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La fin d'un rêve [terminé]
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Valentine W. ~ Vagabond ~

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MessageSujet: La fin d'un rêve [terminé]   Mar 19 Jan - 20:49

Il est des craquements qui font plaisir à l’oreille, pour certaines personnes. Par exemple, le craquement que font les doigts, lorsqu’on les croise et qu’on étire ses bras au maximum vers l’avant. Ou encore, le craquement sec du bois dans la cheminée, lorsque le feu le ronge. Pour certains, cela peut même être le craquement sec, et pourtant sinistre, que produit la nuque d’une victime qu’on vient d’exécuter. Pour Valentine, tous ces sons étaient « plaisants ». En revanche, il existait également des sons de ce même répertoire qui lui déplaisaient tout particulièrement. Celui qu’émit le mat principale du Nidhogg lorsque, bien trop malmené par les éléments et depuis trop longtemps, il finit par céder, ne lui plut pas le moins du monde. Il sonnait un peu trop comme un son de … Fin.

La fin de quoi ? Celle du navire, probablement. Même en ayant connaissance de l’énormité du vaisseau que conduisait le capitaine Fortune, n’importe quel marin un peu expérimenté pouvait sans trop de doutes affirmer que oui, il était très vraisemblablement vulnérable aux éléments lorsque ces derniers se déchainaient. Or, le monde entier de Kosaten semblait en ce moment en proie à une sorte de folie totale, en ce qui concernait la météo et un bon nombre d’autres phénomènes naturels relevant plus de la catastrophe qu’autre chose. Depuis le nid de pie, où elle se trouvait encore lorsque la tempête avait commencé à se lever, la blonde avait clairement et distinctement pu observer que, sur terre, quelque chose clochait. De là où elle se trouvait, elle voyait des troupeaux entiers d’animaux dévaler une plaine, fuyant visiblement quelque chose. Il lui avait fallu plusieurs minutes pour voir enfin la source de leur effroi : elle ne l’avait pas eu directement dans sa lunette, mais était parvenue à saisir le vol d’une bombe volcanique, avant que cette dernière ne retombe dans une forêt. Un volcan. Un volcan s’était réveillé. Et subitement, la météo avait décidé de changer. Ce n’était pas comme si la tempête était arrivée par une quelconque direction, et les avait rattrapé pour les piéger avant qu’ils ne se mettent à l’abris à terre. Non, au contraire … Elle était née autour d’eux, et en une dizaine de minutes à peine, avait atteint une violence qu’on avait rarement constaté de mémoire d’elfe de brume. Même en pouvant se targuer de plusieurs dizaines d’années d’expérience en mer, la semi vampire se sentait démunie face à un tel courroux des cieux. A part quitter son poste pour transmettre ce qu’elle avait vu au capitaine dans les plus brefs délais – plus par peur qu’une bourrasque ne la projette dans le vide que pour s’éviter de hurler par-dessus le vent – elle ignorait la marche à suivre. Se mettre à couvert ? Brillant, mais les vents les poussaient loin des côtes. Des vagues de plusieurs mètres de haut étaient plus d’une fois passé par-dessus le pont principal, pourtant particulièrement élevé : il était probable que plusieurs membres de l’équipage aient étés emportés par ces dernières, même s’il était impossible de faire un bilan dans la situation présente : le chaos provoqué par la pluie, le vent, et les hurlements des humains présents empêchait toute communication verbale.

Et maintenant, il était clair que même si le navire parvenait à rentrer dans le moindre port … Il faudrait énormément de temps, de main d’œuvre et d’argent pour le remettre en l’état. Mais outre ces considérations purement matérialiste, la demi-elfe eut surtout la présence d’esprit, lorsqu’elle entendit le son sinistre, de laisser le nœud qu’elle était en train de tenter de resserrer entre ses doigts trempés pour voir dans quelle direction tomberait l’immense mastodonte de bois. Manque de chance ? Il décida de s’incliner vers le gaillard arrière, soit juste à côté de l’endroit où elle se trouvait elle. Un homme, dont elle avait oublié le nom juste après l’avoir entendu lorsqu’elle l’avait rencontré une ou deux semaines plus tôt, tomba du ciel – ou plutôt du mât – et s’écrasa sur le pont, juste devant elle. Elle sauta par-dessus son corps brisé sans vraiment vouloir vérifier si un miracle s’était produit, et piqua un sprint afin d’être certaine que rien d’autre ne lui tomberait sur le crâne. La manœuvre fut une réussite toute relative : elle était certes indemne, mais dans cette situation, ce genre de condition était … Précaire, au mieux. Le bois lisse et trempé la fit déraper lorsqu’elle voulut piler net pour observer autour d’elle : elle s’arrêta un mètre plus loin que ce qu’elle avait prévu environ, en percutant le bastingage de plein fouet. Elle n’avait pas le temps de se demander dans quel état étaient ses cotes cependant, et dû monter à moitié sur ce même bastingage afin d’attraper au vol la ceinture de tissus d’un marin qui, lui, serait passé totalement au-dessus du garde-corps pour s’échouer dans les flots noirâtres et déchaînés. Le tenant fermement en s’accrochant au bois de l’autre main, elle modifia cette dernière. Ses griffes à l’aspect métallique s’ancrèrent profondément dans le bastingage, assurant un peu mieux sa prise alors qu’elle jouait de ses muscles pour tirer l’homme de nouveau à bord … Fut un temps, elle aurait pu faire ça les yeux fermés, sur un pied, et sans s’accrocher à quoi que ce soit … La diminution de sa force était vraiment une tare avec laquelle elle avait du mal à composer. Heureusement, l’individu n’était pas non plus dénué d’instinct de survie : ce dernier lui saisit le bras également, et remonta à bord presque autant grâce à ses propres forces qu’à celles de la chasseuse de monstres.

L’espace d’un instant, l’immortelle eut une certaine envie de juste se laisser glisser contre la rambarde de bois et de métal, replier ses genoux contre son torse, poser son front contre, et faire un somme de quelques heures … Ou juste, peut-être, souffler un peu. Ses vêtements trempés étaient froids et lourds, et le vent n’aidait pas. La pluie lui fouettait le visage de manière impitoyable, et son masque était si imbibé que par moment, elle suffoquait légèrement. Elle aurait pu le retirer, oui … Mais l’idée lui déplaisait souverainement. Elle avait vécu pire, après tout … jusqu’à preuve du contraire, en tout cas. Mais alors qu’elle allait se diriger vers le gaillard d’arrière pour savoir si la capitaine avait été touchée par la chute du mat, quelque chose d’autre retint son attention. Et à vrai dire, cet évènement ne fit pas que ça. Cela commença d’une manière à laquelle bien pu de personnes faisait attention, et qu’en réalité peu de personnes ressentaient vraiment. Un brusque afflux électrique qui se concentrait sur le bateau, comme si ce dernier se chargeait progressivement, rendant l’air crépitant et étrangement lourd, outre la pluie battante. Puis, trop vite pour un œil humain, et à peine plus lentement pour celui de Valentine, une sorte de très fin serpent bleu sembla brusquement partir du grand mat vers les cieux. Dans le même temps, un autre serpent de la même sorte quittait les nuages, accompagné de plusieurs « petits frères » qui se déployaient autour de lui. La traqueuse savait qu’elle n’observait pas le phénomène à une vitesse naturelle : pour un peu, elle voyait également les gouttes figées dans les airs, trop ralenties pour continuer leur chute. Les deux serpents ondulaient, cherchaient leur voie l’un vers l’autre, jusqu’à ce que l’inévitable ne se produise. Ils se percutèrent l’un-l’ autre. Aussitôt, le fin trait bleu s’épaissit considérablement en devenant intensément brillant, alors que l’éclair laissait passer plusieurs milliers de volts des cieux déchaînés vers la mer, et le navire sur son passage. Or, le grand mat était tombé à un endroit précis sur le bateau. La réserve de poudre et de munitions principale.

L’explosion en elle-même avait, à cette distance, de quoi faire chauffer intensément le visage trempé de la vampire et la souffler sur le dos, si elle n’avait rien eu pour la retenir. Mais quelque chose, malgré tout, la balança par-dessus-bord, ignorant le bastingage pour filer vers les flots. L’espace d’un instant, il n’y eut plus de haut, plus de bas, juste une douleur sourde, une surdité partielle – elle avait les oreilles qui siffleraient atrocement pendant plusieurs heures – et un monde qui tournoyait sans vouloir s’arrêter. Puis plus rien. Un choc froid et oppressant, et enfin, l’obscurité, le silence …
La blonde avait fermé les yeux par instinct : elle savourait pleinement le moment présent. Un écho diffus du chaos qui se déchaînait au-dessus de sa tête lui parvenait bien, mais elle n’en avait pas grand-chose à faire, à l’endroit où elle se trouvait désormais. Elle se sentait en paix, pour une raison qui lui était inconnue … La sensation lui était presque famillière. Intriguée par ce sentiment, elle tenta de puiser dans sa mémoire le dernier moment où, comme maintenant, elle avait eu l’impression que le monde pourrait continuer de s’écrouler autour d’elle sans qu’elle n’y voit vraiment de désavantages. Cette douce émotion de calme, de pleinitude … Une image lui revint. Un jour où, après avoir chassé une créature particulièrement furieuse, elle s’était retrouvée à genoux, dans la boue, à bout de souffle. Les deux mains sur le ventre, dans l’espoir d’empêcher ses organes de se répandre sur le sol, maintenant qu’elle avait vaincu. En un mot, la dernière fois en date qu’elle avait frôlé la mort. Soudainement, son instinct de survie se déclencha comme une alarme dans son crâne, et elle réalisa qu’elle était privée d’air, dans un milieu froid et mouvant, dans lequel elle était sans défense face à un quelconque prédateur, si par malheur il en existait dans ces eaux. Avec un mal de chien, elle parvint à commander à ses bras et jambes de la tirer vers la surface, et de se mettre à nager. Il ne fut pas très difficile de percer la surface, mais partant de là, elle n’avait plus aucune idée de quoi faire, à nouveau.

L’idée de remonter à bord la tentait quelque peu, mais elle ne se sentait pas la force d’escalader le bois jusqu’au pont supérieur, ou même jusqu’à un des sabords. Sans compter que le navire ne semblait plus être un endroit « sûr » désormais … Rejoindre la côte à la nage était peu probable également : il y en avait pour au moins deux miles nautiques à parcourir avant de parvenir à la plage la plus proche. Sa dernière chance était probablement cette embarcation, à quelques brasses d’elle …Si elle parvenait à la rejoindre. Si elle en avait eu l’occasion, la vampire aurait probablement soufflé d’ennui … Non pas que la situation s’y prêtait réellement – elle était en danger de mort pour la première fois depuis … au moins son arrivée à Kosaten, à vrai dire – mais pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir une lassitude intense. Elle ne savait pas pourquoi elle-même … En tout cas, elle avait heurté le bois de manière plus violente que ce qu’elle avait cru tout à l’heure : son abdomen lui faisait atrocement mal … Mais elle n’avait pas vraiment le choix, si elle voulait éviter de se noyer dans les vagues gigantesques et la mer démontée. Parvenant difficilement à se maintenir à la surface, elle en profita pour tenter d’observer l’état du navire pendant qu’elle cherchait à rejoindre le canot. Pas de doutes à avoir … Ce dernier n’était probablement pas destiné à survivre à cette tempête.

Après l’explosion première, le feu s’était mis à ronger le bois du navire, qui s’écroulait petit à petit. De ce qu’elle pouvait voir, certains marins tentaient encore de mettre une embarcation à la mer, tandis que d’autres se jetaient dans les flots sans autre forme de procès, laissant le bois  et la toile brûler seuls. Une pensé lui traversa l’esprit à ce moment-là précisément … Et la capitaine ? Est-ce que Dahlia, honorant certains proverbes, attendait que tout le monde ait évacué avant elle ? Ou avait-elle cherché à s’enfuir depuis le début ? L’hybride fut saisi d’un énorme doute. Etait-elle seulement encore en vie ? Une vague lui submergea le visage, lui faisant boire une tasse d’eau salée particulièrement malvenue et désagréable. La sang-mêlé s’arrêta dans les flots, et secoua un peu la tête pour tenter de dégager ses cheveux de son visage … Bien sûr, l’eau de mer avait un goût très salé, entres autres … Mais elle sentait autre chose. Probablement à cause de sa nature « particulière » … Il y avait du sang, dans cette eau. Être addicte à cette substance et n’en avoir qu’un aperçu sur la langue était une torture supplémentaire avec laquelle elle devrait composer, visiblement … Elle ne pouvait pas espérer trouver de quoi repaitre sa « soif » dans l’immédiat, de toute manière. Lentement, elle se remit en mouvement, parvenant finalement jusqu’au canot, auquel elle s’accrocha de la main qu’elle avait transformé plus tôt. Cette dernière, une fois encore, planta ses serres rétractées dans le bois tendre, lui permettant de faire une petite pause en s’accrochant au petit navire sans trop d’efforts … Visiblement, on remarqua sa présence : des mains vigoureuses lui saisirent le bras, et la tirèrent sur le navire, la sortant de l’eau.

L’espace d’un instant, elle se demanda si l’air était naturellement si horriblement froid, ou si quelque chose clochait réellement. Alors qu’elle enjambait finalement le garde-corps, elle perdit l’équilibre, et roula sur le dos sur le plancher du canot de sauvetage. Elle n’avait aucune idée de pourquoi elle était subitement si fatiguée … Jusqu’à ce qu’elle ne baisse les yeux vers son ventre. Tout à l’heure, elle avait vu les éclairs toucher la réserve de poudre et de munition. Le tout avait explosé. Et quelque chose l’avait balancé par-dessus bord. Ce « quelque chose » était en réalité courbe, métallique, et en l’occurrence … Planté dans son ventre. Visiblement, la chaleur de l’explosion avait chauffé le métal au point que sa plaie avait déjà partiellement cautérisé. Ca, l’adrénaline, et le choc thermique en arrivant dans l’eau expliquaient probablement qu’elle n’ait pas ressenti toute l’ampleur de sa blessure, plus tôt … Malheureusement, maintenant qu’elle était un peu plus « au calme » …

Et dire qu’elle n’était même pas proprement tirée d’affaire, pour l’instant.


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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Ven 22 Jan - 3:23

Les gouttelettes de pluie  venaient me fouetter le visage, plaquées contre mon corps par le vent déchaîné qui rugissait dans mes oreilles. J’étais à l’avant du navire, agrippée au bastingage, ma taille maintenue par une corde rattachée au mât de misaine, et j’essayais tant bien que mal de discerner notre destination à travers la pluie et les flots enragés. Notre seule chance pour sortir de cet enfer à temps était de trouver refuge dans l’une des petites criques qui parsemaient la côte... Nous avions donc mis voile en direction de celle-ci dès que les flots avaient fait montre de leur colère… Mais nous en étions encore bien trop loin. Des vagues plus imposantes encore que notre monture s’abattaient sur celle-ci, encore et encore, mettant à rude épreuve mon corps, qui n’était plus exactement habitué aux activités physiques comme celle-ci. J’entrapercevais les falaises qui bordaient la côte, et j’indiquais la direction à suivre à celui qui tenait la barre en faisant de grands gestes des bras. Peut-être avions-nous encore une chance, si le bateau acceptait de supporter cet enfer encore quelques dizaines de minutes… Ou peut-être pas. L’équipage courait dans tous les sens, remontant les voiles aussi vite qu’ils le pouvaient, ou cherchant des points d’ancrage pour éviter de passer par-dessus bord comme certains de leurs camarades jusqu’ici.
J’entendais soudainement un bruit sourd derrière moi, comme une masse molle qui s’écrase sur du bois à grande vitesse. Un coup d’œil en arrière m’appris que l’un des marin occupé à remonter la grand-voile avait fait le plongeon final. De cette hauteur, aucune chance qu’il n’ait survécu. Dommage pour lui, sans doute, mais je n’avais pas le temps de m’attarder sur ce genre de considérations. Alors que je me retournais à nouveau pour continuer mon rôle de guide, une vague vint s’écraser sur le navire. Je fus cueillie par surprise, et lâchais presque prise, mais finalement tint bon. Ce que j’aurais donné pour me trouver dans un bain chaud à mille kilomètres de là… Mais pour les regrets non plus, je n’avais pas le temps. Car ce dernier jouait visiblement contre nous… Encore un peu dans ces conditions, et nous allions rejoindre les sirènes et les autres malheureux qui nous avaient précédés. La seule question qui restait sans réponse, c’était celle de notre survie. Et j’avais finalement assez peu envie de mourir, une fois confrontée au fait. Dire que même une armée protégée de mes sortilèges n’avait pas su venir à bout de moi, et je devrais finalement rendre l’âme à bord d’un bateau pirate sur un monde inconnu ? C’est fou comme le destin peut s’amuser à vous jouer des tours…

Entre deux rafales assourdissante, j’entendais le claquement des voiles derrière moi, qui n’avaient pu être remontées par la faute du malheureux apprenti acrobate. La fenêtre de temps qu’il nous restait pour survivre semblait s’amenuiser chaque seconde un peu plus… Jusqu’à ce que je prenne conscience qu’elle s’était définitivement refermée. Un craquement retentissant se fit entendre, surpassant même la colère des flots par son ampleur. Un craquement qui voulait dire extrêmement de choses, y compris que notre salut ne se trouvait plus à bord de ce vaisseau balloté par les flots. Nous n’arriverions jamais à bon port sans mat pour nous y pousser. Je regardais à nouveau derrière moi, pour m’assurer que le gigantesque pilier de bois n’allait pas m’écraser, mais celui-ci tomba dans la direction opposée, à mon grand soulagement. Fut un temps où j’aurais pu transporter tout le navire à bon port en un claquement de doigt… Mais il était révolu à présent. J’observais donc avec toute l’appréhension du monde ce mat qui venait s’affaler sur le gaillard arrière, tuant certainement le barreur par la même occasion. Nous n’avions ni gouvernail, ni propulsion à présent… La situation était, au mieux, critique.
Et je ne voyais pas de moyen de survivre dans cette situation. Il fallait quelqu’un qui nous guide, même démâtés, sans quoi nous irions nourrir les poissons d’ici peu, envoyés par le fond grâce au bon vouloir de l’océan qui nous entourait. Je m’élançais donc vers l’autre côté du navire à grandes enjambées, tout en entreprenant de défaire la corde qui me tenait la taille, lorsque le pire arriva. On dit bien qu’un malheur n’arrive jamais seul n’est-ce pas ? Et si vous vous dites qu’il y a difficilement pire situation qu’un bateau privé de mât au milieu d’une tempête aux airs d’apocalypse, tentez donc de faire frapper ce même navire par la foudre. Le résultat est garanti spectaculaire… Mais il n’est pas dit que vous pourrez le raconter à vos petits-enfants, si vous étiez à bord. Je stoppais net en voyant l’éclair arriver, consciente qu’il n’y avait plus rien à faire dorénavant, et que nous étions entre les mains du destin… Et comme une spectatrice extérieure observerait une catastrophe arriver, je restais là, les bras ballants, alors que cette lumière venue du ciel s’abattait sur nous, causant l’apparition d’un second éclat lumineux, bien plus concret celui-là.  Un éclat qui signifiait énormément de choses, y compris notre mort probable, mais que je n’arrivais qu’à considérer en ces mots : « Ils ont touché la sainte barbe ».

