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ύπνος [solo]
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MessageSujet: ύπνος [solo]   Mar 4 Oct - 21:45

Zzz... :
 


ύπνος 

« Sommeil », l’Éveil, partie II


L’Éternité. 
J’étais enchaînée ici depuis l’Éternité, et le resterait pour l’Éternité. Perdue au milieu de nulle part, mon nom n’était prononcé que par des historiens aguerris et des cultistes étranges, comme une légende oubliée de l’ancien temps. En dehors des murs qui formaient ma prison, existait un monde qui vivait et évoluait, remplis de gens portant en eux Rêves et Idéaux, que les savants les plus ésotériques associaient à mon existence.


Dans cette tour de pierre froide, je passais années et siècles à dormir, me plongeant dans les songes pour lesquels j’étais née, là où tout était si parfait, là où l’on pouvait faire ce que l’on voulait, sans contrainte ni fatigue, sans douleur ni souffrance. Parfois, il m’arrivait de m’éveiller dans cette tour, me rappelant la douleur qu’était la Réalité. Le monde réel n’était pas le domaine que je gardais, mais il m’était pourtant arrivé d’observer ce qui m’entourait, à la recherche d’une quelconque inspiration. 


C’était une salle grise et circulaire, majoritairement vide. A genoux sur un autel de roche, mes poignets étaient retenus par deux lourdes chaînes que le temps ne rongeait pas. Autour de moi, sur le sol, était tracé un cercle de runes étranges qui s’effaçaient à chacun de mes réveils, signe des siècles qui avançaient. Leur lueur faiblissante  était la seule source de luminosité ici. Elle se diffusait au travers de la poussière qui saturait l’air, et éclairait l’étrange fresque dessinée sur les murs usés. Celle-ci était dessinée en spirale le long des parois, et si certaines parties n’étaient plus visibles, la majorité demeurait encore : des dizaines, non, des centaines d’être humanoïdes sans visage, de tailles variées mais aucun d’âge  adulte. Enchaînés et dociles, ils marchaient tous le long de la spirale, un à un, jusqu’à atteindre un point se trouvant au dessus de moi. Un point qui n’était plus visible, que le temps avait effacé de la paroi, comme l’histoire l’avait effacé des livres. 


La lumière révélait également autre chose. Devant moi, était dessinée une carte qui occupait un large pan de mur, un plan obsolète du monde tel qu’il était à mon époque, encore jeune et plein d’espoirs. Les continents, les nations, les capitales, tout y était indiqué. J’ignorais ce pourquoi les associés de Père l’avaient placées ici, si ce n’était pour me narguer, me montrer à quoi ressemblait ce que je ne pouvais atteindre.


Mais c’était inutile. La Réalité n’était pas un monde que je désirais, et réciproquement. Les chaînes qui me retenaient, j’aurais pu les briser depuis longtemps, mais à quoi bon ? Ici, personne ne viendrait jamais troubler mon sommeil, et mes songes me permettaient d’explorer le monde que je voulais. 
Ici, je pouvais Rêver pour l’Éternité. 




Pourtant,  lors d’une journée étrange, située  à plusieurs millénaires de ma naissance, quelqu’un vint déranger mon repos. Le bruit sourd d’une porte ancienne que l’on enfonçait d’un coup de pied retentit dans mon antre. Deux voix féminines résonnaient en écho, et des pas grimpaient dans ma direction. 
Apparurent alors devant moi deux femmes qui, les deux premiers êtres réel s’étant approchés de moi après tant de siècles. 


Chibis:
 



En fait, pour être précise, je ne voyais que leurs pieds. Ma nuque ne maintenait plus ma tête droite depuis bien longtemps. Mes cheveux sales et  violets masquaient partiellement ma vision, mais mes oreilles étaient encore capables d’entendre les échos de ce monde. Leur langue était un peu étrange, signe que les dialectes avaient évolués,  je ne reconnaissais pas leurs mots.  Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Mes chaînes, que je ne sentais même plus, furent brisées. 


Et mon corps, ayant oublié comment manier ses muscles, s’effondra sur le sol. Que se passait-il ? Ces personnes semblaient m’amener loin de ma chambre, je ressentais l’air extérieur pour la première fois après si longtemps, voyait à quoi ressemblait le monde autre que mes rêves, ayant tellement changé à présent. 
Ce n’était pas un songe pourtant…


Que m’arrivait-il ?


