Partagez | .
Le village de Murakokkyou
Messages : 100
Yens : 190
Date d'inscription : 21/02/2018
Localisation : au dessus de ton âme...

Progression
Niveau: 3
Nombre de topic terminé: 1
Exp:
2/6  (2/6)
avatar
Ai Enma ¤ Inconnue ¤

-



MessageSujet: Le village de Murakokkyou   Mer 16 Mai - 17:56




Le village de Murakokkyou. (Part one)

(lit. village frontière 村 国境)

Solo (en cours).





Arrivée en terre du royaume de Fuyu.


Ai avançait toujours sur le sentier serpentant le long des montagnes. Et après plusieurs jours de marche, les cimes du massif se firent plus modestes et laissèrent place à de hautes collines aux flans escarpés. Une herbe tendre et grasse recouvrait mollement l'ensemble du paysage, luisante d'eau en ce matin de printemps. Quelques bouleaux essaimés venaient tacher de blanc la verte lande tandis que des massifs de bruyère apportaient une touche de mauve vif à l'ensemble de la composition. Longeant le sentier, des buissons de myrtille exhibaient de généreuses grappes portant de délicates clochettes blanches. Un vent frais courrait sur le paysage, agitant herbes et buissons, faisant tournoyer d’évanescent nuages jaunâtres de pollen arraché aux lourds chatons des bouleaux. Et hormis le léger bruissement de cette brise, nul autre son ne venait troubler la quiétude de ces lieux. Ai repensait au léger vent qui agitait doucement les massifs de lycoris chez elle, autrefois. Mais il était plus doux, plus chaud, familier et rassurant. Alors que celui-ci était vif, piquant et en rien rassurant dans ce monde inconnu. Mais elle fut tirée de ses mornes pensées par le chahut d'un torrent en contre-bas. Tout comme elle, lui aussi venait des hautes montagnes de Minshu et poursuivait sa course effrénée dans la plaine en contre bas. Légèrement contrariée par ce dérangement inopiné, ai pu voir qu'un village s'étendait dans la vallée plus bas. Au delà, une immense forêt. Encaissé entre les collines à l'est d'une part, et d'une large étendue sylvestre à l'ouest de l'autre, une route assez importante le traversait dans la direction du nord nord-est.




Descendant prudemment l'escarpement, ai fit face au tumultueux torrent. Elle chercha un gué pour pouvoir le traverser mais n'en trouva point. Regardant alentour, elle ne vit rien qui lui permette de le franchir en toute sécurité. Sa surface agitée, tels les bris d'un miroir, reflétait les éclats du soleil, ce qui lui empêchait de jauger sa profondeur. Elle décida donc de le longer en aval afin de se rapprocher du village. A quelques centaines de mètres de là, un bosquet d'épicéas masquait l'impétueux cours d'eau. De larges dalles de schiste noir perçaient tels de sournois écueils les larges étendues vertes d'herbes. Un grondement sourd allez crescendo au fur et à mesure qu'elle se rapprochait du bosquet. A n'en pas douter, celui-ci cachait aux regards une cataracte. Franchissant le mur de sapins, ai pu constater qu'il s'agissait bien d'une petite cascade et qu'un peu plus loin, des rochers formaient un guet. Trop éloignée pour en être certaine, elle crue apercevoir un embarcation faite de bois sombre. Mais au travers de la végétation, des formes apparaissaient puis disparaissaient dans l'ombre et la lumière. Elle remarqua un sentier qui descendait le long de la chute d'eau entre broussailles et ronces, et décida de l'emprunter. La déclivité du terrain, le chemin d'argile détrempé et chaussée d'une paire de mocassins, ai se rendit compte rapidement du coté hasardeux de cette descente. Lentement et prudemment, se raccrochant parfois à des racines aériennes, elle finit par atteindre la petite anse d'eau dans laquelle se jetait la
cascade. Elle leva les yeux et contempla un moment l'eau qui dévalait d'une cinquantaine de mètres plus haut. Le son produit par l'eau était agréable et légèrement rauque car au lieu de tomber directement de toute sa hauteur, elle dégringolait en de larges paliers sur les roches luisantes et noires. Cherchant un arc en ciel, ai n'en vit point, le soleil se trouvait encore trop bas dans le ciel bleu vif de cette matinée. Une construction en  bois gris, blanchit par l'eau, courrait le long de la paroi. Elle devait avoir pour fonction d'apporter de l'eau quelque part, ou bien d'irriguer des cultures. Mais en de nombreux endroits, des planches manquaient et l'aqueduc tombé en désuétude ne devait plus servir depuis fort longtemps. Sur sa gauche elle vit le gué qui lui permettrait de traverser le torrent à pied sec. Un peu plus loin, une embarcation assez large à fond plat attendait. Le bac à traille était attaché par un anneau de bronze totalement verdit par l'oxydation, à une corde usée traversant la rivière. Elle pu la voir solidement nouée au tronc d'un épicéa situé en face sur la berge. Ramenant son regard vers la cascade, ai eu la surprise de découvrir un petite maison bâtie le long du flanc de colline où se trouvait le sentier qu'elle avait descendue précédemment. Devant l'unique porte était attaché un âne aux longs poils gris clair. Et sur le seuil, de nombreux seaux étaient empilés avec plus ou moins de soin. Tout de bois fait, certains montraient une couleur plus ou moins foncée en fonction de leur ancienneté et de leur usure. Quand à la maison, elle aussi était faite de planches de bois blanc. Un seule petite fenêtre surplombait la porte. Et si ai ne l'avait pas remarquée plus tôt, c'est que sa toiture se trouvait d'être recouverte de végétation. Mousses et herbes y poussaient en toute liberté. Elle trouva cela bien étrange quand même. Fixant l'incongrue couverture végétale, elle sursauta en entendant qu'on la hélait de la porte qui venait de s'entrouvrir.



La maison d'Ichika le porteur d'eau.