Et alors que la formation de l’éclair m’avait semblée durer une éternité, la suite se passa au contraire particulièrement vite. Le gaillard arrière se déforma jusqu’à exploser complètement, balayant tout sur son passage. L’onde de choc me projeta en arrière, et je frappais le bastingage avant de l’emporter avec moi dans ma course. La corde qui me retenait au mât de misaine se tendit, puisque je n’avais pas eu le temps de la décrocher complètement, puis lâcha dans le même mouvement. Le  choc me brisa au moins trois côtes, et je m’inquiétais de la santé de mes organes internes alors que je finissais mon vol plané dans la mer déchaînée, happée par les flots glacés qui étaient finalement venus à bout de cet intrus de bois. Mes poumons avaient été vidés par l’explosion, et je ne ressentais plus aucune force dans mes membres. J’arrivais à peine à ouvrir la bouche pour cracher un peu de sang avant de commencer à sombrer. Doucement, ma conscience s’étiolait, et je me demandais si j’allais effectivement mourir ici, seule, et dans le noir. Plusieurs débris du navire tombèrent tout autour de mois, fendant les flots pour aller rejoindre le plancher sous-marin… Jusqu’à ce que l’un d’eux, une planche pour être précise, me frappe au ventre. La douleur irradia mon corps, qui se mit à surproduire de l’adrénaline comme si sa dernière heure était venue. C’aurait été le cas, s’il ne l’avait pas fait.
Ce choc soudain me permit de reprendre (à peu près) mes esprits. Et, bien qu’un peu sonnée par le trajet m’ayant amené jusqu’ici, je prenais appui sur la planche avant de me propulser vers la surface de toutes mes forces. Je n’avais plus la moindre once d’oxygène dans mon corps, et tout mon torse était en feu, en partie à cause du vide ressenti par mes poumons, et en partie à cause du traumatisme interne dont je souffrais plus que certainement. Mon monde était d’eau et de souffrance, et ça n’était pas exactement un état de fait que j’appréciais… Non, je voulais sortir de là, mourir un autre jour… Ou plutôt retrouver mes pouvoirs, et ne jamais plus risquer la mort. Les dieux s’étaient déjà bien joués de moi, il était temps de leur rendre la monnaie de leur pièce… Et s’il fallait aller les chercher jusqu’aux cieux pour les en faire descendre, puis les tuer tous, alors ainsi soit-il. Si mon mari avait été incapable de me dompter, alors des divinités quelconques n’en auraient pas l’occasion non plus. C’était donc partagée entre la colère et la fureur (disons que j’ai un caractère assez terrible) que je remontais à la surface, jusqu’à ce que mon visage perce le voile de l’océan.

La première bouchée d’air frais que j’inspirais fut salvatrice, la seconde permit à mon corps de recommencer à fonctionner normalement. J’allais avoir besoin de toutes les forces à ma disposition si je voulais me sortir de là. Je me laissais donc flotter sur le dos, ballotée par les flots, mais bien vivante, le temps de reprendre mes esprits. Après quelques secondes, je serais des dents en frappant à nouveau ma blessure, forçant mon organisme à continuer de produire de l’adrénaline… Sans cette substance, je serais morte d’ici dix minutes. Après quelques dizaines de secondes supplémentaires, je me laissais à nouveau aller vers l’avant, avant de scruter les alentours. Il me fallait une embarcation, fut-ce-t-elle de fortune, pour échapper à cet enfer. Alors que j’apercevais ce qui ressemblait à un amas de planche, partie du cadavre du Nidhogg, une nouvelle vague me passa par-dessus. Cette fois-ci, j’étais prête, et pris une grande inspiration avant d’être à nouveau engloutie par la mer déchaînée. Je refaisais surface quelques secondes plus tard, continuant ma quête d’embarcation… Les débris du bateau étaient éparpillés un peu partout, l’explosion ayant littéralement disloqué la structure du vaisseau, mais il me fallait quelque chose qui puisse supporter mon poids, et qui soit suffisamment stable pour ne pas immédiatement me rejeter à la mer de laquelle je m’étais extirpée.
Ma quête fut interrompue quelques instants supplémentaires par un nouveau crachat de sang, ce qui signifiait que j’avais plus que certainement une hémorragie interne. C’était mauvais… Mais il me fallait d’abord parer au plus pressé. Alors que je continuais de parcourir le paysage de colline en perpétuel mouvement du regard, celui-ci fut attiré par quelque chose. Une… Lumière ? Il me semblait apercevoir une certaine clarté au loin, comme un feu… Ou une lanterne. Quelqu’un d’autre avait-il réussi à s’en sortir ? Faisaient-ils signe aux autres survivants de les rejoindre car ils avaient trouvé une embarcation ? Mieux encore, était-ce un coin de ciel bleu au loin qui annonçait la fin de cette apocalypse ? Je tuais mes espoirs dans l’œuf. Il était plus que probable que ce fut un débris du bateau, enflammé par l’explosion de l’arsenal, et qui résistait encore quelques instants aux assauts des flots. Je continuais donc ma quête d’une bouée de sauvetage métaphorique, luttant contre mes yeux qui étaient irrésistiblement attirés par cette clarté. Celle-ci durait, encore et encore… L’espoir revint, plus puissant cette fois. Je devais en avoir le cœur net.

Tout en grognant de douleur, et en subissant les assauts des vagues, j’entreprenais de nager vers cette lumière divine qui semblait me tendre les bras. Mes forces m’abandonnaient doucement, mais moins vite que la vitesse à laquelle j’atteignais cette lueur. Si c’était un piège, un simple morceau de bois brûlant encore, j’étais morte… Mais, une fois que je fus suffisamment proche pour comprendre ce dont il retournait, je laissais échapper un soupir de soulagement. C’était une barque, et la lueur était celle de la lampe que tenait le marin de tête. Des rescapés. Je rassemblais mes dernières forces pour leur faire de grands signes, qu’ils mirent quelques secondes à apercevoir. Une fois que ce fut fait toutefois, ils commencèrent à ramer vers moi, jusqu’à être suffisamment proches pour me hisser à bord. Leur entreprise rata une première fois à cause de la vague qui vint s’écraser sur nous, mais la seconde fut la bonne, et je retrouvais enfin le plaisir d’avoir un sol sous les pieds, fut-il aussi ridicule que celui de cette coque de noix. Valentine était également déjà là. Je la laissais respirer, puisqu’il semblait à peu près aussi mal en point que moi, et rampait tant bien que mal jusqu’à l’arrière de l’embarcation.
Là, je me calais contre le bastingage, avant de jeter un œil à mon ventre. Côté droit, une tâche rougeâtre grandissait doucement sous la peau. L’hémorragie était là. Et c’était elle qui allait me tuer, si je n’y faisais rien. J’attrapais donc le marin le plus proche, qui vint se placer à mes côtés. D’un signe de la main, je lui faisais comprendre que j’avais besoin de son couteau, et il me regarda d’un air étonné. Je désignais du doigt la couleur inhabituelle de mon flanc, et il commença doucement à comprendre. Il me tendit donc la lame qu’il avait à la ceinture, avant de venir se placer sur mon côté droit, tandis que je prenais la parole d’une voix mal assurée :


« -J’ai probablement une veine sectionnée. Si c’était une artère, je serais déjà morte. Et je ne vais pas tarder à l’être si on n’arrête pas le saignement. »
Il hocha la tête, visiblement désolé pour moi, mais il n’avait pas non plus l’air d’avoir des connaissances pharaoniques en médecine. Avec un petit sourire moqueur sur mon visage, je reprenais donc la parole, sur le même ton :
« -Il faut ouvrir, et arrêter l’hémorragie à sa source. Je vais me charger de t’ouvrir la voie, mais il faudra ensuite que ce soit toi qui mettes un doigt dans la plaie. Ensuite, tu chercheras d’où vient le sang, et dès que tu en auras trouvé la source, il faudra que tu appuies sur celle-ci jusqu’à ce que ça ait coagulé. Ne tiens pas compte de mes cris, ça risque de ne pas être une partie de plaisir. »

J’avais conscience de ce que j’étais sur le point de m’infliger, mais c’était le coût de ma survie. J’attendais que la vague suivante passe puis je saisis le couteau de ma main droite. La gauche tenait mon flanc en place alors que l’acier s’approchait de celui-ci. Il ne fallait pas que je détourne les yeux. Pas une seconde. Je commençais doucement à insérer la lame sous ma peau, serrant les dents pour ne pas crier de douleur. Il fallait aussi que je reste consciente jusqu’à ce que cette partie-là soit faite… Après cela, rien ne dépendrait de moi, et je laisserais à mes camarades le soin de nous mener à bon port. Une fois que j’eus transpercé en bonne et due forme la peau, j’ouvris rapidement mon flanc, duquel se déversa un flot de sang terrifiant par son volume. J’avais déjà dû perdre près d’un litre de ce liquide vital. Ma vision se troubla alors que je laissais choir le couteau sur le côté… Et puis je me rendis compte que je hurlais. Que je hurlais à plein poumon. Que je hurlais à cause de cette douleur insoutenable qui irradiait de mon flanc. L’homme à côté de moi semblait totalement perdu, terrorisé même. Je rassemblais mes dernières forces pour arrêter de crier, avant de lui indiquer tant bien que mal que c’était à son tour. Il inséra un doigt calleux dans l’incision, et commença à chercher l’origine de mon hémorragie. J’avais envie de mourir en paix dorénavant, tant la douleur occupait chaque fibre de mon être. Mais il ne fallait pas. L’étincelle vacillante de ma raison luttait contre ce flot rouge de la douleur, de la colère, et de la folie. Finalement, il sembla trouver d’où venait tout ce putain de sang, et commença à appuyer. La douleur revint une fois de plus, mais je ne criais pas cette fois-ci. J’arrivais à lui adresser un petit sourire de compliment, avant de me laisser complètement aller contre le fond de la barque. Je n’avais pas perdu connaissance, mais j’étais totalement à bout de force. La brume qui enveloppait mon esprit semblait camoufler, ne serait-ce que très légèrement la douleur, ce pour quoi j’étais reconnaissante… Mais je ne valais guère mieux qu’un cadavre à ce moment-là. Un cadavre qui avait, peut-être, une chance  de s’en tirer. C’était tout ce qui comptait.


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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Mar 2 Fév - 21:35

Tout était allé si vite. En quelques minutes, l'équipage était passé d'une nuit en eaux calmes à une véritable tempête. Et par tempête, Akemi devait avouer qu'elle en avait rarement vu une aussi violente. Le bateau se faisait frapper par des vagues toujours plus violente, manquant de faire chavirer le Nidhogg à tout moment. Qui plus est, les marins peinaient à maintenir le cap, malgré les ordres de la navigatrice et des autres membres d'équipage. Lorsqu'une vague plus forte que les autres fit passer par dessus bord deux membres d'équipages, Akemi décida qu'il valait mieux se transformer, histoire d'avoir plus de réflexes et surtout pouvoir s'accrocher aux surfaces avec un peu plus qu'une seule main.

Sautant afin d'éviter une corde qui venait de se briser, la demoiselle observa avec dépit un autre marin se faire emporter par cette dernière. C'était le chaos sur le navire, et malgré les efforts de ses consœurs et confrères, Akemi savait pertinemment que quelque chose n'allait pas.

- Mais bon sang où se trouve notre capitaine?

Sprintant le long du pont, Akemi atteignit relativement facilement la porte qui devait mener aux quartiers du capitaine. Malheureusement, un pan de mat brisé vint retenir sa route et s'effondra lentement sur la position qu'elle avait donc dut quitter. Les voiles claquaient et l'orage ne faisait que redoubler de violence. Il était plus que certain que la situation devenait critique. Se servant de ses griffes pour grimper le long d'un des mats encore intact, la tueuse tenta d'apercevoir dans le chaos ambiant où se trouvait ses camarades, et surtout s'il y avait une terre non loin pour amarrer et réparer le navire. Pour la première question, impossible de discerner celles qu'elle cherchait. Soit elles avaient été expulsées du navire, ou bien la pluie et les mouvements ambiants étaient trop obscurcissant. Pour la seconde question en revanche, Akemi parvint à repérer une terre non loin où peut-être ils pourraient.... Un choc violent empêcha la tueuse de penser à la suite, la projetant du mat où elle était pour la faire s'écraser contre l'avant du navire. Le mat en question venait de prendre feu, un éclair ayant fait son oeuvre. Un gout acre et métallique commença à se faire ressentir dans sa bouche, et c'est en baissant la tête que la demoiselle s'aperçut qu'un des bouts de bois qui formait auparavant la barrière du pont venait de s'enfoncer dans le ventre de la tueuse. Crachant une gerbe de sang sur le sol, Akemi s'extirpa avec difficulté de ce qui la retenait et tomba comme une masse contre le bois humide du Nidhogg. Passant sa paume contre le morceau de bois, Akemi l'arracha de son corps et le lança un peu plus loin, sentant que sa plaie commençait à se soigner. Elle avait décidément bien fait de se transformer un peu plus tôt.

Reprenant ses esprits, elle cligna des yeux plusieurs fois en observant le pont devant elle. Une fois sa vue normale, elle cria sur quelques marins afin de leur ordonner de préparer divers canaux de sauvetage. Si les choses tournaient mal, mieux valait prévoir une solution de secours. Le temps lui donna finalement raison, car alors que deux navires de secours avaient déjà quitté le nidhogg, un éclair vint frapper le navire, atteignant les nombreux barils de poudre. La déflagration se fit presque instantanément, laissant juste quelques secondes à Akemi pour se protéger en laissant sa magie s'étendre dans ses cheveux. S'enveloppant dedans, elle ressentit tout de même la déflagration qui la propulsa loin de ce qui était maintenant une carcasse de navire. Plusieurs morceaux de métal et de bois passèrent cependant au travers de sa protection magique et percèrent sa tunique et sa peau. Un pieu de métal s'enfonça d'ailleurs dans sa cuisse alors qu'un fragment de bois se fichait dans sa main gauche. De multiples contusions et coupures étaient visibles sur son visage et le long de son corps. Tombant dans l'eau froide et mouvementée, la vision de la tueuse se troubla de nouveau alors qu'elle était prise dans le rouleau des vagues. L'eau se teinta rapidement de pourpre sous l'effusion de sang que les marins morts et les blessés répandaient dans l'océan. Reprenant peu à peu ses esprits en tentant de nager vers la surface malgré la douleur, se fut en respirant à la surface qu'Akemi s'aperçut du carnage. Le bateau était en feu et en train de sombrer, tandis qu'une bonne cinquantaine de corps sans vie flottait lamentablement à la surface. Nageant vers une planche en bois, la demoiselle se hissa dessus et arracha les débris les plus gros qui avaient traversé son corps. Cicatrisant grâce à la magie des deux dragons, Akemi haletait en tentant de reprendre son esprit avant qu'une énième vague ne vienne la projeter de nouveau dans l'eau. Un corps passa alors à côté d'elle. Il s'agissait du docteur du navire, ce dernier n'était plus qu'une carcasse décharnée dont on ne reconnaissait que peu de chose. L'expression qu'affichait ce dernier montrait bien la douleur avec laquelle il avait quitté Kosaten. Nageant vers une forme qui avançait à la surface, Akemi sortit rapidement de l'eau pour grimper sur l'un des navires qui tentait de rassembler les survivants. Une fois à bord, la demoiselle constata l'état plus qu'incertain de Valentine et Madame.

Pour Madame, un type s'était visiblement déjà occupée d'elle et il valait mieux la stabiliser et la laisser reprendre des forces, tout du moins jusqu'à avoir atteint une plage où ils pourraient, potentiellement, établir un camp. Pour Valentine cependant, elle était encore dans un état précaire. S'approchant d'elle, Akemi fixa la blessure de l'elfe avant d'ordonner aux hommes de s'approcher le plus vite possible de la plage. Une fois cette dernière atteinte, le navire de secours amarra et les marins commencèrent à évacuer les blessés. Akemi leur indiqua une grotte où ils pouvaient s'établir, et ce afin d'éviter de soigner les gens sous la pluie et dans des conditions non favorables. Si tant est qu'il pouvait avoir une situation favorable. Arrachant la seule manche de sa tunique qui était encore en bon état, la demoiselle aux yeux rouges fit plusieurs bandages de fortune pour quelques blessés. Allant observer ses deux consœurs qui étaient soit évanouie, soit dans un état similaire, Akemi co-ordonna les soins et la préparation de leur abri. Madame semblait stable, aussi la tueuse décida de se rendre vers Valentine dont l'état était critique. Observant l'elfe qui était inconsciente, il fallait agir vite, car le morceau de métal qui était en son ventre n'avait pas encore été retiré et l’hémorragie risquait de l'achever. Se laissant guider par les indications des dragons, la demoiselle prit la pièce de métal à deux mains et la retira vivement du corps de la chasseuse de monstres, avant de presser fermement la plaie. Le sang perlait contre ses mains, aussi la tueuse hurla aux hommes autour d'elle de récupérer des bandages et des fils pour recoudre la plaie. Aidée par son équipage donc, Akemi parvint à mettre Valentine dans un état à peu près stable, malgré son inconscience. S'adossant contre l'un des murs de la grotte en haletant, Akemi se laissa tombée doucement le long de la paroi avant de reprendre peu à peu sa forme normale. Si elle restait plus longtemps transformée, elle risquait de tomber elle aussi dans les pommes. Sur Era Nécrolia, elle pouvait tenir des jours entiers transformée, mais là, avec les blessures reçues et la faiblesse que Kosaten lui avait infligé, la donne n'était plus la même. Observant ses deux amies évanouie, un sourire las s'afficha sur les lèvres écarlates de la tueuse, alors qu'elle était recouverte d'un sang qui n'était pas le sien.

- J'espère que vous allez vous réveillez rapidement mesdames... j'aimerais bien dormir moi aussi...
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Dim 14 Fév - 20:16

Voir d’autres personnes, les unes après les autres, rejoindre le canot de sauvetage sur lequel ils se trouvaient n’était pas une surprise aux yeux de l’elfe de brume. Au final, si cela en avait été une, sa réaction n’aurait pas été bien différente cependant … Lentement, Valentine laissait la douleur la paralyser petit à petit, l’empêchant de se concentrer vraiment : elle luttait rien que pour rester consciente, à ce stade … Un autre s’en serait probablement voulu d’être si inutile dans un instant crucial : la chasseuse de monstre ne ressentait qu’une vague frustration à l’idée de ne pas être celle qui, grâce à ses actes, assurerait la survie du petit groupe et en particulier la sienne. Elle ne tenait pas tant que cela à payer au prix fort l’incompétence d’un autre après tout ce qu’elle avait traversé, tant aujourd’hui que de par le passé … mais encore une fois, elle n’avait pas le choix. Tentant de se caler à peu près bien de manière à ne pas être ballottée dans tous les sens par le roulis, elle finit par fermer les yeux, et entendre des cris stridents à côté d’elle. « Quelqu’un » souffrait … énormément. Ce son, au milieu des hurlements désincarnés de la tempête, sonna presque comme apaisant pour l’hybride, dont la conscience s’effrita lentement, jusqu’à disparaître temporairement. Elle n’était pas dans un état où il était recommandé de s’endormir ? Peut-être … mais elle était trop fatiguée pour faire autrement.