Dernière édition par Emily Grimbald le Ven 28 Oct - 21:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ύπνος [solo]   Mer 5 Oct - 0:16


Un vent frais vint caresser mon visage, m’extirpant en douceur des bras de Morphée. A nouveau, je me retrouvais dans cette étrange grotte, perdue aux confins de mon esprit. Le maigre feu de camp brûlait encore dans son foyer, mais cette fois-ci seule Kaameli était présente.

Ayant remarqué mon réveil, celle-ci me salua de la main :


« Bonsoir, princesse !
-B-bonsoir !... »

N’étant plus aussi étonnée que la dernière fois, je m’empressais de rejoindre la Neko. On ne pouvait pas savoir combien de temps je resterais ici, ni combien de fois je reviendrais, alors j’avais envie d’en savoir plus sur ceux qui habitaient mes rêves ! Mais surtout, qui s’étaient sacrifiés pour moi… Cependant, j’avais une chose à demander avant :

« M-m-ère et Seren ne sont pas là ?
-Non ! Seren est partis faire un tour, et la reine vérifie que tout se passe bien à la porte.
-La porte ?
-Hum… »

Elle semblait réfléchir, comme hésitante sur le fait de me répondre ou pas. Comment pouvait-il y avoir un secret dans ma propre de tête, que je n’aurais pas le droit de découvrir ? La mage sembla capter mes pensées au travers de mon regard, répondant finalement :


« Vous devez vous poser énormément de questions, je le sais ! Et je ne compte pas vous cacher quoi que ce soit, princesse, mais-…
-E-excuse moi de t’interrompre ! Est-ce que tu pourrais me t-tutoyer, s’il te plaît ? I-il n’y a pas b-besoin d’être aussi formelle, c’est un peu g-gênant.
-Oh ! Comme tu préfères.  Je disais, je ne veux pas te faire de cachotteries, mais il me faut trouver comment formuler ça. Le sceau a commencé à se comporter étrangement ces derniers temps, et j’aimerais éviter qu’un accident arrive à cause d’une bêtise que je te dirais. Entre nous, je suis un peu la tête pensante de notre trio, alors il ne vaut mieux pas que je fasse d’erreur si on veut éviter que tout explose ! » Ajouta-t-elle avec un clin d’œil malicieux. Ou peut-être que c’était son aspect de féline qui la rendait malicieuse. En tout cas, nous échangeâmes ensuite un petit moment de rire innocent, avant qu’elle ne reprenne la parole :

« Cette porte est un passage qui mène aux zones plus profondes de ton âme. C’est la limite du sceau qui retient Maevea, l’accès direct qui t’y mènera lorsque le moment sera venu. Mais parfois, elle s’entrouvre, et des… choses, en sortent.
-Des choses ?
-Oui... des cauchemars tourmentés. Je ne saurais pas te dire ce qu’il se trouve réellement derrière, mais c’est d’une puissance inouïe. Et parfois, un peu de son pouvoir filtre. On ne sait pas vraiment ce que ça essaye de faire, mais c’est belliqueux ! Alors avec Seren et la reine Kiara, on se relaye régulièrement pour surveiller cette entrée et s’assurer que rien ne s’en échappe. Il est préférable de ne pas prendre le risque que cela t’atteigne, tu comprends ce que je veux dire ? »

Oui, je comprenais très bien. Et cela m’attristait infiniment… ma tête se baissa, mes yeux s’humidifiaient, et Kaameli s’inquiéta :

« Tsira ? Qu’est ce qu’il t’arrive ?
-C…c’est ma faute, v-vous êtes obligés de faire ç-ça pour moi, alors q-que vous pourriez avoir le repos… »

Elle ne répondit pas. Oui, Kaameli aurait pu me dire une réponse convenue, un « ne t’inquiète pas » ou autre. Mais depuis combien d’années  faisaient-ils ça ? Depuis combien d’années avaient-ils quitté le vrai monde, et attendaient de trouver enfin le repos ?
Ils faisaient ça pour que je sois forte. Pour que je sois vigoureuse, libre, et heureuse. Alors il ne fallait pas que je pleure comme ça devant elle ! Rassemblant mes forces, je repris la conversation :