Dans le chambranle de la porte se trouvait un homme d'une imposante stature, tant et si bien qu'il devait pencher son buste vers l'avant pour y tenir. Une main large et robuste tenait fermement le linteau de bois. Son visage carré, taillé à la serpe, sans sourire, semblait d'humeur taciturne. Ses cheveux courts, en brosses étaient poivre et sel. Il portait une longue chemise de laine brune serrée à la taille par une large ceinture de cuir fermée par une boucle de bronze sans décoration. Pour protéger sa chemise, il avait revêtu un cyclas de chanvre assez grossier de couleur paille. Ses braies étaient terre de sienne, légèrement usées aux genoux. De larges chausses de cuir ocre venaient de finir l'habillage de ce personnage peu avenant. D'une voix grave et puissante, il s'adressa à ai:


- "Et toi ! C'que tu fou par là ? Viens donc par ici qu'j'te vois mieux."

Ai ne pu s'empêcher de penser:
/* Quel rustre ! */

Doucement, ai s'approcha de l'homme et se posta à un mètre de lui. Pour le regarder droit dans les yeux, elle due incliner la tête car il la dépassait bien de deux têtes et encore il était légèrement penché. Elle fixa ses grands yeux cramoisis dans ceux, petits et bleu gris, de l'homme. En la regardant, il fronça outrageusement ses sourcils. Elle pu remarquer que l'homme avait la peau tannée et légèrement brunit par un travail au contact de la nature. Sous ses vêtements, elle pu deviner un corps sculpté par l'effort. Et d'une voix plus mesurée, il reprit:

- "Hou-là, t'es pas par d'chez nous, toi. T'es tombée d'la lune ma parole. Mouais... Ch'ais pas si ta venue présage de qu'eque chose de bon... Ben, reste pas la plantée comme une gourde ! j'vais pas t'croquer même avec c'te chière de linceul. M'fait froid dans l'dos, parbleu."

/* Butor ! */

- "Allez, rentre que diable. Mouais, en parlant du diable... fr'ai mieux d'la fermer. Sûre."

Sans se détourner, il rentra dans la minuscule maison, laissant le passage à ai. Après une très brève réflexion, elle rentra à sa suite.


Franchissant le seuil, ai fut légèrement étourdie par l'odeur lourde et âcre que dégageait une lampe à huile pendue au plafond relativement bas. Une plaque de cuivre luisante et tachée de suif servait d’abat-jour, réfléchissant des touches rougeoyantes projetées dans la pièce. Dans son dos, la petite lucarne peinait à disperser la pénombre ambiante. Au centre de la pièce trônait un vieux poêle en fonte auquel était raccordé un tuyau fait d'argile suspendu aux poutres. Dessus le poêle, une théière en fonte elle aussi. Près du mur accolé au chemin qu'avait emprunté ai, un petit meuble de bois blanc avec portes et tiroirs sur lequel traînaient quelques bols en grès et des ustensiles de cuisines. Au fond, un matelas usé et quelques épaisses couvertures étaient pliées avec soin. Le planché était de bois brut. Même si la pièce était mal éclairée, ai pu voir qu'elle était bien entretenue. Et que malgré tout, son propriétaire, sous son air frustre, était quand même soigné et ordonné. Ai se demanda comment une personne aussi imposante pouvait vivre dans un si petit espace. Sans lui dire un mot, il lui fit un geste de la main pour qu'elle s'assied à même le sol. Ai regarda le sol un bref instant et n’eut pas le temps de s’asseoir qu'il lui tendit un carré de bure. D'une voix grave et retenue qui surprit ai:

-"Désolé, j'ai pas trop l'habitude de recevoir. Surtout des d'moiselles... L'thé sera bientôt chaud."

Seul le bruit sourd de la cascade se faisait entendre maintenant. L'atmosphère qui régnait dans la pièce était paisible, tout comme cette force de la nature qui avait contrarié ai par ses manières peu diligentes. Ai n'y pensa plus et s'assie en tailleur sur le sol. Elle posa délicatement son livre sur ses genoux et plongea son regard au travers de la grille du poêle pour y fixer l'intensité des braises incandescentes. Une lourde chape de tristesse s'abattit brutalement sur ai. Ses yeux s'assombrirent et ses mains tombèrent mollement sur son ouvrage comme si toute vitalité s'était subitement évaporée de son corps. Toute la plénitude de ce moment envollée. Sa tête se pencha lourdement vers le sol, ses long cheveux noirs cachèrent son visage, ses épaules s'affaissèrent. Et ce qu'elle regardait n'appartenait pas à ce monde.


/* Wanyudo, mon fidèle compagnon, comme tu me manques... Roue de flammes toujours à mes cotés, que deviens-tu ? Transportes-tu une autre fille des enfers maintenant ? Ou bien le maître des enfers t'as t-il réservé un sort bien moins enviable ?
Mais hélas je crois bien que jamais plus nous nous reverrons. Et dire que je n'ai même pas eu l'occasion de te faire mes adieux, ni même de te dire comment tu as rendu mon existence moins pénible, ma tâche moins pesante. Toi, grand-mère, One Hona, Rin... Si vous saviez à quel point vous me manquez, à quel point je suis perdue ! Cet endroit est pire que l'enfer... Damnée je l'ai toujours été, damnée, je le serai toujours... C'est sans appel...
Il ne me reste plus que cette vie, et de cette vie, je n'en veux pas ! */



Ai tressaillit en sentant une main se poser sur son épaule. Vivement elle détourna sa tête et fixa des ses yeux écarlates le visage du colosse à quelques dizaines de centimètre du sien. Elle se mit à serrer très fort son livre tout contre sa poitrine. D’instinct, l'homme retira sa main et une légère frayeur passa sur son visage bourru. Immédiatement, il recula d'un pas puis se ressaisi et retrouva toute sa contenance. En se dirigeant vers le poêle, il pris deux bols de grès gris clair et les remplis avec précaution, de thé bouillant. Puis il s ‘assit en tailleur en face d’ai et lui en tendit un. Avec un ton qui se voulu aimable il s'adressa de nouveau à ai:

- "J’mexcuse, voulait pas vous faire peur. Mais vous aviez l’air si peiné… Alors… Voilà…
Z’avez pas pipé mot depuis que vous êtes ici. Bon, moi c’est ichika et je suis porteur d’eau de profession."

Il bomba le torse comme pour donner toute l’importance de sa tâche et posa sa large main sur sa poitrine musclée.
- "C’est moi qui ravitaille en eau tout le village de Murakokkyou ! Voyez la travail ! Ici, c’est un peu comme ma résidence d’été. C’est plus pratique, mais en hivers, je redescends vivre dans ma petite maison en contre bas. Elle est plus chaude. Car, par d’chez nous les hivers sont rudes.
Tout comme moi !
s’exclama t-il. Et pour la première fois, son visage se fendit d'un large sourire.