La seconde partie du rituel des brumes, soit la seconde épreuve que doivent passer chaque elfe pour passer à l’âge d’adulte et être un elfe de brume « à part entière » plutôt qu’un simple demi-brume, était simple. Lors de la première épreuve, chacun concurrent devait quitter la capitale sous-terraine du royaume elfique, Talassia, en empruntant un chemin abandonné rempli de monstres et de spectres, pour rejoindre la surface. Lors de ce trajet, ils devaient au passage récupérer un petit cristal bien particulier, dont l’importance pour le reste de l’épreuve serait décisive. Lors de la 2nd épreuve, les jeunes qui étaient parvenus jusqu’à la surface en à peu près un seul morceau devaient alors conserver leur cristal, piégés dans un large temple durant une semaine avec tous les autres candidats … La nourriture et la boisson étaient distribués à volonté, et permettait certes de récupérer des privations des jours suivants, mais d’un autre côté, l’entière liberté de mouvement de chacun était … angoissante. Car le seul danger, bien sûr, provenait presque intégralement des autres candidats …

Les moines qui étaient chargés de gérer l’épreuve, cependant, ne pouvaient s’empêcher chaque année de compliquer légèrement la tâche aux candidats. Une année, certains mets étaient drogués. Une autre, des rumeurs aléatoires se répandaient, expliquant qu’un tel convoitait le cristal de tel autre … Cette année, l’originalité n’était pas vraiment au rendez-vous, même si à terme, l’épreuve n’en était pas plus simple. Lorsqu’ils avaient pénétré le temple le premier jour, les jeunes avaient remarqué plusieurs choses. La richesse des tables qui étaient dressées devant eux, bien sûr, et le nombre affolant de plats qui étaient disponibles. Pour certains, simples paysans descendus à la capitale de la surface uniquement à l’occasion de cette épreuve meurtrière, c’était la première fois qu’ils avaient sous les yeux une telle débauche de nourriture …Mais d’autres, déjà plus habitués au train de vie de la noblesse, avaient pu constater à quel point le temple pouvait sembler … Inquiétant. Sombre, à la fois très ouvert, et pourtant laissant ce sentiment d’oppression … Et pour ceux qui n’étaient pas intéressé par l’architecture, un détail n’avait pas manqué d’attirer presque tout de suite leur attention. Contre le mur du fond du temple, face a eux, avaient étés placés des râteliers sur lesquels s’alignaient les lances, les hallebardes, les épées, coutelas, haches, et autres masses d’armes. Des armes. Lors de cette 2ème épreuve, ou chacun n’aurait pour seul objectif que de défendre son cristal des attaques des autres … ils leurs avaient laissé de quoi s’entre-tuer. Valentine avait déglutit lorsqu’elle avait pour la première fois posés ses yeux bleus sur le métal terne d’un couperet. Elle avait réussi à obtenir d’un de ses tuteurs qu’il lui dispense quelques leçons d’escrime … Mais les quelques notions dont elle disposait à l’heure actuelle ne seraient rien face à une arme de ce style. Enfin … Elle au moins savait un minimum combattre. Ce n’était pas le cas de son voisin, par exemple, qui était né sous les rayons du soleil … en revanche, celui qui se trouvait derrière eux, au sourire goguenard qu’il affichait, avait visiblement déjà une formation militaire lui permettant de manier bien des types d’armes. En clair … encore une fois, l’équité entre les participants était, dans le meilleur des cas … quasi nulle.

Les 2 premiers jours s’étaient passés dans un calme relativement agréable … chacun et chacune étaient trop fatigué pour songer à s’attaquer à un potentiel rival ( soit tout autre candidat), aussi les lames étaient-elles pour la plupart restées là où elles se trouvaient. Certes, un ou deux « braves » en avaient bien décroché une en clamant haut et fort qu’ils sauraient se défendre, l’heure venue … mais le geste n’avait rien provoqué d’autre qu’une lassitude générale. Cependant, alors que les participants se remettaient de leurs épreuves, les choses se mirent à dégénérer progressivement. Dans la nuit du second au troisième jour, trois participants furent retrouvés dans leurs chambres, égorgés. Certains poignards et une épée courte avaient disparu de leurs râteliers. Le quatrième jour, une dispute éclata à table : l’un des deux protagonistes de la dispute dégaina une lame pour menacer son adversaire … avant qu’on ne lui place un couteau sous la gorge. Et le 5ème jour … Il y eut un carnage dans la grande salle, où se retrouvaient les jeunes pour les repas et de manière générale qui occupait la plus grande partie du temple. Durant les jours qui avaient précédé, des alliances s’étaient faites entre certains elfes : plusieurs groupes plus ou moins armés avaient ainsi subitement décidé de menacer tous les autres pour, au choix, prendre leurs cristaux, ou simplement régler les comptes vis-à-vis des tensions plus ou moins intenses qui étaient nées lors des jours précédents … lors de cette épreuve, l’hybride qui à l’époque n’avait encore rien de vampirique n’avait fait partie d’aucun « clan », comme beaucoup d’autres. Lorsqu’elle avait vu sortir les différents individus autour d’elle sortir des armes, son premier réflexe avait surtout été de rouler sous une table et de tenter d’ignorer les cris de ceux qui avaient étés moins malins ou prompts à réagir qu’elle …


Lorsqu’elle ouvrit de nouveau les yeux, la traqueuse remarqua quelque chose de particulièrement désagréable. Son masque était sur son cou. Tentant de lever un bras pour remédier à cet état de fait, elle se rendit compte de l’affolante faiblesse qu’elle avait dans tous les membres … clignant à deux ou trois reprises des yeux, elle réalisa enfin. Le bout de métal n’était plus là. On lui avait extrait ? Fermant les yeux et se concentrant, elle tenta, juste par réflexe, de contracter très légèrement ses muscles abdominaux … Le résultat aurait probablement arraché un cri à n’importe qui d’autre, si la personne en question avait été en état de crier, mais la demi-vampire n’émit elle qu’un gémissement plaintif … elle ne se sentait pas en état de faire grand-chose de plus. Finissant par bel et bien lever son bras, elle tata quelque peu la plaie … Le morceau de métal avait été là. Avait. Mais sous la tâche monumentale de sang qui ornait désormais ses vêtements,  quelqu’un avait pris la peine d’extraire ce qui aurait pu la tuer, avant de la recoudre : elle sentait le fil grossier dans sa peau … rudimentaire, mais elle n’aurait pas besoin de beaucoup plus. A part du temps, probablement … Du temps, et autre chose.

A quelques pas à peine, une petite manchote semblait veiller aussi bien sur la vampire que sur sa voisine, que l’elfe de brume ne remarqua qu’à ce moment-là. « Madame » semblait elle aussi en piteux état, vu son teint … Comme le disaient certaines personnes, « la journée avait été rude ». Se tournant vers l’extérieur, elle tenta d’estimer l’heure … Le jour n’était pas levé, et ne le ferait probablement pas avant quelques heures. Lentement, elle tenta de se décoller légèrement de la paroi, rapprochant douloureusement ses genoux de son torse … appuyant son menton sur ses rotules, elle observa la jeune femme qui les veillait depuis plusieurs heures probablement, et lui sourit. Une voix enrouée se fit entendre … Valentine mit bien quelques instants à réaliser qu’il s’agissait de la sienne.

Je survivrais … Reposes-toi. … contente de te revoir.

Non pas qu’elle se sente, pour l’instant, particulièrement proche de la chasseuse de primes … mais elle était, à vrai dire, contente de revoir un visage familier à son réveil, et de manière générale de se réveiller tout court. Lentement, l’elfe parvint à se déplier, et à se relever. Un des marins, l’observant, lui intima de se rallonger : elle s’appuya contre le mur d’une main, et remonta son masque de l’autre en le regardant … il comprit d’instinct qu’il ne parviendrait pas à la convaincre. La sang-mêlé regretta légèrement d’avoir remis son masque, et comprit pourquoi on lui avait retiré : il était imbibé d’eau et de sang … son sang. Or, le tout n’étant pas particulièrement étanche, elle eut tout le mal du monde à inspirer … finissant par renoncer, elle abaissa le voile de tissus, claudiquant jusqu’à l’entrée de la grotte. La plupart des hommes encore valides avaient tenté de récupérer quelques objets que la mer avait rejeté, ou de mettre en sécurité la coquille de noix qui les avait conduit ici : les autres, blessés eux aussi, ou tout simplement trop épuisés, s’étaient de même endormis dans la grotte autour du feu qu’ils avaient réussi à lancer. Cependant, le temps aidant, et la météo ne devenant pas le moins du monde plus clémente, ils avaient petit à petit fini par tous rentrer : seuls un ou deux hommes restaient toujours à l’extérieur, veillant à ce qu’une créature sauvage ne décide pas elle aussi de venir se réfugier dans la caverne … S’asseyant à côté d’un de ces deux individus, la vampire ferma les yeux, cherchant … elle-même ne le savait pas réellement. Remettre ses idées au clair, peut-être. Ignorer la douleur. Quelque chose. Une voix rauque la coupa dans ses pensés.

Z’êtes plus en train de dormir ? J’vous aurais bien vu vous réveiller plutôt genre … Demain. Ou après.
Je ne dors pas beaucoup … Et j’ai trop mal pour.
Le choc a été violent ?
Vous avez déjà été poignardé ?
Bah … J’ai eu mon lot de … Négociations houleuses, on va dire.

Relevant un peu sa veste, le marin montra une fine trace blanche, de deux centimètres de large environ, sur la peau de son abdomen. Sans nul doute, un coup de couteau … il semblait fier de cette blessure. Peu impressionnée, la vampire observa la marque un instant, avant de revenir vers les vagues.

Hmm … Imaginez que la lame ait été chauffée à blanc maintenant, et que la plaie suinte le sel …
Hssss …
Je suppose que quand je serais à nouveau … assez fatiguée, je tomberais comme une feuille à l’automne. Durant quelques instants, elle observa la mer toujours aussi démontée, n’accordant qu’une importance minime à la pluie qui tombait et la trempait de nouveau … Elle préférait être lavée du sel et du sang que sèche, mais dégoutante. Stupide ? Peut-être … Elle s’en fichait. Et le Nidhogg ?
… Il a mis quelques dizaines de minutes à couler … Peut-être une heure. J’ai cru entendre un énorme cri de souffrance … C’était un sacré bateau.
ça …

La traqueuse ne songea pas utile de rajouter quoi que ce soit d’autre, alors qu’elle restait assise, fixant l’horizon … laissant le temps passer. Plusieurs minutes s'écoulèrent, lentement, alors que les hommes tentaient d'ignorer les éléments, et que l'elfe, qui elle y parvenait parfaitement, se laissait simplement envahir par ses vieux souvenirs. Son ouïe, malgré la pluie, surprit un bruit cependant. Quelqu’un s’approchait de l’entrée de la caverne dans son dos … Peut-être un autre marin … Ou une autre élue.


Dernière édition par Valentine W. le Sam 20 Fév - 23:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Ven 19 Fév - 23:07

Le monde était devenu rouge. Au figuré bien entendu, mais vous avez compris l’idée. La douleur pulsait dans mon bas-ventre, encore et encore. Au rythme des battements de mon cœur. Je détestais ressentir ce genre de sensation… Je me sentais si impuissante face à elle… Encore un (douloureux) rappel que je n’arrive pas à la cheville de la personne que j’avais été, avant tout cela. Cela faisait des siècles que la seule gêne que j’avais ressentie était mentale. Alors vous imaginez bien que, lorsque je m’étais pratiquement éviscérée pour me sauver la vie, mon état d’esprit n’était pas exactement des plus radieux. Et mes yeux à demi fermés percevaient à peine le monde qui m’entourait. Seule la face barbue du marin à mon chevet restait nette, malgré ma vue troublée. Et les vagues provoquées par la tempête, qui devaient pourtant nous balloter comme des grains de poussière au milieu d’une tornade, n’étaient que des crêtes floues à la bordure de mon champ de vision. Je n’avais même pas conscience de la pluie qui s’abattait sur moi, la seule chose que je ressentais vraiment était cet intrus dans mon corps, me maintenant en vie, mais perpétuant également cette douleur insupportable qui m’envahissait, m’empêchait de penser correctement, et me donnait envie de prendre mes jambes à mon cou pour fuir loin de là.
Et je sais que c’est une idée stupide de tenter de courir lorsque vous vous trouvez sur l’un des seuls bouts de bois tenant tête à un orage apocalyptique. Mais c’est quelque chose que l’on perçoit beaucoup moins bien lorsque l’on a le ventre ouvert, et que notre sang semble vouloir quitter notre corps à tout prix. Heureusement pour moi donc, je n’avais pas la force de céder à mes envies, tout au plus pouvais-je légèrement remuer malgré les conseils de l’homme qui me murmurait de rester calme. Ou peut-être le criait-il. Je ne me rendais pas compte de cela non plus. Et petit à petit, l’inconscience se rapprochait, comme la voie de la facilité, qui me ferait oublier toute cette souffrance, qui me permettrait de l’oublier, ne serait-ce que l’espace d’un instant. Mais, l’une des dernière pensée logique qui persistait dans mon esprit à ce moment-là était  
« ne t’endors pas ». Je ne savais pas pourquoi je m’infligeais cela, ou pourquoi cet appel était si fort, mais j’avais envie d’obéir à ma propre pensée, à lutter pour ne pas sombrer dans les bras de Morphée, quoiqu’il arrive. A posteriori, l’analyse est aisée : perdre connaissance, alors que l’on est en état de choc au milieu d’une tempête aux airs de jugement dernier, c’est le meilleur moyen de passer l’arme à gauche. Toutefois, j’étais à la fois trop fatiguée, et trop concentrée sur cette sensation de déchirure insupportable qui habitait mon flanc pour comprendre cela. A peine capable de comprendre les messages que mon cerveau m’envoyait, je laissais donc la petite troupe de marin me mener à bon port, me battant tout juste pour assurer ma survie. Un exercice qui m’était plus que familier… Mais jamais dans ce genre de circonstances.

La suite des évènements est encore plus floue que ce que je viens de vous conter. J’ai vaguement conscience que le bateau entra en contact avec autre chose. Cela aurait pu être n’importe quoi depuis mon point de vue, mais je n’avais même pas de point de vue à ce moment précis de mon histoire. Les évènements suivants m’ont appris que c’était la plage qui nous avait accueillis à ce moment précis. Je crois me souvenir que l’on m’a soulevée de ma position, pour me porter jusqu’à l’intérieur d’une grotte. Une entreprise qui ne me satisfaisait qu’à moitié, puisque je commençais à trouver le fond de cette barque particulièrement confortable, surtout comparé à l’inconfort profond que mon corps me faisait ressentir. Toujours est-il que quelques minutes plus tard, j’étais adossée au mur d’une grotte, à quelques mètres d’un feu, et que je commençais finalement à sécher après avoir été couverte d’eau pendant quelques dizaines de minutes, qui m’avaient pourtant semblées durer des jours. Cela non plus, je n’en étais pas véritablement consciente, mais si je vous raconte l’histoire telle que je la percevais alors, le récit risque d’être assez court. Douleur. Douleur. Douleur. Vous voyez, pas très passionnant, n’est-ce pas ?
Encore une poignée de minutes plus tard, le marin bourru qui m’avait assistée jusqu’ici retira son index de la plaie, car le saignement s’était apparemment arrêté. Félicitation à mes pouvoirs de régénération, ou tout au moins à ce qu’il en restait, ils m’avaient probablement sauvé la vie. Toujours est-il que les survivants du naufrage avaient commencé à s’organiser dans la grotte, regroupant nos désormais maigres possessions, et s’occupant des blessés, qui constituaient en fin de compte la majorité des rescapés. Voyant que j’étais à peu près sortie d’affaire, on me banda grossièrement la plaie, puis on me laissa à moi-même, dans ce trou perdu. Je ne sais pas bien si j’ai perdu conscience à ce moment-là ou non, car je n’avais absolument plus conscience du monde qui m’entourait, simplement de mon physique, dont la douleur n’avait pas encore disparue… Mais qui s’apaisait, progressivement. Très progressivement. Il me fallut des heures pour arriver à me concentrer sur autre chose que le trou béant dans mon ventre. Ma première pensée logique fut de rechercher où est-ce que je me trouvais, et en sondant du regard les alentours, je compris que j’étais en sécurité. Pour l’instant. La suivante de tenter d’utiliser mes pouvoirs pour refermer la plaie, et revenir à ma forme d’antan. L’échec immédiat et cuisant de cette tentative me rappela un peu plus à la réalité, non sans me laisser un goût amer dans la bouche. Le passé me manquait.

Quelques minutes plus tard, j’arrivais enfin à ouvrir la bouche pour demander, non sans difficulté, un verre d’eau. J’étais alors déshydratée au possible, et ma voix rauque me sembla presque étrangère. Toujours est-il qu’un marin attentionné me prêta sa gourde, et la tint devant ma bouche pour que je puisse aspirer une partie de son contenu. Le liquide pourtant particulièrement ordinaire me sembla être un nectar divin alors que ma gorge asséchée et irritée par le sel des flots retrouvait un état un peu plus normal. Rafraîchie mais toujours épuisée, je me laissais à nouveau glisser contre le mur, et fermais les yeux. Je n’étais plus en danger de mort imminente, ce qui était une bonne chose, mais j’étais loin d’être en pleine forme pour autant… Et j’aurais tout donné pour quelques jours de sommeil. Continus. Je n’avais toutefois pas ce luxe, aussi me contentais-je d’un moment tranquille, écoutant ce qu’il se passait autour de moi sans intervenir le moins du monde.
Je percevais à peine le gémissement de douleur que Valentine laissa échapper en se levant, mais je reconnaissais sa voix. Un petit sourire en coin apparut sur mon visage, j’étais heureuse qu’elle ait survécu. Cela également, était une surprise, cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas intéressée à un autre être vivant, si ce n’était Toubib. Peut-être m’avait-il adoucie, d’une façon ou d’une autre… Mais cela importait peu. La jeune femme était vivante, c’était une bonne chose, mais je ne me sentais pas de lui adresser la parole de manière immédiate, d’autant que je savais ce que j’allais devoir lui demander un peu plus tard, considérant qu’elle semblait particulièrement agile de ses dix doigts. Et la perspective me réjouissait très honnêtement assez peu, j’avais le sentiment d’avoir suffisamment souffert pour la journée, mais il allait pourtant falloir endurer un peu plus si je souhaitais maximiser mes chances de survie qui, si elles n’étaient pas nulles pour l’instant, restaient très honnêtement assez peu satisfaisantes. Le pragmatisme l’emportait une fois encore sur mes sentiments, mais j’en avais l’habitude, et comme d’habitude, je prendrais la bonne décision, fut-elle contraire à mes sentiments.
Encore une dizaine de minutes plus tard, j’ouvrais les yeux, décidée et résolue à agir. Je n’avais jamais été du genre à me cacher en attendant que la tempête passe (au figuré une fois encore), je me dressais face à elle, et tant pis si je récoltais quelques écorchures au passage. J’attrapais l’un des membres d’équipage par sa manche déchirée alors qu’il passait devant moi, attirant son attention par la même occasion, et prenait la parole d’une voix posée, diamétralement opposée à l’état pitoyable dans lequel se trouvait mon corps :


« -Hum, aurais-tu l’extrême obligeance de m’apporter une gourde de gnôle ?
-Il ne nous en reste pas beaucoup, vous ne pourriez pas vous en passer ? »
Mon regard se fit perçant, et je baissais légèrement mes bandages pour faire apparaître la plaie qui me barrait la partie droite du ventre, et lorsque ses yeux écarquillés se posèrent sur la blessure, je reprenais la parole d’un ton un peu plus autoritaire, mais pas méchant pour autant :
« -Il faut nettoyer la blessure, j’aimerais autant ne pas y rester dans cette grotte perdue. »

Il hocha la tête rapidement, visiblement troublé par la différence visible entre mon ton calme, et ma condition physique. Je commençais peut-être à apprécier quelques êtres vivants, mais je n’avais pas perdu le coup pour manipuler les humains. Un petit sourire narquois revint sur mon visage alors qu’il s’éloignait, satisfaite de la petite impression que je venais de lui faire. J’avais beau être en lambeau (cette fois-ci presque littéralement), j’étais encore capable de contrôler mon apparence. C’était une bonne chose, j’aurais détestée être prise en pitié quand je pouvais l’empêcher. Après quelques secondes du côté des réserves, il revint avec une petite gourde de cuir bruni et délavé, ayant visiblement survécu au naufrage à la ceinture de quelqu’un… Mais celle-ci, toujours attachée au contenant, semblait avoir abandonné son propriétaire, qui s’était probablement noyé. Bon, je ne volais donc à personne d’autres qu’aux morts, ce qui m’importait peu. Remarquez, je me moquais également de voler aux vivants, donc ça importait peu.
Le jeune homme que j’avais interpellé s’accroupit face à moi, et me fit signe de soulever à nouveau le bandage pour qu’il puisse nettoyer lui-même la plaie. J’agitais la tête avant de tendre la main, lui faisant comprendre que j’allais m’en charger moi-même. A peine m’eut-il passé la boisson que je portais celle-ci à ma bouche, engouffrant plusieurs gorgées du liquide alcoolisé. Le goût était affreux, comme si de la pisse avait mariné pendant des jours au fond d’un fût. Je l’aurais presque recrachée immédiatement, mais j’avais besoin d’un petit remontant. J’avalais donc quelques gorgées prestement, avant de faire couler le reste sur ma blessure, non sans serrer les dents à cause de la sensation de brûlure qui revint brusquement. Alors que j’étais occupée à frotter la plaie pour m’assurer que rien de dangereux ne restait sur celle-ci, je lui demandais d’une voix où ne transparaissait pas la moindre once de la douleur que je ressentais pourtant d’aller me chercher du fil et une aiguille pour recoudre le tout. Je ne faisais pas exactement cela par plaisir, mais il fallait bien me sauver la vie, et puisque je ne pouvais plus compter sur mes pouvoirs pour faire cela, il ne me restait plus que mon esprit particulièrement rationnel.