« T-tu as dit que le sceau a commencé à se comporter étrangement ? C-c'est-à-dire ?
-Je n’arrive pas à mettre une explication sur ce phénomène. Chaque soir, à minuit pile, un serpent se débrouille pour duper notre vigilance et vient mordre la serrure de la porte. A chaque fois, il s’enfuit avant que nous ne l’attrapions ! Je crois que c’est à cause de ça que la porte s’entrouvre. Le sceau… pour une raison que j’ignore, il s’affaiblit. J’ai cru que c’était Maevea qui invoquait ce serpent, mais son aura n’a rien à voir. C’est indescriptible. »

Ce serpent. Oui, Kaameli ne pouvait pas le connaître… mais je savais très bien ce qu’il était. Kor m’avait dit que Manshe s’était arrangé pour que je retrouve mes pouvoirs en douceur, c’était donc ainsi qu’il se manifestait ?
Je fixais mes mains. Le pouvoir de Maevea filtrait au travers la porte… voilà qui expliquait pourquoi ma magie devenait si anormalement puissante. Mes sorts atteignaient des résultats que je n’avais même pas effleurés durant mon éducation magique avec Carina, et cette aura qui m’entourait parfois… C’était forcément lié.

Mais je ne peux pas…

Mais je ne pouvais pas leur révéler. Leur avouer, que, ici et maintenant, il m’était impossible d’aller dans le monde magique et de vivre la vie qu’ils auraient voulu que j’ai. Je me battais de toutes mes forces pour, mais combien de temps cela prendrait-il ? Combien d’années resterais-je encore piégée ici ?

« P-peut-être que Noraa a programmé une date à laquelle le sceau devait se retirer de lui-même. Au cas où elle ne p-pourrait pas le retirer ? O-on m’a dit qu’il était prévu qu’on me le retire à mes dix-huit ans. J’en ai dix-sept, maintenant… »

C’était un mensonge grossier, mais je n’avais pu trouver mieux… Kaameli me fixa, l’air pensif, avant d’hocher la tête.

« Hum, c’est possible… »

Avait-elle cru à mon histoire ?

« J’ai une idée, Tsira ! Et si tu allais la voir par toi-même ?
-L-la voir ?
-La porte ! Après tout, nous sommes chez toi. Ce serait bête que tu ne fasses pas au moins une visite. »

J’hochais la tête. A vrai dire, il me restait encore un grand nombre de questions… Mais rien ne m’empêchait de lui poser en marchant, après tout !
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MessageSujet: Re: ύπνος [solo]   Dim 9 Oct - 12:16

Kaameli se leva, avant de se diriger vers la sortie et je ne tardais à la suivre.  A l’intérieur de la grotte, on ne voyait pas grand-chose de l’extérieur. Juste un ciel nocturne remplis d’étoiles aux multiples couleurs, dont je me demandais bien la nature dans un tel endroit. Que pouvaient bien représenter ces milliers de lumières, qui ne pouvaient physiquement pas provenir d’autres coins de l’espace ?  Néanmoins, la question fût rapidement oubliée, lorsqu’après avoir passé l’ouverture nous arrivâmes sur une plate-forme rocheuse, surplombant un paysage des plus déroutants…



Nappée dans un brouillard mystique, une titanesque forêt bleue s’étendait sur plusieurs kilomètres, recouvrant toute la surface d’une ile de gel encerclée d’eau et de glaciers. Sur le drap blanc et neigeux faisant office de sol, poussaient mystérieusement de nombreux arbres au feuillage d’azur, un spectacle irréel qu’on ne pouvait observer ailleurs que dans le monde onirique.
Un vent frais et régulier agitait branches, cheveux et vêtements, mais la brume qui envahissait cette terre n’en tenait pas compte, restant parfaitement immobile en l’encontre des lois naturelles, qui n’avaient aucun poids ici.
Même si la scène était hivernale, la température restait supportable, et même agréable. De légers flocons cristallins virevoltaient avec paresse dans les airs, ignorant eux aussi le souffle de la nature. Ma main tendue pour en attraper quelques uns, je les fixais me traverser sans même les ressentir, continuant leur lente et inévitable chute.  