Seul le grondement sourd de la cascade faisait écho au silence qui venait de s'installer dans la petite cabane. Quelque peu gêné par l’absence de loquacité d'ai, il entreprit de boire son thé bouillant à grand bruit, le regard plongé dans sa tasse. Ai le regardait avec un soupons de curiosité. Puis elle aussi prit sa tasse et se mis à boire le breuvage dans le plus grand silence. Baissant la tête sur sa tasse, de sa voix grave et douce:


- "Ai enma. je m'appelle ai enma."


Son visage devint plus triste qu'à l'accoutumé. Ses grand yeux se refermèrent et elle serra très fort dans ses mains douces et blanches, le grès rugueux et brûlant. Le thé était âpre. Des images étaient venues la hanter à l'évocation de son nom. Images qui aujourd’hui étaient devenues des souvenirs par un étrange ironie du sort. Combien de personnes connaissaient son nom ? Seules celles qui avaient conclu un pacte avec elle pouvait le connaître et dont les âmes étaient de facto maudite. Aucun échappatoire n'était possible, elles étaient destinées aux enfers. Et voilà que maintenant, ai se retrouvait à prononcer son nom, synonyme de malédiction, sans qu'il ait, à suivre, de funestes conséquences. Cela la déroutait au plus au point. Elle avait perdu en l'espace d'un très court temps tout ses repères. Elle essaya vainement de chasser ces idées noires. Mais son âme était de nouveau au prise avec une obsédante nostalgie. Voulant rompre ce maléfice, elle tourna son regard vers ichika. Ce dernier semblait l'avoir observée depuis un certain temps, déjà. Son regard perçant posé sur elle. Il lui grimaça un sourire maladroit et ne répondit que par un simple:

- "Ah !"


Rapidement, ichika se rasséréna et son visage reprit toute son austérité. Plissant ses yeux, d'une voix calme et posée, il demanda à ai:

 -"J'peux voir tes mains ? Hein ? Enfin, s'tu veux bien, sûre. Mais..."

Ichika n'eut pas le temps de continuer sa phrase, que déjà ai s’exécutait sans vraiment trop savoir, d’ailleurs, le pourquoi. Elle lui présenta ses deux mains, délicatement dessinées, blanches comme les fleurs de l'aubépine et ourlée du satin délicat des pétales de l'églantine sauvage. Il esquissa un mouvement pour les prendre dans les siennes, mais rapidement se ravisa. Serait-ce due à l'étrange nature de cette jeune personne ou bien trouvait-il cela inconvenant en ces circonstances, il senti d’instinct que son geste serait déplacé. Scrutant ces mains avec minutie, ai les retourna pour en monter la paume. Une fois l'examen attentif fini, ichika se frotta le menton et leva son visage vers la charpente du toi. Son visage exprimait toute la réflexion que nécessitait la gravité du moment. Puis, tournant la tête vers ai, son regard passa rapidement sur le livre qu'elle avait posé délicatement sur ses genoux. Sans ambage, il poursuivit:


- "Faut pas être grand clerc pour voir que ses mains sont jamais passées par les champs ! Sont restées à la lumière des chandelles ! Mouais... Plus est, tu sais lire, hein ?"
Sans attendre la réponse, il continua:
- "Bon, ben moi, j'connais quelqu’un qui pourrait p'tête bien être intéresser... En, tout bien tout honneur, hein ! s'la va sans dire ! Sûre ! L'est lettré lui aussi, le vieux, morbleu !"

Penchant son large buste vers ai, posant ses deux grandes mains sur ses genoux, son visage se fit sérieux. Il jeta un furtif coup d’œil de gauche à droite comme pour voir si personne ne les épiait. Et d'une voix basse, de celle que l'on utilise lors des confidences, il reprit:

- "Bon ben moi, des tombés d'la lune, j'en ai jamais vu. Et t'es la toute première. Mais, j'connais bien quelqu'un qui pourrait t'aider. On l'appel le greffier, mais en fait c'est le notaire du village. Lui, il en a déjà connu, à s'qui dit. Mais, chut ! L'est notaire mais aussi sert d'avocat et d'aute trucs du genre. Tu vois quoi. Mais revenons à notre affaire. Il s'appelle Makomori. Vit dans une belle demeure dans l'centre de bourg, c'est qu'il a plein pognon l'bougre ! Pi sait tout sur tout le monde, mais jamais dit rien. Une vrai tombe que celui là. Mais bon, v'la que j'm'égare encore. Heu, si tu veux, j'peux t'monter la route. J'commence pas avant un bon moment mon travail, car tu vois, à la belle saison, j'me fais aider par des gosses du village. S'la leur évite les corvée d'chez eux, ils me donnent un coup de main pour le transport de l'eau et y peuvent en profiter pour aller jouer dans la cascade. Enfin, quand l'boulot est fini, hein ? C'est d'gentil gosses ma foi, par méchant pour deux sous. Et p'y moi, s'a m'repose un peu. Alors, bon. Mais, heu, revenons à nos affaires. T'as qu'a m'suivre, j'vais monter l'chemin et faire un bout avec toi. S'i m'voyait les autres, accompagné d'une belle demoiselle ! Les yeux qui f'raient pas ! Bon, suis moi."


Accompagnant du geste, sa parole, ichika se leva prestement, ouvrit la porte et sorti tout de go. Ai, quand à elle, se leva doucement, prit son livre qu'elle serra délicatement sur sa poitrine et se mit à suivre ichika qui déjà allait bon pas. Elle ne fit pas mine d’accélérer sa marche et rapidement, il s’aperçut qu'elle se trouvait loin à la traîne. Il voulu l'invectiver pour qu'elle presse le pas, mais se retint. Il se détourna et grommela quelque peu contrarié. Quand ai arriva à sa hauteur, ils reprirent leur chemin, mais plus lentement cette fois.