Une fois que j’eus fini de m’amuser à raviver la souffrance qui m’habitait, et que le jeune homme m’eut ramené le nécessaire à tricot, je lui faisais signe de m’aider à me relever. Il résista un peu dans un premier temps, avant de comprendre que toute lutte était futile, et me tendit la main avant de me hisser debout. Je laissais échapper un très court glapissement de douleur, avant de fixer un regard meurtrier sur mon assistant de fortune. Celui-ci se détourna avant de s’éloigner, comme si de rien n’était, ce que j’appréciais. Appuyant le bandage sali sur ma blessure, je claudiquais jusqu’à l’endroit où j’apercevais Valentine, juste à l’entrée de la grotte. Elle semblait discuter avec quelques marins, et probablement pas du temps qu’il faisait. Je la rejoignais tant bien que mal, avant de me laisser tomber quelques centimètres derrière elle, à l’abri de la pluie. J’attirais son attention en me raclant brièvement la gorge, avant de m’exprimer d’un ton calme et poli :


« -Désolé de te déranger dans tes divagations bucoliques, mais j’aurais l’utilité d’un peu d’aide pour recoudre ceci. »
Je laissais le bandage s’affaisser, découvrant ma blessure toujours béante, mais ne saignant qu’à peine. Je savais que j’avais le teint livide à faire peur, et j’avais tout autant conscience qu’avec la quantité de sang que j’avais perdu, j'avais de bonne chance de perdre connaissance dans un futur proche, mais je ne pouvais contrôler aucune de ces deux choses. Je balançais donc mon aiguille et mon fil à l’Elfe, avant d’écarter le bandage de la blessure, et inclinais mon torse en arrière, maintenue en place par mes mains sur le sol de la grotte. J’avais confiance dans le fait que la jeune femme accepterait de me donner un coup de main. Fermant les yeux pour ne pas sentir l’aiguille arriver, je continuais sur le ton de la conversation :
« -A-t-on de quelconques nouvelle du Capitaine Fortune ? Je ne l’ai vue nulle part. »
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Dim 21 Fév - 0:27

“Ael’Nuu Rha.” C’était le nom qu’il avait donné, lorsqu’il avait soulevé la jeune sang-mêlé par le col. Ayant le sang des siens lui couvrant l’avant-bras, il maniait une sorte de hachette métallique, dont il avait visiblement fait usage à plusieurs reprises. Il était grand et large, bien mieux bâti que la plupart de ses congénères. Sa peau pâle et son corps finement tatoué indiquaient qu’il était probablement d’origine noble … Et la dextérité avec laquelle il avait massacré au moins 3 de ses camarades indiquait, elle, qu’il était entraîné, et peu scrupuleux, pour un individu d’un âge si peu avancé … Un véritable elfe de brume en devenir.

La plupart des gens de la salle avaient d’ailleurs déposé les armes devant lui et sa bande : de toute évidence, les jeunes de ce groupe avaient fait leurs classes sous le même maître d’arme, car presque aucun d’entre eux n’étaient blessés, alors que pourtant leurs tuniques étaient ornées d’un rouge qui n’était en rien présent sur le tissus quelques minutes auparavant. Il n’y avait probablement en tout « que » une dizaine de corps allongés sur le sol de la salle, dont deux d’entre eux ayant étés plus ou moins proprement étés mis inconscients par leurs adversaires … D’autres, en revanche, étaient progressivement vidés de leur fluide vitale écarlate par la gravité, agrandissant par plusieurs plaies larges et profondes la tache dans laquelle ils baignaient, immobiles à jamais, les yeux encore ouverts sans voir. Les survivants blessés étaient, pour certains, soignés par leurs camarades : les autres tentaient de se faire un bandage … et tous n’osaient plus approcher du centre de la salle, où les vainqueurs jouissaient de cette toute nouvelle domination. Celui qui semblait être leur chef avait fini par retourner d’un mouvement du bras une table, et par saisir la jeune blonde qui tentait, en dessous, de ramper à un endroit à l’écart et à l’abri. Il avait estimé utile de parler haut et fort. De dire son nom à tous et toutes, et d’également citer son identité à elle … La jeune femme avait froncé les sourcils. Maintenant qu’il en parlait … Oui, elle connaissait son identité, à vrai dire. Elle l’avait déjà rencontré, quelques années plus tôt … lors d’un bal, probablement. Le personnage lui avait semblé légèrement trop orgueilleux de la famille à laquelle il appartenait, et même pour un adolescent, il semblait encore plus stupide que la moyenne sur bien des points.

Lorsqu’elle avait, à l’époque, compris que l’éconduire gentiment ne mènerait à rien, elle avait fini par placer environ 3 répliques particulièrement acides qui avaient suffi, en premier lieux, à dégonfler son égo comme une gourde crevée, ensuite à lui faire comprendre que non, il ne parviendrait jamais à rien avec elle, et enfin à lui laisser entendre qu’il devrait peut-être songer à faire quelque chose de sa pathétique petite existence d’enfant de riche, avant de pouvoir s’en vanter comme il le faisait. Elle avait oublié l’incident, depuis le temps … Lui, non.  Cependant, ce ne fut pas l’excuse qu’il avait choisi pour lentement lever sa hache, et coller le fil souillé contre la joue pale de la future chasseuse. Non … Il s’estimait obligé de dire à tous et toutes qu’elle n’était qu’une métisse. « Sang souillée » avait probablement été le terme employé … Couplé à « Fille de catin », et « héritière d’esclave ». Malgré la position peu avantageuse dans laquelle elle s’était trouvée, la future duchesse savait une chose. Elle n’avait vraiment pas apprécié.


La pluie ne semblait pas désirer faiblir. Cependant, la traqueuse gardait les yeux à peu près ouverts, alors qu’elle observait l’horizon. Elle ne cherchait rien de particulier : il n’y avait rien d’autre que la plage et l’orée de la forêt, ici … ça, à moitié voilé par un rideau liquide, et des nuages gigantesques. De ses pupilles dorées, Valentine se prenait parfois à chercher à suivre un mouvement, dans le lointain … mais ce n’était jamais rien. Rien digne d’intérêt, en tout cas. Les deux autres sentinelles n’étaient plus très loquaces … La traqueuse avait songé à les renvoyer, mais quelque part, leur présence avait un petit quelque chose de rassurant. Eux étaient plutôt bien portant, compte tenu de la situation … Elle, non. D’ailleurs, on pouvait se demander ce qu’elle faisait là. Elle ne « gardait » pas vraiment l’entré. Elle avait juste besoin d’un endroit où réfléchir … si possible, pas au milieu des gémissements de blessés. Le grondement sourd de la tempête lui était bien suffisant. Cependant, la voix qu’elle entendit derrière elle n’était pas réellement une plainte … Et au moins, elle était familière. Les pas qu’elle avait entendu venaient donc d’une des deux élues qui avaient survécu à bord de leur barque … se tournant pour l’observer, la presque vampire se retint de faire une grimace. Peut-être encore plus que d’habitude, étant donné que pour une fois, sa bouche était visible …

De toute évidence et pour ne rien se cacher, « Madame » avait sévèrement dégusté elle aussi. Il suffisait de voir la teinte qu’avait prit sa peau, ainsi que la large plaie qui ornait désormais son flanc … Personne n’avait songé à la recoudre ? Certes, cela ne saignait pas énormément … Mais tout de même. Voyant du coin de l’œil le regard qu’avaient les deux marins, la chasseuse siffla doucement entre ses dents, alors qu’elle ramassait le fil et l’aiguille et luttait pour déplacer son corps sans avoir à se redresser complètement.

Hey, vous deux … Merci pour la garde, mais … Disons qu’on va prendre le relai. Et emportez la torche.
… Pardon ?
Vous m’avez entendu … Avec une source lumineuse comme celle-ci, on attire l’attention plus qu’autre chose. Je suis nyctalope, et j’entends mieux que vous, qui plus est …
Et vous êtes aussi toutes les deux blessées.
Humph … Vous n’avez jamais été à bord d’un baleinier, n’est-ce pas ? rétorqua l’elfe sur un ton un peu plus sec que ce qu’elle aurait désiré. Voyant le hochement de tête négatif du marin, elle leva doucement une main vers lui, et en transforma avec un craquement relativement atroce les doigts en griffes, les laissant renvoyer doucement la lumière de la flamme vacillante qui les accompagnait. Lorsqu’une bête est blessée … Elle devient bien plus redoutable que lorsqu’elle est encore en pleine forme, ne souffre pas, et ne ressent que de la peur … Rentrez. Dans le pire des cas, j’appellerais à l’aide, évidement.

Elle avait tenté de radoucir sa voix pour sa petite explication, et eut la satisfaction de voir qu’elle était parvenu au résultat désiré : les deux hommes se consultèrent du regard, avant de finalement se redresser et rentrer dans la grotte. Les suivant doucement de ses prunelles dorées, la blonde finit par soupirer en les voyant masquer le feu qu’on avait commencé à l’intérieur, et se laissa tomber sur les fesses, se mettant en tailleurs. Elle avait l’aiguille dans une main, et le fil dans l’autre … Mais ne parvenait pas à mettre ce dernier dans le chat afin de se mettre au travail. Maintenant qu’elle avait réellement les yeux posés dessus, elle ne pouvait s’empêcher de regarder profondément la plaie … cette dernière l’hypnotisait. Il lui fallut quelques longues secondes pour réaliser qu’elle ne faisait, en réalité, que réveiller un peu plus la soif qui la tenaillait passivement depuis son retour à la réalité. Bien entendu … si le sang était une nourriture, elle était dans un état équivalent à celui qu’aurait causé un jeûne de plusieurs heures, voir jours. Cherchant à se distraire de cette envie qui était tout, sauf indiquée – Madame ne supporterait sans aucun doute pas qu’on lui prélève un peu plus de ce liquide carmin dont elle avait perdu de telles quantités – l’hybride leva doucement ses mains, et tenta pendant quelques instants d’aligner les fibres et la petite encoche.

Ne pas y parvenir directement l’irrita. Ne pas y parvenir un peu plus longtemps l’énerva carrément. Et mettre plus de 30 secondes pour une tâche aussi simple l’exaspéra au point que la colère se changea en lassitude, et qu’elle laissa tomber ses bras sur ses genoux. Elle avait des excuses – manque de sommeil, de nourriture, blessure, peu voir pas de lumière, le vent qui soufflait par moments, la pluie qui lui avait trempé les mains – mais savait parfaitement où se trouvait le réel problème … ses doigts tremblaient. Un peu. Cette addiction avait-elle réellement besoin de se réveiller dans un moment pareil ? Peut-être qu’avec un coup de langue rapide sur les lèvres de la plaie … non, non, définitivement pas. Cherchant à chasser ce genre de pensées, la vampire répondit d’un ton qu’elle voulait égale à la question qu’on lui avait posé plus tôt.

Pour être tout à fait franche … je n’ai aucune idée de son sort. Peut-être est-elle simplement plus blessée que nous, et un peu plus loin dans notre abri de fortune … ha ha. Je ne l’ai pas faite exprès. Pour le reste … Peut-être est-elle simplement échouée ailleurs sur la plage, l’hypothèse n’est pas si improbable … Et sinon … tournant la tête, elle observa un peu plus les flots qui grondaient et remuaient comme une bête enragée. Sinon, je suppose qu’on peut dire qu’elle aura eu une mort de capitaine … Par contre, je n’ai pas pu m’empêcher de noter, également … Regardant à nouveau la noble, la traqueuse eut presque une ébauche de sourire. Elle venait de se souvenir de quelque chose … Tu as un teint presque encore plus pâle que le miens. Or, même si je me sens flattée qu’on cherche à me ressembler sur ce point … je suppose que tu n’ignores pas que c’est tout, sauf une bonne idée.

Etait-ce réellement une bonne idée que de plaisanter sur les blessures des autres alors qu’ils étaient en train de demander des soins ? Non, probablement pas. Mais des mauvaises idées, la chasseuse en avait appliqué un sacré paquet au cours de sa vie … Et puis, si se faire ouvrir le flanc n’avait pas tué la demoiselle, ce n’était pas une mauvaise blague qui allait l’achever. En revanche, pour ce qui concernait le sang qu’elle avait perdu, la demi-vampire se sentait vraiment concernée, et pour d’autres raisons que sa soif … Se remettre d’une plaie de ce style en manquant de sang prendrait du temps, et serait bien plus long et pénible que dans d’autres circonstances. Or, dans un état de faiblesse aggravé comme celui où se trouvait la magicienne, une bête maladie ou infection pouvait être fatale. Or, si probablement personne ici n’avait de capacité permettant de faire cicatriser instantanément les plaies, la chasseuse de monstre pouvait au moins partiellement remédier à un autre problème … Fouillant sa veste quelques instants, elle finit par en sortir un genre de flasque, qu’elle observa sous plusieurs angles. Les chocs et le passage dans la mer ne semblaient pas l’avoir percé : elle était encore à moitié pleine au moins, vu son poids … un instant, l’elfe se demanda si elle devait garder le liquide pour elle, ou pas … Le « faux sang » qu’elle avait appris à préparer quelques siècles plus tôt avait deux effets principaux. Sur elle, qui avait « naturellement » besoin de boire le fluide que la potion imitait, il permettait pendant quelques temps de rassasier un peu sa dépendance, et de lui accorder des idées un peu plus claires. Et sur une personne normale … En bonne santé, pas grand-chose. Mais sur un blessé, il stimulait la production d’hémoglobine, et apportait les nutriments nécessaires pour le corps … En bref, cette production qui prenait normalement plusieurs heures et puisait dans les ressources physiques d’un individu se ferait ici rapidement, et sans contrecoup … Finissant par lâcher un soupire, l’elfe déboucha la flasque, nettoya le goulot aussi bien qu’elle le pouvait avec sa manche, et la tendit en entière à l’élue assise à côté d’elle.

Si tu veux un conseil … Cul-sec. Et n’en laisses pas une goutte, vu ton état … Désolée d’avance pour le goût. J’ai déjà essayé de faire infuser des feuilles de menthe dedans pour changer un peu … j’ai obtenu une potion légèrement moins dégoûtante, et totalement inefficace. Vu qu’il n’y a que moi qui en boit, de toute manière … enfin. Ayant un nouveau sourire plus fatigué qu’autre chose, la vampire finit par se concentrer de nouveau sur son aiguille et son fil, qu’elle réussit cette fois à enchâsser du premier coup. Comme quoi. Je suppose que tu m’as vu en boire à plus une reprise, ces derniers jours … mais de toute manière, je ne connais pas les herbes d’ici. Il allait falloir que je tombe en pénurie à un moment ou un autre, je suppose … Je serais toi, je m’assurerais que ma langue n’est pas entre mes dents …

Se rapprochant légèrement, et se penchant sur la plaie dont elle écartait encore un peu plus le bandage, la sang-mêlé se mit à l’ouvrage. Mentalement, elle tentait de faire abstraction de pas mal de choses. La douceur de la peau qu’elle était en train de recoudre. Le carmin du liquide vital qu’elle empêchait de continuer à s’échapper. Le froid et l’humidité que causaient la pluie et le vent auxquels elle était exposée. L’idée qu’elle tentait de soigner quelqu’un pour la première fois depuis extrêmement longtemps. Ou juste la douleur qu’elle aussi ressentait, qui la tiraillait légèrement dans cette position … Mais après tout, comme elle avait l’habitude de le dire, « une fois que votre bras a été presque entièrement infecté par les morsures répétées de 4 ou 5 araignées putrides, vous comprenez que l’association des termes « douleur » et « insupportable » est vraiment subjective » … En clair, elle avait vu pire, mais se doutait que ce n’était pas le cas de tout le monde … Et pas de sa patiente actuelle, probablement. Or, même si elle tentait de rendre ses mouvements aussi précis et délicats que possibles, ça ne l’empêchait pas de percer sa chaire pour y faire passer un fil, au final …

Autant je ne sais rien pour fortune … Autant j’ai cru comprendre qu’Akemi avait veillé sur nous … elle avait l’air dans un bien meilleur état général, d’ailleurs. Enfin … Mis à part le fait qu’elle était en train de dormir. Quoique … non, à la réflexion, ça aussi, ça prouve qu’elle va mieux que nous.

HRP:
 
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Mar 15 Mar - 13:02

- Que la cascade éternelle du cycle t'accueille en ce jour, et que les portes de la Cité Noire s'ouvrent à ton arrivée. Ton corps brûle en ce jour, mais ton âme, éternelle, rejoint les flots du cycle...

Soupirant, Akemi se détourna de la cérémonie qui avait lieu devant elle. Fakir, un jeune fermier du village qu'elle s'apprêtait à quitter, avait rendu son dernier soupir. Officiellement, il s'agissait d'une insuffisance cardiaque. Seulement, ce que les proches du jeune elfe ne savaient pas, c'est qu'un contrat avait été mit sur sa tête depuis plusieurs lunes pour viols et multiples vols. La tueuse s'en était chargé rapidement, usant de son charme pour attirer le jeune homme dans une ruelle isolée du reste et l'avait ensuite étranglé rapidement. Maintenant qu'elle avait touché sa prime, elle n'avait plus aucune raison de rester dans les terres brumeuses.

Arrivant à la bordure du village, une jeune fille se plaça devant le petit bout de femme. Le visage fatigué de l'enfant interpella Akemi qui ferma les yeux en soupirant de plus belle, continuant sa route.

- C'est vous qui avez pris la vie de mon frère, n'est-ce pas?

La marche de la tueuse cessa dès lors que l'enfant eut achevé de parler. Se retournant doucement vers la petite elfe, Akemi posa sa main gauche doucement contre le pommeau de Yoake.

- Il était innocent. Il n'a jamais fait de mal à personne!

Soufflant de plus belle en constatant qu'elle ne faisait pas face à une menace, la demoiselle aux cheveux corbeaux reprit sa route de plus belle. Derrière elle, la petite elfe grognait de mécontentement, alors que des larmes perlaient à ses yeux.

- Vous avez tué la mauvaise personne... Mon frère faisait parti d'un gang, c'est eux qui font ces choses là, lui... Il était seulement rejeter car il n'avait put faire le rituel du pas de brume... Vous me devez justice!
- Je ne te dois rien gamine. Et si tu continues de crier, tu rejoindras à ton tour la Cité Noire...

La petite elfette se mit à déglutir lorsqu'elle aperçut la lame d'Akemi sortir peu à peu de son fourreau. Hésitante pendant quelques instants, la petite aux oreilles pointues se laissa choir sur le sol, s'effondrant dans une boue nouvelle. Se mettant à chouiner, elle posa son regard dans le dos de la tueuse qui semblait totalement l'ignorer.

- Rendez-vous dans les bois à l'est... Vous verrez que je ne mens pas... Vengez-le, je vous en prie...

*
*  *

Pourquoi avait-elle pris à l'est en quittant le village? Pourquoi les paroles de cette enfant résonnaient en elle? Et si, elle avait raison? Il est vrai que le bougre n'avait pas été une forte résistance, et il était d'autant plus évident qu'il n'aurait pas put violer une orque, par exemple. Pourtant, ce n'était pas cette question d'ordre morale qui avait poussé la demoiselle à se rendre vers les terres du "gang" de son ancienne cible, mais bien un mélange de curiosité, de soif de sang et un soupçon de... Désir de connaître la vérité?

