheatley. Elle me tendit la main, dans un signe universel de confiance, et me proposa de m’emmener dans une taverne, non sans sous-entendre que ça ne serait pas notre dernière entrevue. Elle était ambitieuse, mais je pouvais l’apprécier. Je saisissais sa main d’un geste doux, avant de prendre la parole d’une voix calme, où je laissais transparaître une pointe d’amusement :

« -Aylith Loa… Mais tout le monde m’appelle Madame. Montrez-moi donc cette taverne, je n’ai pas encore diné. »

La jeune femme enroula prestement les cartes qui pendaient toujours dans sa main avant de les caler sous son bras à nouveau. Cela fait, elle leva le regard vers moi, et je l’invitais d’un geste à me guider… Ce qu’elle fit sans se faire attendre. Quelques secondes après le début de notre marche nocturne, je murmurais d’un ton moqueur :

« -Vous vous projetez sans doute un peu trop. Difficile d’être aussi certaine de ce que vous avancez sur les élus sans les côtoyer quotidiennement… Ou en être une vous-même. »

J’avais la quasi-certitude de taper juste : on ne se lance pas sur un long monologue expliquant les aspirations d’un groupe de personne sans en faire partie, en général. Ajoutez à cela ses vêtements contrastants tout particulièrement avec ceux des locaux, et sa propension à « acquérir » des documents sans remord ou arrière-pensée, et vous obtenez quelqu’un qui s’intéresse visiblement assez peu au monde qui l’entoure. Au choix donc, un misanthrope, ou un étranger. Et je pariais sans hésiter sur la deuxième option, bien qu’elle ne montre pas le moindre signe d’une quelconque marque sur son corps. Encore que, au vu de sa tenue, il aurait été difficile de la remarquer sans qu’elle se trouve au beau milieu de son visage. Dernier indice : ses oreilles ne ressemblaient à aucune autre, que ce soit ici, ou à Fuyu… Elle n’était donc pas humaine, au sens strict du terme… Mais je n’avais rencontré que des humains on ne peut plus normaux depuis que j’avais rejoint cette « dimension », ce qui n’arrangeait pas ses chances de passer pour une indigène. Devant son mutisme, je m’adressais à nouveau à elle :

« -Il va falloir que vous m’en disiez un peu plus sur votre équipage si vous souhaitez me convaincre… Le capitaine est-il également un élu ? J’ai vu votre vaisseau un peu plus tôt dans la journée… Il ne ressemble pas exactement aux autres se trouvant dans le port, mais je suppose que vous en êtes conscients. »

Une fois arrivée à destination grâce aux bons soins de ma compagne (nous n’avions marché qu’une poignée de minutes), je prenais la tête de notre cortège avant de pénétrer dans l’établissement. L’odeur de fumée et de bière m’assaillit immédiatement les narines, mais je réfrénais l’expression de dégoût qui aurait pu envahir mon visage. Je n’étais pas exactement friande de ce genre d’établissements, mais la proposition de la jeune femme m’intriguait suffisamment pour que je fasse un effort. Je guidais notre étrange couple à travers la salle jusqu’à une table vide, évitant expertement les mains des habitués tentant d’attraper certaines parties de ma personne. Une fois assise, je commandais un repas et un verre de vin avant de me pencher sur la table, soufflant à mon interlocutrice pour que personne ne nous entende :

« - Au vu de votre intérêt pour mes compétences de cartographe, je suppose que vous recherchez un navigateur, n’est-ce pas ? L’idée n’est pas inintéressante… Mais quel genre d’expédition mènerez-vous ? Marchande ? Mercenaire ? Ou peut-être… Pirate ? »
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Sam 17 Oct - 1:19

« Au moins, elle a lâché ce qu’elle tenait dans sa robe », pensa l’hybride en serrant doucement la main fine de la sorcière face à elle. Elle ne trouvait pas particulièrement dérangeant le fait qu’on se méfie d’elle, mais elle avait tendance à ne pas oublier un seul instant lorsque quelqu’un face à elle pouvait sortir rapidement une arme … Or, ce genre de prudence ne payait pas souvent, mais à chaque fois, elle épargnait tout de même rien de moins qu’une vie. Sachant qu’elle n’en avait qu’une … Voyant qu’elles pouvaient bouger, la traqueuse pivota, et se mit tranquillement en marche, faisant un peu remonter les rouleaux correctement sous son bras. Bien entendu, vu qu’elle ouvrait la voie, elle ne pouvait pas garder « un œil » sur son interlocutrice, mais cette dernière n’aurait eu aucun intérêt à tenter de la poignarder dans le dos : elle avait semblé plutôt … Favorable à la proposition qui lui avait été faite. En tout cas, elle n’avait pas refusé en bloc, et acceptait de poursuivre la discussion. Et puis, dans le pire des cas … Les oreilles pointues qu’elle portait n’étaient pas qu’une décoration : elle se tiendrait prête à toute éventualité quoi qu’il advienne. Mais son ouïe développée au-delà du normal ne lui servit au final qu’à une chose : écouter les commentaires et remarques de celle qu’elle accompagnait … qui lui tirèrent un nouveau sourire, même si elle ne répondit pas. Au moins, elle n’était pas tombée sur la première imbécile venue, ça faisait plaisir à voir … surtout quand on comparait avec la moyenne de la population qu’elle avait rencontré, jusqu’à présent. D’un autre côté, c’était une élue, qui n’était pas originaire d’ici … On pouvait donc supposer qu’elle tronquait un peu la statistique.

La taverne n’avait pas changé depuis la veille : seuls les visages étaient différents, et clairement moins nombreux. La demi-vampire eut un petit sourire masqué à cette pensée : l’immense majorité des habitués devait dormir sur le Nidhogg, maintenant … il était évident qu’ils n’allaient pas continuer à fréquenter la taverne pour y chercher un emploi. Surtout qu’une rude journée les attendait le lendemain … s’installant à la même table que « madame », la blonde posa ses cartes sur la table, un peu à l’écart, et croisa ses jambes avec un léger soupire d’aise. La chaleur, le fait d’être posée, et la perspective de se faire servir le diner sous peu avaient tout pour la réjouir … même si elle paierait la note. Après tout, si ça lui permettait de ramener un membre d’équipage de plus, elle n’en serait que plus contente. Elle s’arrêta sur cette pensée un instant, cependant. D’où provenait cette satisfaction soudaine ? Elle savait qu’elle allait probablement faire plaisir à sa capitaine, en agissant de la sorte, mais à part ça, elle n’en tirait pas vraiment de bénéfice … enfin. Elle se centrerait sur ce qu’elle pensait de la belle Fortune plus tard, autant plutôt porter son attention sur le moment présent.

Je suppose que même si ma marque à moi n’est pas à un endroit visible, je peux difficilement me camoufler dans la population longtemps, n’est-ce pas ? Enfin … Vous avez misé juste, je suis bel et bien une élue, moi aussi. Et pour être des plus honnêtes, pas une des plus anciennes que vous pourriez croiser, loin de là … C’est peut-être pour ça que j’ai trouvé des arguments à peu près convainquant si vite. Oh, bonsoir … Je prendrais juste un bol de bouillon de poule ou quelque chose du genre si vous avez, et un verre … Ou tiens, non, une bouteille de Saké, s’il-vous-plaît. La journée a été longue, et de manière générale, ça ne me creuse pas tant que ça.

Laissant « madame » indiquer sa commande à la serveuse, la vampire détourna le regard, étudiant la salle. La majeur partie des têtes avaient changé, oui … L’immense majorité. Mais pas toutes. Certaines étaient déjà là la veille, parmi lesquelles une ou deux qu’elle se souvenait avoir « recalé » dans la journée. Certes, elles n’étaient pas très regardante vis-à-vis de l’équipage, mais il y avait un minimum à respecter … Pour le reste, ceux qui ne connaissaient pas la blonde étaient presque parfaitement indifférents, tout au plus intéressé par son allure … spéciale, mais sans plus. En revanche, ceux qui l’avaient vu au moins une fois semblaient faire des messes basses, penchés légèrement vers leurs comparses pour parler, et lui jetant des regards à la dérobé. Après tout, elle comme Akemi avaient failli égorger un homme, 24 heures plus tôt … Il fallait juste espérer que personne ne viendrait les déranger ce soir. Voyant que la tavernière retournait vers le comptoir et les cuisines pour y commander la préparation des plats demandés, la demi-elfe se tourna de nouveau vers sa nouvelle compagne, puis observa le plateau de bois de la table. D’un geste lent, elle sortit son ancienne bourse de cuir usée, qu’elle posa, et dont elle sortit rien de moins qu’une pièce d’or. Elle en avait eu confirmation plus tôt : la monnaie locale, le yen, valait … Infiniment moins que l’argent avec lequel elle avait l’habitude de traiter. Mais elle ne pouvait s’en plaindre … Faisant tourner le disque de métal entre ses doigts, elle en observa les éclats et reflets, amusée.

Et bien, Aylith … Ou madame, il me serait complexe de faire un résumé complet et précis de l’aventure dans laquelle je vous invite à embarquer … du moins, je serais moins douée pour le faire que mon nouveau capitaine, mais je pense que le plus simple serait de livrer les faits, tout simplement. En tout, pour l’instant, nous sommes trois élues dans l’équipage. Moi-même, la seconde, mademoiselle Fortune, le capitaine évoqué plus tôt et Akemi, nôtre maitresse d’équipage. On peut d’ores-et-déjà exclure de la liste des problèmes le sexisme, je pense … Et si quelqu’un dans l’équipage tente de faire valoir ce qu’il a entre les jambes, il trouvera à qui parler. Oh … Je dis « trois élus », mais j’oublie toujours. Vous avez raison : le Nidhogg non plus n’est pas un navire classique. Il vient du même monde que Dahlia, et pour être parfaitement honnête … J’ai côtoyé des monstres qui me semblaient moins dangereux et vivant que cette embarcation. Cependant, à la différence des monstres en question, celle-ci se plie à la volonté de sa maîtresse, et effectue ses 4 volontés d’une manière que vous n’imagineriez même pas.

En faisant monter le nombre d’élus à 4, ou 5, vous vous doutez bien que les choses deviennent plus agréables pour nous toutes. Nous sommes encore faibles … Pour le moment. Mais s’il peut être aisé de dompter un chien seul, j’ai rarement vu homme qui se jetait à l’assaut d’un groupe de molosses en pensant s’en sortir sans blessures : plutôt agréable, si l’on imagine que tout autre élu que nous croiserons va, pendant un certain temps, être forcément plus puissant que nous. Comme je l’ai dit plus tôt, nous ne tenons pas particulièrement à servir les desseins du dieu d’une nation en particulier : c’est d’ailleurs pour cette raison que nous nous sommes retrouvées en territoire neutre.


Balançant la pièce en l’air, la semi-elfe la rattrapa au vol, avant de voir un bol fumant et une petite bouteille, ainsi que deux coupelles, être déposées sur la table. Souriant en levant les yeux vers la commande de sa compagne de table, elle toucha le rebord du bol d’un doigt. Trop chaud. Le repoussant sur le côté avec un soupire, elle se remit à jouer avec sa pièce, jouant à la faire passer du dos d’un doigt à l’autre, sans les ouvrir pour autant. Un petit tour développant la dextérité des mains, et qui passait admirablement bien le temps, ou pouvait impressionner la galerie… Val’ était loin de penser en mettre plein les yeux à la demoiselle, mais elle ne perdait pas les vieilles habitudes qu’on lui avait transmises.

C’est drôle, n’est-ce pas ? L’or … Le pouvoir …L’influence, et la possession … Quel que soit l’endroit où l’homme se trouve, il a tendance à rechercher ces choses. Certains plus que d’autres, bien entendu. Encore une fois, vous avez eu une parole juste … Nos activités seront, dans un premier temps, la piraterie. Entre le Nidhogg, qui est loin d’être une simple carcasse de bois flottante, et les quelques élus à son bord, nous ne devrions pas rencontrer trop de problèmes avant un bon bout de temps … Si vous êtes une combattante, vous aurez moyen d’y trouver vôtre compte. Encore que, je n’ai vu aucune épée pendre à votre ceinture, et je gage que si vous portez une robe, c’est plus par habitude ou par choix que simplement pour jouer les guerrières infiltrées … Non pas que ce soit un mal, au contraire. Deux combattantes au corps à corps et deux experts du combat à distance, cela est relativement bien équilibré. Quand on sait ce dont sont capables les êtres qui sont transportés ici, dans leur globalité … Je suis certaine que vous réservez votre lot de surprises, vous aussi. Enfin, quoi qu’il en soit … Pour revenir à ce qui me motivait, à la base, à venir vers vous, oui. Nous avons besoin d’un cartographe, ou d’un maître navigateur plutôt. Nous n’en avons pas trouvé dans cette ville, mais … J’ai comme l’impression que pour les gens un peu spécialisés en la matière, cet endroit ressemble plus à un cauchemar qu’autre chose, n’est-ce pas ? Vu la qualité du matériel fourni … elle eut un sourire en glissant un regard aux cartes, avant de revenir à la dame face à elle. Décidément, elle s’amusait bien. Bien entendu, elle prenait soin de ne pas parler trop fort, mais le caractère braillard des marins et la bonne ambiance générale de la grande salle se chargeaient allègrement de couvrir ses paroles, si on ne les écoutait pas attentivement. Enfin, j’espère avoir fourni des réponses acceptables à vos questions … Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas, bien entendu … à votre place, moi aussi j’aimerais avoir tous les tenants et aboutissants, avant de m’engager dans quelque chose du genre.