Chemin faisant, ils sortirent du bosquet sous le ciel clair et pâle de cette matinée ensoleillée. Le sentier descendait de la colline en direction du torrent et semblait le suivre. Quelques centaines de mètres plus bas, un gué permettait de traverser le cours d'eau à pied sec. Un autre chemin, venant plus haut de collines escarpées, le rejoignait devant le gué. De profondes et anciennes ornières le sillonnaient, comme si de lourdes charrettes l'avait emprunté la saison précédente. Ai s'arrêta un instant pour le regarder serpenter à fleur de coteau et se perdre dans les hautes collines. Détournant un regard interrogateur à l'attention d'ichika, ce dernier exprima sur son visage une certaine gêne. Et pour couper court à toute question indiscrète, il lâcha avec détachement:

- "Par là, ça va vers le territoire de Minshu... Mais, l'ai plus trop utilisée c'te maudite route... Mouais, l'ai abandonnée, plus ou moins quoi ! Bon, c'est pas ça, mais faut qu'on y aille... Bientôt les mômes vont s'pointer. Et si je n'suis pas là, vont mettre un bazar pas possible. On cause, on cause, et l'soleil lui, continu d'grimper."

Ai, légèrement contrariée par la grossièreté d'ichika, traversa le gué à sa suite, resta muette, et vient se placer à son coté. Elle leva sa tête vers lui et le le fixa des ses grands yeux rubis sombres, avec une certaine sévérité et un mécontentement à peine voilé. Ichika sentait toute l'intensité réprobatrice du regard d'ai. Il fit mine de l'ignorer. Mais son air bougon devint plus maussade quand il comprit que son mensonge était loin d'avoir satisfait sa jeune compagne. Elle savait, à n'en point douter, qu'il avait menti, très mal menti. Et comme ai ne daignait toujours porter son regard autre part, une gêne grandissante montait et s'emparait de lui. Quand tout à coup, son visage se fit plus radieux, il venait, enfin de trouver une bonne idée pour se sortir de cette embarrassante situation. Et d'une voix enjouée, il se mit à raconter une de ses anecdotes préférées:


- "Tu sais, l'âne que t'as vue devant ma bicoque, y s'appelle Aristote. Mouais, c'est le vieux, l'greffier quoi! qui l'a baptisé ainsi. L'a dit ça parce qu'une fois en sortant de la taverne, assez tard, heu... ben, j'avais fait quelques excès, mais pas plus, Tu vois ? La gnôle de par d'chez nous, l'est traitre. Mais, bon , j'étais fatigué et pour rentrer chui monter sur l'dos d'mon âne. Après, j'me rappel plus plus bien. Mais pour sur, il m'avait ramené sain et sauf le bougre ! Tout seul ! L'pépin, c'est les gosse qui au matin sont venu pour m'aider à l'eau... j'm'étais endormi sur l'dos de la bête et m'ont trouvé comme ça. Alors forcement, dans l'village ça à jasé. Tu te doutes. Et puis l'vieux s'est ramené et ma dit que mon âne était plus intelligent qu'moi. Alors, la dit qu'il devrait s'nommer Aristote ! Mais moi, j'en connais pas des aristotes... Mais bon, j'ai pas tout bien compris, mais l'nom lui est resté... Après tout, Aristote c'est un joli nom pour un âne. V'la toute l'histoire."


Ai continuait de le dévisager avec une certaine sévérité où pointait un soupons d'étonnement. Elle avait bien vue qu'il ne parlerait pas de ces ornières. Mais pourquoi évitait-il d'en parler ? Perdue dans ses pensées, fixant toujours ichika qui avait retrouvé sa quiétude, ai trébucha sur un galet de granit saillant. Alors qu'elle allait s’étaler de tout son long, échappant par là même son précieux livre, un bras puissant la souleva de terre et lui évita la chute. Perché sur ce bras salvateur, plus surprise qu’apeurée, elle se détourna vers ichika qui la reposa avec une certaine maladresse. Regardant ses mocassins, elle lui adressa cet unique mot, d'un ton doux et grave:


- "Merci."


Arrivés devant le gué, le torrent était très peu profond courant sur un lits de galets multicolores aux formes ovoïdes et aplaties. L'eau devait arriver à mi-hauteur des mollets d'ai. Ichika, lui, ne s’embarrassa pas pour le traverser. Protégé par de hautes bottes de cuir, il le franchit puis attendit sur la rive opposée qu'ai, elle aussi, veuille bien passer le gué. Un certain agacement pouvait se lire sur son visage bourru en la voyant faire autant de manière pour ne pas se mouiller. Ai faisait bien attention à chaque fois qu'elle posait un pied sur un galet, s'assurait qu'elle ne glisserait pas et répétait lentement son geste au plus grand désespoir d'ichika. Certes elle ne voulait point abîmer ses souliers, mais surtout protéger son livre d'une chute qui aurait pu lui être fatale. Unique relique qui la reliait à son monde d'avant. Sans compter toute la valeur sentimentale qu'il pouvait représenter et le sentiment inconnu qui était né en elle lorsque que cet étudiant lui avait offert. Encore une fois, la voilà perdue dans ses tristes pensées. Brusquement elle se ressaisit et se concentra sur sa tâche. Après un moment qui paru interminable à ichika, les voici tous deux sur l'autre rive. Le sentier louvoyait entre les collines puis descendait au fond de la vallée vers le bourg d'un village. Sur ce point culminant, ai pouvait voir toute l'étendue du village et de ses alentours. Mais elle n’eut pas le loisir de s'étendre en considérations esthétiques que la puissante voix d'ichika vint rompre ce silence contemplatif:

- "Bon, p'tiote..."
A ces mots, ai détourna rapidement vers ichika son regard courroucé. Un bref instant, ses grands yeux d'un rouge profond s'illuminèrent d'une lueur ardente. Elle serra fort ses poings. Détourna son regard, expira profondément puis retrouva son calme. Voyant cela, ichika bredouilla benoîtement:
- "Heu, j'mexcuse, demoiselle. J'voulais pas vous froisser... Hein ? Bon, l'soleil se fait haut, va falloir que j'me rentre. Z'avez qu'à suivre le sentier et vous arriverez directement au village. A au fait, l'vieux s'appelle fusahira. Demandez l'greffier !"

Sur ces mots, ichika s'en retourna sans demander son reste, laissant seule ai devant l'étendue de ce magnifique et bucolique paysage.




Glossaire.
Cyclas (moyen âge): morceau de tissu rectangulaire avec un trou pour la tête.
Croquer (idem): frapper.
Chière (idem): visage.