Quoi qu'il en était, la tueuse se trouvait maintenant aux abords d'un petit hameau abandonné près de la rivière, qui suivait son cours jusqu'à un petit fortin visiblement bien gardé. Fouillant dans ses sacoches, la tueuse sortit une sorte de longue-vue, observant le bâtiment en question. Sur ce dernier était peint grossièrement une tête de mort éclatée par un marteau. Le symbole du gang local. Un sourire amusé se dessinna sur les lèvres écarlates de la demoiselle tandis qu'elle dégainait sa lame, s'apprêtant à changer de forme. De multiples cris neutralisèrent cependant rapidement le sentiment de joie qui commençait à envahir la tueuse. Quelqu'un ou quelque chose, dans le fort, faisait un tel massacre que les cris étaient portés par le vent jusqu'aux oreilles de la tueuse. Se transformant rapidement et sprintant vers la bâtisse en pierre, le sang d'Akemi se glaçait peu à peu, tandis que les deux dragons en elle lui hurlaient de rester prudente. Plus elle s'avançait, plus les hurlements devenaient distincts, et alors qu'elle allait arriver à une distance lui permettant de bondir sur les remparts, quelque chose passa au dessus d'elle à une vitesse folle. Un bruit de battement d'ailes, si la demoiselle se fiait à ses oreilles. La chose était sortie du fort à vive allure, et se tenait maintenant dans les airs, au dessus de la tueuse. Akemi se retourna brusquement avant de se jeter sur le sol, évitant ce qui ressemblait fort à un violent coup de griffes. Levant les yeux, le petit bout de femme put enfin voir ce qui lui faisait face. Une ange voletait devant elle, le regard empli d'une haine profonde, tranchant clairement avec la beauté singulière de la créature dont les deux ailes d'argent illuminaient la zone entourant Akemi et l'être ailé. Les mains de l'ange étaient courvertes de sang mais étrangement, sa tenue était immaculée, d'un blanc presque aussi parfait que la couleur de ses ailes. Une chevelure d'un roux flamboyant tombait en boucle dans le dos de la créature, dont la beauté fascinait étrangement Akemi qui ne pouvait que difficilement rester concentrée sur la situation dans laquelle elle se trouvait. Mes Yoake et Tasogare semblaient fascinés par l'être ailé. Une voix féminine résonna alors dans la tête de la tueuse, la perturbant étrangement, elle qui était pourtant haituée aux discours interminables des deux dragons qui avaient fusionné avec elle. Cette voix, résonnant comme du cristal qu'on frappait, focalisa encore plus l'attention de la demoiselle sur l'ange, lui donnant presque l'envie de s'en rapprocher de manière très... Intime.

- Humaine au sang divin... Je ne sais vraiment comment te nommer jeune femme. Toi qui as fait mi-chemin entre les mortels et les dieux... Tu n'étais pas avec ces vulgaires bandits rassure moi?

Akemi était perturbée, elle ne savait pas comment réagir, à vrai dire, elle se demandait même si le fait d'être transformée n'avait pas déclenché tout ça, au point d'être aussi désireuse de s'approcher de l'ange. D'ailleurs, c'était la première fois que la tueuse en rencontrant un, enfin, une pour le coup. Chaque fois, on lui avait raconté le penchant des anges pour la violence, et leur volonté si particulière de dominer les espèces mortelles tout en arrachant l'âme de leurs victimes. Ce qui ressemblait à un sourire se figea alors sur les lèvres sanguines de l'ange, qui déposa son regard dans celui de la tueuse. A nouveau, une voix résonna dans l'esprit d'Akemi.

- Bien sûr que tu n'es pas avec eux. Le divin ne se mélange pas à la vulgaire plèbe après tout. Et puis... Le désir que tu ressens en me voyant m'intrigue, cela fait au moins deux cents ans que je n'ai pas vu pareil sensation en observant une mortelle, ou une demi-mortelle dans ton cas.
- Mais, que... Qui êtes vous? Un ange?
- Je ne suis pas qu'une simple créature ailée. Même si je parcours les cieux mortels depuis quelques centaines d'années, j'étais autrefois au services des dieux, et parcourais les cieux de l'Aethérium! Je me nomme Mélisandre, fille de Statera et séraphine de premier rang. Les êtres inférieurs qui peuplent ce monde perturbent l'équilibre que nos dieux ont instauré. Certains servent même la volonté des Seigneurs Démons et cherche à le détruire.
- Ces bandits là ne perturbaient rien, mis à part un village qui aurait put payer si je m'en étais occupée.
- Hahaha, tu te préoccupes d'une vulgaire prime? Toi qui partage le sang des dieux t'abaisse à ce genre de choses? Oui, je sais que le drégon de l'aube et du crépuscule se trouvent en toi, n'importe quel être divin sentirait cette chose. Et pourtant, tu es là, à me sermonner sur le fait que je t'ai volée ta proie. Je ne l'ai fait que pour deux choses. Me nourrir, et te rencontrer.
- Vous nourrir? Alors ce qu'on dit sur les anges est vrai... Me rencontrer? Pourquoi une séraphine voudrait rencontrer une tueuse à gages?

Un rire cristallin s'échappa de la gorge de Mélisandre, vibrant dans l'air et emplissant Akemi d'une chaleur innatendue. La séraphine batta alors des ailes, se retrouvant collée à la tueuse qui n'eut même pas le temps de bouger. Les bras de l'être ailé enlaçaient le corps du petit bout de femme qui déglutit par instinct, Relevant son menton à l'aide d'une de ses mains ensanglantées, Mélisandre étira un large sourire en plongeant un peu plus son regard dans celui d'Akemi. Le petit bout de femme se crut mourir l'espace d'un instant, alors qu'un feu dévorant semblait la ronger de l'intérieur.

- Cesse de te comparer aux simples mortels. Tu es peut-être bloquée dans ta forme charnelle pour le moment, mais ton destin est de t'élever, Akemi.

Les paroles de l'ange résonnèrent dans l'esprit de la demoiselle qui se crut défaillir l'espace d'un instant. Une pulsion dirigea le corps d'Akemi, la faisant enlacer à son tour la séraphine, caressant ses ailes d'argent. L'esprit de la tueuse était embrumé, comme si elle n'était qu'à moitié maître de ses actions, elle ressentait la même sensation que lors de sa première transformation, mais de manière décuplée. Elle agissait par instinct, comme si cette action était naturelle, comme si elle avait attendu ce moment depuis des années. Pourtant, elle enlaçait là une créature divine potentiellement mortelle, et ne savait que trop peu si elle était en train de se faire aspirer son âme, ou bien si Mélisandre l'enlaçait pour autre chose. Pour la première fois de son existence, Akemi ressentait que Yoake et Tasogare étaient en parfaite harmonie.

- Je voulais être certaine que les deux enfants de Statera n'aient pas choisit une personne en vain. Et je suis maintenant rassurée. Tu deviendras séraphine, petite flamme. Et lorsque ce sera chose faite, tu comprendras qu'un enjeu majeur est en cours, une chose bien plus féroce que ta vie de tueuse.

La suite ne fut pas réellement claire pour la demoiselle. Elle se souvient du visage de Mélisandre s'approchant du sien, de la sensation des lèvres de la séraphine se posant sur les siennes, du feu qui s'intensifia un peu plus en elle alors que ses yeux se fermaient, son emprise sur l'être ailé s'affirmant. Elle se souvient également des bourgeons autour d'elles qui fleurissaient alors que l'hiver était là, des vibrations que le battement de coeur de l'ange provocaient en elle. Cependant, les images qui arrivèrent dans son esprit n'étaient alors pour elle qu'un doux rêve. Deux ailes argentées déchirèrent ses vêtements pour apparaître dans son dos, se déployant rapidement pour frôler celles de la séraphine. Ses oreilles semblèrent s'allonger un peu plus, pour se terminer par une pointe, à la manière des elfes. Sa chevelure qui était blanche à cause de la forme de Tasogare devint azur, et lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle percevait le monde avec des couleurs bien plus vives qu'auparavant.  Plongeant son regard dans celui de Mélisandre alors que la séraphine achevait son baiser, Akemi aperçut ses propres yeux, emplis d'une lumière bleutée qui masquait ses pupilles. L'observant d'un air amusé, Mélisandre prit enfin la parole, faisant vibrer l'air de sa voix cristalline.

- Voici mon don, Akemi. La prochaine fois que nous nous verrons, tu seras l'une des nôtres.

Repoussant alors le petit bout de femme, la séraphine ne fit qu'un battement d'ailes et disparut dans les cieux. Akemi toussota alors, s'effondrant à genoux sur le sol alors qu'elle sentait une grande fatigue l'envahir. En un battement de cils, elle reprenait sa forme humaine, seule dans les bois. En face d'elle, se trouvait la forteresse maintenant abandonnée et emplie des cadavres de bandits.
A la nuit tombée, Akemi déposait le corps sans vie du chef des bandits sur le pas de porte de l'enfant du village, disparaissant à l'horizon avant que le jour ne se lève, et que la fillette ne puisse la remercier d'avoir venger son frère. Marchant fébrilement en direction du nord pour se rendre vers Talassia, Akemi n'avait que la voix de la séraphine qui résonnait dans sa tête, alors que Yoake et Tasogare refusaient de lui répondre.

*
*  *

Une voix rauque et un toussotement tirèrent Akemi de son sommeil réparateur. Allongée sur un drap grossier, un des marins l'avait visiblement installée là afin qu'elle puisse se reposer de manière plus conventionnelle. Se relevant doucement, la tueuse sentait tous ses muscles endoloris, mais n'était plus aussi épuisée qu'avant de s'endormir. En revanche, le rêve qu'elle avait fait la laissait perplexe, et les dragons étaient trop épuisés pour ne serait-ce daigner lui répondre. Ce song avait réveillé de vieilles questions et lui avait rappelé jusqu'à quel point elle pouvait se métamorphoser. Se relevant doucement, un des hommes qui veillait les blessés s'approcha d'elle, lui intimant de se reposer. Il ne suffit qu'un seul regard pour que l'homme ne comprenne qu'il ne pourrait retenir son maître d'équipage. A la tête qu'il affichait, ce n'était pas la première fois aujourd'hui qu'une femme ne l'écoutait pas. Bien, Madame devait s'être réveillée.

Marchant en longeant les murs de la grotte, Akemi reprit peu à peu des forces, avant que la lumière ne vienne l'aveugler quelques instants. Le soleil irradiait la plage, où se trouvaient plusieurs hommes en train de ramasser ce qu'ils pouvaient, et tentaient de fabriquer une sorte de cabane, probablement pour y rassembler les blessés, qui seraient sûrement mieux installés là dedans que dans une grotte.

Laissant son regard parcourir la plage, Akmi aperçut ses deux camarades, dont l'une se trouvant au dessus de la seconde, visiblement en train d'opérer, à en juger par la mine crispée de Madame. Marchant doucement sur le sable chaud, la tueuse arriva finalement au niveau de ses consoeurs, repoussant une mèche de cheveux derrière son oreille. S'agenouillant près de Valentine, la tueuse observa les blessures de Madame quelques instants, avant de finalement prendre la parole.

- Val', tu as besoin d'aide? J'aimerais aider à remettre notre navigatrice sur pieds. Peut-être veux-tu qu'on lui retire ses vêtements pour t'aider à mieux y voir?
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Jeu 24 Mar - 2:52

Je me souvenais de cette nuit dans les moindres détails. La fraîcheur de l’air, le bruissement du vent dans les arbres… Les deux corps se tordant de douleur au sol et les deux personnes qui les avaient mis dans cet état. La situation était assez comique, deux humains ordinaires ayant mis à terre deux des êtres les plus puissants que cette terre pouvait porter. Evidemment, je leur avais donné un petit coup de main, les flèches qu’ils avaient utilisées étaient gorgées de magie à un point que vous ne pourriez même pas imaginer. Et voilà la conséquence : Le Boiteux et Murmure, impuissants, faisaient face à des êtres qu’ils auraient pu annihiler sans même avoir besoin d’y penser. Sauf qu’ils en étaient incapables. Et j’allais prendre le relais… Ce qui n’allait plaire à aucun d’entre eux. Toubib et Corbeau, quant à eux, allaient être les spectateurs d’un acte à nul autre pareil… Et une fois qu’ils auraient eu ce privilège, j’allais m’assurer qu’ils ne s’en souviennent pas. J’allais faire quelque chose que je n’avais pas fait depuis des siècles, et qui m’avait finalement tellement manqué… J’allais briser, profondément et définitivement, deux êtres aux capacités à nulles autres pareilles. Sauf peut-être les miennes.
Le Boiteux était un asservi, à savoir un roi sorcier dont j’avais fait mon esclave… Mais ce rat avait réussi à desserrer mon étreinte, pour ne serait-ce qu’un instant. Il n’aurait plus jamais l’occasion de le faire. En réalité, c’était mon mari qui en avait fait notre acolyte, il y a plusieurs siècles de cela, mais j’avais pris le relais sans le moindre problème… Et maintenant, j’allais m’assurer qu’il n’en poserait plus aucun. Jamais. Alors que la lune se levait dans le ciel, je conjurais des forces dont vous ne voulez pas entendre parler, malgré ses supplications. Et, doucement, tout doucement, pour mon plus grand plaisir, un cocon se forma autour de lui. Formé de vignes noires comme la nuit, qui s’unissaient et se croisaient pour former une structure en apparence fragile… Mais qui allait rendre réels tous ses pires cauchemars. Il souffrirait pour des décennies, des siècles même. Il avait pris l’occasion de défier mon autorité, et maintenant il allait le regretter pour le reste de sa pathétique existence. Il est bon de préciser que j’ai rendu le bougre immortel, aussi son supplice ne prendra… Jamais fin. Mais il n’était pas le sujet principal de cette soirée. Non, mon intérêt se portait sur sa complice.

Si le Boiteux était mon âme damnée, alors Murmure était son exact opposé. Générale rebelle pratiquement invaincue jusqu’ici, et aux talents particulièrement développés, elle était la pierre angulaire de l’offensive ennemie à l’est de l’Empire. C’était également une magicienne particulièrement douée, ce qui avait permis à ses troupes de traverser les plaines de la peur sans se faire décimer. Très honnêtement, j’avais beaucoup de respect pour elle, car elle était probablement la plus douée de mes ennemies, la plus capable, et elle avait infligé nombre de revers à mes propres armées. Pas en ma présence bien entendu, mais je n’avais aucun intérêt à l’affronter avant que toutes ses armées se retrouvent à Charme. Elle et le cercle des dix-huit comptaient mettre fin à mon règne à ce moment-là, mais je savais déjà comment me débarrasser d’eux. Sans le pouvoir de la Rose Blanche pour les protéger de mes maléfices, ils n’avaient aucune chance quoiqu’il en soit. Non, tous mes ennemis allaient se rassembler au même endroit pour m’abattre… Et j’allais définitivement leur régler leur compte, à tous, en même temps. Murmure était simplement un hors d’œuvre… Qui pourrait bien se montrer particulièrement utile dans le futur.
J’allais asservir cette femme. J’allais en faire ma chose, obéissant à chacun de mes ordres, sans poser de question. Et j’allais décupler ses pouvoirs, faire en sorte qu’elle dépasse tous ses anciens camarades, qu’elle soit capable de les réduire en cendre en un instant. J’allais avoir un nouveau lieutenant. Ça, c’était le clou du spectacle. J’allais en faire un tas d’argile que je pourrais utiliser pour modeler… Tout ce dont j’avais envie. Laissant mon ancien esclave pourrir dans sa chrysalide de terreur, je m’avançais donc vers elle. C’était une femme forte, la stature d’une guerrière, et le physique d’une mégère de quarante ans. Elle en avait Vingt-cinq. Elle en aurait vingt-cinq pour toujours. La peur pouvait se lire dans les yeux alors que chacun de mes pas la rapprochait de la fin. Elle n’avait aucune idée de ce qui allait suivre… Et ça rendait le tout tellement plus savoureux. Je prenais mon temps, tout ce qui allait suivre allait être si agréable… Pour moi. Difficile d’en dire autant pour ma victime, mais elle avait choisi son camp. Le mauvais. J’allais donc la remettre dans le droit chemin… De force. Malgré sa terreur évidente, elle ne dit pas un mot. Ne m’implora pas. Elle l’aurait fait si elle savait… Mais je respectais son courage. Il me serait utile.

Les heures suivantes se passèrent exclusivement à l’intérieur de sa tête. Nos corps lévitaient dans la petite clairière, les yeux fermés, et sans laisser un seul bruit s’échapper. J’utilisais l’Œil pour fouiller dans son esprit, de la manière la plus agressive qui soit. Je forais son cerveau pour ses souvenirs, jusqu’au plus petit, insignifiant… Et un à un, je les brisais devant ses yeux. Je transformais son enfance en massacre absolu, réduisant à néant chacune des personnes qu’elle aimait. Elle revivait tout, avec moi, pour voir toujours la même fin se produire. Une fin terrible, qui impliquait la mort de toutes les personnes qu’elle ait jamais aimé… Non sans qu’ils aient souffert le martyr, pendant des heures. Ces cris… Elle ne les sortirait jamais véritablement de son esprit. Même en sachant qu’ils étaient faux. Même en sachant que je manipulais tout cela, sa conscience ne pouvait pas faire face à ce déferlement de violence d’horreur continue qui frappait toujours, systématiquement, au point sensible. Une expérience véritablement terrible, que je n’aurais souhaitée à personne… Si ce n’est ceux dont j’avais l’utilité.
Alors que je la sentais flancher, sombrer dans la folie, je relâchais brusquement mon empire, me dissimulant prestement dans un coin de son esprit. J’allais prendre encore un peu de plaisir à la briser… Et cela voulait dire créer un espoir, une chance… Que je prendrais une éternité à démanteler, pièce par pièce, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. Doucement, elle recommença à penser par elle-même, son cerveau arrêtant de crier sa détresse absolue pour laisser place à des réflexions de plus en plus logique, normales… Ce fut très exactement le moment que je choisissais pour revenir. Comme la nuit s’abat sur une vallée, une chape de noirceur envahit tout ce qu’elle connaissait, tout ce qu’elle savait, tout ce en quoi elle croyait… Et tout cela, tout doucement, petit à petit, fut corrompu. Jusqu’à la plus infime pensée rationnelle,  personnelle… Tout cela était son mon emprise absolue et dévastatrice. Elle était ma chose, et elle le comprenait, tout doucement. Mais il lui fallait un peu de temps pour digérer l’information… Et peut-être un peu d’aide surnaturelle. J’allais m’en occuper également. Je sortais donc de sa tête, la laissant désorientée et brisée, même plus véritablement humaine… Mais je n’avais pas l’utilité d’humains à mon service. Il me fallait des démons. Elle était sur le point de rejoindre leur rang.

Une fois revenue à la réalité, j’empoignais l’épée de Corbeau avant de m’avancer jusqu’à ma victime, pour la lui enfoncer jusqu’à la garde dans le cœur. Je plantais mes yeux dans les siens avant que la vie ne les quitte, pour son plus grand soulagement… Mais ça n’était pas la fin. Ca ne le serait jamais. A nouveau j’invoquais les arcanes les plus sombres qu’un magicien connaisse pour la ramener d’entre les morts, la forçant à revenir dans un monde que je venais de réduire en cendre à ses yeux. Le reste de la nuit se passa de cette façon, divisé entre mes incursions dans son esprit, ses morts et résurrections successives, et tout le pouvoir que je lui infusais. Quand le soleil se leva, finalement, elle n’était plus la même. Elle ne le serait jamais plus. Non, dorénavant, elle était mienne.