Terminant cette phrase en glissant deux doigts sur son masque pour le baisser doucement, elle se saisit enfin de son bol, et le rapprocha en le faisant racler sur la table. Sa langue passa brièvement sur ses lèvres pâles pour les humidifier, remuant légèrement le petit anneau doré qui perçait sa lèvre inférieur. Levant son bol, elle en prit une gorgée, avant de soupirer … Encore un peu chaud. Mais mangeable, au moins …


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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Sam 17 Oct - 22:19

La serveuse déposa gracieusement nos plats sur la table avant de s’en retourner à son travail, sans même nous accorder un regard. J’attirais mon plat devant moi, mes yeux se plongeant dans une soupe épaisse où flottaient quelques bouts de viande d’une origine inconnue. D’une origine que je ne préférais pas connaître à vrai dire, au vu de l’hygiène de l’endroit. J’attrapais une cuillère en bois avant de prélever une petite partie du breuvage, et la portée à hauteur de bouche. Je soufflais doucement dessus pour le refroidir, avant d’aspirer discrètement ce qui se trouvait sur la cuillère, dans le silence le plus complet. L’impuissance ne doit pas vous faire perdre vos bonnes manières. Tout au moins, c’était mon point de vue. Je recommençais le même manège plusieurs fois, mais mes yeux s’étaient portés sur mon interlocutrice, qui jouait distraitement avec la pièce d’or entre ses mains. De la monnaie qui n’était pas originaire d’ici. Je n’avais personnellement aucune pièce venant de mon monde… Et c’était peut-être tant mieux. Le visage stylisé qui ornait la face de ces petits bouts de métal était le mien, et je souhaitais éviter autant que faire se peut que mon passé d’Impératrice vienne à se savoir. Un certain nombre de personnes n’appréciaient qu’assez moyennement les figures de pouvoirs, et au vu de mes capacités actuelles… Les personnes en question n’auraient pas trop de problèmes pour se défouler sur moi.
Mais alors que mon regard s’assombrissait, la jeune femme qui me faisait face repris la parole d’une voix quelque peu amusée… Pour réciter un refrain qui sonnait un peu trop juste à mes oreilles. Cela faisait longtemps que j’étais consciente de mon addiction à la puissance, au pouvoir et à la prédominance, mais cela faisait également un certain temps que je n’avais pas eu à m’en passer. La désintoxication n’était pas exactement aisée… Et j’aurais tout fait pour retrouver ma position précédente. J’étais celle qui donnait des ordres depuis aussi loin que je pouvais me souvenir, et me retrouver membre du petit peuple, entre les serviteurs et les serfs, c’était quelque chose de relativement difficile à supporter. Tout au moins pour l’instant. La suite de la phrase de Valentine me rassura quelque peu… Ils étaient bien des pirates. Pas exactement difficile à deviner pour des élus : je les voyais mal s’intégrer à la société en trois coups de cuillère à pot. Et la piraterie avait un avantage non négligeable : elle vous permettait d’exercer un certain pouvoir. Sur les hommes de votre bateau, certes… Mais surtout sur ceux des bateaux d’en face. La peur est une merveilleuse façon d’obtenir l’obéissance.

Je sentais la flamme de l’ambition se rallumer dans mon esprit autant que dans mes yeux. J’avais officiellement envie de devenir une pirate, pour la première fois de ma vie. Il était drôle de voir à quel point l’inconnu de nouvelles expériences pouvait être attirant, si celles-ci n’étaient pas plus contraignantes qu’enrichissantes… Au sens strict du terme. Les marchandises précieuses et les cales remplies de trésors m’attendaient. La perte de quelques membres de l’équipage également, mais cela… Je ne pouvais pas plus m’en moquer, je crois. Cela fait-il de moi un monstre ? Non. L’un de mes asservis a dit un jour « La mort d’un homme est une tragédie… Et la mort de cent, une statistique. » La citation semblait plus appropriée que jamais.
Mais il fallait que je me reprenne. Nous étions en pleine négociation, et si je faisais confiance à mon visage pour ne pas trahir mes émotions, un trop plein d’enthousiasme finirait fatalement par se voir… Ou me rendrait trop douce dans le marchandage. Ma concentration revint donc alors que mon interlocutrice achevait sa phrase, m’invitant visiblement à lui poser des questions, que ce soit sur la vie à bord ou sur quoique ce soit d’autre d’ailleurs. Je me laissais aller sur mon siège, ma cuillère retombant dans un bol à peine entamé, alors que je réfléchissais. La jeune femme qui me faisait face en profita pour manger, baissant son masque pour révéler une bouche bien trop pâle. Encore un détail qui me poussait à ne pas la considérer comme une humaine… Mais je m’en fichais actuellement. L’important était sa proposition… J’aurais tous le loisir de lui poser la question plus tard… Ou même de l’ajouter à la fin de ma liste d’interrogations, une fois que je l’aurais clairement constituée. La curiosité est un vilain défaut paraît-il… Mais je crains bien d’en être profondément atteinte. Après quelques minutes où le seul bruit que nous entendions était le chahut nous entourant, j’ouvrais donc la bouche pour énoncer, d’une voix calme et posée, les points sur lesquels je souhaitais des éclaircissements… Et lui offrant par la même occasion quelques informations sur moi-même, dont elle aurait besoin pour expliquer mon cas à sa capitaine :


« -Soyons honnête, le « Nidhogg » comme vous l’appelez est un navire plus qu’imposant. Si je comprends bien, vous avez recruté quelques marins pour vous aider à le manœuvrer… Mais cela sera-t-il seulement suffisant ? En combat, il vous faudra être réactif si vous ne tenez pas à vous faire faucher par un tir de baliste, et avec un équipage en effectifs réduits… Cela peut se montrer difficile. »
Je la fixais dans les yeux, marquant une courte pose dans ma phrase avant de reprendre, d’un ton un peu plus doux :
« -Je suppose également que vous vous y attendiez, mais il y a la question de l’argent. Combien de parts pour le capitaine ? Ou pour vous ? Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement vénal, mais j’ai suffisamment d’expérience pour savoir que ne pas clairement poser les termes du contrats avant de s’engager peut amener à de regrettables errements pouvant coûter la vie à l’une ou l’autre des parties. »
Une très légère pointe de menace avait fini par percer dans ma voix. Mon but n’était ni d’être agressive, ni de l’effrayer, simplement de lui faire comprendre que j’étais quelqu’un qui attendait d’elle qu’elle honore sa parole, une fois celle-ci donnée… Sans quoi les conséquences pourraient se montrer désastreuses. Peut-être pas le pan de ma personnalité le plus aisé à vendre à un équipage, mais ils devraient faire avec. Une fois passé mon message, je prenais à nouveau la parole, d’une voix un peu plus guillerette, qui contrastait radicalement avec ce que je venais de dire :
« -Quant à moi… Soyons clair, j’étais une mage dans mon… Pays. Difficile de prétendre que je le sois encore maintenant, mais vous saurez au moins à quoi vous attendre. Par ailleurs, si je n’ai jamais été navigatrice, j’en connais suffisamment sur la géographie et les mers pour servir à ce poste efficacement. Reste à voir si je conviens à votre capitaine bien sûr. »
Je marquais à nouveau une courte pause, hésitant brièvement à poser une dernière question… Puis je me lançais, persuadée que dans le pire des cas, elle ne ferait que l’ignorer :
« -Dernière question : Si vous n’êtes pas de ce monde ci, vous n’êtes certainement pas humaine non plus. Je ne vous poserais pas de question sur votre histoire, comme je ne m’attends pas à ce que vous m’en posiez sur la mienne mais… Qu’êtes-vous, exactement ? »

J’avais lâché cela le plus innocemment du monde, sans menace ni obligation. C’était une question ouverte, qu’il lui était libre d’esquiver sans que cela ne m’importune le moins du monde. J’avais bien conscience que prendre les mers avec des hors-la-loi pour commettre des actes malhonnête engageait certaine condition, l’une d’entre elle étant de ne jamais poser la question de son histoire à qui que ce soit. Lorsque l’on passe du côté des malfrats, c’est souvent à cause d’un choix, ou de quelque chose à fuir… Le genre de trucs dont on ne parle pas aisément. Et c’était encore pire pour les élus, qui devaient tous se morfondre comme moi sur leur gloire passée. Remuer le couteau dans la plaie serait inutilement cruel… Si ce n’est dans le cas où vous détestez la personne en question. Pour autant, mon interrogation me semblait justifier… Si j’étais partie pour monter sur un vaisseau à moitié vivant, je préférais encore me renseigner sur le bestiaire que nous nous apprêtions à emmener avec nous, pour éviter les mauvaises surprises. Figurez-vous que j’ai moi-même été forcée de partager un temps ma vie avec une créature inattendue et insupportable… Mon mari. Et si je n’avais eu aucun mot à dire lors de la conclusion de mon mariage, j’entendais bien en avoir un quant à mon enrôlement dans un équipage pirate.
Attendant patiemment les réponses de la seconde, je saisissais la bouteille d’alcool que nous avait apporté la serveuse, et remplissait les deux gobelets qui l’accompagnaient, avant de pousser le sien vers Valentine. J’attrapais le mien du bout des doigts avant de le porter à mes lèvres, et de laisser une gorgée brûlante dévaler le long de ma gorge. Je ne buvais plus que du vin depuis un certain moment, mais la sensation me rappelait quelques souvenirs… Pas que des bons. Je buvais encore un peu alors que mes yeux se mettaient à fouiller la salle à la recherche d’un danger potentiel. Ma mémoire avait réveillé ma paranoïa, et j’avais soudainement douloureusement conscience d’être parfaitement à découvert. Je forçais toutefois mes pupilles à rester calmes pour ne pas prendre un air affolé… Simplement observateur. Mais je fus vite rassuré. Rien de ce qui se trouvait immédiatement autour de nous ne semblait représenter un quelconque danger. Deux types, assis dans un coin de la salle, semblaient jeter des regards noirs vers nous, de temps à autre, mais je doutais qu’ils tentent quoique ce soit au milieu de cette foule. Je n’aurais certes pas choisi cet endroit, eussè-je eu le choix de notre lieu de rencontre, mais il fallait admettre qu’il convenait étrangement. Comme le dit le dicton, « toutes les grandes aventures commencent dans une taverne ».
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Lun 19 Oct - 1:14

Se léchant doucement les lèvres après avoir bu une première gorgée, la vampire soupira légèrement d’aise … Certes, elle était bien moins sujette à la faim, la soif, ou au sommeil que beaucoup d’autres en raison de sa constitution … Particulière, mais elle appréciait tout de même grandement la sensation de se remplir l’estomac avec quelque chose de chaud. Reposant doucement le bol de terre cuite sur la table et observant pendant un petit moment les bulles de graisse, elle orienta ensuite ses yeux vers son interlocutrice. Cette dernière avait les yeux posés sur elle, mais il apparaissait clairement qu’elle regardait autre chose … elle était probablement dans ses réflexions. La vampire pouvait bien lui accorder cela : elle aussi aimait, parfois, avoir le silence pour réfléchir. D’ailleurs, cela tombait à pic : elle aurait le temps de manger un peu … chose qu’elle n’aurait pas le loisir de faire en répondant à des questions. En revanche, elle avait noté quelque chose : la personne face à elle semblait avoir des manières irréprochables. Un indice de plus vis-à-vis de sa provenance, visiblement elle avait bénéficié d’une bonne éducation et s’y tenait, même réduite à boire un potage quelconque dans une taverne lambda … En tant qu’ancienne fille de duc, elle pouvait comprendre à quel point il pouvait être désagréable d’être face à une antithèse parfaite au raffinement et aux bonnes manières : se saisissant de sa cuillère, elle se mit, sans jamais plus que nécessaire ouvrir les lèvres, à boire son bouillon.

L’accalmie dura peut-être 5 à 10 minutes au total : toujours était-il que lorsque la demi-elfe posa sa cuillère dans son bol, ce dernier était parfaitement vide. Maintenant qu’elle y pensait, elle s’en serait bien commandé un second … Mais elle n’était pas là pour ça, et de toute manière, c’aurait plus été par gourmandise qu’autre chose. Soupirant intérieurement à ce petit renoncement, elle repoussa un peu l’objet devant elle, cherchant la serveuse des yeux pour qu’elle ne vienne l’en débarrasser. Cependant, la dame face à elle prit la parole, monopolisant son attention. Polie, Val’ se contenta alors de croiser les doigts et de poser sa bouche contre ses mains, l’écoutant attentivement. Pas à un moment, elle ne détourna les yeux ou ne fit mine de changer de pose : elle était habituée depuis une éternité à analyser les discours qu’on lui tenait sans manifester quoi que ce soit d’autre que de l’intérêt … Même si à l’intérieur, elle n’en réfléchissait pas moins, au contraire. Etirant doucement ses lèvres en un fin sourire en entendant la dernière question, elle saisit doucement le tissu de son masque entre deux doigts, et le remonta, le plaçant comme d’habitude juste sous son nez avant de poser une main à plat sur la table, tapotant ses ongles sur le plateau. Ces derniers émettaient un son pour le moins … Dissonant.

« Quelques marins » … Honnêtement, je suis sur le pont depuis environ 6 heures ce matin, et j’ai passé ma journée à recruter des matelots … Du moins, jusqu’à 16 heures environs, soit l’heure à laquelle nous avons commencé le ravitaillement. Bon, je ne dirais pas que l’équipage du navire est complet, nous sommes peut-être à un chiffre entre 150 et 200 personnes au total … Mais si vous voulez une petite histoire amusante, Dahlia a réussi à conduire la bête jusqu’ici, toute seule. Certes, elle n’a pas sous-entendu que ça lui était facile … Mais nous avons déjà de quoi fonctionner en faisant marcher la bête à un bon pourcentage de ses capacités. Sans parler du fait que bien sûr, cet endroit ne sera pas le seul où nous recruterons … Juste le premier. Nous n’allons pas tout de suite nous jeter à l’assaut de flottes imposantes … Il faut passer par les cases ennuyeuses, avant.