Dernière édition par Ai Enma le Jeu 26 Juil - 2:08, édité 7 fois
Revenir en haut Aller en bas
Messages : 100
Yens : 190
Date d'inscription : 21/02/2018
Localisation : au dessus de ton âme...

Progression
Niveau: 3
Nombre de topic terminé: 1
Exp:
2/6  (2/6)
avatar
Ai Enma ¤ Inconnue ¤

-



MessageSujet: Re: Le village de Murakokkyou   Dim 27 Mai - 9:02






Le village de Murakokkyou.


Les constructions du village se concentraient en un bourg au bas de la plaine à environs trois kilomètres à vol d'oiseau d'où se trouvait ai. Tout autour des prairies et des champs parsemés de petites bâtisses couvraient un large périmètre. De ce coté-ci, les contrefort des collines étaient recouverts d'herbes grasses offrant de vastes et généreux pâturages aux troupeaux de moutons dont la laine noire contrastait avec le vert tendre de l'herbe. Des taches jaunes soutenues, plus ou moins dense, venait apporter une touche de couleur chaude dans cette verdure généreuse. A n'en point douter, il s'agissait de massifs de gentianes. Et non loin des touches de noir, de minuscules formes s'agitaient où bien restaient immobiles. Ce devait être les pâtres, fourbis de leurs fidèles compagnons canins, qui menaient les bêtes pacager en cette fin de matinée. Tout en bas, se plaçait le village qui était traversé par une large et longue route d'argile rouge. Encore une fois, ai fut surprise de la coloration des toitures. Elles aussi paraissaient recouvertes de végétation. De petits nuages de fumée blanche et grise sortaient paresseusement des cheminées. Puis à l'entré nord de la bourgade, ai pu distinguer une petite bâtisse coupait la route sur toute sa largeur. Elle se demanda qu'elle pouvait être son utilité alors que le village n'était pas ceint d'une quelconque muraille ou palissade. Elle en déduit que ce bâtiment n'avait pas vocation à être défensif. Au delà, les champs s’étendaient jusqu'au pied d'une immense forêt de sombres épicéa. Parfois, pointait la cime cachectique d'un vieux mélèze. Une épaisse fumée plombée noyait ça et là les cimes des arbres, tel un épais brouillard, trahissant une activité humaine. Les lourdes volutes montaient droites dans le ciel puis s’échevelaient dans la direction du sud. Quand au torrent qu'elle avait précédemment traversé, il s'épanchait au pied des collines, derrière elle, et prenait la direction du sud ouest. L'air était cristallin, un léger vent du nord venait lui piquer le visage et jouer avec les mèches de sa frange. Ai était pleine appréhension à l'idée de devoir se mêler à la foule des êtres humains. Elle resta là, un moment, sans bouger, absorbée par ce panorama agreste, s'attardant sur chaque détail comme hypnotisée. Mais elle savait qu'elle ne pourrait pas rester éternellement sur place à se perdre en contemplations. Elle devait avancer. Et chaque pas qu'elle allait faire en direction de Murakokkyou ne ferait qu'augmenter son inquiétude. Fermant les yeux, elle se concentra sur une unique pensée, trouver ce fusahira. Sa détermination n'en chassa pas moins son anxiété. Alors, c'est le pas pesant, lourd d'inquiétude, les yeux rivés sur le sentier, qu'elle entreprit de descendre jusqu'à cet îlot peuplé d'humains.




Par endroit le sentier dégringolait abruptement du flanc de la colline tout en se glissant à travers les pâturages. Bien que le chemin fusse parfois difficilement praticable, par endroit, ai pouvait distinguer de profondes ornières ainsi que des trace de fers à chevaux incrustées dans l'argile ferrugineuse. Aux aguets, elle prenait soin de ne pas se laisser bercer par de mornes pensées afin de lui éviter une chute qui aurait très certainement endommageait ses vêtements ou pire, son livre. Quelques bêtes curieuses venaient vers elle, en gardant toute fois une distance raisonnable. Toutes noires, la laine dense, tout en s'approchant, elle pouvait entendre le son aigrelet de leurs petites clochettes qui s'évaporait dans le vent. De ça, de là, de curieuses petites bâtisses flanquaient les coteaux. Les murs étaient constitués de blocs de granit gris clair, grossièrement taillés, ajustés les uns sur les autres sans le recours d'un quelconque mortier. Les constructions, basses, dont la toiture devait arriver à mi-cuisse
d'un adulte, étaient recouvertes de paille de seigle sur laquelle était déposée une couche de terre envahie de plantes, de mousses et parfois d'arbustes. Parfois, des bouleaux et sapins y prospéraient. Ces étranges bâtisses servaient de bergerie. De temps à autre elle pouvait voir un petit pâtre invectiver les moutons récalcitrants. Ces jeunes enfants, de cinq à huit ans, garçons ou filles, avaient déjà la lourde responsabilité de garder de grands troupeaux. Heureusement, leurs fidèles chiens leur apportaient un soutien non négligeable dans cette rude tâche. Et à grand renfort d'aboiement, les bêtes même les plus têtues, rentraient dans le rang. Mais aucun d'eux ne fit mine de s'approcher d'elle. Ils se contentaient de la regarder passer. Aucun n'esquissait un geste de salut. Peut-être n'avaient-ils pas l'habitude de croiser des étrangers. Cette réflexion, que se fit ai, résonnait étonnamment fausse. La grand route traversant le bourg démentait cette assertion. Alors, un accablement soudain la prit. Ses épaules tombèrent, son regard se dirigea vers le sol. A n'en point douter, c'est d'elle dont ils se méfiaient. Bien qu'elle ne paraisse qu'à peine que le double de leur âge, la blancheur de sa peau et ses deux grands yeux grenats les intimidaient suffisamment pour démolir toute velléité de venir à sa rencontre et toute autre curiosité de leur part. Sans qu'elle le sache vraiment, cet état de fait la blessa singulièrement.