*
*      *

Le souvenir s’évapora petit à petit. Murmure avait dû se sentir tellement impuissante… Et j’avais la même sensation, les yeux fermés en attendant que Valentine se décide à me recoudre. Lorsqu’elle prit la parole une première fois, je relevais mes paupières pour l’observer. Elle avait visiblement bataillé un moment avec cette aiguille. C’était surprenant, elle semblait calme et efficace d’habitude, pas le genre à avoir autant de difficulté pour une tâche comme celle-ci… Et puis je le vis. Son regard. Les pupilles dilatées, qui papillotaient dans toutes les directions, avant de revenir systématiquement vers le même point : ma blessure. Avait-elle peur du sang ? Non, ça n’était pas ça… L’intensité visible dans ses yeux ne correspondait pas. Etait-ce… De l’envie ? Une envie de… Sang ? Ca n’avait aucun sens. Quand on parlait d’êtres assoiffés de sang, c’était une métaphore, une image, pas quelque chose à prendre au pied de la lettre… Mais il fallait peut-être que je revois mes certitudes, jetée dans un monde dont je ne connaissais pas les règles, accompagnée par d’autres personnes venues d’univers encore bien différents. La question suivante, logiquement, était celle qui s’interrogeait sur le bien-fondé de confier ce genre d’opérations à quelqu’un qui avant visiblement des problèmes à la vue de l’hémoglobine… Mais elle allait probablement se reprendre. Je l’espérais tout au moins, je me voyais mal retourner dans la grotte maintenant, en l’abandonnant là. D’autant plus que les chances que l’un des marins soit véritablement efficace dans ce genre de situation étaient… Particulièrement faibles.
Je fixais donc la jeune femme intensément, guettant le moment où elle arriverait à se reprendre ou, dans le pire des cas, celui où elle perdrait les pédales définitivement. Elle avait beau avoir une condition physique bien meilleure que la mienne, j’avais encore quelques cartes dans ma manche. S’il fallait la stopper de force… Je le ferais. Mais, après quelques secondes à l’observer, je compris que ça ne serait probablement pas nécessaire. Valentine afficha un sourire qui, même s’il semblait difficile à produire, n’avait pas cette touche de folie qui vous annonce que la personne a définitivement succombé à la folie, à l’envie, ou à quoique ce soit d’autre. Elle me tendit même une gourde qui contenait, visiblement, une boisson supposée me retaper… Au moins partiellement. Le commentaire qui l’accompagnait me mit toutefois la puce à l’oreille. Elle en buvait régulièrement… Etait-ce cela qu’elle utilisait pour réduire son… « Addiction » ? Enfin, si elle me l’offrait gracieusement, elle pouvait probablement s’en passer… Maintenant. Rien ne disait que, si nous ne trouvions rien dans les jours à venir, elle n’allait pas succomber à la tentation. Une perspective assez peu réjouissante.

Je débouchais toutefois la gourde, pour y prélever deux gorgées que je descendais d’un trait. Le goût était effectivement particulièrement terrible, mais j’avais déjà vu pire.  Bu pire en revanche, je n’en étais pas sûre… Mais on se fait à tout, même aux horreurs de ce genre. Je me retenais donc de tout recracher immédiatement, avant de déposer le… Liquide à côté de moi. A peine cela fut-il fait qu’une douleur fulgurante me perça le flanc. Elle avait planté l’aiguille. Surprise, je laissais échapper un petit gémissement avant de me reprendre, et retrouve mon habituelle impassibilité. Je n’étais pas exactement de ceux qui acceptent de montrer leur faiblesse au monde, en quelque circonstance ou compagnie que ce soit. C’était une habitude que j’avais prise de ma jeunesse, et je n’étais pas prête de l’abandonner maintenant. Ou n’importe quand dans le futur, d’ailleurs. Entre deux passages de la pointe de fer dans ma chair, je lâchais un petit commentaire sarcastique d’une voix calme, mais légèrement plus grave que la normale :


« -J’ai survécu quatre siècles enterrée vivante aux côté d’un mari fou à lier, je pense que je peux survivre à une petite entaille dans l’abdomen. » J’arrêtais de parler un instant lorsque l’aiguille revint se planter dans les lèvres de la plaie, pour ne pas avoir la voix tremblante, avant de reprendre :
« -Je t’ai laissé un peu de ton cocktail d’ailleurs, tu en as probablement plus besoin que moi. »

Alors que je la laissais continuer en silence, simplement concentrée sur les vagues de douleur qui irradiaient tout mon torse, et comment les réprimer au mieux, un pas très léger se fit entendre derrière moi. Quelqu’un s’approchait, et ça n’était pas l’une des brutes de matelot servant sur le Nidhogg. Fortune ? Plus probablement Akemi. Elle avait donc fini sa sieste… A sa place, j’aurais pris autant de repos que possible, impossible de savoir ce que nous allions avoir à affronter dans les prochains jours, surtout avec l’état particulièrement chaotique des éléments. La jeune femme vint finalement nous rejoindre, s’agenouillant à côté de l’étrange couple que nous formions, avant de prendre la parole d’un ton égal :


« - Val', tu as besoin d'aide? J'aimerais aider à remettre notre navigatrice sur pieds. Peut-être veux-tu qu'on lui retire ses vêtements pour t'aider à mieux y voir? »
La proposition m’aurait peut-être vaguement amusée dans d’autres circonstances, mais je n’avais pas exactement  l’esprit à faire des blagues, de manière immédiate. Je répondais donc avant l’intéressée, tuant le sarcasme dans l’œuf :
« -J’aimerais autant garder mes vêtements, et il n’y a rien à voir de toute façon. Une fois qu’elle m’aura recousue, je serais comme neuve. Si tu veux quand-même aider, peut-être que tu peux me dire où se trouve Fortune ? »

La fin était peut-être un peu plus abrupte que ce à quoi j’avais pensé, mais je m’en fichais éperdument. J’essayais de faire une liste mentale de ce que nous avions perdu dans le naufrage, personnel compris. Et si je n’avais très honnêtement rien à faire de matelots incapable de se battre, perdre un élu voulait dire être plus vulnérable à un bon milliard de choses, la plus importante étant la possibilité d’une attaque ennemie. Après tout nous étions en territoire inconnu, au beau milieu d’un orage, et je ne savais même pas si nous avions ne serait-ce qu’une arme d’utilisable… Bien sûr, je ne m’en servirais pas, mais sans cela tous les autres se montreraient encore plus inutiles qu’ils ne l’étaient déjà… Et ça n’était pas peu dire.
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Lun 28 Mar - 23:41

Être né dans un environnement où la « lumière du soleil » n’est qu’un concept, et y avoir grandi pendant deux décennies sans le quitter vous prive de certaines choses. L’une d’entre elle est la perception de l’évolution du ciel, de ce passage inexorable mais très lent du jour à la nuit, et inversement. C’était peut-être à cause de cela que, se mettant plus régulièrement à cligner des yeux à cause de la lumière, la vampire se rendit compte relativement tardivement que l’aube se levait … les rayons rasants du soleils ne les arrosaient pas de plein fouet, mais pour autant, le contraste avec la nuit noire dans laquelle elles avaient étés plongées était relativement abrupte … Peut-être que la météo, elle aussi, s’était un peu dégagée : pas ici, mais à l’est. En clair, ils auraient droit à quelques minutes de lumière, avant que les nuages ne masquent de nouveau la lumière du jour … Un autre aurait apprécié cette « aide » visuelle pour la tâche qu’effectuait la chasseuse, mais cette dernière au contraire s’en serait volontiers passée. Elle disposait d’yeux parfaitement capables d’opérer même de nuit … à tel point qu’une lumière même d’une intensité moyenne pouvait se révéler aveuglante. Cependant, elle poursuivit sa tâche, impassible … en soit, ça ne prenait pas tant de temps que ça normalement, mais elle préférait éviter de faire un travail de cochon sous prétexte qu’elle n’était pas au mieux de sa forme. Le sort d’une autre personne qu’elle n’était pas quelque chose qu’elle pouvait prendre de manière frivole, et elle aimait à espérer que si les rôles avaient étés inversés, Madame aurait fait preuve de la même mentalité … Même si ses espoirs n’étaient pas forcément très élevés, au final. Ça n’avait rien à avoir avec la magicienne : la chasseuse de monstres avait juste connu trop de désillusions pour être dotée de ce cadeau parfois précieux mais souvent encombrant que pouvait être la naïveté.

L’arrivée d’Akemi fut peut-être la seule chose qui donna envie à la blonde de cesser ce qu’elle était en train de faire … Envie qu’elle n’écouta pas : concentrée, elle tira doucement sur la petite aiguille, la faisant ressortir une nouvelle fois. Plus qu’un point ou deux … Est-ce qu’elle pouvait se lécher les doigts ? Non. Concentration. Le petit échange plus ou moins cordial entre les deux lui tira un sourire. Elle le tua dans l’œuf presque aussitôt. Avait-elle desserré les lèvres ? Elle ne pensait pas … Ses doigts tremblaient. Pause. Elle préférait piquer avec la certitude qu’elle toucherait un une veine, peut-être une artère, histoire de … Concentration. Elle préférait être certaine de recoudre sa partenaire de la bonne façon. Elle observa sa main un instant, attendant que les tremblements ne cessent. Ils finirent par le faire. Elle profita de cette brève fenêtre pour faire son dernier point avec applications, avant de finalement tirer sur le fil pour le dégager le plus possible. Faisant un petit nœud pour qu’il tienne, elle coupa le tout d’une griffe, comme elle l’avait fait pour chaque autre point, et soupira en se reculant … Elle se sentait encore plus épuisée qu’avant.

J’ai terminé, de toute manière … Mais « comme neuve », sans trop m’avancer, je pense que c’est un peu plus optimiste que ce qui … que la réalité.

Posant le matériel de couture à terre, elle décroisa laborieusement les jambes, avant de poser ses mains sur la pierre et s’appuyer dessus pour se décaler. S’asseyant dos à la paroi à laquelle s’appuyait également madame, elle remua un peu les hanches afin de trouver une position où la roche ne lui attaquait pas trop le fessier à travers son pantalon, et se laissa aller contre son support. Dormir … elle avait beau détester cette activité pour de nombreuses raisons, elle ne pouvait pas s’empêcher d’en avoir une envie monstrueuse. Même en sachant qu’elle venait de passer les dernières heures à se reposer … Une de ses mains se leva doucement, se posant sur son ventre : elle eut envie de lâcher un gémissement en sentant qu’elle appuyait involontairement sur la plaie qu’elle avait elle-même à l’abdomen, mais se contenta de serrer les deux, massant juste très légèrement la zone. Elle ferma les yeux, laissant doucement sa tête retomber en arrière, et l’appuya contre la paroi de la grotte, à la manière de ces personnes pratiquement endormies qui ne contrôlent plus qu’à moitié leur nuque et ne cherchent pas à maintenir leur tête droite. S’imaginer dans la position qu’elle avait actuellement la fit presque rire : dès que sa cage thoracique se comprima légèrement, un pic de douleur modula sa voix. Elle finit par rouvrir un œil doré, le posant sur la maîtresse d’équipage, alors qu’elle sentait les coins de ses lèvres s’étirer doucement.

Et pour … jouer les navigatrices, il faudrait qu’on ait encore un bateau. Se redressant très légèrement en tournant la tête, elle observa les flots … avant de se laisser retomber, fermant l’œil pour éviter de se retrouver à scruter Madame de trop près. Ce n’est pas gagné … Si madame … … fortune est là … Ou pas, d’ailleurs. Il faudrait peut-être qu’on lui parle un peu de reconversion … Je ne veux pas jouer les pessimistes, mais je doute qu’on se procure un char- .. navire de sitôt, dans les conditions actuelles.

Confondre ses mots est une chose pénible. Le faire environ 3 fois en autant de phrase l’est encore plus. Et savoir ce qui était la cause de ces petits ratés était particulièrement irritant. Pour une personne ayant le caractère de la blonde, qui aimait choisir ses termes, planifier ses actions et se montrer vigilante en toute situation … Elle était là, à buter en plein milieu de ses phrases, incertaine de ce qu’elle allait faire dans les prochaines secondes, et incapable d’écouter autre chose que son corps. Cette addiction … enfin, après tout, elle provenait d’une malédiction : le terme était parfaitement justifié, en soi. Se souvenant – enfin – que Madame n’avait pas bu tout le contenu de sa gourde, elle se pencha pour la saisir, et éjecta le bouchon avant de … s’arrêter. La secouant légèrement, elle écouta … avant de la tendre à sa voisine en soupirant.

Je t’assure que de nous deux … c’est probablement toi qui a le plus besoin de ce qu’il reste à l’intérieur. Un demi repas pour deux personnes, ça ne nourrit bien aucune des deux … et c’est la même chose pour les médoc’ : dans quelques … dizaines de minutes, tu risques d’avoir atrocement faim. Prends le reste … ça ne me servirait à rien, à moi.

Attendant, inflexible, qu’on se saisisse de la gourde qu’elle tendait, la vampire ramena son bras sur elle, posant sa main sur l’autre, sur son ventre, avant de replier doucement les jambes pour les rapprocher de son corps. Se passant lentement la langue sur les lèvres en observant un peu le vide et en ignorant son nez – elle ne pouvait pas s’empêcher de flairer une très légère odeur métallique caractéristique – elle finit par relever les yeux vers la maîtresse d’équipage, tentant de lui adresser un sourire.

Oh … au fait. Merci … pour … les tours de garde ? La surveillance ? Avoir été vigilante ? Se priver de sommeil ? Avoir veillé sur nous … ‘pas que je ne fasse pas confiance aux marins, mais je me suis sentie un peu plus rassurée de savoir que c’était quelqu’un de chez moi qui s’assurait que j’allais bien.

C’était une réflexion relativement peu pertinente, mais rien de mieux ne lui était venu à l’esprit. Après tout, ils avaient formé un équipage de pirates : il n’aurait pas été étonnant qu’un des marins, sans la présence d’Akemi, n’ai décrété de lui-même qu’il pouvait prendre une des blessées et s’isoler avec pour … satisfaire une envie à lui. Ce n’était pas un scénario très plausible, mais pourtant, il n’était pas non plus totalement à exclure. Les besoins … la semi-vampire ferma de nouveau les yeux et les plissa rien qu’en s’imaginant en train de satisfaire celui qu’elle ressentait. L’esprit embrouillé, elle parvenait difficilement, au mieux, à discerner ce qu’on lui disait : ses propres pensées défilaient de manière laborieuse, parfois aléatoires, mais surtout perpétuellement mouvantes : elle était incapable de fixer son attention sur quelque chose de très précis. Cessant de plisser les paupière après un court instant, elle finit par rouvrir les yeux, regardant devant elle … Elle ne savait pas ce qu’elle aurait pu donner pour un bon lit, un énorme repas, un bon feu bien chaud, et une nouvelle tenue intégrale. Et aussi pour redevenir une elfe de brume normale.
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Dim 1 Mai - 22:19

La situation était déjà très pénible, mais il fallait avouer que la réflexion de Madame donna l'espace d'un instant l'envie à Akemi de simplement tourner les talons et partir loin de cette plage, en ayant préalablement tué un ou deux marins histoire de se défouler. Était-ce dut à son manque de sommeil? Ou bien simplement que cette situation lui laissait les nerfs à fleur de peau?
Quoiqu'il en était, la demoiselle resta sur place et laissa Valentine achever son oeuvre, blasée et parfois distraite par un mouvement lointain, comme un chat guettant un potentiel intrus.

- Pour être honnête, il serait étonnant que Fortune ait survécu... Lorsque le chaos régnait sur le navire, je l'ai cherchée, en vain. Ni dans sa cabine, ni sur le pont. J'ai d'abord pensé que le bateau l'avait "avalée" pour la protéger... Mais je dois dire que lorsque je l'ai vu exploser et sombrer à son tour, je me suis dit que c'était un sort peu enviable que d'être bloqué en son sein.

Le petit bout de femme soupira longuement, fatiguée par ses propres mots. Valentine avait raison, il valait mieux penser à une reconversion professionnelle.

- Si comme nouveau "boulot" tu pensais à chasseuses de primes, sache que je suis partante ma chère oreille pointue. Après tout, c'était ce que je faisais chez nous et toi, ce n'était pas très éloigné. Madame, j'espère quand à toi que tu aimes crapahuter pendant des jours pour trouver une cible parfois ridicule?

Ricanant doucement en imaginant d'avance sa partenaire râler ou lui lancer une pique qu'elle n'écouterait probablement pas, Akemi se leva soudainement pour s'étirer et s'assurer que Yoake était bien sanglé contre elle. Ses vêtements n'étaient pas en parfait état, aussi avait-elle attaché son sabre dans son dos afin de faciliter ses mouvements. Vint alors les remerciements de Valentine. Ceci était plus que suffisant pour la tueuse à gage pour s'inquiéter. Une elfe de brume disant merci? Cela était peu commun et montrait la reconnaissance, et surtout la fatigue, de la chasseuse de monstres. Rendant son sourire à sa confrère, Akemi mit un genou à terre pour observer la blessée qui s'était improvisée femme-médecin. Personne ne s'était occupé d'elle en soit, mis à part un marin un peu paniqué. Elle saignait probablement encore un peu, ou tout du moins souffrait intérieurement. Akemi eut alors une idée, un peu folle mais qui pouvait potentiellement marcher. Et puisque ses dragons ne daignaient pas lui répondre, et dire si l'idée en question était mauvaise ou non, le petit bout de femme décida qu'elle se devait d'être pleinement responsable de ses actes futurs. Tapotant l'épaule de Valentine pour attirer son attention, Akemi dégagea une mèche de cheveux qui la gênait avant de reporter son attention sur sa consœur.

- Ta blessure te fait souffrir n'est-ce pas? Madame et toi vous n'avez pas la même chance que moi pour ce genre de problèmes... Et... Je commence à bien te connaître maintenant. Je connais les signes d'une addiction d'un futur vampire. Ta fatigue n'arrange rien, mais il nous ait impossible de te soigner correctement...

Elle marqua une pause, dégageant sa nuque après avoir jeté un regard pour voir si Madame n'était pas évanouie.

- Bois un peu de mon sang Val'.

La phrase sembla glisser sur ses lèvres comme si elle venait d'avouer ses sentiments à un amour de jeunesse. Si l'anecdote semblait amusante, le petit bout de femme tenta de réfreiner les rougeurs qui devaient poindre sur son visage. Akemi savait que son sang était considéré " divin " dans son monde, et que ce dernier avait de nombreuses vertues. Cependant, si elle n'était pas certaine de ce dernier point sur Kosaten, elle savait que la vampire reprendrait des forces en buvant un peu de son liquide écarlate. Restait seulement à espérer qu'en le faisant elle ne tente pas de tout boire. Et puis, il fallait être honnête, un sang d'élu était plus précieux que celui d'un homme lambda, l'équation était assez simple. Seulement, il n'y avait que Madame et Akemi dans une position pouvant aider Valentine. Et pour Madame, c'est à peine si elle parvenait à bouger, même si elle semblait aller un peu mieux. Sortant de ses pensées en remarquant les lèvres de son amie bouger, Akemi ne laissa même pas un son sortir de la bouche de cette dernière.

- Je suis la personne en meilleure santé actuellement. De plus, ma capacité de régénération me permettra de refaire mon stock sanguin rapidement, ne fais pas ta timide.

Ricanant doucement, la tueuse à gages plongea son regard fatigué dans celui de l'elfe de brume.

- Essaie seulement de pas tout me prendre, je sais que j'ai bon goût mais je tiens à rester en vie.
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Mar 10 Mai - 7:36

Je laissais mon corps s’affaisser, tout doucement, contre la paroi derrière moi. Les yeux grands ouverts et fixant mes camarades, je laissais mon enveloppe physique se reposer. Amusant comme concept, le repos. J’avais l’impression de ne pas avoir dormi depuis une éternité… Ce qui était vrai, d’une certaine façon. Lorsque Valentine leva son bras vers moi, me tendant la gourde, je me contentais de l’ignorer. Un repas partagé ne remplit le ventre de personne ? L’analogie était particulièrement mal choisie. Notamment parce qu’avec le naufrage du Nidhogg, des demis repas, on risquait d’en faire pendant encore un certain temps. D’autre part parce que j’étais à peu près certaine, dorénavant, que ma blessure n’était pas mortelle, aussi je n’avais aucun intérêt à m’infliger l’ingurgitation de ce liquide répugnant une fois de plus… Ma magie m’aurait remis sur pied dans une demi-douzaine d’heures, et d’ici un jour ou deux, il ne resterait qu’une petite cicatrice sur mon flan. Non, autant qu’elle garde pour elle-même ce qu’il y avait dans cette gourde.
Elle ne s’était peut-être pas rendu compte que j’avais aperçu ses mains alors qu’elle me recousait, mais c’était mal me connaître. Les tremblements qui parcouraient ses doigts à intervalle réguliers, la faim dans ses yeux verrouillés sur la plaie... A une ou deux reprises je m’étais préparée à l’idée de l’incinérer sur place, si elle faisait un mouvement de trop… Mais elle avait su garder le contrôle. Une bonne chose pour nous deux. Maintenant, elle avait droit à sa récompense, même si ça n’était pas grand-chose… On s’assure toujours mieux la loyauté de ses sujets avec de l’or qu’avec des coups de fouet. Bien sûr, le meilleur moyen de les lier à vous requiert un processus un peu particulier, mais j’étais bien loin de posséder la puissance nécessaire actuellement, alors autant se montrer diplomate jusqu’à ce que je retrouve un peu de ma puissance perdue. Une fois que ça serait fait… La suite serait toute tracée. Je n’étais pas née pour servir ou me cacher, tout le contraire même.