Même si elle ne le montrait pas dans son attitude, la vampire nota très clairement ce petit instant où « madame », plutôt que de continuer à lui faire face, fouillait un peu la pièce du regard. Un nouveau sourire prit place sur ses lèvres : raffinée, intelligente, capable, prudente … Elle cumulait décidément bien des qualités. Il lui manquait par contre probablement un sens de l’humour, mais vu le point auquel en était l’elfe dans ce domaine, elle s’abstiendrait de commenter. Relever les points les uns après les autres, les analyser, les noter … Un travail passionnant qui permettait de se faire une estimation plus ou moins précise d’une personne. La base d’un bon recrutement. Contrairement à ce qu’elle aurait cru, l’elfe ne trouvait pas ça si dérangeant que ça, au final … c’était même un jeu plutôt naturel, que de chercher à évaluer les pours et les contres vis-à-vis du recrutement d’un individu dans une affaire comme la leur.

Il n’y a pas besoin d’être vénale pour se soucier de l’argent, ne vous en faites pas … Juste un brin prévoyant. Pour être tout à fait honnête, je sais que je peux vous assurer probablement une chambre, vu votre poste, ainsi que de la nourriture bien entendu, le minimum pour un membre d’équipage bien placé. En revanche, en ce qui concerne la paye dans son aspect « monnaie sonnante et trébuchante », ce n’est pas à moi, mais au capitaine qu’il faudra vous adresser. Monnayez votre salaire comme vous l’entendez … Mais faites juste attention à ne pas trop tenter de lui forcer la main durant les négociations. Je ne l’ai jamais vraiment vue énervé, et je tiens à ce que ce soit le plus tard possible. Après, vous semblez remplie de bonnes surprises … Je ne sais pas dans quels domaines vos talents de « mage » s’appliquent, mais s’ils sont précieux, n’hésitez pas à en jouer … Même si vous intentiez probablement déjà de le faire, de toute manière.

Prenant le verre qu’on avait poussé vers elle quelques instants plus tôt, Valentine le souleva doucement, observant une fois de plus cet étrange boisson translucide, et l’ingurgita en 2 gorgées à peine, retirant temporairement son masque pour ce faire … Ces verres étaient décidément bien trop petits. Reposant doucement le conteneur de terre cuite sur la table, elle le fit doucement tourner entre ses doigts, et eut un petit ricanement pour elle-même. Elle trouvait certaines questions, ou phrases de cette « Aylith » amusantes … Car à travers une interrogation classique : « quelle est votre race », elle entendait également l’ordre implicite « ne me demandez pas de parler de mon passé ». Elle pouvait certes comprendre … Mais les raisons qu’elle trouvait pour justifier une telle demande ne lui plaisaient pas forcément : puisqu’il ne s’agissait que de spéculations, elle préférait encore faire en sorte de confirmer qu’elles soient fausses … Ou pas, histoire de savoir à qui / quoi s’en tenir.

Pour être très honnête, j’ai peu à cacher sur mon histoire, que quelques détails regrettables qui me font mal au cœur plus qu’autre chose … Je suppose que nous pourrions avoir le plaisir d’en discuter un de ces jours, si les réponses que je vous fournis remplissent vos attentes. Pour le reste … Ce que je suis ? Une humaine … Et une elfe. Le concept de « sang-mêlé » résume parfaitement ma situation. Je suis aussi duchesse … du moins, je l’aurais été lorsque mon père aurait rendu l’âme, mais je n’étais pas pressée … Le pouvoir, ses intrigues, conspirations, et coups dans le dos ne m’ont jamais intéressé plus que cela. Maintenant, si vous vous demandez d’où je tiens mon apparence … étrange, je suis chasseuse de monstres. Ou du moins, c’était ma profession, il y a encore quelques semaines. Lentement, alors qu’elle disait ces mots, elle cessa de jouer avec son verre. Lentement, les doigts qui l’entourèrent s’allongèrent, s’affinèrent … se changèrent en griffes. Impossible de dire si elles étaient faites de métal ou d’os, mais la manière qu’elles avaient de bouger et de doucement cliqueter sur le récipient était perturbante. La main redevint cependant bien assez tôt normale, et se saisit de la bouteille de Saké pour les resservir. Je suis peut-être ce que je mange … Mais surtout, je me rapproche de ce que je chassais. Morts encore un peu trop vivants, créatures sauvages trop dangereuses, ou créations malsaines de notre divinité du chaos … J’ai affronté nombre de créatures, et même si je n’en porte pas de séquelles physiques handicapantes, je n’en suis pas ressortie « indemne ». Je pense qu’on peut résumer l’étrangeté de ma … « nature » comme cela. Une évolution consistant à devenir un prédateur, pour que chaque monstre devienne une proie. Si je voulais m’amuser à vous faire peur, je préciserais bien entendu que les pires monstres que l’on peut trouver sont cachés parmi les hommes, bien sûr …

Levant, une nouvelle fois, sa dose d’alcool, elle ne but cette fois que la moitié du verre avant de le reposer, et de souffler. Elle devrait probablement s’arrêter là pour ce soir, cet alcool de riz montait un peu trop rapidement à la tête. La serveuse, ayant visiblement enfin remarqué leur table, vint poliment débarrasser ce qu’elle pouvait après avoir demandé l’autorisation, avant de repartir. Voyant le bol à peine entamé de la mage qui lui faisait face, Valentine se frotta doucement le menton, puis la regarda dans les yeux une fois de plus. Même si elle ne pouvait honnêtement pas encore dire qu’elle se sentait « grande amie » de cette dame si particulière, elle pouvait au moins affirmer que son sentiment global était relativement bon. Le seul bémol était qu’elle ne la connaissait presque pas, bien entendu, mais c’était un soucis destiné à se régler au fur et à mesure … Encore que, elle pouvait déjà en résoudre une partie maintenant.

Mis à part ça, vous avez un peu stimulé ma curiosité, à dire que vous pouvez difficilement encore prétendre être mage … Vous pourriez me faire une petite liste de vos pouvoirs ? Juste de quoi me donner un aperçu.

Elle aurait bien demandé pour une démonstration, mais … Elle était parfaitement au courant de la réduction de pouvoirs qui les accablait tous et toutes : qui plus est, elle doutait sincèrement qu’insister sur la présente faiblesse de l’enchanteresse lui ferait foncièrement plaisir : inutile de provoquer sa colère pour satisfaire un petit caprice. Ses démonstrations viendraient probablement bien assez tôt, quoi qu’il arrive … Elle pouvait bien se contenter de la théorie.


"La plus grande Nemesis que j'ai jamais dû affronter ... C'est moi-même." :
 


"Ceci dit, petite boule est devenue grande ... Mais il s'appelle toujours Oor'ka.":
 
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Lun 19 Oct - 3:32

La personne qui me faisait face était intéressante. Dieu sait que je n’avais pas dit cela de quelqu’un depuis longtemps… Peut-être cela tenait-il du fait que je ne rencontrais quasiment personne dans mon univers d’origine. Toujours était-il que mon interlocutrice piquait un peu plus ma curiosité à chacune des informations qu’elle révélait sur elle-même. Elle était donc demi-elfe… Quelque chose de parfaitement inconnu dans mon monde. Les Elfes n’existaient que dans les comptes de bonne femme… Et je les avais plutôt imaginés comme de petites créatures féériques que comme des personnes semblables aux humains. Enfin, les règles étaient peut-être différentes d’un monde à l’autre après tout, l’imaginaire de mes concitoyens ne pouvait pas refléter clairement la réalité d’un autre univers… Je doutais qu’ils aient ne serait-ce qu’envisagé que leur Impératrice toute puissante, aimée ou détestée, puisse être soudainement transportée dans un monde diamétralement opposé au sien, tout en étant privée de tous ses pouvoirs. Certes ma disparition avait dû être demandée par plus d’un dans ses prières, mais que cela se déroule de cette façon… Peu probable. Qui plus est, je n’avais qu’assez peu foi dans la capacité des dieux à répondre aux demandes des mortels. Si j’étais ici, c’était certes par un processus dont j’ignorais les tenants et aboutissants, mais je doutais qu’il soit d’origine divine.
Encore que rien n’est véritablement sûr maintenant que le bizarre fait partie de mon quotidien. Plutôt que de tergiverser sur des élucubrations métaphysiques, je revenais donc à la conversation qui était la mienne. J’apprenais donc que celle avec qui je conversais était une duchesse… Ou tout au moins l’héritière de ce titre. La mention de la noblesse, et tout ce qui s’y rattachait, me ramena soudain en arrière… J’avais été tenante de cette distinction pendant quelques mois, il y a bien des années. Et si mon interlocutrice n’affectionnait pas particulièrement les jeux du pouvoir, j’avais appris à m’en délecter, à m’y adonner… Et à les maîtriser à la perfection. Ma vie d’Impératrice m’avait donné l’occasion d’apprendre à me jouer de tous les complots, de toutes les manipulations… De m’en amuser, la plupart du temps… Ou de les écraser avant même qu’ils ne voient le jour. Si je pouvais comprendre que quelqu’un déteste l’ambiance malsaine qui pouvait régner dans une cour, je n’y étais plus opposée depuis bien longtemps. Depuis que j’y avais goûté en réalité. C’était une composante du pouvoir, et ne serait-ce que pour cette raison, il m’était impossible de la détester. Un point de vue particulièrement subjectif, je vous l’accorde.

Mais, à nouveau, me perdre dans mes pensées n’était pas une bonne idée. Surtout quand ce qu’il se passait sous mes yeux était aussi… Etrange. Car je doutais quelque peu que les Elfes, supposés être des créatures bénéfiques, possèdent la capacité de transformer leurs mains en serres osseuses. J’avais face à moi une tueuse, c’était une certitude… Et son métier confirmait mon impression. Chasseuse de monstre alors ? Pas un métier courant, de là où je venais… Mais quelque chose de certainement passionnant. Passer sa vie à traquer et tuer des créatures immondes n’était pas exactement l’existence que j’aurais choisi, mais je pouvais voir ce qu’on pouvait y trouver d’attirant… Jusqu’au moment où vous comprenez que vous serez changé à jamais par cette expérience. Je suppose que l’on peut dire cela de toutes les occupations, et j’en suis certainement un excellent exemple… Mais le changement était souvent moins « littéral ». A nouveau, mon esprit me rappela à l’ordre. J’avais été, pendant un certain temps, une déesse que personne n’approchait, enfermée dans sa tour de basalte, régnant sur un Empire plus grand que n’importe quel autre. Ma vie m’avait changée également… Mais pas physiquement.
Toutefois, l’explication à ses « particularités » semblait trouver son origine dans… Ses habitudes alimentaires ? Plus sérieusement, ce qu’elle avait l’habitude de traquer avait visiblement un peu trop déteint sur elle. Un effet secondaire indésirable ? Peu probable. Elle utilisait visiblement ce genre d’ « atouts » pour prendre l’avantage sur ses adversaires. A nouveau, cela me rappelait des souvenirs… Evoluer ou mourir, une constante absolue, pour elle comme pour moi. Sa conclusion faillit toutefois provoquer mon hilarité. Les pires monstres étaient donc des humains ? C’était étrange je ne m’en serais jamais doutée… Ou alors, cela était une évidence absolue pour quelqu’un qui a embrassé cette voie. J’étais un démon pour beaucoup de personnes sous mon règne, qui étaient parfaitement incapables de se rendre compte de ce que je leur apportais en échange de mon pouvoir absolu. Si cette jeune femme avait vécu dans mon monde, il n’était pas impossible qu’elle se soit mise sur les traces de moi et mon mari dans le cadre de son métier… Après tout, il est peu de monstres plus nécessaires à éliminer que ceux qui prétendent gouverner à la destinée des hommes. Et je n’étais qu’une demi-déesse. Que dire des véritables dieux, si tant est qu’ils existaient ?