Lointains ou proches, les tintements des cloches cristallines lui étaient devenu agaçant. Elle aurait bien voulu maudire bêtes et pâtres, mais elle n'y parvint pas. En elle, nulle colère ni ressentiment, juste un profond désespoir. Elle se concentra sur le chemin qu'elle avait à parcourir. Le chemin d'argile rouge carmin s'estompa pour devenir orange soutenu, au fur et à mesure qu'elle descendait. Un éclat de lumière écarlate croisa, le temps d'un battement d'aile de papillon, son regard. Que cela pouvait-il donc être ? Le regard incandescent d'un petit rongeur, la carapace luisante d'un scarabée ? Le temps de cette réflexion et déjà il s'était évanoui. Ai s'accroupie et fouilla les herbes où elle crue apercevoir cette lueur. Poussant délicatement de sa main les fleurs d'un bouquet de saxifrage paniculé qui avait trouvé place dans une ornière, elle découvrit un petit cailloux pas plus gros qu’un œuf de caille. Il s'agissait d'un morceau de granit gisâtre recouvert d'argile sombre, comme une terre de sienne brûlée. L'essuyant avec attention, elle comprit d'où provenait l'étrange reflet rougeoyant. Cette pierre était en fait une magnifique macle de granit et de cristaux allant du carmin sombre aux flamboiement de l'amarante, comme une sorte de béryl rouge, de la bixbite peut-être. Ai se mit à la tourner vers la lumière solaire pour en apprécier tous les éclats. Elle la trouva belle, referma sa paume sur elle, se releva et continua son chemin. Si cette petite trouvaille chassa son désespoir, elle le remplaça par une bouffée épaisse de nostalgie. Combien toutes ces nuances andrinoples lui remémoraient son monde baignant dans les lumières d'un éternel soleil couchant. Son estomac se noua, lui fit mal. Les traits de son visage durcirent. Elle accéléra le pas.




Au fur et à mesure que la déclivité du terrain se faisait moindre, de petits habitations ponctuaient le paysage. Rassemblées par groupe de trois ou quatre, les chaumières étaient desservies par de petites sentes bifurquantes du sentier principal menant au bourg du village. Comme toutes les autres constructions qu'avaient pu voir ai jusqu'à présent, chacune d'elle avait son toit recouvert d'un lit de de végétation. Cette couverture végétale fournissant une bonne isolation lors des rudes mois d'hivers et garantissait une fraîcheur lors des chaleurs estivales. De dimensions modestes, les fermettes, dont les murs du rez de chaussée étaient constitués de rondins de bois brutes, bien ajustés, s'élevaient sur un
étage. Les rondins étaient recouvert d'un bitume brun caramélisé issue de la résines des épicéa qui leurs conférait une étanchéité efficace. Les façades, elles, étaient réalisées avec des planches, de bois brutes elles aussi, de hêtre ou de bouleau. Les intempéries successives les avaient patinées de gris argenté et de blanc. Un seule fenêtre, assez petite, ornait l'étage supérieure. L'on pouvait y voir pendre des rideaux de laine noire ou des patchwork d'épaisses étoffes. L'étage avançait de plus ou moins d'un mètre sur le devant du rez de chaussée, protégeant ainsi l'entrée de la maison. Les portes de bois étaient peintes ou non de motifs géométriques avec de vives couleurs. Le pigment, directement extrait de l'argile environnante, saturée d'oxyde de fer et de manganèse, était mélangé à de l'huile et appliqué sur le bois. Cette peinture laissait le bois de respirer et lui permettait de chasser l'humidité accumulée l’hiver lors de la belle saison. La palette des pigments s’étalait du rouge vif ou rouge incarnat. Parfois certains motifs se trouvaient réhaussé de blanc. Au devant la maison, un escalier de quelques marches, en bois lui aussi, permettait l'accès à la porte d'entrée. Car l'ensemble de la construction était surélevée soit par des piliers de bois, soit par un soubassement de pierres sèches, fait de granit gris clair. Une cheminée, d'argile cuite ou bien de granit presque noir car saturé de schiste, couronnait l'ensemble. Les habitations étaient simples et rustiques, fonctionnelles et confortable en dépit de la rudesse de climat.



En ce début de printemps, les jardinets à proximité des chaumières étaient recouverts de pousses vertes et tendres, aux formes multiples. Ils n'étaient pas ceints de clôtures alors que quelques chevaux épars paissaient tout en feignant de les ignorer. Ces chevaux étaient grands, robustes avec poitrail imposant, des sabots larges. La robe était bien fournie et soyeuse, le sous poil épais. Leurs longues crinières étaient volumineuses et abondantes, un petit épis de poil se déployant, ornait chacunes de leurs oreilles. Et au bas de leurs pattes, de longs fanons descendaient jusqu'à leurs sabots. Leurs robes étaient châtain foncé avec de légères nuances havanes, leurs crinières et leurs fanons ainsi que les touffes aux bouts de leurs oreilles étaient d'un blanc immaculé. Grands, fier, leur port était altier. Ai les trouva nobles et beaux, tout à fait à leur place dans ce paysage sauvage et pittoresque.



Maintenant, les maisons se faisaient plus nombreuses et ai distingua nettement le bourg de Murakokkyou qui s’étendait de part et d'autre sur une large superficie. Déjà elle pouvait entendre le tumulte de l'agitation humaine. Mais le bruit qu'elle percevait lui sembla bien faible et étrangement silencieux par rapport à l'effervescence des grandes mégapoles telles que Tokyo ou Kobe auxquelles elle était habituée. Pourtant, elle appréhendait de devoir se mêler à cette foule dans cette contrée inconnue. Comment allez réagir les autochtones en la voyant ? Seraient-ils suspicieux, hostiles ou bien accueillants à son égard ? Toutes ces questions la rendirent maussade. Et dans son fort intérieur une idée germa: faire demi tour. Non, il n'en était pas question. Alors, tel un leitmotiv, elle se répéta dans sa tête, jusqu'à se vider l'esprit de toute pensée:



/* Un pas après l'autre, un pas après l'autre, un pas après l'autre... */



A force de répétion, puis reprenant pleinement conscience, elle vit qu'elle se trouvait face à une rue qui pénétrait dans le centre du bourg. Cette fois, elle ne pouvait plus reculer. Alors elle se focalisa sur son but, trouver ce fameux fusahira. Peut-être aurait-il les réponses à certaines de ses questions. C'est d'un pas décidé, qu'ai s'engagea finalement dans la rue.



Le bourg de Murakokkyou.