L’échange entre Akemi et Valentine était toutefois un peu plus intéressant que ces plans sur la comète dont je ne savais même pas s’ils adviendraient. Reconversion alors ? Il était évident qu’il nous fallait trouver autre chose, mais je n’avais pas encore véritablement songé à quoi. La maîtresse d’équipage proposa Chasseuse de prime, ce qui était visiblement un choix naturel chez elle puisque c’était le métier qu’elle exerçait dans son monde d’origine. Pas un métier grandiose. Même pas un métier respectable. Mais j’allais avoir du mal à me tourner vers ma propre vocation passée, devenir Impératrice ne se faisait pas du jour au lendemain… Bien que cela restait mon objectif ultime. Juste après l’idée de retourner dans mon monde d’origine, pour être parfaitement honnête. Toutefois, l’idée de traquer des bandits pour une poignée de piécettes ne m’intéressait véritablement pas… D’autant qu’elles seraient probablement bien suffisamment de deux pour éliminer toutes les cibles qui se présenteraient à elles. Autant devenir assassin pour une famille noble de la région, ça avait l’avantage de rapporter plus… Mais ça n’était pas non plus pour moi. La question restait donc dans ma tête, et je la retournais dans tous les sens, cherchant une solution qui nous permettrait de rester ensemble… Après tout, nous étions plus fortes toutes les trois. Enfin, elles me permettaient d’être plus forte. Tant que je n’aurais pas recouvré toutes mes capacités, je n’aurais que mon cerveau à leur offrir… Figurativement.
La scène suivante me fit toutefois hausser un sourcil. Akemi offrait, généreusement, son sang à Valentine. La scène aurait pu porter à confusion de loin, la jeune femme dégageant largement son épaule pour la présenter à la… Vampire ? Je me doutais qu’elle avait des côtés suceurs de sang depuis quelques minutes, mais la confirmation était assez brutale. Je jetais un regard du côté des marins qui ne semblaient pas avoir remarqué ce qu’il se passait entre les officiers du navire, avant de revenir vers les deux jeunes femmes. L’idée était bonne, après tout celle qui s’offrait en sacrifice était la plus en forme de nous trois, et si les matelots comprenaient la nature de l’assoiffée, ils auraient tôt fait de nous abandonner à notre sort… Ce qui ne nous arrangerait guère, nous allions avoir besoin de bras pour arriver vivantes jusqu’à la ville la plus proche.

Observant toujours la scène, vaguement intéressée, je finissais de faire le compte de ce qu’il nous restait après le naufrage… Et que j’avais pu apercevoir dans la grotte. Bien sûr, ça n’était que des approximations, mais cela nous donnerait une idée générale de ce qu’il nous restait, en termes de ressources. Avant de penser à la reconversion, il fallait survivre à la situation actuelle, ce qui n’était pas encore gagné au vu de l’état de désolation totale de l’équipage, des conditions atmosphériques particulièrement mauvaises, et de nos conditions physiques à toutes les trois. Elevant la voix doucement alors que je détournais les yeux, je prenais la parole d’une voix un peu plus douce que précédemment en regardant le soleil se lever :


« -Avant de penser à une possible reconversion, il faut déjà que nous arrivions à rejoindre la civilisation, sans quoi notre seul choix est celui de devenir ermites. Je dirais qu’environ les deux tiers de l’équipage ont péri dans le naufrage où sont disparu, ce qui veut dire qu’il ne nous reste qu’assez peu d’hommes. Et pourtant ils sont trop pour la nourriture que nous avons, je n’ai vu qu’une poignée de tonneaux dans la grotte, ce qui veut dire à manger pour… » Je marquais une petite pause pour affiner l’estimation avant de reprendre « deux jours, peut-être trois si nous nous rationnons. Ce qui veut dire qu’il va nous falloir prendre rapidement la route, et abandonner les blessés, ils ne feraient que nous encombrer. Au vu de la fatigue générale, partir avant ce soir serait de la folie, d’autant que la mer pourrait bien rejeter encore quelques-unes des fournitures qui étaient à bord du Nidhogg. Quant à la direction à prendre… Je dirais le sud, en longeant la côte. Nous n’avions pas vu de village depuis un certain temps quand nous avons fait naufrage, donc le nord est exclu, et s’enfoncer dans les terres est bien trop aléatoire, autant chercher une bourgade de pêcheur… Bien sûr, ça serait plus facile avec une carte. »

Alors que mon regard vagabondait sur les environs, dans l’espoir d’y voir apparaître quelque chose qui m’aiderait à estimer la distance qui nous séparait du village le plus proche, j’aperçu des marins qui avaient finalement remarqué ce que nous faisions, et s’interrogeaient probablement sur la position particulièrement équivoque d’Akemi et de Valentine. Je leur jetais un regard noir, mais ils ne semblèrent pas s’en rendre compte, aussi je les chassais d’un petit mouvement de la main. Ils mirent quelques secondes supplémentaires avant de tourner les talons, et je les regardais s’éloigner en continuant de me triturer les méninges. Et puis une idée me vint, assez amusante puisque son ironie entrait en résonnance toute particulière avec ma vie passée. Je réprimais un sourire moqueur adressé à ma propre personne avant de me remettre à parler, d’un ton moins sérieux que précédemment :


« -Si la caractéristique que vous recherchez le plus dans un emploi c’est l’argent qu’il peut vous offrir, alors j’ai possiblement une idée. Traquer des cibles seules, c’est très surfait de nos jours, et pas toujours bien rentable, comme tu l’as si bien souligné Akemi. » Ma voix avait repris un ton légèrement sarcastique alors que je prononçais les derniers mots, que j’étouffais à nouveau. Il fallait que je montre un peu plus diplomate que cela, et que certaine de mes habitudes de maîtresse du monde me passe. « Ce que nous pouvons faire en revanche, c’est combattre pour un pays ou pour un autre. Je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte, mais j’ai l’impression que les trois nations de ce monde ci sont plutôt à couteaux tirés en ce moment… Et il y a toujours de l’argent à faire en tant que mercenaire. Il suffit de convaincre les marins de se joindre à nous et nous aurons déjà une petite bande… Et une fois engagés, les idiots se porteront volontaires par dizaine en espérant gloire et fortune. Dans le pire des cas, il nous suffira de faire un peu de banditisme de l’autre côté de la frontière ici et là pour faire quelques économies. »

L’idée n’était pas en soit stupide, mais je n’étais même pas sûre moi-même que la proposition était sérieuse. D’une certaine façon, devenir mercenaire après avoir été impératrice me paraissait bien plus difficile que devenir pirate, peut-être parce que j’avais côtoyé tellement de ces combattants sans foi ni loi par le passé… Mon mari se serait probablement gaussé s’il avait su ce que je devenais dans ce monde ci, mais il n’avait aucun moyen de le savoir… Et pour autant que je sache, il se trouvait toujours sous terre à ruminer une vengeance qui ne me trouverait jamais. Ça aussi c’était quelque chose qui me manquait de mon ancien monde finalement : savoir ce monstre toujours prisonnier était la chose la plus satisfaisante qu’il m’était donnée de connaître.
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Dim 15 Mai - 3:31

Lorsqu’une main se déposa sur son épaule pour la tapoter doucement, la vampire ne prit la peine d’ouvrir qu’un seule œil. Akemi l’observait … Depuis quand était-elle accroupie à son niveau ? L’elfe de brume passa ce détail … Ou plutôt, elle le laissa filer, comme nombre d’autres choses, dans le flot indistinct et tumultueux que constituait son esprit, une fois accablé de fatigue. L’idée de devenir des mercenaires ne la dérangeait pas, en soit … Avaient-elles vraiment besoin d’en parler en se regardant dans les yeux de telle manière ? Mais dès que l’ancienne maîtresse d’équipage prit la parole, la chasseuse de monstres sut qu’il ne s’agissait pas de cela. Sa blessure … Levant doucement la main et en observant la paume rougie et sanglante, la vampire releva l’œil vers la petite femme de l’est des terres, cherchant à ne pas rater quelque chose d’important dans ce qu’elle voulait lui dire. Etrangement, le terme « futur vampire » fut parfaitement compris lorsqu’elle l’entendit … et lui tira une moue qui exprimait clairement qu’elle se serait passé d’entendre ce genre de choses, que ce soit maintenant ou à peu près n’importe quand, en réalité. Ce n’était pas la première fois qu’elle lui balançait ce que la semi-vampire prenait comme une accusation au visage, mais en revanche, pour une fois Val’ ne se sentait clairement pas les forces de s’en défendre. Sur Era Necrolia, les vampires étaient dans leur immense majorité des bêtes dépourvues (littéralement) d’âmes qui cherchaient à combler le manque que leur procurait cette absence avec le sang, l’essence vitale d’autres êtres. Dans le cas de la chasseuse de monstres, à qui il restait encore une partie de son âme, la malédiction n’opérait « qu’à moitié » … Dans le sens où elle pouvait combattre ce mal, et de manière relativement prolongée. Sauf que dans le cas présent, elle ne savait plus quand elle avait pu boire pour la dernière fois, la potion qui lui servait de substitut était presque finie, et elle avait un trou dans le ventre qui, certes, ne faisait peut-être même pas aussi mal qu’il aurait dû, mais qui restait très handicapant … Dans cette situation, il fallait l’admettre, nier quelque chose qui devenait de plus en plus évident était une tâche dont elle se serait allègrement passée.

La proposition qui suivit, en revanche, fit hausser un sourcil à la blonde, et ouvrir à moitié l’autre œil. Boire son sang … Dans sa condition, refuser quelque chose qui lui aurait permis de prendre des forces semblait idiot. Suicidaire, même. Et pourtant, elle était tentée de répondre d’une simple boutade … « Il y a des moyens bien plus efficaces de faire une transfusion, tu sais ? ». Le trait d’esprit lui venait à l’esprit avec un naturel déroutant : des années et des années à nier sa nature auprès des autres … Et pourtant. En était-elle blâmable ? Elle n’avait pas vraiment le choix : être perçue comme l’une des créatures qu’elle pourchassait sans relâche revenait, grosso-modo, à s’enduire elle-même d’huile et à se jeter dans un brasier… D’un autre côté, il y avait autre chose à prendre en compte. Akemi la connaissait depuis des semaines, et avait eu tout le temps de constater que sa « compatriote » était tout, sauf une décérébrée assoiffée de sang. Les quelques fois où elle lui avait parlé d’ailleurs, elle avait bien stipulé que la chasseuse n’était pas totalement vampirisée, juste « en devenir » … Sur ce point-là, elle pouvait être rassurée aussi, il était depuis longtemps devenu clair aux yeux de la traqueuse qu’elle ne changerait pas plus, désormais. Pas après plus de 500 ans passés dans un état « hybride » qui semblait être le paroxysme des effets de sa malédiction. Que répondre … La vampire elle-même ne le savait pas vraiment lorsqu’elle avait entre-ouvert les lèvres : comme si elle voulait l’empêcher d’hésiter, la petite demoiselle lui renvoya encore quelques arguments, relativement pertinents, pour l’encourager à suivre son plan. Finalement, l’elfe de brume finit par se contenter d’un sourire, refermant les paupières. Elle ne savait pas s’il y avait quelque chose à répondre à tout ceci … Plutôt même que d’essayer, elle leva doucement une main, et la déposa sur la peau qu’avait dénudé la chasseuse de primes. Puis, elle laissa un peu d’air filer entre ses lèvres.

Lorsqu’elle inspira de nouveau en rouvrant les yeux, elle avait l’impression que peut-être 30 secondes avaient pu s’écouler sans qu’elle en ait conscience. Madame parlait. Démêlant ce qu’elle pouvait de son discours, l’ancienne seconde parvint au bout de quelques instants à percuter qu’elle voulait, plutôt que chasseuses de primes, les orienter vers le mercenariat, quelque chose de cette trempe. Faire la guerre pour un des pays, ou un autre … L’idée ne plut pas à la vampire. Mais elle s’exprimerait sur le sujet … Probablement après ce qu’elle comptait faire là, tout de suite … Plus ou moins. Lentement, elle retira sa main, la laissant un peu glisser avant qu’elle ne retombe contre elle, et ne put s’empêcher de faire un petit sourire qui reflétait aussi bien l’étrange joie qu’elle ressentait que la fatigue qui l’accablait. Lentement, poussant la roche derrière elle, elle se redressa un peu, se rapprochant, avant de rouvrir la bouche … Elle ne savait pas par quel bout prendre la chose. Elle ne savait pas très bien exprimer ce qu’elle ressentait … ça ne changeait pas beaucoup de d’habitude cela-dit, mais l’étrangeté de la situation amplifiait encore ce sentiment. Elle ne savait même pas très bien ce qu’elle ressentait, d’ailleurs. De la gratitude ? De la joie ? De la peine ? De la honte ? Probablement un subtil mélange de tout cela, et de tout ce qu’un être est supposé ressentir lorsqu’on lui découvre une différence qu’il tente à tout prix de cacher … Quand bien même la différence en question est visiblement acceptée par les autres. On savait qu’elle était vampire, et pourtant, nulle lame n’était pointée vers son visage, et personne ne voulait « l’achever »… ça changeait, quelque part. Madame semblait même être totalement passée à autre chose … Et Akemi … Et bien. Au moins, elle ne pouvait pas trop se plaindre d’avoir une compagnonne prévisible.

Je suis légèrement étonnée que tu me dises que tu sais que tu as bon goût … enfin … ton sang. Mais bon … vu que visiblement, parler de … mentir à ce sujet ne sert plus à rien … oui, je suis « en phase » de devenir vampire. Depuis quelques siècles … ça ne s’aggravera pas plus, à ce point-là, je suppose.

Levant légèrement les yeux pour observer la demoiselle qui venait du même monde qu’elle, elle pivota ensuite la tête le temps de déceler une quelconque réaction chez Madame … C’était peut-être la seule qu’elle voyait s’efforcer de rester maîtresse absolue de ses réaction malgré tout ce qui leur arrivait : la voir surprise ou quelque chose de ce genre aurait pu être amusant. Regardant cependant de nouveau Akemi, elle baissa son regard sur son cou … et lâcha un petit soupire. Retroussant les lèvres pour exposer ses huit crocs, qu’elle devait presque autant à son statut qu’à son ancien travail de chasseuse de monstre, elle chercha dans la peau pâle une zone où la morsure serait moins douloureuse, sans pour autant être peu fructueuse … Ou trop : il ne s’agissait pas non plus accidentellement d’ouvrir sa carotide. Ce serait pratique le temps de s’y nourrir… Moins par la suite. Finissant par faire mine de s’avancer … elle se coupa en plein milieux, réalisant quelque chose.

Et … n’attends pas que je m’arrête. Tapotes-moi sur le tête… front lorsque tu sens des vertiges, des points noirs dans la vision, ou … quelque chose de ce genre. Et sers les dents … ça risque de faire mal.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, le dernier point était faux … Les vampires avaient, comme nombre de créatures capables de pomper le sang, une salive ayant des propriétés antibiotiques, anticoagulantes, et anesthésiantes … mais d’un autre côté, tous les vampires n’avaient pas une dentition qui semblait plus conçue pour arracher un beau lambeau de chaire que pour juste la percer. La demoiselle à la peau pâle finit par mentalement s’insulter elle-même : elle n’était certes pas pressée par le temps … mais ce n’était en rien une excuse pour continuer à retarder l’opération. Laissant sa tête légèrement tomber vers l’avant, elle ouvrit les dents largement … et les planta dans la chaire de la brune.

Sentir le fluide vital d’Akemi couler dans sa bouche, puis le long de sa gorge fit à la semi-vampire à peu près le même effet que si, au terme d’une chute extrêmement lente durant laquelle toute sensation de haut et de bas avait disparu, durant laquelle l’horizon n’avait été qu’une notion floue à cause de la vitesse, et où chaque sens aurait été abrutit par la vitesse du vent … Comme si au terme d’une telle chute, elle avait été plongé dans de l’eau froide. Bien entendu, au début, la sensation est déplaisante à l’extrême … Mais les sens se ravivent, s’affinent à nouveau. Elle sentit chacun de ses muscles être brusquement parcouru de plus d’énergie, de plus de puissance : pour un peu, la douleur dans son abdomen, malgré le fait qu’elle devenait elle aussi bien plus intense car bien mieux ressentie, ne la dérangeait plus tant que cela … Un voile de fatigue aussi lourd qu’une chape de plomb venait de quitter son esprit et ses réflexions, et la sensation de sentir brusquement toutes ses pensées s’organiser et aller dans la même direction plutôt que de se percuter et se déplacer chaotiquement fut une délivrance des plus appréciables. « Malheureusement », un peu comme à chaque fois, la traqueuse ne s’arrêta pas d’elle-même : on finit par repousser délicatement son crâne, lui faisant ouvrir les yeux et retirer le plus délicatement possible ses crocs des chaires. Sentant un petit filet de salive rougie la relier encore à la peau de la chasseuse de prime, elle essuya ce dernier d’une de ses mains, avant d’observer autour d’elle … et d’aspirer un peu d’air entre ses dents tout en tirant la moue, mal à l’aise.

Et … c’est là que je me rends compte que j’étais passablement fatiguée … J’aurais dû prévoir un tissus pour appuyer sur la plaie. Tiens … Namito, c’est bien ça ?
Le marin auquel elle s’adressait, qui pensait pouvoir s’en aller sans avoir été vu, pivota doucement, depuis l’endroit de la grotte où il se trouvait. … oui ?
Cesses de faire cette tête d’enfant pris en pleine faute, et vas nous chercher un linge propre, si tu en trouves … Et pas juste un sec, mais plein de sel, si possible.

Lâchant un petit « formidable » parfaitement ironique à l’exclamation d’approbation qu’il laissa entendre en repartant plus loin dans la grotte, l’hybride soupira. Elle n’avait aucune envie que toutes les personnes présentes dans la zone soient au courant, mais ce n’était pas non plus forcément une idée géniale de leur cacher la vérité trop longtemps … Après tout, expliqué lentement et avec la bonne dose de douceur, la plupart d’entre eux pouvait digérer l’idée d’avoir une vampire à leurs côtés, non ? Enfin. Attendant qu’il revienne, la blonde fit en sorte de laver doucement la plaie qui ne saignait déjà plus sur la peau de sa camarade, puis s’assura que personne ne les écoutait avant de répondre … A madame, cette fois.

Pour le reste … abandonner les blessés est, pratiquement parlant, une option alléchante … Mais je doute qu’on aille bien loin si on adopte dès-à-présent ce genre de comportement. Je veux dire … Outre le fait qu’on ne soit, toutes les trois, pas dans un état glorieux nous non plus … Maintenant qu’on est à terre, ils ne sont techniquement plus contraint de nous obéir, à terme encore moins de nous suivre. Que je sache … Fortune ne comptait pas faire ses « manœuvres les plus moches » sur certains membres de l’équipage devant l’intégralité de ce dernier, n’est-ce pas Akemi ? La petite référence à des évènements encore récents fit sourire la chasseuse, alors qu’elle récupérait le fil à côté d’elle, et s’appuyait sur la paroi pour se relever … elle chancelait légèrement, mais ses jambes tenaient. Ce soir, je vais voir qui dans les survivant est partant pour me suivre et chasser un peu … si on peut trouver quoi que ce soit.