Entre l’amusement et la curiosité, je reprenais quelques cuillères de ma soupe, avant de l’éloigner de moi, signe que je n’avais plus faim. La serveuse venait de repartir, mais elle aurait tout le temps de débarrasser la table plus tard… Et de satisfaire une autre commande de ma part. Je finissais mon gobelet d’alcool tout en écoutant mon interlocutrice qui me posait dorénavant des questions sur mes pouvoirs. Une question qui avait des échos douloureux pour moi… Mais très certainement une question légitime. Il me fallait donc y répondre du mieux que je le pouvais. Concentrant ce qu’il me restait de puissance, j’étendais mes dons de télépathe vers l’esprit de la jeune femme qui me faisait face. J’aurais été capable de la lessiver d’un geste, tout en dévoilant tous ses secrets il y a quelques jours encore. Actuellement, il me fallait toute ma concentration pour ne serait-ce qu’effleurer son esprit. Et c’était parce qu’elle ne s’y attendait pas le moins du monde. Mon visage était bien sûr resté impassible, mais j’exultais presque d’avoir été capable de capter quelques-unes de ses pensées. Je prenais donc la parole, d’un ton légèrement espiègle, pour me moquer gentiment de ma compagne :


« -Vous allez avoir du mal à me blesser en mentionnant mon impuissance actuelle vous savez, je ne suis plus une enfant depuis un certain temps. Et, puisque cela semble vous intéresser, vous pouvez finir mon bol, je n’ai plus faim de toute façon. »
J’attendais quelques secondes que la déclaration fasse son effet, consciente que la plupart des gens étaient passablement surpris la première fois que je lisais dans leur esprit. Je ne pouvais encore qu’égratigner la surface de la conscience, mais c’était un début. Une fois le choc initial passé (tout au moins je le supposais, mon interlocutrice ne se désarmait pas si facilement), je reprenais de la même voix joueuse :
« -Regardez sur votre droite. »
Tout en disant cela, je m’emparais par la pensée du verre de l’un des habitués, qui ouvrit des yeux ronds en voyant son breuvage prendre les airs. Après quelques secondes, je lançais celui-ci à faible vitesse dans le dos de l’un des autres « client », qui se retourna, l’air patibulaire, en direction de ma première victime, parfaitement innocente. Visiblement énervé, il lui flanqua un joli crochet du droit dans le visage, et quelques secondes plus tard à peine, c’était une rixe générale qui animait la taverne, pour mon plus grand plaisir. Mon visage ne laissait certes apparaitre qu’un sourire en coin, mais j’étais heureuse de pouvoir utiliser mes pouvoirs… J’avais encore les bases. Et voir quelques idiots se taper dessus était un spectacle divertissant.
Après quelques secondes supplémentaires à profiter du spectacle, je ramenais l’attention de Valentine à moi en murmurant, malgré le bruit ambiant :

« -Je suis télépathe, et je maîtrise également la télékinésie. Je ne vous ai bien sûr pas encore parlé de mes dons d’élémentaliste, mais je me vois mal vous les présenter ici sans réduire l’établissement en cendres… Ou en miettes. Le changement de monde a certainement heurté mes facultés, mais je n’en suis pas complètement dépourvue… Et plus important encore, je sais encore comment les utiliser intelligemment. »

Je marquais une pause, laissant mon annonce être analysée par celle qui me faisait face. Elle était une tueuse, mais elle avait également compris que j’en étais également une. Et si je ne doutais pas qu’elle avait pris son content de vie avant d’arriver ici, cela n’avait pas commune mesure avec ce dont j’avais été capable… Ce dont je serais à nouveau capable. Si j’étais suffisamment prudente pour survivre jusque-là, en tout cas. J’avais le savoir et l’expérience… S’il me fallait juste patienter jusqu’à ce que mes pouvoirs reviennent, cela ne serait pas trop difficile. Et m’engager sur un bateau pirate me permettrait d’attendre suffisamment longtemps, tout en prenant un minimum de risque. Je sais, la vie de hors la loi est loin d’être parfaitement paisible, mais vous n’avez pas idée à quelle point elle est plus sûre que celle qui consiste à faire partie d’une armée. Qui plus est, en tant que navigatrice, il était peu probable qu’on me demande de combattre aussi souvent que le reste de l’équipage… Vous savez, un navire, même en plein abordage, a besoin d’être dirigé.
Enfin, j’avais dissimulé quelques-unes de mes capacités à mon interlocutrice. Vous savez, dévoiler tous vos tours est quelque chose de particulièrement risqué, et je n’étais pas quelqu’un de particulièrement casse-cou. Non, mon ancienne immortalité n’était pas à mentionner… Ni les effets néfastes de mes capacités sur la santé des personnes qui s’opposaient à moi. Enfin, je veux parler de la capacité que j’avais à provoquer des maladies plus ou moins grave… Non, parce que le reste de mes pouvoirs a souvent des conséquences passablement… Fatales sur mes cibles. Mais il n’est pas nécessaire d’épiloguer plus que ça sur le sujet, je pense que vous l’aurez compris. Mes yeux étaient à nouveau plantés dans ceux de la femme qui me faisait face, tentant de jauger sa réaction… Etait-elle impressionnée ? Ou simplement amusée ? Je n’y voyais pas la moindre condescendance en tout cas, ses propres capacités ne devaient pas être bien plus avancées que les miennes. Mon regard ne s’éloigna que lorsque la serveuse revint, et je levais vers elle des yeux soudainement adoucis pour lui demander d’un ton aimable :


« -Pourriez-vous m’apporter du thé pour conclure ce repas ? Je vous remercie. »

La jeune femme leva un sourcil surpris… Peu de chance que l’on s’adresse aussi poliment à elle régulièrement ici. Nous devions être les premiers clients à ne pas tenter de lui attraper les fesses depuis… Peut-être bien la création de la taverne. Ou pas loin. Elle hocha toutefois rapidement la tête avant de s’en repartir vers la cuisine. Mon regard se posa à nouveau sur ma vis-à-vis, moins perçant que précédemment. Je prenais à nouveau la parole pour lui poser une ultime question :

« -Je suppose qu’en tant qu’élue, vous êtes également affaiblie. Quelles sont donc vos capacités ? Mieux encore, que pouvez-vous me dire de celle des autres membres de l’équipage ? »

L’interrogation était innocente, portée par ma curiosité. Il serait certes intéressant d’apprendre à connaître mes compagnons de voyage avant même de les rencontrer, mais j’aurais tout aussi bien pu leur poser la question un peu plus tard… Si l’on n’incluait pas ma curiosité dans l’équation. Qui plus est, cela me donnerait l’occasion d’avoir le point de vue de Valentine sur ses camarades, ce qui n’était jamais une mauvaise chose. Les relations entre les personnes sont presque aussi importantes que les personnes elle-même. Finalement, la serveuse revint avec ma commande, et je commençais à siroter la boisson chaude sans plus attendre. Bergamote. Pas de chance.
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Jeu 22 Oct - 0:20

Valentine haussa un sourcil en entendant la réponse de la femme à laquelle elle s’adressait répondre à une question qu’elle n’avait … Pas posé. Ce n’était d’ailleurs même pas une question mais un constat qu’elle s’était faite à elle-même : dans tous les cas, elle pensait bien trop bas pour que qui que ce soit, même avec une audition surdéveloppée, ne puisse détecter cela … encore que. Ne parlaient-elles pas de capacités magiques après tout ? Redescendant lentement son sourcil avec une expression qui s’était un poil orienté vers l’amusement, la traqueuse suivit la directive consistant à regarder dans une autre direction, et ne put s’empêcher de pouffer en voyant la rixe éclater ainsi. Elle n’aurait peut-être pas dû, mais elle était si habituée à ce genre de violences gratuites, que savoir l’origine de ce pugilat avait un aspect clairement comique. De la brutalité pure, dure, et inutile … elle aurait pu rester à assister à ce genre de spectacle pendant des heures. Oui … Chasser les monstres avait tendance à lentement faire dévier l’esprit des personnes qui exerçaient ce métier vers quelque chose de bien plus sombre qu’à la base. Revenant cependant à son interlocutrice, elle eut un petit sourire au « réduire l’établissement en cendres », même si elle s’abstint de commenter. Il était une chose d’avoir un commentaire blessant involontairement : c’en était une autre de provoquer quelqu’un pour le mettre au défi de réaliser ses paroles, ou de souligner un aspect négatif de sa situation. Voyant que la serveuse revenait, la vampire leva un doigt alors qu’elle allait partir, lui souriant … derrière son masque, malheureusement.

Un thé également, s’il-vous-plaît.

Effectivement, la politesse ne semblait pas être une vertu qu’elle avait souvent rencontré chez les clients du bar … Mais elle avait l’air de l’accueillir avec une certaine forme de joie : elle s’empressa de disparaître dans la cuisine. Quant à la demi-elfe, elle soupira un petit instant en fixant la porte, avant de tendre le bras, et de doucement saisir le bol, qu’elle tira vers elle sans beaucoup plus de manière. Après tout, il était impoli de refuser un « cadeau » … Et idiot de prétendre qu’elle n’avait pas si faim que ça, et pouvait parfaitement s’en passer. Certes, c’était le cas, mais puisqu’elle pensait littéralement l’inverse … autant se donner raison. Cependant, elle n’eut pas le temps de reprendre sa cuillère pour la plonger dans le liquide en préparant sa réponse qu’un … couteau se planta dans la table, à quelques centimètres de son bras. Si l’attaque l’avait visé, la vampire aurait probablement eu un réflexe défensif de quelque sorte que ce soit, mais elle n’avait pas trouvé nécessaire de bouger outre mesure … même si elle tourna tout de même la tête vers le matelots qui venait de faire ça, le jaugeant du regard.

On … Peut savoir ce qu’il se passe ?
Hors d’ici, câtin.
J’vous demande pardon?
Vous pensez que j’vous ai pas reconnu? Z’êtes l’autre diablesse venue hier soir avec la capitaine rousse, qui avez failli égorger quelqu’un !
C’est vite dit ça, d’autant que
LA FERME ! Vous pensez que j’vous ai pas vu, toutes les deux ? Vous vous tournez vers une table, et oh, magie ! Un verre vole tout seul ? z’avez envie de savoir ce que ça fait, des marins qui se battent ? ça vous amuse, de regarder des mecs virils se foutre sur la gueule devant vous ?
… Est-ce que vous pourriez baisser d’un ton ? J’ai les oreilles sensibles …
Non de … T’es même pas humaine, en fait ! Elue ou pas, ça te fais une raison de plus de te tirer d’ici avec ta copine, et tout de suite !

L’elfe de brume ferma les yeux, et soupira par le nez. En tant qu’être d’une patience relativement exceptionnelle, elle savait pertinemment qu’il serait sans intérêt de tenter d’argumenter face à quelqu’un d’ivre, de hargneux, et visiblement de limité mentalement … encore que l’alcool aidait peut-être. Posant un poing sur la table, elle se redressa, se mettant face au marin. Ce dernier décrocha son couteau de la table, et sourit, dévoilant des dents jaunes et en mauvais état … Lorsqu’elles n’avaient pas étés chassées par le scorbut. La vampire resta cependant impassible, le toisant sans le juger, croisant les bras sur son torse.

Vous n’avez pas terminé votre phrase.
Pardon ?
Normalement, c’est « dégagez d’ici, et tout de suite, ou sinon …
« ou sinon … » … Ou sinon je te fais sortir moi-même ?
Ah, quand même. Non, mais parce que … comment dire. J’ai passé une bonne partie de mon existence à vivre pour des « ou sinon ».

Le marin haussa un sourcil, ne comprenant pas vraiment ce qu’on venait de lui dire. Un direct en plein mâchoire sembla vouloir venir l’aider à améliorer sa compréhension, le faisant reculer sur quelques pas, alors que la demi-elfe se frottait les phalanges, les faisant craquer de manière sonore. Même si elle avait constaté la diminution drastique de ses capacités physiques, elle n’avait pas eu le temps d’en constater toute l’étendue … et ceci était un bon moyen parmi d’autres, après tout. La réaction de la majeur partie de la population de la taverne – à part la serveuse, qui sortait tout juste de la cuisine, et du barman, qui avait malheureusement l’habitude – fut de former un cercle autour des deux individus, poussant des cris relativement primaires destinés à encourager le combat. Cela tombait bien, « madame » avait parlé d’une démonstration de ses pouvoirs, un instant plus tôt … autant lui donner un petit spectacle en prime, à elle aussi. Lentement, le marin se frotta le menton, les yeux plissé, et serra les poings. L’hybride de sang lui fit signe d’approcher avec ses doigts. Et le combat commença.

En plusieurs siècles, Valentine avait passé la majeure partie de son temps à « chasser ». Ce qui impliquait de trouver des traces, pister des proies. Cela impliquait d’apprendre à mieux connaître son adversaire, trouver un moyen de le tuer bien sûr … Et surtout, cela impliquait de délivrer une mort rapide mais inévitable, sans quoi un combat pouvait s’engager … Et un bon chasseur ne fait pas forcément un bon guerrier. Cependant, auprès de Nathaniel, elle avait appris à quel point savoir se débrouiller pour ressortir victorieux d’un duel pouvait être gratifiant … et bénéfique, bien sûr. Ici, ce n’était pas un combat à mort : la seule contrainte qu’elle s’imposerait donc serait de ne pas faire usage de ses griffes … Ni de ses crocs, mais cela coulait de source. Son adversaire était peut-être plus fort physiquement qu’elle : en tous cas, il était bien plus lourd et imposant … elle pouvait utiliser ça à son avantage. Le laissant lancer les premières attaques, elle se contenta dans un premier temps d’observer ses mouvements, et d’esquiver. Ses yeux jaunes détaillaient le corps de son adversaire d’une manière particulièrement insistante : elle cherchait à observer ses appuis, ses gestes. Les articulations sur lesquelles il se reposait le plus, les flancs qu’il exposait. La manière qu’avait son torse de se soulever lorsqu’il inspirait ou expirait … Oui, elle avait passé une énorme partie de son temps à chasser. L’observation, l’apprentissage … ça avait été son quotidien. Mais elle avait eu affaire à plus que son comptant d’hommes ou de femmes à abattre également … et ce qu’elle affrontait n’était rien de plus qu’un humain.