Elle était relativement étroite, deux charrettes auraient eu du mal à se croiser. Maisons et échoppes se succédaient tout le long. Les enseignes de bois peint qui pendaient aux potences représentaient des couteaux, des épées, rasoirs et autres lames tranchantes. Nul vent ne les agitait. Les devantures des bâtisses étaient surplombées par leur étage supérieur, soutenu par de solides piliers reposant sur le sol. Bien souvent, il s'agissait de troncs d'épicéas dégrossis que les intempéries avait blanchis. Leur base, faite d'un bloc de granit gris clair, étaient plus ou moins sculptées. Des planches, bien ajustées, formaient un plateforme surélevée tout le long de la rue et permettait aux piétons d'accéder aux entrées des magasins et bâtisses les pieds au sec. Le passage couvert qu'offraient ces arcades, était, à ce moment, peu fréquenté. Les échoppes avaient baissées leurs panneaux de bois muraux et donnait à voir des articles entassés sur les comptoirs. Parfois, un commerçant disposait, sur un plateau assez étroit supporté par deux tréteaux, un plus large choix d'objets. Sur quelques devantures, ai pu voir des frises sculptées à même le bois des linteaux, représentant majoritairement, des motifs géométriques, parfois des scènes de genres. Certains étaient peints de vives couleurs, d'autres avaient des couleurs passées, presque disparut. En avançant plus profondément dans la rue, ai sursauta quand elle entendit un violent fracas. Des klings et des klongs se mirent à résonner à l'autre bout du passage. Avec cette précision toute métronomique, ai put en déduire qu'ils devaient provenir de la forge d'un maréchal ferrant. Commerçants et badaux ne semblèrent par surpris de ces éclats sonores et continuaient de vaquer à leurs occupations comme si de rien n'était. Discrètement, certains tournaient la tête vers elle, étonnés par sa tenue vestimentaire, puis faisaient mine de rien. D'autres affichaient un sourire aimable en la croisant. Les habitants semblaient débonnaires et accueillants pensa finalement ai. Elle remarqua que leurs vêtements, qu'ils soient sophistiquées ou bien de simples tenues de travail, étaient bien entretenue. La coiffure des hommes, de longs cheveux ramassés en chignon sur le haut du crane, était soignée, certains même, le fixait à l'aide de longues épingles de corne noire finement sculptées ou bien en argent ouvragé. La plus part  des hommes étaient grands et solidement bâtie. Ils faisaient figures de géants à coté de la petite corpulence d'ai. Robustes et vigoureux, le visage sain, ils présentaient tous les signes de l’absence de famine ou de maladies. Ce village affichait une tangible prospérité. Une autre chose sauta aux yeux d'ai, la rue sur laquelle elle cheminait se trouvait d'être dépourvue de tous détritus ou autres souillures. Seuls deux rangés de galets, de part et d'autre de la rue, faisaient office d'écoulement des eaux pluviales.


Elle passa devant les étals de plusieurs couteliers, armuriers et autres fourbisseurs d'épées sans y prêter plus d'attention. Et une fois arrivée à l'intersection qui rejoignait la grand rue, qu'elle avait aperçue ce matin, du haut des collines avoisinantes, elle leva la tête vers l'angle de la rue où elle pu voir une petite pancarte sur laquelle était peinte en rouge un kanji à demi effacé, la rue Frappe rouge fer. Le bruit cinglant que faisait le marteau du maréchal férand sur l'enclume, couvrait par intermittence régulière, le brouhaha de la rue principale. Des charrettes remplies de diverses denrées, de sacs de toiles gavés de marchandises, encombraient la chaussée. De nombreux passants s'y frayaient un chemin tant bien que mal. Paysans, marchands, camelots, gens de maison, coursiers s'affairaient dans une joyeuse et tumultueuse cacophonie. L'animation de toute cette population bigarrée donna à ai, le tournis le temps d'un bref moment. La rue regorgeait d'échoppes en tous genres et de nombreuses enseignes s'y pressaient. Elle jeta un coup d’œil à droite et à gauche pour décider quelle direction prendre. Alors qu'elle laissait au hasard le soin de déterminer la direction qu'elle allait prendre, subitement, elle repensa à la construction qui coupait littéralement la grand rue en aval. Peut-être était-ce un poste de garde ou quelque chose de ce genre. Et s'il lui fallait présenter de quelconque papiers, sauf conduit au autre, elle risquait de s'attirait des embêtements, voir pire. Donc, prudemment, elle choisi de partir à l'opposé de cette bâtisse et remonta la rue sur sa droite.



Le marché du carré.

Elle s'engagea donc dans la rue principale, large de cinq mètres, toute pavée de granit gris clair et scintillante de par la présence de mica. On eu dit qu'une fine pellicule d'eau recouvrait les pavés. Elle remonta vers le nord ouest. Flanquée de bâtisses, d’échoppes et d'entrepots, une foule hétéroclite s'y pressait, grouillait et s'activait à vendre, acheter, négocier ou tout simplement discutait assez bruyamment du temps de cette fin de matinée. Ai remarqua un grand nombre de charrette à bras chargées de peaux et de fourrures extrêmement diverses. Il y en avait avec des poils longs, d'autres courts et les coloris allaient du blanc cassé jusqu'à la terre de sienne brûlée. Ces lourdes charrettes, tirées ou poussées à la force des bras, remontaient et descendait tout le long de la grand rue. La majorité des hommes qui semblaient être du cru, portait des vêtements de peau et des fourrures légères fourrures. Bien souvent, un arc et un carquois fournit de grandes flèches venaient prendre place dans leurs dos. Et tout comme ichika, il arboraient fièrement un chignons. Passant dans la rue, des têtes se tournèrent vers elle. Elle pouvait y lire de la surprise bienveillante et parfois une légère défiance teinté d'un soupçon de suspicion. Mais nul ne s'attardait à fixer sa peau si blanche et si étrange tout autant que ses grandes pupilles cramoisies. Parfois elle voyait un groupe d'hommes baisser subitement la voix sur son passage, mais elle ne releva pas de comportement agressif. Et soulagée, elle marcha, sans presser le pas, vers un grand porche sous lequel s'engouffrait la rue. Là encore, ai s'attendait à ce que la rue soit encombrée de détritus et autres sordides immondices, alors qu'au contraire la rue s'avérait particulièrement propre. Troublée par ce mystère réitératif, elle se demanda comment une société, dont le développement technologique était proche de l'ère médiévale, pouvait atteindre ce niveau de salubrité. Néanmoins, elle en fut ravie. Perdue dans ses pensées, elle arriva devant un ensemble, de bâtisses contiguës, formait un carre de cent cinquante mètres de coté et dont le périmètre dessinait une large esplanade où un marché hebdomadaire prenait place, d'où son nom. L'on y accédait par quatre porches disposés selon les points cardinaux. Alors que la grand rue traversait de part en part les édifices, une rue perpendiculaire en délimitait le périmètre, la rue carrée. Les bâtisses, toutes construites sur un étages, possédaient le même type de couverture végétale que les autres constructions du village. Au rez de chaussé se trouvaient les différentes échoppes, alors que le premier étage était dédié l'habitation à proprement parler.