En observant plus en détail la forêt, mes yeux de dessinatrice, avides de détails, remarquèrent quelque chose : Les arbres étaient rangés. A premier coup d’œil ils semblaient désorganisés et sauvages, mais en traçant des lignes dans mon esprit je pouvais clairement observer des différences : Plus ils étaient proches d’ici, plus ils étaient jeunes. Au pied de la montagne d’où j’observais ce lieu, se trouvaient principalement des arbustes et des jeunes pousses. Alors qu’au loin, de l’autre côté de l’île, on voyait de grands et anciens chênes toisant les plantes d’envergure plus faible.  
D’ici, cela se voyait à peine, mais on voyait également un chemin tracé au cœur des bois, une ligne droite qui démarrait du pied de la montagne et se dirigeait à l’autre bout de l’île, disparaissant derrière l’épaisse végétation qui s’y trouvait.

Je restais bouche bée. La scène était si époustouflante !...

« C’est impressionnant, non ? On s’y est habitués à la longue, mais ça nous a fait le même effet la première fois ! Enfin, il n’y avait même pas de mer autour. On se sentait plutôt comme dans l’unique et étrange oasis d’un désert de glace aux dimensions incertaines, mais les plaques autour se sont fissurées avec le temps. »


L’eau et la glace. Deux thèmes récurent dans mes songes, représentant respectivement « mon pouvoir » et « ce qui fût scellé ». Le style de magie occidental qui m’avait été enseigné faisait la différence entre ces deux éléments : Manier l’un ne signifiait pas manier l’autre, quand bien même il s’agissait de la même chose d’un point de vue physique. Je savais manier l’eau… mais elle m’était inaccessible une fois sous forme de glace. Ce n’était pas par hasard que ce monde employait de telles images.
Pour exprimer des idées, notre inconscient leur donne l’apparence de choses que l’on peut comprendre, qui ont du sens à nos yeux. C’est la magie des rêves, de représenter ce qui ne peut normalement pas l’être !

« Viens ! On descend par là. » Dit-elle en me montrant un chemin sinueux taillé dans la pierre, qui entourait la montagne. D’ailleurs, en l’observant de plus près, cela ressemblait bien plus à un grand pilier de roche qu’à une montagne… et ce chemin, à un grand escalier en colimaçon, externe.  Nous ne tardâmes pas à l’emprunter.

« K-Kaameli, où est la tour ?...
-Complètement à l’autre bout ! Le chemin au milieu des arbres y mène, mais on ne le voit pas à cause de la végétation. Il faut bien une demi-heure de marche pour l’atteindre, ce n’est pas la porte à côté. »

J’hochais la tête.



« Enfin, ce n’est pas comme s’il y avait autre chose de toute façon. »

Une simple phrase, innocente, qui en disait long sur l’ennui et la lassitude qu’ils devaient subir à la longue. J’imaginais qu’ils devaient avoir eu assez de temps pour explorer chaque recoin de l’île, et peut-être même ce qu’il y avait autour lorsque c’était encore accessible.
Nous arrivâmes en bas du pilier, dans une petite plaine neigeuse. Quelques plantes s’échappaient timidement de la poudre, dont on devinait une petite graine bleutée au bout.

« Depuis que nous sommes ici, cet endroit a un peu changé. Comme tu le sais déjà, la glace tout autour a fondu pour devenir une mer, mais pas seulement. L’île aussi s’est vue modifiée. La forêt s’est élargie au fil du temps, comme si l’espace même grandissait, c’est incroyable ! Les arbres ont un peu vieillis, et de plus jeunes plantes sont apparues. J’ai mesuré, le tout, cet endroit gagne environs dix mètres par an.
-Qu’est ce que ç-ça peut signifier ?
-Hum… J’ai une théorie là-dessus, mais j’ai besoin de toi pour la vérifier.
-D-de moi ?
-Oui ! » Répondit-elle avec un grand sourire.  Je lui rendis : Avoir quelqu’un pour l’aider dans ses recherches devait lui faire plaisir, et puis j’étais curieuse de savoir de quoi il retournait !