Esquivant un énième crochet, elle glissa un coup de poing précis sur les côtes de son adversaire, avant de reculer d’un bond. Ce dernier poussa un glapissement, avant de se remettre en garde … Premier coup reçu de la soirée. Il tenta de se jeter sur elle, de la ceinturer de ses bras : un coup de genoux en plein ventre coupa toute la force qu’il mettait dans son geste, et il fut repoussé en arrière sans cérémonie. Un direct au visage ? La vampire cala un coup de coude sur son bras pour le dévier de sa course, et son autre poing dans son visage. Au bout de quelques minutes de combat, le marin était perclus de courbatures particulièrement prononcées et avait une lèvres enflées, sans parler de son œil droit, alors que la semi-vampire semblait aussi fraiche qu’au début … encore qu’elle respirait un peu plus rapidement que ce qu’elle n’aurait désiré. Quant à ses attaques, elles étaient précises, certes, mais pas assez puissantes… A son plein potentiel, elle lui aurait probablement brisé plusieurs os, à ce stade. Le matelot, qui semblait passablement au comble de la fureur, dégaina soudainement de nouveau sa lame, et tenta une attaque directe. Val’ n’eut que le temps de saisir la lame entre ses doigts, lui faisant émettre un crissement atroce … et la bloquant. L’elfe avait peut-être reculé sur 20 centimètres : elle tenait le couteau devant elle, l’empêchant d’avancer grâce à ses griffes … elle dégainait toujours aussi vite, heureusement. Plissant les yeux, elle tira d’un coup sur l’arme, l’arrachant à son propriétaire, avant de lui coller une droite. Cette dernière envoya l’homme à terre, la moitié du visage en sang .. Le dos des griffes n’était pas du tout aussi tranchant que l’intérieur, mais il restait des plus résistants, et quelques pointes dépassaient légèrement. Pour une peau non protégée …

Qu’est-ce que … ma … Ma joue … j’me rends ! M’tuez pas !
Je rêve … ou tu viens de tenter de me poignarder ?

Laissant l’arme tomber à terre, l’elfe de brume fit un pas. Son ton était si glacial que le marin, malgré son ivresse et sa trouille, n’avait pas osé répondre. Elle s’arrêta entre ses jambes, le toisant de haut. Puis, lentement, ses brumes se mirent à tomber de son manteau, à la recouvrir … sans que personne ne comprenne. Un instant plus tard, la fumée se volatilisait, ne laissant une fois de plus aucune trace de l’elfe derrière elle. L’ivrogne à terre, premier surpris, la chercha des yeux pendant quelques instants, le regard fou. Puis, quelque chose se saisit d’une de ses bottes, lui faisant pousser un hurlement. Une force visiblement invisible souleva une de ses jambes, et le traîna purement et simplement sur le sol, dehors, où elle le laissa retomber. Lentement, redevenant visible alors qu’elle marchait pour se diriger vers sa table, l’elfe de brume revint dans la taverne, à sa place, à laquelle elle s’assit. Le blanc général qu’elle avait causé sur la taverne lui importait peu … mais elle ne l’aimait pas pour autant.

Et bien … Désolée pour le dérangement. Regardant la serveuse, elle sortit quelques pièces de sa bourse, les déposant sur la table. On était très loin du compte : elle venait probablement de poser l’équivalent, en or, de 4 à 5 fois le prix de ce qu’elle avait mangé … Un manque à gagner pour ce que la baston engendrerait comme pertes, ce soir. « Madame » ? Je vous propose de nous retirer … Nous avions fini de manger, de toute manière.

Se détournant ensuite sans laisser la moindre émotion se faire voir sur la partie de son visage qui était accessible aux yeux de tous, elle quitta la salle, s’arrêtant à peine à quelques mètres de l’entrée pour être certaine que la cartographe la rejoindrait. Dans la nuit, elle distingua plus loin la silhouette du marin, qui rentrait peut-être chez lui cuver son vin … quelque chose du genre, sûrement. L’elfe de brume était à la fois déçue par la performance qu’elle avait offert, et satisfaite de constater qu’elle restait bien au-dessus d’un humain lambda, en ce qui concernait un duel « équitable » … Heureusement, la plupart de ceux qu’elle mènerait à l’avenir ne le seraient pas pour un sous. Un pirate, se la jouer franco ? Elle s’amuserait plutôt à se balader sur les ponts, à poignarder ses adversaires dans le dos les uns après les autres oui … enfin. C’était un avenir proche, mais pas immédiat.

Et bien… Vous avez eu un résumé plutôt complet de mes capacités. De la technique, des griffes, devenir invisible … J’avais aussi quelques bottes secrètes, mais je connais mal l’environnement de ce monde, et je risque de patienter un peu avant de me re-essayer à l’alchimie. Quant à ma force et à ma vitesse … Je suppose que vous vous en doutez, mais elles étaient bien supérieures, à l’origine. Quant aux pouvoirs de mes « compagnes », je pense qu’il serait plus sage de leur demander directement … Je ne tiens pas à faire preuve de mauvaise volonté, mais je ne suis pas certaine de les connaître assez bien pour faire une description fiable … Et je m’en voudrais de vous induire en erreur. Enfin … je suppose que ça ne vous dérange pas de faire connaissance avec le bateau à bord duquel je cherche à vous engager ? Oh, et au passage … Je peux passer au tutoiement ? Question d’habitude … Et de hiérarchie, aussi. L’apparence, les codes … ce genre de choses. Je peux garder le « madame » quand même, bien entendu.


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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Sam 24 Oct - 2:34

L’air glacé de la nuit me frappa alors que je sortais de la chaleur étouffante de la taverne. Si je n’avais aucun problème avec les basses températures habituellement, le changement brutal me fit frissonner un instant. Je reprenais toutefois le contrôle de mon corps rapidement, fermant doucement la porte de l’établissement derrière nous. Notre sortie n’avait pas exactement été des plus discrètes, malgré les dons pour l’invisibilité de ma compagne. Le combat qui l’avait opposé à un soulard quelconque m’avait à peine laissé le temps de finir mon thé, et nous étions sorties prestement, alors que la taverne restait figée par le spectacle… Pas exactement le genre d’attention que je recherchais, pour tout dire, mais il fallait composer avec les évènements. La scène aurait toutefois pu tourner bien plus mal… J’avais failli relâcher mes pouvoirs sur le malheureux lorsqu’il avait sorti sa lame, mais Valentine m’avait prise de vitesse… Et nous nous en tirions ainsi avec une humiliation publique plutôt qu’un meurtre. Il est à noter que je suis moins magnanime que la semi elfe, et si une personne s’était amusée à me confronter ainsi, elle aurait probablement fini six pieds sous terre avant d’avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Ce qui nous faisait revenir au même point. Heureusement que la jeune femme avait réagi rapidement.
Alors que je me plaçais à côté d’elle en quelques pas, elle commença à me parler, ses yeux fixés sur le dos sa victime, qui fuyait aussi vite que pouvait lui permettre son pas peu assuré. Le spectacle était affligeant. Les paroles de ma compagne l’étaient beaucoup moins… Mais je regrettais tout de même qu’elle ne puisse m’en dire plus sur ses compagnes. M’aventurer sur un vaisseau inconnu sans savoir ce qui m’y attendrait n’était pas dans mes habitudes… Mais il fallait m’adapter si je voulais survivre, et je n’aurais probablement pas trop de mal à supporter ce petit désagrément. Qui plus est, j’aurais l’occasion de découvrir les capacités de chacun bien assez tôt, la piraterie impliquant des affrontements réguliers. Je remisais donc dans un coin cette petite déception, écoutant d’une oreille distraite les dernières paroles de la tirade énoncée par ma compagne. L’apprentissage de l’étiquette de pirate, visiblement. Ou de la non étiquette, en l’occurrence. Une différence relativement importante avec mon environnement habituel, mais qui ne bousculait pas mes habitudes plus que cela… Tant que les hommes ne s’amusaient pas à lancer des commentaires grivois à mon passage, tout allait bien se passer… Et dans le cas contraire, je m’assurerais que cela soit le cas, qu’importe la manière. Je répondais donc à la semi elfe d’un ton posé :


« -J’aime autant… Mais oui, vous pouvez me tutoyer autant que vous le souhaitez, d’autant plus que nous risquons de cohabiter un moment. J’espère que vous ne verrez en revanche pas d’inconvénients à ce que je reste plus formelle, les vieilles habitudes ont la peau dure. Dans tous les cas, allons-y, autant faire connaissance avec nos prochains appartements dès maintenant. »

Je n’étais pas encore parfaitement convaincue par l’idée de m’engager en tant que Pirate, mais cela viendrait sans doute bien assez tôt. J’attendais toutefois d’avoir toutes les cartes en main pour décider… Cela définirait probablement mon existence pour les prochains mois, voire années, si je ne retrouvais pas mes pouvoirs d’ici là… Ce qui n’était pas une décision à prendre à la légère. Mais une certaine forme d’attirance pour l’inconnu jouait également un rôle dans ma décision… Après avoir été Impératrice, comment imaginer un changement de vie plus radical que celui-ci ? Je n’avais pas la réponse… Mais essayer quelque chose de nouveau, pour contraster avec la mélancolie dans laquelle avait tendance à me plonger ma présente situation était plus que tentant. Oublier quelques temps tous mes problèmes, et jouer au loup des mers, vivant de meurtres et de pillages… Pourquoi pas après tout ? C’était un moyen comme un autre de se procurer de l’argent, et ça avait l’avantage d’être dangereusement grisant. Non, ma décision n’était pas prise, mais il y avait un certain nombre d’arguments dans la balance, qui était encore trop équilibrée pour me permettre d’obtenir une décision définitive. Pour l’instant toutefois, je jouerais à la volontaire enthousiaste, histoire de découvrir au mieux cet environnement… Et il me resterait toujours l’option de la fuite, dans le pire des cas. Peu de chance qu’ils prennent bien un refus de ma part, après m’avoir dévoilé leurs secrets.
Plongée dans ma réflexion, je notais à peine le paysage qui défilait autour de nous, au fur et à mesure que nous avancions vers la côte. Seules les torches parsemées ça et là sur les murs des maisonnettes composant le village attiraient mon regard de leur éclat ambré, me faisant relever la tête un instant pour les contempler, avant de retourner à ma concentration. Ma compagne était également parfaitement silencieuse, presque trop… Je n’entendais pas le bruit de sa respiration, et le bruit de ses pas était feutré, tandis que les miens claquaient sur le pavé de la bourgade. Elle aussi avait gardé ses habitudes, c’était à n’en pas douter… Et la dissimulation faisait partie de la chasse, après tout. Si votre proie vous sent venir, peu de chance qu’elle vous attende bien sagement. C’était la même chose en politique après tout, quelqu’un se sachant la cible d’un complot était en général bien plus difficile à coincer que l’inconscient qui ne se doute de rien. J’avais réussi un ou deux coup d’éclat en dissimulant à mes victimes leur sort, jusqu’à ce que celui-ci soit parfaitement et ultimement scellé. Nous avions un certain nombre de choses en commun, mais également beaucoup à apprendre l’une de l’autre, je n’en doutais pas une seconde. Et elle pourrait constituer un allié de choix, une fois sur le vaisseau…Car si les luttes d’influence avaient lieu jusque dans la plus insignifiante des cours de province, il était évident qu’elles prendraient également place sur un navire de hors-la-loi, surtout en l’absence de règles bien définie. Je ne souhaitais pas m’attirer les foudres d’autres élus actuellement, mais qui pouvait savoir ce dont demain serait fait ?

Sur ce mot d’esprit particulièrement peu original, la grande étendue bleutée de l’océan se dévoila devant nous. Nous avions atteint les docks, par lesquels j’étais passée un peu plus tôt dans la journée, et si ma mémoire était bonne, le Nidhogg ne se trouvait qu’à quelques dizaines de mètres de l’endroit où nous nous trouvions. Mon impression fut renforcée par la vision des grands mats qui dépassaient sans peine ceux des autres embarcations du port. Il nous était toutefois partiellement caché par un sloop amarré entre sa carcasse imposante et nous, m’empêchant de distinguer les détails du bâtiment. J’étais passée à proximité un peu plus tôt dans la journée, mais si ma curiosité avait été piquée par son apparence inhabituelle, je n’avais pas pris la peine de l’examiner en détail. Il faut dire que je ne me doutais pas encore que je risquais d’appareiller à son bord quelques jours plus tard. Après avoir marqué une courte pause, je me remettais donc en marche vers le lieu où était amarré le monstre, sa taille augmentant à chaque pas. Il était véritablement plus imposant que n’importe lequel des autres bateaux du port, et c’était à se demander comment il avait réussi à ne pas s’échouer alors que l’embarcadère ne devait pas avoir une profondeur d’eau bien importante.
Après quelques secondes supplémentaires de chemin, le tout en silence, moi et Valentine nous arrêtâmes au pied de la coque de ce géant des mers. Je percevais la passerelle qui nous permettrait d’accéder au pont à quelques pas, sur notre gauche, mais je marquais à nouveau n temps d’arrêt pour contempler mon possible futur foyer. Il y avait un point positif à cette histoire : il existait peu de vaisseaux plus imposants que celui-ci à ma connaissance, ce qui devrait satisfaire ma mégalomanie quelques temps. Oui, je suis réaliste sur mes défauts, mais que voulez-vous… Quand on vit ma vie, si l’on n’apprend pas de ses faiblesses, elles seront votre chute. Mon orgueil m’avait trahi une fois, et je m’étais arrangée pour le faire taire lors de la prise de décisions importantes. Dorénavant, il faudrait que je sache rester humble pour survivre dans ce monde ci. Tout au moins, tant que mes pleins pouvoirs ne me seraient pas revenus. Une fois cela fait… Alors j’aurais la possibilité de détruire quiconque se mettrait en travers de mon chemin, ce qui laisserait à mon ambition tout le loisir de s’exprimer. Mais à nouveau, cela n’était pas pour tout de suite.
Je brisais finalement le silence, d’une voix calme mais marquée par une pointe de curiosité :


« -Nous voici donc arrivés à destination… Me présenteriez-vous le vaisseau, et ses occupants ? »