Et pour le mercenariat … Je pense avoir à peu près autant ma place dans une armée que toi dans un bordel : j’aurais beaucoup moins d’appréhension à être assassine ou chasseuse de primes que soldat. En plus … avec ces saletés qu’on a sur la peau, je me sens moyennement attirée par les champs de batailles entre les pays. Je ne sais pas ce que vous en pensez … mais je crois qu’il ne serait pas néfaste de mettre la question en suspens, et de s’y attaquer de nouveau quand on aura rejoint un village et qu’on en saura un peu plus sur le contexte géopolitique précis. Oh … Et pendant que j’y pense. Ne vas pas t’imaginer des choses, par rapport à ma main, tout à l’heure, Akemi … Dis-toi juste que j’étais aussi lucide qu’après avoir vidé quelques bouteilles d’alcool fort.
Un petit sourire sur les lèvres, la semi-vampire pencha la tête sur le côté, croisant de nouveau les bras et les jambes alors qu’elle se laissait une fois de plus aller contre le mur. Mais ça va aller mieux … Au moins pour les prochaines semaines. Et je confirme … Tu as plutôt bon goût.
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Dim 5 Juin - 0:46

- C'est compris, Vas y.

Patiente, l'ancienne tueuse à gages s'était calée contre celle qui venait du même monde qu'elle, afin de faciliter la "dégustation" si on pouvait donner un terme culinaire pour ce qui allait suivre. Le souffle d'Akemi était régulier et lent, mais s'accéléra rapidement en sentant le souffle de Valentine se rapprocher de sa peau de soie.

- Hnn....

Lorsque les crocs de son amie pénétrèrent sa chaire, le petit bout de femme agrippa par instinct celle qui commençait à boire son sang. Haletante, la demoiselle poussa de petits gémissements incontrôlés à mesure qu'elle se faisait vider de son sang. La douleur, d'abord très intense se stabilisa par la suite, Akemi se focalisant un peu plus sur cette sensation étrange de ressentir son propre sang s'écouler en dehors de sa plaie, ce dernier étant aspiré et bu par une camarade. Observant la roche en fasse d'elle, le petit bout de femme remarquait pour la première fois la texture rocheuse.  La chose n'était en soit pas palpitante, mais cela lui permettait de se concentrer sur quelque chose de précis, et d'éviter de pousser ses petits cris, ou tout du moins de les limiter, la douleur régissant ce dernier point.

Au bout de quelques minutes, la vision d'Akemi commença à se troubler légèrement et sa respiration fût un peu plus haletante, comme si elle venait de courir un marathon, elle avait également un nœud étrange à l'estomac, et malgré la chaleur qu'elle avait aux joues, avaient étrangement froid.

- Hnn.. On arrête là... hnn...  pour le moment... hnn... ma chère vampire...

Poussant délicatement la tête de Valentine, la tueuse à gage ressenti les crocs de son amie quitter son cou, et laissa un sourire fatiguée parcourir son visage en plongeant son regard dans celui de l'elfe, alors qu'un filet de sang et de bave mêlé les reliait encore l'une à l'autre. Le liquide carmin qui s'écoula de la plaie glissa quelques instants sur sa peau pâle, avant d'être essuyé d'un geste de la main par l'ancienne chasseuse de monstre, ce qui, malgré la fatigue ressentie par Akemi, lui fit hausser un sourcil.

Le marin que l'elfe avait interpellé apporta assez rapidement un tissu au bout de bout de femme, qui le gratifia d'un "merci" particulièrement fatigué. Alors qu'elle pressait le textile contre son cou, la demoiselle écouta le discours de son amie, tandis que ses cheveux se changeaient peu à peu en blanc, se transformant légèrement pour accélérer sa guérison. Cependant, avec la fatigue, la transformation était loin d'être complète, et cela donnait à la tueuse un air de petit chat perdu, ce qui l'énerva passablement, surtout dans cette situation. La dernière remarque de Valentine étira cependant un sourire amusé sur ses lèvres.

- Merci. Mais ne va pas croire non plus que je suis maintenant ton garde-manger officiel, je te ferais payer si tu veux goûter de nouveau à mon liquide...

La remarque, volontairement tendancieuse, amusa la tueuse elle même, qui se retourna et fixa Madame.

- Ne fais pas cette tête, toi aussi tu auras le droit de payer pour me goûter!

Accompagné d'un clin d’œil, le rire cristallin de la demoiselle cassa quelques instants le silence de la grotte. Le trio se permettait un peu d'humour, c'est que dans le fond, les choses n'allaient pas si mal que ça.

- Sinon, je suis assez d'accord avec Val', se battre pour tel ou tel pays ne me semble pas une bonne idée, d'autant que tu ne portes pas la même marque que nous. Et je crains que si les pays n'entrent en guerre, ou s'ils le sont déjà, cela ne nous pose plus des problèmes qu'autre chose. Un statut de mercenariat nous offre une plus grande liberté d'action. Enfin... Pour l'instant nous devons effectivement trouver un moyen de rejoindre un village, car bien que cette aventure nous fasse voir du pays, je serais plus qu'heureuse qu'elle ne s'achève sur une note positive, et rapide.

Achevant sa phrase, Akemi se releva à son tour et marcha en s'appuyant contre la roche humide. Retirant le tissu, elle remarqua que sa plaie avait cicatriser, et que ses dragons s'efforçaient de faciliter son rétablissement. Observant le crépuscule arriver, la femme aux yeux amandes se porta volontaire pour accompagner l'elfe à la nuit tombée. Laissant par la suite ses deux compères, elle marcha quelques instants sur le sable fin et remarqua un petit feu de camp, protégé par plusieurs planches afin de le protéger d'une pluie potentielle. S'asseyant lourdement sur le sol à côté du marin qui semblait cuisiner, la tueuse reconnu rapidement leur maître-coq, qui n'était rien d'autre que le tavernier qu'elles avaient recruté au tout début de leur aventure. Cet homme avait quitté sa femme horrible pour vivre d'aventures, et avait survécu à ce cataclysme. Soit il était incroyablement chanceux, soit le plus malchanceux des hommes. Seul l'avenir répondrait à cette question. Lâchant un profond soupir, l'homme fixa son ancienne maîtresse d'équipage.

- Je suis désolé pour vous, mais je crains ne pas avoir de viande à vous donner...
- Hahaha, ce n'est rien. Un bouillon me fera déjà du bien.

Le marin lui tendit alors un bol en bois, récupéré parmi les débris du bateau, et lui conseilla de boire rapidement le contenu. Le bol en lui même était déjà signe qu'il ne s'agissait pas d'un repas royal. Ses bords étaient rugueux, et il était partiellement fêlé sur la longueur. Trempant ses lèvres dans le liquide chaud, la demoiselle s’exécuta et termina sa dégustation en quelques secondes, avant de toussoter, faisant la moue. Le marin étira un large sourire sur son visage.

- Ceux sont des algues comestibles que j'ai récupéré parmi les restes de provisions. C'est nutritif, mais immonde au gout. Je suis navré d'imposer cela à une Dame.

Un rire s'échappa de la gorge de la tueuse.

- Arrête donc. Je ne suis pas une reine que je sache. Conrad c'est ça? Dis moi, je peux te poser une question?
- Bien sûr, allez y.
- Dis moi, que comptes-tu faire à présent?
- C'est à dire? Une fois qu'on sera sorti de ce merdier?
- Oui, bien sûr, lorsque nous aurons rejoint un village et prit soin des blessés, que feras-tu?
- Je ne sais pas.. Je ne me suis pas vraiment posé la question pour être honnête... Tout ce que j'avais gagné dans nos différentes manœuvres à couler en même temps que le capitaine et son bateau... Je ne peux pas vraiment regagner mon auberge ainsi, ma femme me tuerait, déjà qu'en revenant riche se serait probablement le cas, je n'imagine pas les mains vides...
- Serais-tu prêt à continuer de nous suivre, Valentine, Madame et moi? Accepterais-tu de travailler pour nous?

Le cuistot marqua une longue pause, dévisageant la demoiselle devant lui.

- Mais, oui, j'accepterais, mais comment pourrais-je travailler pour vous? Nous n'avons plus de bateau.
- Ne t'inquiète pas pour cela. Nous trouverons quelque chose pour nous. Pour nous tous, enfin, tout ceux qui accepteraient de bosser pour nous. Tu peux me rendre un service? Peux-tu questionner l'équipage lorsqu'il vient récupérer ses rations? Ou lorsqu'ils viennent discuter? j'aimerais savoir si l'équipage est prêt à continuer d'exister, ou si chacun désire faire cavalier seul...

Ne laissant pas le temps à son interlocuteur de répondre, Akemi se releva et le remercia, se remettant à marcher et explorer un peu la plage, cherchant à la fois divers vivres, ou bien quelque chose leur indiquant une potentielle direction à suivre.. Il fallait faire vite, la nuit allait tomber, et la demoiselle devait retrouver Valentine pour un peu de chasse.
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MessageSujet: Re: La fin d'un rêve [terminé]   Dim 21 Aoû - 2:06

Ayant refermé les yeux, l’elfe s’était lancée dans un exercice qu’elle adorait, à une époque qui ne lui semblait pas si lointaine : se rendre parfaitement silencieuse, et écouter absolument tout ce qui se trouve autour d’elle. Bien sûr, c’était un peu plus compliqué lorsqu’on lui parlait : elle n’avait aucune envie d’ignorer ce que l’une de ses compagnonnes de route avait à lui dire … Mais pour autant, elle voulait juste éviter d’ignorer tout ce qui se trouvait à côté. Les marins qui parlaient entre eux. Le son des vagues qui percutaient la plage. La pluie, moins intense mais toujours présente, qui percutait le sol en d’innombrables points. Si loin qu’on ne l’entendait pratiquement pas, le tonnerre, qui frappait probablement la mer. Des dés que l’on jette sur la pierre … Quelqu’un tirait au flanc dans l’équipage ? Ce constat, même s’il irrita profondément l’hybride dans un premier lieu, l’indifféra au final assez rapidement. Elle ne pouvait pas en vouloir à des individus parfaitement normaux (pour la plupart) d’avoir besoin de décompresser après une crise de l’ampleur de celle qu’ils venaient tous de vivre. Elle-même ne venait-elle pas de boire le sang d’une camarade ? Certes, l’importance du besoin et ses conséquences n’étaient pas les mêmes … Mais ça n’aidait en rien à la survie du plus grand nombre : ce n’était pas de la préparation de nourriture, de la récolte de ressources ou de débris du navire, ou autres … Juste la satisfaction égoïste d’une pulsion handicapante, au dépend de la santé d’une autre personne qui n’en avait pas vraiment besoin, en ce moment. En clair, pouvait-elle reprocher à deux … non, trois personnes de chercher à se changer les idées avec un innocent jeu de dés ? Non, pas vraiment, non. Même s’ils n’étaient pas au courant de ce qu’elle venait de faire, elle ne se serait elle-même pas sentie en position de faire des reproches. Revenant à ce que disait Akemi, elle rouvrit les paupières, abandonnant sa petite distraction personnelle pour se contenter d’hocher la tête lorsqu’elle conclut un point sur lequel elles devaient toutes les 3 être d’accord : elles n’étaient vraiment pas destinées à rester ici pour longtemps.

Mhhhh, comme une bonne chambre avec un vrai lit probablement infesté de puces, un repas au goût passable mais qui ne soit pas constitué de restes ou qu’on n’ait pas eu à chasser au préalable, et un toit légèrement perméable mais solide au-dessus de la tête au moment de dormir ? C’est pas grand-chose, mais ça sonne assez positif à mes oreilles.

Ce que la vampire aurait très facilement pu faire passer pour un genre d’ironie grinçante, elle le savait, était malheureusement un peu trop vrai : elles n’avaient pas grand-chose de plus à espérer de l’endroit où elles se rendaient, quel qu’il soit. Et pourtant, elle avait lâché les mots avec une certaine légèreté, voir un amusement des plus compréhensibles : même si ce n’était pas fantastique, ce n’était pas non plus si mal, et c’était de loin mieux que ce dont elles disposaient pour l’instant. En outre, même si le voyage leur prenait quelques jours ou semaines – et encore, elle doutait que le trajet jusqu’au plus proche hameau soit si long – elles auraient le temps de se reposer et de cicatriser, ce qui ne serait pas un mal. Voyant la petite s’éloigner pour aller chercher un repas, elle garda le silence, laissant sa tête un peu repartir en arrière pour toucher le mur, avant de perdre ses yeux jaunes dans les nuages innombrables qui bouchaient le ciel. Cette tempête n’avait pas de sens. Autant en ce qui concernait sa violence que la vitesse à laquelle elle s’était installée. Et outre le navire et un certain nombre de marins … Elle avait détruit les projets d’avenirs de tout un équipage. Etait-ce naturel d’avoir un cataclysme de cette intensité, dans la région ? Avaient-elles navigué dans des eaux particulièrement trompeuses ? Elle n’en savait rien … Et n’était même pas vraiment désireuse d’avoir une réponse à la question, au final. Tout ce qu’elle savait, c’est que l’existence de pirate à laquelle elle songeait depuis ces dernières semaines, et qu’elle avait eu le temps de goûter, venait de se terminer comme au sortir d’un songe. En l’espace d’un claquement de doigt. Ne voulant pas vraiment laisser ce genre d’idées noires lui pourrir l’esprit cependant, elle finit par se décoller du mur, soupirant.

Je serais toi, Aylith, je rentrerais dans la grotte … Entre la pluie, le froid, le vent et ta plaie … Ce n’est pas la peine de saisir l’opportunité d’aller encore plus mal que maintenant. Elle avait un instant hésité à dire « rester ici est une bonne manière pour toi de t’achever. », mais la plaisanterie lui avait paru un peu trop douteuse. Surtout dans le contexte actuel. Avec tout le monde à cran, les blagues … Et préviens pour qu’un marin me relaie à la garde. Je vais aller me dégourdir un peu les jambes, je crois … … Pour être honnête, j’ai besoin d’être un peu seule.

La déclaration était-elle un peu trop franche ? L’elfe n’en savait rien. Etait-ce pertinent de s’interdire le second degré pour faire ce genre de phrase juste après ? Probablement pas. Regrettait-elle pour autant ? Pas le moins du monde. Se mettant sans plus de cérémonie en marche elle aussi, elle décrit un arc de cercle, partant dans une direction opposée à celle de l’ancienne seconde un peu plus tôt. Laissant ses chaussures encore légèrement humides fouler le sable de manière régulière, elle se mit à marcher sans trop savoir où elle allait, suivant simplement la plage et le littoral. En un rien de temps, l’ouverture de la grotte, et l’activité qui s’y trouvaient furent loin derrière, et elle en conçu un soulagement particulièrement tangible … Non pas qu’être en groupe lui pesait tant que cela, mais elle n’avait pas eu droit à un moment à elle depuis plusieurs semaines, au final … La vie sur un navire n’est pas vraiment composée de « solitude », même lorsqu’on se trouve sur le nid de pie. Continuant sa marche, elle vit son regard être accroché par les flots, et les débris qu’ils charriaient … Même si la plupart avaient probablement coulé, bon nombre de débris étaient progressivement amenés jusqu’au rivage, même après les quelques heures qui s’étaient écoulées depuis l’éclair qui avait achevé leur navire. Fronçant les sourcils, elle nota que l’un d’entre eux s’approchait du rivage … Et lâcha un juron. Se mettant à courir, quitte à marcher dans l’eau, elle parcouru ainsi une dizaine de mètres, jusqu’à ce que l’eau salée ne lui monte jusqu’aux genoux, et se pencha pour saisir quelque chose qui flottait à peine … La lanière de cuir d’un sac de voyage, qu’elle tira de l’eau, et observa … C’était le sien. Sans trop comprendre pourquoi, elle sentit une vague d’apaisement la saisir … elle ne repartait pas « sans rien ». Bien sûr, elle ne comptait pas garder absolument tout son contenu pour elle … mais le peu qu’elle avait avant de rencontrer fortune ne serait pas perdu. Puis, quelque chose d’autre, que la pluie et les vagues avaient dissimulé à sa vue, apparu un bref instant, encore à quelques pas de là. Pourtant, elle identifia tout de suite la chose. Un homme. Marin, de toute évidence, même si elle ne le reconnaissait pas : sa tenue parlait pour lui. Il fallait dire que les algues et le – très – mauvais teint que lui avait donné son bain prolongé n’aidaient pas particulièrement … Enfilant le sac, elle se mit une fois encore à s’enfoncer dans l’eau en pestant, parvenant jusqu’à l’individu qui ne flottait qu’à moitié. Le tirant hors de l’eau avec des efforts visibles et le traînant sur le sable, elle l’allongea à un endroit à peu près sec, sur le dos, les bras écartés.

S’accroupissant au-dessus de lui, le premier réflexe de la presque vampire fut de se pencher pour poser une oreille par-dessus son cœur … Elle perçu un battement très faible, qui n’était pas le sien, et décala pour que sa joue ne se retrouve au-dessus de sa bouche entre-ouverte. Pas de souffle. Se redressant en soupirant, lui fit pivoter la tête sur le côté, puis joignit ses deux mains par-dessus le torse de l’homme pour appliqua une pression sur sa cage thoracique. Répétant la manœuvre plusieurs fois, elle lui tourna de nouveau le visage vers le ciel … Elle eut le réflexe de se gratter le visage, et réalisa que son masque était toujours baissé sur son cou, depuis tout à l’heure. Sifflant entre ses dents, elle prit une longue inspiration, et se pencha sur l’homme, lui pinçant le nez … Et posa ses lèvres contre les siennes pour insuffler de force de l’air dans ses poumons. Répétant l’opération peut-être 5 ou 6 fois avant d’alterner avec le massage cardiaque, elle eut le plaisir de finalement le voir tousser, et cracher un peu d’eau sur le côté. Lui laissant quelques instants pour qu’il reprenne ses esprits, elle se laissa un peu aller en arrière … Et souffla longuement, se rendant compte d’à quel point sauver une vie l’avait tendu seulement lorsqu’elle ressenti le soulagement lié à sa réussite.

J… J’suppose … que j’suis pas encore mort ?
Ce serait gentil de ne pas passer l’arme à gauche maintenant, oui … histoire que ce que je viens de faire ne soit pas inutile.
He … C’est … C’est vous qui …
Moui. Gardant un instant le silence, elle essaya de sourire … avant d’abandonner l’idée. Ça ne devait pas avoir l’air naturel du tout. Le marin, lui, avait progressivement tourné sa tête vers les nuages, sans trop être dérangé par la pluie, visiblement.
J’suppose que si vous m’avez sauvé la vie … Je vous la doit …
… C’est rare, un marin avec ce genre de code d’honneur.
J’suis un homme. Ca fait qu’il me faut de l’honneur, pas vrai ?
Si tout le monde pouvait avoir cette logique … Vous pouvez marcher ?
… Laissez-moi deux minutes. ‘du mal à respirer …
ça doit être l’eau … Hésitez pas à en cracher un peu parce que je suis là, si c’était ce qui vous retenait. Dès que vous irez mieux, je vous conduis au campement où sont les autres …
D’accord … Et vous ? le marin eut un mouvement du menton, la désignant. Ca ira ?
… ça ? J’ai vu pire … ne vous en faites pas.
Et beh … … Vous autres … Les élus … Regardant de nouveau le ciel alors qu’il fermait les yeux, et s’épongeait faiblement le visage avec les mains. Vous avez .. Vraiment l’air d’être autre chose … C’pour ça que c’vous dirigez, surement …

Se retenant de lâcher un soupire, l’hybride l’observa calmement, puis dirigea ses yeux vers le campement. La fumée d’un feu semblait s’élever, et elle percevait une très douce lueur … Puis, baissant les yeux sur son abdomen, elle observa sa plaie, la tâtant légèrement. Aller dans l’eau salée et tracter un homme de bien 70 kilos ne l’avait même pas faite se rouvrir … et elle n’avait pratiquement plus de mal à respirer, déjà. Chez elle, c’était peut-être « normal » … mais ici. Elle, et les autres, sortaient effectivement du commun …

Reste juste à voir si ça fonctionnera.


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