« A-alors, que dois-je faire ?
-Pour l’instant, rien du tout. Marchons vers la tour, je te dirais ! »




Il ne fallu que quelques pas  pour atteindre l’orée de la forêt, laissant nos empruntes sur le sol neigeux. Et dès alors, un phénomène étrange me frappa :

« Kaameli, r-regarde !... » Dis-je en pointant du doigt nos traces de pas qui commençaient déjà à s’effacer, ne prenant que quelques secondes pour disparaître entièrement et remettre le chemin intact.

« Oui, les choses reviennent toujours à la normale, peu importe ce que l’on fait. Mais au début, nous n’avions pas le temps de nous retourner que nos pas avaient déjà disparus ! Depuis que la porte se fragilise, ce phénomène ralentit. Ce doit être une sécurité du sceau, pour éviter que quelqu’un ne cherche à le modifier. »

Approuvant l’idée de la mage, nous reprîmes notre route. Lorsque je mis les pieds dans la forêt, la brume qui enveloppait les arbres commença à se dissiper, et plus nous progressions plus elle s’éloignait, ce qui surprit Kaameli :

« Oh, elle n’a jamais fait ça avant ! On dirait que ce monde te reconnaît, Tsira. »

J’observais le brouillard se disperser en spirale, révélant toute la beauté de la végétation anormale qui nous entourait. Mon regard se posa particulièrement sur les feuillages couleur océan, qui maintenant que je les voyais d’aussi près, semblaient parcourues par de singulières tâches de couleur se mouvant à l’intérieur, créant des formes variées, comme si on les observait à  travers d’un écran.

« Q-qu’est ce que c’est ?...
-Le point central de ma théorie.
-A-ah ? »

Nous étions enfoncés aux trois quarts de la forêt. En me remémorant la disposition des arbres, je savais qu’il y avait encore une« zone » avant de la traverser, ce qui signifiait que nous étions quasiment aux végétaux les plus âgés. Kaameli me montra une branche assez basse pour être attrapée depuis le sol :

« Peux-tu attraper les feuilles, s’il te plaît ? »

Curieuse de savoir où elle voulait en venir, je m’exécutais sans question. Délicatement, ayant peur de froisser la plante, je vins caresser du bout des doigts le feuillage.
Et mon esprit se vida instantanément.

« !... »
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MessageSujet: Re: ύπνος [solo]   Ven 28 Oct - 21:23

 
 
 Il faisait nuit. Sur un grand balcon de marbre bleu, surplombant ville et campagne, deux jeunes filles observaient le va –et-vient des vagues,  seul son venant perturber le calme nocturne. Sur cette terrasse se trouvaient quelques traces de neige, les restes d’un jeu que la petite famille royale avait partagé durant l’après-midi.
Puis soudain, la plus jeune prit la parole :
 
« C’est nul que tu puisses pas être l’héritière parce que tu n’as pas notre sang. » dit-elle d’un ton enfantin et boudeur.
 
La plus âgée, aux cheveux violets, ne répondait pas. Ses yeux étaient rivés sur l’eau, son esprit partiellement dans un autre monde, même si elle entendait les mots de sa sœur elle ne les comprenait que partiellement.
Mais la cadette avait l’habitude, le côté taciturne de sa sœur ne l’étonnait plus. Cela ne voulait pas dire qu’elle l’acceptait, mais au moins ce n’était plus une surprise gênante.  Alors elle n’attendit pas une réaction pour agir.
 
Sortant un petit couteau préalablement volé en cuisine de sa poche, elle vint doucement attraper le bras de l’autre princesse, qui tourna doucement sa tête vers Adamia. Se procéda alors un étrange mais surtout téméraire rituel, durant lequel la plus jeune sœur colla sa main avec celle de Tsira, et entailla légèrement les deux poignets. Quelques gouttelettes de sang coulèrent lentement de chacune des petites blessures, et la princesse faisait bouger les bras afin qu’elles glissent toujours dans la plaie de l’autre.
 
Un échange de fluide, sans aucune connaissance ni en médecine ni en occultisme. Bien sûr, c’était un acte déraisonné. Mais Adamia se souciait bien plus de sa grande sœur que des règles, et elle n’eût aucunement besoin de magie pour créer ce qui était cher à son cœur : Un véritable lien de sang avec son ainée.





 
Retrouvant soudain le fil de mes pensées, le choc me fit basculer en arrière, rattrapée in-extremis par la mage-féline.
 