L’invitation était en réalité rhétorique, puisque c’était précisément la raison de notre présence ici. De ma présence, en tout cas. Je décelais un hochement de tête subtile de la part de Valentine, avant que celle-ci ne s’aventure sur l’étroite passerelle qui nous mènerait à bord. Le bois, solide, craquait doucement sous ses pas, comme le reste du Nidhogg au demeurant. Les cordages, tendus puis relâchés par la brise claquaient par intermittences, et la coque toute entière émettait régulièrement les bruits habituels d’un bateau, en craquant et grinçant en différentes parties de sa structure. Si je n’étais pas une grande habituée de la navigation, j’avais déjà été à bord d’un vaisseau, ou même plus simplement dans un port. Ce genre de son était presque assourdissant, une fois sur les quais d’un comptoir marchand. J’emboîtais finalement le pas à la jeune femme, grimpant à bord en quelques secondes. Le pont était désert, si l’on ne comptait pas les quelques gardes, à cause de l’heure tardive… Mais on pouvait entendre les éclats de voix des marins sous nos pieds, probablement en train de s’amuser autour d’un tonneau de rhum ou de saké. L’éclairage léger que la lune posait sur la scène rendait le tout presque surréaliste, faisant ressembler cet ensemble de cordages et de bois à un espèce de royaume fou où les lois de la logique n’auraient pas cours… La seule chose qui m’ancrait finalement dans la réalité, c’était le brouhaha à l’étage inférieur. Pour une première impression, elle était assez surréaliste… Mais mon pragmatisme avait toujours été l’un de mes points forts, et je gardais donc un visage de marbre en attendant que Valentine me guide vers notre prochaine destination.
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Lun 26 Oct - 0:29

Valentine avait toujours aimé la nuit. Bon, peut-être pas tant que ça avant son 20ème anniversaire, mais … à cette époque, elle ne savait pas réellement ce que c’était. Elle ne percevait qu’un affaiblissement énorme de la lumière produite par les gemmes qui illuminaient sa ville natale, Talassia, et un ordre simple : aller se coucher. Ce n’était que lorsqu’elle avait quitté les immenses grottes dans lesquelles étaient bâtie la ville, et donc qu’elle avait atteint la surface d’Era Necrolia qu’elle avait réalisé ce que le soleil, la lune, les étoiles, le ciel … Et elle avait, de très loin, tout de suite préféré l’environnement nocturne. Ça ne tenait pas qu’à ses capacités d’être nyctalope, ou aux cycles de sommeils « décalés » qu’elle possédait déjà à l’époque … elle trouvait le ciel bleu clair triste, fade. Trop facilement gris, il ne lui inspirait qu’une immensité vide … Alors qu’au contraire, lorsque les étoiles apparaissaient, elle pouvait contempler, sans jamais parvenir à les compter toutes, un millier, un million peut-être de destinations possibles, si loin … Lorsqu’elle avait passé sa vie avec « lui », ils avaient tous les deux rapidement partagé cette préférence pour les heures qui suivaient le crépuscule, et elle ne dénombrait même plus les heures qu’ils avaient pu dépenser à ne rien faire, allongés sur le dos, sur le toit d’une grange ou au cœur d’une forêt, a simplement observer la course du croissant de lune … Et après sa « vampirisation », cet attrait était presque devenu une seconde nature. Il ne fallait pas croire un instant que sa condition la rendait intolérante au soleil (du moins, pas plus qu’elle ne l’était déjà, compte tenu de la sensibilité de ses yeux à la lumière) ou quelque fable du genre, mais simplement … Elle ne se sentait pas à l’aise dès qu’elle était exposée. La lumière mettait bien trop en valeur la pâleur de sa peau, ou l’aspect « négligé / sale » de sa chevelure. Et puis, avec le masque qu’elle portait, elle faisait presque tâche dans le paysage … La nuit avait le bon goût de moins permettre tout jugement sur l’apparence des gens, puisque ladite apparence était moins perceptible. Enfin, après tout, le Nidhogg était lui-même un navire des moins rassurants … lui aussi.

Cette réflexion, et ce flot de souvenirs, avaient permis à la semi-elfe de ne littéralement pas voir le voyage s’écouler. Bon, d’un autre côté, ce dernier n’était pas bien long il fallait l’admettre … Mais tout de même. Remontant doucement la passerelle en bois qui permettait d’accéder au navire, l’hybride ne s’arrêta d’avancer qu’une fois sur le pont, où elle se décala légèrement pour permettre à l’autre élue de passer, et cala ses poings sur ses hanches en l’observant avec un petit sourire, bien moins visible à travers son masque sans source de lumière proche … Visiblement, une partie de l’équipage était restée à bord : la majorité avait cependant dû retourner à terre, « chez eux », le temps que les derniers préparatifs soient réglés et que le navire ne prenne la mer. S’approchant de la balustrade, la vampire posa un pied dessus, s’appuyant légèrement et observant les longues planches de bois fixées les unes aux autres qui permettaient d’arriver ici. Elle ne servirait probablement plus à rien pour ce soir … autant la retirer.

Et bien, commençons les présentations tout de suite … Aylith, je vous présente le Nidhogg. Nidhogg, voici Aylith, notre nouvelle maîtresse navigatrice … Il va falloir que tu lui fasses un petit coin pour elle, à elle aussi. Mais en premier lieux, ce serait bien si tu repliais ta passerelle, je doute qu’on reçoive encore qui que ce soit d’autre ce soir …

Le vent seul sembla répondre à cette demande … pendant un temps. Puis, de manière lente, comme s’il rechignait à obéïr à quelqu’un d’autre que sa maîtresse directe, le bois défia purement et simplement toutes les contraintes que lui aurait imposées sa normalité … Mais ce même bois dans lequel était fait le vaisseau était tout, sauf normal. Remontant dans les airs avec quelques grincements caractéristiques, la passerelle de bois se replia en même temps, se fondant en un rien de temps dans l’architecture même du navire, formant une sorte de promontoire rappelant la sinistre « planche » à laquelle personne, sur quelque navire que ce soit, n’avait envie de faire face … L’observant pendant un instant, l’hybride se recula ensuite, pivotant pour faire face à la maîtresse d’équipage à laquelle elle indiqua l’accès aux ponts inférieurs, d’où venaient les bruits qu’émettaient les matelots en train de festoyer. La semi-vampire espérait juste qu’ils ne forceraient pas trop, avec l’alcool … Elle ne tenait pas à avoir à commander un équipage rendu incompétent par une gueule de bois le lendemain.

Merci … Comme vous pouvez le constater, quand je disais que ce navire était « spécial », je ne mentais pas. A côté, je pense que si je lui demandais de me pêcher un poisson et de me le faire cuire, seul le vent répondrait à ma demande … Ce bâtiment est aux ordres de son capitaine, et par délégations de certaines personnes en-dessous ... mais ne vous attendez pas à ce qu’il fasse tout de lui-même. Sans cela, pourquoi besoin d’un équipage, d’ailleurs … Pour le reste, je ne vous apprend rien vis-à-vis du fait qu'il soit à même de rivaliser avec nombre de forteresses flottantes d’assez gros gabarit : il possède une puissance de feu qui devrait nous permettre d’attaquer nos cibles sans trop de problèmes … Du moins, en attendant de disposer de nouveau de nos pouvoirs, avec lesquels « pas trop » deviendrait plutôt un « pas du tout ». Je vous aurais bien conduit voir les matelots, voir montré directement où se situait la chambre que vous alliez occuper, mais … à la réflexion, mieux vaut peut-être que vous rencontriez mademoiselle Fortune en personne en premier lieu, n’est-ce pas ?

Joignant les actes aux paroles, elle se mit doucement à avancer, les mains un peu croisées dans le dos, se dirigeant vers les quartiers des officiers du navire. Bien entendu, vu l’importance du poste, « Madame » n’allait pas dormir avec les marins – grand bien lui en fasse, mais autant qu’elle voit déjà quelques visages, parmi ceux qu’elle allait côtoyer de manière si fréquente au cours des prochains jours, semaines … et plus. Et même si elle ne l’exprimait pas explicitement, Valentine préférait tout simplement être à 100% certaine qu’elle serait de l’aventure, avant de la présenter à qui que ce soit … Instinct pratique, probablement. En quelques pas et peut-être une minute de marche, elles avaient rejoint la porte que cherchait la vampire : cette dernière tenta de toqua sur le battant, sans y parvenir … il s’était ouvert trop tôt, et tout seul. Affectant de ne pas avoir été surprise par ce fait, auquel elle finirait bien par s’habituer au bout de quelques temps, la demi-elfe de brume pénétra dans la pièce, où ses oreilles perçurent quelque chose de familier … Des jurons vis-à-vis d’une carte de qualité médiocre. Cela fit sourire la chasseuse, qui se tourna vers l’humaine à côté d’elle, sans préciser la source de son amusement. Pénétrant plus avant dans la luxueuse cabine, il ne lui fallut pas aller bien loin pour trouver son capitaine, penché sur une table, en train d’étudier quelque document dont on devinait la nature. Attendant qu’elle ne leur fasse face, la vampire passa ses bras sur son torse pour les croiser là aussi, se plaçant légèrement en retrait.

Capitaine ? Voici « Aylith Loa », élue, magicienne, et postulante pour le poste de maître navigateur pour lequel nous n’arrivions à trouver personne. Aylith, Dahlia Fortune, Capitaine du Nidhogg, et élue également comme je vous l’avais dit plus tôt. Bien … je suppose que personne n’a quitté le navire en mon absence ? Sans ça, il faudrait que je retourne déployer la passerelle, peut-être …


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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Mar 27 Oct - 1:44






La carte de ton coeur





L'avenir semblait finalement s'éclaircir pour Fortune, un peu au moins ... Ou beaucoup en réalité, autant être optimiste. Elle qui avait débarqué dans ce monde par la plus étonnante suite d'événement, sans pouvoir et avec un navire à la coque ouverte, la voila enfin posée sur l'eau. Plus que ça, posée sur l'eau mais aussi avec un équipage flambant neuf, des âmes plein la panse du Nidhogg, des élues prête à l'accompagner jusqu'au bout de ses projets ou du moins pour le début. La vie dans ce nouveau monde suivait son cours, ses aspirations pour ce Kosaten nouveau se réalisaient petit à petit et bien qu'il s'agissait que de la première marche à monter sur ce haut escalier menant au sommet, il était nécessaire et était souvent qualifier de "la plus difficile". Et pourtant, il suffit de quelques bobards et de quelques arguments bien placé pour voir ce doux rêve doucement se réaliser: celui de reprendre la mer et de semer la terreur sur celle-ci.

La veille, elle avait donc fait la connaissance d'Akemi et de Valentine qui finirent par occuper les postes important dans un navire. L'équipage se joignit bientôt à elles alors qu'au petit matin de ce jour, la belle rousse avait fait équipe avec sa nouvelle maitresse d'équipage pour faire le trie des marins. Ceux capable d'encaisser la piraterie étaient les bienvenu. Les autres ? Descendu à la cale pour une exécution sommaire, ou moins sommaire selon l'humeur de leur bourreau. Non, la seule chose qui lui manquait pour lever l'ancre, désormais ... C'était une direction claire et précise. Toute l'après-midi passée à s'entretenir avec des dizaines, des centaines d'homme pour avoir l'accès au Nidhogg et ses belles promesses de sang et de richesse, il était maintenant temps d'user de ses dernières heures de temps libre pour planifier leur départ, le lendemain. Mais quels étaients ses objectifs, précisément ? Elle-même semblait hésitée, assise à sa grande table ronde, des cartes trouées éparpillées ici et là. Tapotant le bois de ses doigts alors que son autre main tenait lascivement sa joue, elle regardait avec un oeil critique les différentes nations. Fallait-il seulement commencer par s'attaquer aux Nations ? Non, elle n'avait pas l'équipement nécessaire pour l'instant. Elle avait besoin d'or pour établir son empire, elle avait besoin de victimes, en somme, mais pour garantir sa paix, elle ne devait pas agir à visage découvert non plus.

Si de simple vêtements suffisaient à cacher la marque  de leur nation, il faudrait un peu plus pour qu'on ne reconnaisse pas un élu. Dahlia avait un langage parfois sophistiqué, parfois vulgaire ... La diplomatie d'un coté, le pillage et la violence de l'autre. Lorsqu'il sera temps de se faire une image macabre afin d'appuyer sa domination, il serait bon de rejeter la faute sur Fuyu tout en gardant sa tignasse rousse discrètement à l'abris. Diviser pour mieux régner. Il fallait que l'origine de tout les maux de Kosaten soient les nations et non pas cette simple élue, unique, que n'importe quel ancien élu pourrait mettre à terre, voir la tuer. Elle et son équipage agiront à visage découvert une fois qu'ils auront prit un peu plus confiance en leur capacité mais d'ici là ... Il serait peut-être judicieux de laisser Akemi et Valentine piller Fuyu, cette nation qu'elle ne pouvait pas toucher, histoire de pouvoir dégoter des vêtements d'officiers, par exemple, des décorations qui montrerait que ce grand navire soit un navire de guerre de Fuyu. Mais d'un autre coté, faire ça se résumerait à éveiller les soupçons de Sul Hei, ce dictateur qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam mais qui était rapidement devenu une cible à abattre pour la capitaine. D'un autre coté, si Akemi et Valentine se montrent, des élues de Minshu, cela pourrait attiser la haine entre ses deux nations. Ou bien alors, pourquoi ne pas rester en territoire neutre pour l'instant et se faire la main là où il n'y a d'autorité nulle part ? Cela serait un moyen rapide et facile d'amasser l'or mais aussi un moyen de soulever les rumeurs d'un navire pirate dirigé par une belle rousse, ce qui donnera la puce à l'oreille des autres nations lorsqu'elle se mettrait à les attaquer sous le voile.