« K-Kaameli, c’est…c-c’était un souvenir ?
-Je ne sais pas. C’est l’impression que tu as eue ? »
 
La sensation avait été différente d’un rêve.  Ce n’était pas vraiment irréel, ni même onirique, et puis… quelque part, c’était comme si j’avais déjà vécu ce moment. Très, très profondément en moi, j’en étais même persuadée.
Mais en même temps, quelque chose m’empêchait de l’affirmer avec certitude.
 
« J-je crois, mais… j-je ne sais pas vraiment.
-Pour ma part j’en suis persuadée ! annonça-t-elle avec confiance, ce qui ne manqua pas de me surprendre.
-A-ah bon ?
-Oui. Nous sommes dans ton esprit, Tsira. Ou pour être plus précise, dans l’emplacement de ton esprit où se situe le sceau.
-L-le sceau ?...
Elle hocha la tête.
-Noora a aussi effacé ta mémoire afin que tu puisses recommencer une vie. Mais en vérité, elle ne l’a pas « effacée »,  mais plutôt « bloquée ». Ces souvenirs sont toujours en toi, tu n’y as juste plus accès. 
-M-mais alors, cette forêt… c’est ma mémoire ? »
 
En entendant mes paroles, un sourire fier s’afficha sur son visage :
 
« Oui !  Ce sont tes archives personnelles. Elles sont stockées ici, plongées dans le sommeil en attendant le jour où elles pourront s’écouler dans le reste de ton esprit. Cela arrive parfois naturellement néanmoins, surtout dans tes songes ! Ils doivent puiser leur inspiration en ce lieu.

 
Mes songes ?...
 
-A-attend, ça veut dire que nous… nous ne sommes pas dans un rêve ? »


A ma question, la mage se montra surprise. Un peu comme si je venais de dire une chose bête, questionner quelque chose de pourtant évident !
 
« Excuse-moi, je croyais que tu étais au courant... Non, nous sommes littéralement dans ton esprit, ton univers intérieur. Tu es quelque part entre le sommeil et l’éveil, et l’affaiblissement du sceau fait que parfois, ta conscience chute ici. Dans les coulisses du spectacle que t’offre le monde onirique. Mais ce n’est pas véritablement un rêve.
-M-mais, comment peux-tu en être sûre ? C’est vrai que c’est étrange que je p-puisse vous voir tous les trois, mais mes rêves ont toujours été étranges. Et ce décor est si irréel… C-c’est la même sensation que lors de mes songes !
-C’est vrai. Mais il y a une différence majeure. Une différence qui fait que je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que tu n’es pas en train de rêver. »
 
Kaameli s’approcha ensuite de moi, d’un pas agile, et posa son index fin sur la base de mon cou.
 
« Ta voix… elle n’a pas la même couleur. »
 
Mes pupilles s’agrandirent.
Elle avait raison. Dans le monde onirique, le sceau me confiait une voix. La parole de mon âme, qui ne pouvait mentir ni refuser de s’exprimer. Peut-être était-ce un moyen de lutter contre le mutisme dont j’avais fait preuve, en tant que Maevea ?
C’était pour ça que Kiara, Kaameli et Seren s’étaient montrés si surpris de m’entendre parler, lorsque je m’étais éveillée ici la dernière fois. Pour eux, c’était la première  fois que ma véritable voix parvenait à leurs oreilles, celle contrôlée par ma volonté et non par magie.
 
« J-je suis si bête, v-vous avez dû remarquer ça d-dès le premier instant…T-tu dois vraiment être super-intelligente p-pour comprendre ça aussi r-rapidement !  E-et moi qui avais bêtement cru que c’était juste un rêve spécial…»
 
Je la sentis gênée et flattée par mon compliment, mais il était sincère !
 