Voici le genre de pensées qui traversaient l'esprit du Capitaine Fortune en cette soirée, isolée dans sa cabine, torturée à éliminer les petites imperfections de son plan dans l'espoir de créer le crime parfait. Ses officiers étaient en cavale, sans doute profiter de leurs derniers jours à terre avant un moment, laissant ainsi à la truande de l'espace pour réfléchir et avoir un peu de temps à elle ... A elle et son fidèle Nidhogg, l'amour de sa vie. Cependant, au bout de quelques heures à se pencher sur des cartes abimée et presque illisible, ce qui commençait fortement à l'agacer d'ailleurs, elle sentit de nouvelles présences sur son navire. Nidhogg et Dahlia, ils ne faisaient plus qu'un, avec le temps, bien qu'il y ait des nuances. Le fait que Valentine lui demande de lever la passerelle était un événement notable dans le subconscient de la capitaine. C'était  même amusant de ressentir de l'agacement, celui de l'esprit hantant son navire, à l'idée de devoir obéir à une personne qui, en temps normal, n'aurait aucun droit à un simple regard de sa part. Dahlia, elle, s'en amusée plus qu'autre chose, se contentant de replonger le nez dans ses cartes ... Jusqu'à ce qu'elle n'ouvre les porte de sa chambre par la simple force de sa volonté, ne relevant même pas le regard, faisant se balader un compas d'un bout à l'autre de la carte d'un air agacé, mesurant les distances et ainsi de suite, du boulot de cartomancien, en somme.

"Bonsoir Valentine. J'ai cru entendre que vous aviez quelqu'un à me présenter ? Et que vous preniez, optionnellement, ce beau navire pour un vulgaire navire de pèche ?"

Un sourire s'étira sur son visage. Elle ne mentais pas quand elle disait que sur le Nidhogg, elle avait des yeux et des oreilles partout. Une taquinerie comme elle en avait déjà fait preuve auprès de ses suivante, la veille. Une bonne humeur et une atmosphère "relaxe" qui devra s'effacer une fois en plein exercice de leur fonctions sur le navire, une fois qu'il faudra faire tourner cette machine gigantesque. Mais pour l'heure, elle aimait jouer avec les gens, ce n'était un mystère pour personne. Elle finit par relever le regard vers elles pour découvrir Valentine avec des cartes sous le bras, ainsi qu'une bien charmante dame que la vampire s'empressa de présenter. Une navigatrice ? Pas le poste le plus vitale quand elle pouvait elle-même remplir ce rôle mais ô combien apprécié lorsqu'elle se disait que tout ce qu'elle faisait actuellement pourraient lui être relégué et ainsi lui faire économiser du temps pour planifier d'autres choses. Après tout, il lui semblait qu'elle avait touché un mot à sa seconde à ce propos, d'où peut-être l'arrivé de cette Aylith sur son bâtiment.

Or, l'annonce d'une profession dont elle cherchait un représentant n'était pas forcement une garantie d'engagement. Il fallait qu'elle discute avec cette petite, qu'elle la découvre un peu, qu'elle sente un peu son "feeling"... Valentine était bien entendu au courant des magouilles que cet équipage verra dans pas longtemps et donc elle pouvait se douter que Aylith ici présente n'était pas non plus une enfant de cœur, un peu comme elles toute sur ce navire. Mais encore une fois, elle devait le voir par elle-même et voir à quel point elle rentre dans son jeu, en sachant que la vampire et la femme chat, elles, y étaient rentrées tête la première, ce qui était une bonne chose pour elle, bien entendu.

"En effet, Valentine. Là où toute galère leur offre de grotesque hamac humide, le Nidhogg met à leur disposition de vrai lit alors pourquoi rentreraient-ils dans leur taudis lorsqu'ils peuvent s'habituer au confort de leur nouvelles maisons, hum ?"

Effectivement, modeler le bois était aussi simple que remuer les doigts, pour le Nidhogg mais là n'était pas la question. Elle aimait juste flatter son beau navire. Après ce petit échange, Dahlia griffonna quelque chose sur un document adjacents aux cartes avant de jeter son compas et son crayon sur la table, soupirant longuement et posant finalement son regard plus fixement sur la nouvelle venue. Un doux sourire se dessina sur son visage alors qu'elle leva la main, faisant un geste ascendant des doigts pour créer devant la dame un siège se modelant à partir du bois du plancher comme si les matériaux étaient malléable.

"Prenez place, ma chère. Si Valentine vous a mené jusqu'à moi, c'est qu'elle a du vous mettre au courant, au moins vaguement, de mes motivations pour ce navire et son équipage mais je préfère m'en assurer. Vous êtes bien au courant que vous ne mettez pas les pieds dans un simple navire marchant, n'est-ce pas ? ~"

Son air devin charmeur, rêveur, preuve de sa motivation, sa passion pour son métier qui est celui de pirate mais plus encore. Un simple pirate n'a pas de rêves aussi imposant et grandioses que les siens. Œuvrant pour le bien ou le mal, dans son intérêt ou celui des autres, ses projets sont digne des plus grand despote, empereur renégat, calife à la place du calife ... Dictateurs. Avec tout cela en tête, elle perdit un peu de cette froideur du à l'agacement que lui provoquait ses cartes obsolète pour reprendre son ton mielleux, chantonnant, fanfaron qui caractérisait la séduisante Fortune dans ses meilleurs jours. Il fut un temps où ce n'était pas pour ses sourires enjôleur qu'elle était connue mais belle et bien pour les taches de sang couvrant ses vêtements.

"Alors je vous écoute, très chère Aylith Loa. Qu'est-ce qui vous pousse donc à venir à notre rencontre ? Quelles ... Cruautés Kosaten vous inflige pour vous pousser à travailler pour moi au lieux du précieux empereur de votre nation, peu importe à laquelle vous appartenez ? Comprenez moi bien, savoir se servir d'une carte est une chose mais en vous engageant à mes cotés, vous bénéficierez de bien des privilège, collègue élue. C'est la moindre des choses lorsque vous êtes comme moi, comme Valentine, des êtres capable de changer la face de ce monde ingrat et de ses dieux détestable. De ce fait, il serait bien avisé de me dire ce que vous attendez de moi ... ou du moins de ce voyage pour que vous puissiez, en retour, faire ce que j’attends de vous."

Les doigts joints, servant presque à tenir sa tête tombante, elle finit par les délier et écarter les mains d'un air amusé, comme pour montrer l'évidence.

"En somme, ceci est un entretient d'embauche, au seul détail prés que je ne demande pas vos qualifications mais plutôt ... Votre valeur morale ? Oui, disons cela ainsi ~ Après tout, il faudra bien mettre ses pouvoirs magique à profit car vous en avez, si j'ai bien compris."

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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Jeu 29 Oct - 23:51

Le Nidhogg était un navire véritablement surprenant… Pour tous. Si ce n’est sa capitaine, sans doute. Je n’avais jamais croisé un vaisseau animé d’une vie propre par le passé, et je n’étais pas près d’en croiser à nouveau, s’il venait d’un autre monde. Je retenais un sourire moqueur lorsque Valentine fut prise de vitesse devant la cabine du capitaine, le battant de la porte s’écartant de son passage alors qu’elle tenait vainement de toquer dessus. Ce navire était… Taquin ? Un adjectif assez original à donner à un immense tas de bois, mais il allait falloir m’habituer visiblement. Et probablement apprendre à le connaître et le comprendre si je voulais l’orienter correctement. Tout un programme en perspective. Enfin, trêve de réflexions sur mon futur, j’avais déjà quelqu’un à rencontrer de manière immédiate. Je suivais donc Valentine dans la cabine de la chef des pirates, me plaçant légèrement en retrait par rapport à ma compagne, le temps qu’elle fasse les présentations. Dahlia Fortune, puisque c’était là son nom, n’était pas le moins du monde surprise de nous voir arriver, grâce à l’intervention de son bateau sans le moindre doute. Une fois que la seconde et sa supérieure eurent échangés quelques phrases, celle-ci s’adressa à moi. Je faisais donc quelques pas en avant, afin de mener une véritablement discussion.
Elle m’invita à m’asseoir sur le siège de bois ornementé qui faisait face à son bureau, ce que je fis sans plus attendre. Le confort était discutable, mais je tentais de me mettre à l’aise… Après tout, je faisais face à une personne qui, pour la première fois depuis des siècles, disposait de visiblement plus de pouvoir que moi. Et elle ne le cachait pas d’ailleurs, visiblement fière de son poste de capitaine, et de la particularité de son navire. Je ne pouvais pas exactement la blâmer. Elle avait qui plus est réussi à fédérer des dizaines, voire des centaines de personnes sous son autorité, incluant des élus. C’était bien loin d’être mon cas. Non, la jeune femme qui me faisait face aurait clairement eu l’avantage dans un affrontement… Mais ça n’en était pas un. Ou alors seulement intellectuel. Et pour celui-ci, j’avais des siècles d’expérience… Et je la voyais mal compter sur des renforts. J’attendais donc calmement qu’elle prenne la parole, m’exposant ses interrogations à mon sujet… C’était la négociation du seigneur face à celui qui veut devenir son vassal. Je l’avais vécu bien souvent… Mais de l’autre côté de la table, habituellement. Toujours était-il que j’en connaissais les ficelles, et que si elle pensait m’impressionner, c’était raté. Le visage seulement égayé, je la laissais me poser toutes les questions qui lui tenaient à cœur.

Une fois cela fait, je la faisais patienter quelques secondes avant de répondre. J’avais l’expérience des personnes comme elles… Persuadées de leurs puissance, donc franche et directes. Elle était en position de puissance, elle le savait, et elle en jouait. J’avais pris un malin plaisir à briser cette confiance chez des rois et des empereurs par le passé… Ma dernière réussite en date étant celle obtenue sur mon mari. Il faut se méfier de la confiance en soi, elle mène bien souvent à des catastrophes. Mais je n’avais ici aucun intérêt à humilier la personne qui me faisait face. Pire, je doutais d’en avoir les moyens. Mes capacités surnaturelles avaient toujours été un atout gardé dans ma manche, une quinte flush que je retenais jusqu’au dernière instant pour rafler la mise la plus importante possible. Mais j’en étais privée ici. Je devais donc jouer mon rôle de postulante, bien plus que celui d’Impératrice. J’étais consciente que cela serait nécessaire depuis que j’étais arrivée à Kosaten, mais le vivre aussi brutalement me rendait toutefois un peu nostalgique. Je me forçais toutefois à garder ma contenance, avant de prendre la parole à mon tour, sur un ton calme et confiant :


« -Effectivement, je suis au courant que vous et vos hommes êtes des personnes que d’aucun qualifieraient de peu recommandables. Mais j’ai appris à ne pas me fier aux on-dit… Et à aller chercher ce que je souhaitais, qu’importe les moyens mis en œuvre. »
Je marquais une pause, lui faisant comprendre que je n’étais pas non plus ici pour échanger des mondanités ou des plaisanteries. Je savais quelle était son activité, elle m’intéressait de par ce qu’elle pouvait m’apporter, et je ne m’attendais pas à ce que ce soit une partie de plaisir. Je continuais donc sur le même ton :
« -Votre subordonnée ici présente vous l’a mentionné, je suis une élue… Il n’est donc pas bien difficile de deviner mes motivations. Kosaten m’a fait subir le pire affront qui soit : il m’a dépouillée de mes capacités. Un état de fait que je n’apprécie guère, vous vous en doutez… Et auquel je cherche donc à remédier. Votre navire est un moyen comme un autre de parvenir à mes fins. Peut-être meilleur que les autres à vrai dire, puisqu’il m’offre la possibilité de récupérer mes pouvoirs en explorant ce monde ci… Et surtout, il me permet d’échapper au joug tyrannique d’un pays pour lequel je n’ai aucune affection. Je ne suis pas une esclave, Dahlia, et je ne laisserais pas ce nouvel univers changer cet état de fait. »

J’avais le sentiment d’avoir été convaincante… Bien qu’ayant camouflé une partie de mes véritables motivations. Mon visage de marbre n’en laissant toutefois rien voir. Effectivement, je voulais explorer ce monde, pour apprendre à mieux le connaître… Et pour mieux le conquérir par la suite, si je retrouvais mes anciens pouvoirs. Son vaisseau pirate m’assurait la possibilité d’obtenir toutes les informations dont j’avais besoin, tout en restant relativement en sécurité. Car oui, on peut parler de sécurité à bord d’un navire hors-la-loi. Je ne voulais pas mourir dans une guerre qui n’était pas la mienne, me battant pour un roi que j’aurais tué sans hésitation pour la plus petite parcelle de pouvoir supplémentaire. Je n’étais pas quelqu’un qui aimait être dirigé, c’était évident, et un équipage pirate m’offrait également cette possibilité. La Capitaine aurait beau être la maîtresse à bord, tant que nous aurions des objectifs communs, ses ordres n’en seraient pas véritablement… Et si je me lassais de cette existence plus tard, il ne me resterait qu’à l’éliminer, ce qui était loin d’être impossible, au vu de nos états de faiblesse respective. Je notais toutefois que le faire à bord du Nidhogg serait probablement suicidaire, puisque l’embarcation l’avertirait avant que je ne mette mon plan à exécution… Mais c’était une autre affaire.
Je reprenais finalement la parole, appuyant d’une courte conclusion ma « candidature » au poste de navigatrice du vaisseau :


« -Je ne pense pas que ma valeur morale soit ce qui vous intéresse ici, vous voulez simplement savoir si je vous serait utile. Et la réponse à cette question est que, oui, je saurais être un atout pour cet équipage, tant que vous m’offrirez la liberté de la vie d’une pirate… Et l’opportunité de retrouver mes dons perdus. »