« En fait, quand tu ne dors pas, nous existons ici. Ce n’était pas très difficile de comprendre que ce n’était pas le monde onirique. Mais tu ne pouvais pas faire la différence ! Tu n’es pas si bête, ayant compris toute seule la théorie que j’ai développée en plusieurs mois.
-M-mais c’était facile, comme j’ai pu voir le souvenir…
-Oui, tu avais cet avantage, mais ce n’est pas parce que tu as été aidée que tu n’as aucun mérite. Même l’être le plus indépendant et solitaire ne peut prétendre tout savoir ou tout comprendre de lui-même, ou alors c’est le roi des menteurs !
-Ah ?... 
-Discutons en marchant ! Ce serait dommage que tu ne t’éveilles sans voir ce pourquoi nous sommes venues.  »
 
Continuant sur le chemin unique, je réfléchissais. A parler comme ça avec Kaameli, le personnage de la « voix violette » devenait de plus en plus clair. Le Guide, le Professeur, celle qui éclaire la voie. De son vivant, ce devait être une institutrice ou quelque chose du genre ! Cette question me rendit d’ailleurs curieuse, et je ne tardais pas à lui poser, alors que nous nous enfonçâmes dans la plus épaisse des végétations :
 
« A-au fait, q-que faisais-tu, à Zéphyria ?... Tu étais professeur, n-non ? » Tentais-je.
 
« Perdu ! Mais rassure-toi, tu n’es pas loin. J’ai vécu quasiment toute ma vie au palais de Zéphyria, mais ma dernière occupation en date est le titre officiel de Mage de la Cour ! Ce qui consiste principalement à conseiller la reine sur des phénomènes mystiques, et éviter qu’une jeune étudiante un peu farfelue ne fasse sauter toute la ville.
-Wah ! Ç-ça devait être génial à faire ! »
 
J’aimais beaucoup les rôles de mage-conseiller, dans les histoires. Ils sont souvent très mystérieux, ils aident les gens à résoudre leurs problèmes, et ils connaissent plein de choses aussi !
 
« E-et avant, qu’est ce que tu faisais ? T-tu as étudié la magie dans une école ?
-Non, j’ai appris toute seule avec la bibliothèque du palais, quand j’avais le temps.
-C-ce doit être super d’être a-autonome…
-C’est un atout ! Heureusement d’ailleurs, car du temps, je n’en avais pas beaucoup, en tant qu’esclave. »

J’arrêtais ma marche.
 
« E-esclave ?... »
 
Elle se stoppa aussi, me regardant, surprise :
 
« C’est ce que j’ai dit, oui ! Il n’y en a pas sur Terre ? 
-C-ce n’est pas ça… m-mais c’est juste que j-je ne m’y attendais pas… »
 
Je détestais l’esclavagisme. Le simple fait de savoir que l’on pouvait ôter ainsi tous ses droits à un être humain me…oui, me répugnais ! Je ne haïssais pas grand-chose, ou je m’y efforçais en tout cas, mais là c’était juste plus fort que moi ! Et savoir que Zéphyria le pratiquait…
 
« Dans le monde magique, c’est très fréquent. » M’expliqua-t-elle, comme ayant lu mes pensées.
-M-mais c’est horrible ! 
-C’est une question de point de vue. Le commerce d’esclave est un pilier important de l’économie mondiale. Et ce n’est pas si horrible qu’on le pense, ils ont des droits malgré tout !
-E-et tout le monde les respecte vraiment ?...
 
Un sourire désolé accompagna sa réponse.
 
-En théorie. Mais dans les pays isolés, la surveillance n’est pas toujours aussi stricte. »
 
Cela me révoltait. Ça ne devrait même pas exister !
 
-J-je suis si désolée p-pour toi…
-Tu n’as pas à l’être. Zéphyria ne m’a jamais maltraitée. En plus, si je ne l’étais pas devenue, ma vie aurait probablement été bien pire.
-A-ah bon ?
-Ma famille n’avait pas assez d’argent pour que chacun puisse se nourrir. Alors j’ai été vendue, et rachetée par le palais royal. Après plusieurs années de service, on m’a libérée de mon statut, et je me suis réengagée en tant que servante officielle, avant de devenir mage de la cour. »
 
Son explication me laissa dubitative. J’imaginais que dans son cas, et au sein d’une communauté respectueuse, Kaameli devait avoir raison sur le fait que ce n’était pas une vie si horrible. Néanmoins, on ne m’enlèverait pas de la tête que l’esclavagisme ne devrait pas exister. C’est tout !
 
Plongée dans mes pensées, je captais du coin du regard un sourire emplis de fierté.  Kaameli était heureuse de ce débat ?... Encore une fois, elle sembla lire dans mes pensées :
 
« Tu as tes propres idéaux, et la force de les défendre. C’est quelque chose que tu n’avais pas, de mon vivant. Tu démontres une force de volonté bien plus grande, ça fait plaisir à voir ! » m’expliqua-t-elle.
 