Je plantais ensuite mes yeux glacés dans les siens, comme à mon habitude lorsque je cherchais à jauger quelqu’un, ou à anticiper sa réaction. Ma dernière intervention aurait irrité un grand seigneur, qui m’aurait certainement trouvée impudente… Mais je n’étais pas en face d’une noble. Non, la personne qui me rendait mon regard était quelqu’un de pragmatique, et d’intelligent. J’avais répondu à la véritable question qui se cachait derrière ses multiples interrogations, mais il restait à deviner si elle accepterait cette réponse ou non. Elle ne pouvait évidemment pas me croire sur parole, cela aurait été idiot, même de mon point de vue, mais il lui restait à décider si elle souhaitait m’accorder le bénéfice du doute, ou si je ne lui plaisais pas. Je pensais qu’au vu de sa nature franche, ne pas y aller par quatre chemins pour me présenter lui aurait plu… Mais je pouvais me tromper. L’œil m’avait autrefois permis de connaître parfaitement toute personne qui levait les yeux sur moi, mais c’était un temps révolu… Ne me restait plus que mes dons de psychologue, et mon expérience des autres êtres humains. Je n’étais toutefois pas plus inquiète que cela… Je n’avais donnée à la capitaine aucune raison de se méfier de moi jusqu’ici, et si je n’avais pas non plus essayé de la mettre en confiance, cela viendrait sans doute avec le temps. J’étais quelqu’un d’intelligent et de capable, elle s’en rendrait compte… Et si elle n’était pas paranoïaque, cela lui suffirait pour me recruter.
La question de savoir si, moi, je souhaitais rejoindre cet équipage trouvait dans le même moment sa réponse. Si j’acceptais d’embarquer sur le Nidhogg, je profiterais des avantages de la vie de Pirate, ce qui concordait parfaitement avec mes objectifs du moment… Mais j’avais dorénavant la certitude de ne pas faire face à une incapable qui nous enverrait à la mort pour la gloire. Elle avait beau manquer de tact, son esprit était vif, et je ne doutais pas une seconde que son expérience dans le domaine du braconnage maritime était suffisante pour nous éviter les mauvaises surprises. Si l’idée d’obéir à quelqu’un me révulsait, elle se faisait un peu plus acceptable lorsqu’il s’agissait d’une personne connaissant mieux que moi son milieu d’activité. Je saurais me résoudre à accepter les instructions de la capitaine Pirate… Tant que ceux-ci n’entreraient pas en contradiction avec mes intérêts personnels. Mais j’avais également confiance sur ce point : un capitaine ne peut aller à l’encontre des intérêts de son équipage s’il ne veut pas risquer une mutinerie. Et malgré les apparentes capacités du Nidhogg, je doutais que celui-ci soit capable de sauvegarder sa dirigeante contre trois cent marins en colère… Qui plus est si ces derniers étaient appuyés par des élus. La vie de pirate était une vie d’équilibre, et cela me plaisait… Tant que je n’avais pas les capacités pour renverser cet équilibre en ma faveur.
M’en serait-il donné la chance que, oui, je rejoindrais cet équipage. Mais dans le cas contraire, Fortune ne devait pas s’attendre à me voir mendier. Finalement, et dans l’objectif de détendre quelque peu l’atmosphère, j’élargissais un peu le sourire sur mon visage avant de prendre la parole d’un ton un peu plus joueur :


« -Je pense également pouvoir vous apporter autre chose que mes simples compétences… Et cela devrait vous plaire, plutôt que de vous énerver face à ces cartes… Miteuses. Valentine, peut-être devriez-vous présenter à votre capitaine celles de la Capitainerie ? » Mon regard revint vers Dahlia après s’être égaré quelques secondes en direction de la semi-elfe « Votre subordonnée a profité d’une petite… Altercation avec le vendeur pour faucher les cartes que je recherchais moi-même. Elles devraient vous convenir un peu mieux que celles qui vous font actuellement face. »

Je me laissais doucement aller contre le dossier de mon siège, satisfaite de mon intervention. Nous étions entre personne intelligentes, et je ne doutais pas que Fortune serait suffisamment lucide pour me recruter dans son équipage. Je n’étais pas une menace, c’était évident… Et elle pensait connaître mes motivations. Elle saurait ainsi que, tant qu’elle ne me priverait pas de ma liberté, ou d’une opportunité de regagner ma grandeur perdue, je resterais une navigatrice efficace. Ce qu’elle ne savait pas en revanche, c’est que si je retrouvais effectivement mes anciens pouvoirs, elle ne serait plus capable de m’arrêter. Personne ne le serait.
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MessageSujet: Re: Si madame veut bien se donner la peine ...   Mar 3 Nov - 1:09

Neutre, comme à son habitude, la seconde du Nidhogg n’avait pas vraiment eu grand-chose de plus à ajouter à partir du moment où elle avait introduit sa potentielle recrue à sa supérieure … Et comme à chaque fois qu’elle ne participait pas activement à quelque chose, elle s’était contenté de se « retirer » légèrement, faisant en réalité simplement quelques pas pour se placer en retrait, avant de se saisir d’une chaise sur laquelle elle s’assit, après l’avoir retourné pour s’appuyer sur le dossier en se penchant vers l’avant. Les bras croisés et le menton posé dessus, elle observait tour à tour les deux femmes lors de leur échange, passive, réfléchissant. Contrairement à d’autres, elle ne perdait pas une miette de ce qui était dit face à elle, simplement, elle se permettait quand même de fixer ses pensées sur d’autres sujets un peu plus … Importants. Enfin, l’étaient-ils ? De son point de vue en tout cas, ils étaient à prendre en compte, mais le point de vue en question était très justement parfaitement subjectif … ce qui était la définition même d’un « point de vue », bien entendu.

Quels étaient les points à aborder ? Et bien, en premier lieux … Elle ne savait toujours pas ce qu’elle pouvait dire à la capitaine, mais également à la maîtresse d’équipage – voir à l’équipage entier – vis-à-vis de sa … Dentition particulière ? Sur Era Necrolia, la question ne se posait même pas : elle n’avait révélé son vampirisme partiel qu’à une poignée de personnes dignes de confiance, et uniquement parce qu’il était avéré que les personnes en question avaient compris que malgré sa nature, elle n’était pas devenue un de ces monstres qu’elle chassait pour vivre … Quelques êtres, rares, avaient deviné, mais la plupart avaient gardé le secret.  « La plupart » … Un ou deux avaient, par surprise, réussi à la débusquer, et s’étaient mis à la menacer, ou à la faire chanter … Le seul à avoir essayé ça était aussi le premier homme qu’elle tuait de sang froid avec une satisfaction aussi intense. Fugacement, elle eut le souvenir du sang écarlate qui avait giclé sur son visage lorsqu’elle lui avait sectionné profondément la gorge, laissant 4 entailles qui s’enfonçaient de deux ou trois centimètres dans la chaire, une pour chaque griffe. Comme à l’époque, un petit sourire prit place sur son visage … Le genre de sourire pour lequel on condamnait justement les vampires à mort. Mais elle s’était reprise bien assez vite : tant dans le passé que dans le présent, ses traits adoptaient à nouveau un visage d’impassibilité presque froide … elle prit garde à ne pas dévisager « madame » trop longtemps avec une telle expression, cependant. Quelqu’un lui avait un jour demandé si elle comptait le tuer, avec un air pareil. De plus, elle n’avait pas répondu à la question de base … Chez elle, c’était hors de question de se révéler au grand jour. Mais ici ? Serait-elle jugée de la même manière ?  Le plus tôt elle le disait, le mieux la nouvelle serait reçue, probablement … Mais les conséquences d’une telle révélation n’étaient pas claires, pour l’instant. Plutôt que de jouer son avenir et peut-être sa vie sur un coup de poker, le plus sage était encore d’attendre, et de tâter un peu le terrain à l’avance pour s’assurer qu’elle ne se mettait pas une cible sur le front.

Pour le reste, l’alchimie. Bien entendu, les potions capables de soigner les blessures étaient un bonus particulièrement appréciable, qui deviendrait extrêmement rapidement utile … dès qu’elle saurait en préparer. Mais dans l’immédiat, elle avait un autre souci qui lui était d’ordre vital : ses potions de « faux sang ». Ces dernières étaient faites à base de plantes bien précises, mélangées et broyées selon un rite qu’elle avait su maîtriser avec le temps, pour donner une potion capable de rassasier sa soif, et dans certains cas de palier au manquement d’un repas. Mais sur Kotasen … Trouverait-elle des végétaux équivalents à ceux de son monde ? Beaucoup de choses étaient similaires : elle pouvait reconnaître par exemple de quel type d’arbres étaient tirées les poutres dans les auberges ou pour les maisons qu’elle avait visité : il y avait donc des similitudes … Mais rien n’assurait que ce soit le cas pour ses « provisions ». Et même si elle trouvait des feuilles et fleures à peu près ressemblantes … Elle n’était pas certaine de ne pas s’empoisonner au premier essai. La déduction qui s’imposait était la suivante … Elle allait devoir prendre des cours. Les alchimistes devaient exister sur le continent, même si leur science n’était peut-être pas aussi développé, ou pas dans les mêmes branches que pour les sorcières de son monde natal. L’un d’entre eux saurait bien lui montrer quelque chose capable de faire l’affaire … Mais en attendant, elle devrait se rationner … Voir, mordre quelqu’un ici ou là de temps à autres. Elle savait que le vrai sang était bien plus nourrissant que le faux, et qu’il étanchait sa soif plus longtemps, mais elle répugnait à mordre les autres …

Cependant, ce monde n’était pas Era Necrolia. Un corps désacralisé par le cannibalisme ne donnerait ni goule, ni spectre. Au sein d’un tel équipage, il était également possible qu’on ne lui tienne pas rigueur de se battre littéralement crocs et griffes déployés … et dans l’absolu, elle n’était peut-être pas la chose la plus monstrueuse des environs. Encore une fois : il fallait se montrer patient, et attendre de voir quelles solutions seraient le plus viables … Dressant légèrement les oreilles en entendant « madame » la citer et parler des cartes, l’hybride eut un petit sourire. Elle était culotée : à l’écouter, elle avait presque tout orchestré … Certes, elle n’était pas encore certaine d’être prise et il fallait bien qu’elle se vende un peu pour avoir le poste, mais la blonde n’aimait pas particulièrement qu’on la recale légèrement en arrière … Même si d’un autre côté, elle n’avait pas d’intérêt à descendre la magicienne. Toujours est-il qu’elle songea à un moyen « délicat » de lui faire payer ce qu’elle venait de dire, alors qu’elle se saisissait des cartes, et les tendait à sa capitaine, lui passant avec un petit sourire masqué.

Mhhh … On peut effectivement le dire : sans le scandale que vous aviez poussé auprès de ce pauvre marchand, je n’aurais jamais eu l’idée de me glisser chez lui pour subtiliser ça … Et je pense que ces documents vous seront plus utiles que la pauvre copie dont vous vous servez, caiptaine. Après, notez bien, madame, que vous aviez raison de le remettre à sa place de telle manière … Je l’entends encore vous dire « ce sont nos meilleurs cartes » en parlant de celles qu’il voulait vous vendre, qui ressemblent étrangement à celles sur la table d’ailleurs. Cela aurait presque valu le coup de revenir lui coller sous le nez, non ?

Amusée, la blonde laissa à sa rousse de supérieure tout le loisir d’étudier ce qu’elle lui avait fourni, avant de finalement se relever, passant une jambe par-dessus l’assise de la chaise pour se tenir à côté, s’étirant légèrement.

Si ça ne vous dérange pas en revanche, je vais vous laisser conclure cet entrevue toutes les deux seules … Je pense que vous vous débrouillerez parfaitement sans moi. Capitaine, je suppose que je n’ai pas besoin de dire que si vous avez besoin de moi, vous savez comment me contacter … vu que je resterais sur le navire dans tous les cas. Madame : si je ne suis pas sur le pas de la porte lorsque vous sortirez, observez soit le pont, soit les bastingages, soit au-dessus de la dunette. Dans le pire des cas, demandez au capitaine : il pourra vous l’indiquer précisément … Je vous montrerais votre chambre à ce moment-là. Je vous laisse, donc …

N’ajoutant pas grand-chose de plus, l’elfe de brume se retira, quittant doucement la chambre de son capitaine pour rester quelques instants devant sa porte, laissant de nouveau le vent frais et marin lui fouetter doucement le visage, alors qu’elle fermait les yeux et se laissait un peu aller. Montant un des escaliers de bois qui permettait d’accéder au gouvernail et à la plateforme qui se trouvait autour, la demoiselle laissa ses doigts tapoter doucement la rampe de bois poli et verni, et soupira une fois arrivée en haut, se remettant à parler. C’était moins pour elle-même qu’à un interlocuteur précis … « Le capitaine avait des yeux et des oreilles partout », après tout.

Ne vous étonnez pas si je l’appelle « madame », elle se faisait appeler de telle manière dans son monde d’origine … Et je ne sais pas pourquoi, ce point m’intrigue. Si vous lui posez la question, n’hésitez pas à me transmettre la réponse … Elle m’intéresse.

N’ajoutant pas grand-chose de plus, la demi-elfe fit encore quelques pas, avant de finalement se poser en tailleurs, à même le sol. Levant les yeux, elle se mit à fouiller les cieux de ses prunelles, un sourire sur le visage … Les étoiles étaient toujours là, mais elles avaient toutes changée. Elle allait avoir un bon moment pour apprendre à les connaître de nouveau …

HRP:
 


"La plus grande Nemesis que j'ai jamais dû affronter ... C'est moi-même." :
 


"Ceci dit, petite boule est devenue grande ... Mais il s'appelle toujours Oor'ka.":
 
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Si madame veut bien se donner la peine ...
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