Après tout, c’était dans cet espoir que j’avais été scellée. Que mon caractère devienne assez fort pour ne pas être écrasé par la puissance de Maevea.  Etre capable d’avoir mes propres buts, de m’y accrocher peu importe ce qu’il se passait, était une force ?...
La volonté de retourner chez moi, était en effet la seule chose qui me permettait encore d’avancer. Tant que cet espoir subsisterait, aussi mince soit-il, je trouvais l’énergie d’aller de l’avant vers cette lumière, encaissant de mon mieux ce que ce monde m’infligeait. Mais il y avait malgré tout une limite à mon esprit…
Je ne pourrais pas supporter éternellement Kosaten.
 
« Nous y sommes ! » Entendis-je soudain.


 
La Tour. Dès le premier regard, je compris qu’il s’agissait d’un surnom à ce qui se trouvait devant mes yeux, pas d’un véritable bâtiment. Il n’y avait pas de pierre ou de construction. Seul sur une petite île située juste à côté de l’île principale, surplombant tout le reste de la forêt, se trouvait devant moi l’arbre le plus gigantesque qu’il m’ait été permis d’observer. En taille et en largueur, il surclassait même l’Arbre-Monde ! Un tronc gris/blanc d’au moins vingt mètres de large, et plusieurs centaines de haut, un véritable Roi sylvestre et solitaire que rien n’égalait.
 
 
D’ici, ses pétales bleus semblaient scintiller comme de grandes étoiles au cœur de la nuit, et le nombre de branches et sous-branches était à couper le souffle…  quels genres de souvenirs pouvaient être enfouis à l’intérieur ? A quel point étaient-ils anciens ? Cependant, impossible de les atteindre normalement, avec leur hauteur !
 
Mais un fait particulièrement marquant se trouvait au niveau du sol. Encastré au cœur du tronc même, une grande porte de pierre défiait tout bon sens. Je plissais les yeux, inclinais ma tête à droite et à gauche, mais rien n’y faisait. Comme lorsque l’on voit du bleu/vert, on ne peut se concentrer sur une couleur sans apercevoir l’autre, il semblait impossible d’observer l’inclinaison de la porte. Était-ce une entrée vers l’intérieur de l’arbre ou une trappe vers l’intérieur du sol ? Étrangement, et aussi dur à expliquer que ça puisse paraître, c’est comme ça qu’elle m’apparaissait !
 
Et devant, assise en tailleurs sur le grand pont de gel menant à la Tour, une femme que je ne saurais méconnaître surveillait.
 
« Mère ! » 
 
Courant pour la rejoindre, je faillis trébucher plus d’une fois à cause du sol glissant, et elle me rattrapa même in-extremis alors que mon équilibra flancha à quelques mètres de l’arrivée, me prenant dans ses bras.
 
« Bonjour, Tsira. » prononça-t-elle d’une voix emplie de douceur, comme la dernière fois.
 
« Vous m’avez manquée… » murmurais-je, mon regard rivé sur la porte.  Je sentis Kiara hocher doucement la tête, silencieuse.
 
Mais mes yeux ne pouvaient quitter l’accès de pierre.  Quelque chose d’étrange  s’en dégageait. Ce n’était pas seulement l’hésitation sur son orientation, mais… autre chose. D’apparence, elle n’avait pourtant rien d’autre de spécial. Une double-porte sans poignée, haute de cinq mètres et large de trois, sans décoration particulière ou signe distinctif, comme l’entrée d’une sorte de donjon.
La stupéfaction se transforma alors en peur.
 
 
« M-mère… » Prononçais-je, tremblotante, resserrant mon étreinte, seulement pour constater qu’elle ne se trouvait plus dans mes bras. J’étais seule. Face à cette porte. Le reste du monde semblait disparaître, s’éteindre, plongeant dans les ténèbres.
 
Et je compris. Ce n’était pas la porte qui avait cette influence, mais quelque chose se trouvant de l’autre côté. Et ce quelque chose m’appelait. Un seul mot était prononcé, et répété, et son écho parvint à à mes oreilles alors que le glas du réveil approchait…
 
« αμι ? »
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