Et tout comme dans la rue Frappe-rouge-fer, le premier étage surplombant le rez de chaussé formait un passage couvert soutenu par une double colonnade dont l'entablement, était décoré par une frise sculptée, surmonté d'une corniche, portant les poutres de l'étage supérieur. Chacune des colonnes monolithes, avait été sculptée ou décorée de différentes manières. Certaines étaient simplement lisses, d'autres décorées avec de mosaÏques incrustées, ou bien encore
avaient des cannelures hélicoïdales, en zigzag et même de type salomonique. Ils s'agissait véritablement d'un travail artistique et les différents artisans maîtrisaient à la perfection leurs savoir faire. Pour les mosaïques, divers matériaux avaient utilisés comme la nacre, l'ivoire, le corail, multiples sortes de pierres ainsi que ne nombreuses essences sylvestres. Ai fut saisie par la splendeur et la finesse de cette réalisation architecturale. Et bien qu'ancienne, elle avait su garder toute sa vénusté. Empruntant le passage couvert, afin d'admirer de plus près cette ouvrage magnifique, elle constata de la diversité des marchandises qui étaient proposées à tout un chacun. On pouvait y voir des marchands de vin, d'étoffes, d'épices, d'huile, des bijoutiers, un apothicaire, et même un échoppe qui proposait des livres, des manuscrits et tout le nécessaire pour écrire, tels plumes et parchemins vierges. Par contre, ai nota l’absence de négociant en peaux et fourrures, ce genre de tractation devant se faire en d'autres lieux. Quand aux marchands ambulants, maraîchers, vendeurs de soupe aux nouilles et autres vendeurs de breloques, ils avaient pris possession de la place.


Au centre de cette dernière se trouvait un puits, dont la maçonnerie massive de schiste noir contrastait fortement avec le gris lumineux des pavés. Son bahut, d'une hauteur d'un mètre vingt était de forme hexagonale et les pierres avaient étaient remarquablement ajustées. La margelle, elle aussi hexagonale, était ornée de six têtes de dragons, finement ciselées, à chacune de ses pointes. Une poulie était accrochée à une remarquable armature de bronze forgé, dont les barres de sections carrés avaient été torsadées. Mais point de corde ni de sceau. Une massive chape de fer rouillée en obstruait intégralement l'ouverture. La plaque de fer avait été scellé par des armatures plates, solidement attachées à la margelle. Et bien que les têtes de dragons, de styles archaïsantes, montraient que cette construction devaient être ancienne, nulle marque d'usure ne venait témoigner d'une utilisation régulière. Comme s'il n'avait jamais servi. Un cartouche avait été gravé au burin à même le fer rouge sur le dessus du fer. Mais, le temps en avait presque effacé complètement le kanji. Pourquoi donc avoir condamné ce puits ? Trônant au milieu de la place tel un monument incongru dédié à une divinité oubliée, il n'en dégagé pas moins une inquiétante et sombre aura. D'ailleurs, ai remarqua, que la place bien qu'animée et bondée de monde, un étrange et désert périmètre ceignait le puits, les bandeaux prenant soin de passer bien à l'écart tout en l'évitant du regard.



Ai porta son regard sur la foule et vit une jeune adolescente portant un panier d'osier qu'elle remplissait au fur et à mesure qu'elle cheminait parmi les marchands ambulants. Déjà, fruits et légumes le remplissaient, et son attention se portait maintenant sur une tourte de froment. Ses habits de laines étaient propres, bien qu'élimés aux coudes et rapiécés aux genoux. Large d'épaule, le visage rond, la jeune fille respirait la santé et semblait posséder un bon coup de fourchette. Elle devait, sans doute, faire partie des gens de maison d'un riche bourgeois. Alors qu'elle jaugeait la qualité de la tourte, ai s'approcha d'elle et à un mètre derrière elle s'arrêta. Un bref instant, elle regarda le dos de la jeune fille et y vit un joli châle de fil de coton, réalisé au crochet, couvrant ses épaules carrées et descendant jusqu’au milieu de dos. Elle avait ramassée ses cheveux noirs en une longue et fine tresse entourant sa tête telle une couronne. De fines épingle de corne fixaient sa coiffure. Alors ai, de sa voix grave et ténue:


-"Excuse-moi..."


Mais, aucune réponse ne vint et la jeune fille fouilla dans sa bourse afin de payer le marchand qui lui tendait la tourte. Alors, ai fit un pas de plus et posa délicatement sa main sur l'épaule de la jeune fille. Cette dernière tréssaillie, tant et si bien qu'elle faillie en échapper sa tourte, tout en détournant la tête vers ai. Elle resta bouche bée, la fixant. Ai se demanda si elle avait été surprise par le fait de sentir une main impromptue se poser sur son épaule, ou bien si cela avait été du à son apparence physique. Quoi qu'il en soit, le visage d'ai se renfrogna et elle posa un regard plein de sévérité sur la jeune fille. Puis repris sur le même ton égal:


-"Excuse-moi, mais je cherche la demeure de maître Fusahira."


-"Maître Fusahira ? Ah ! l'greffier...  Heu... Vous traversez le marché et prenez par le passage d'en face, l'arcade nord. Ensuite, vous suivez la grand route puis prenez à votre droite une fois arrivée à la patte d'oie. C'est la rue du cherche-souvenir, il y a un grand bâtiment, vous verrez, c'est le comptoir des étoffes et peaux, vous le dépassez. Puis vous continuez cette rue jusqu'au au bout. Là, vous allez déboucher sur un herbage et vous pourrez voir à une centaine de mètres de là une maison assez grande. C'est celle du greffier, vous pouvez pas la rater."


Ai, sans plus attendre, laissa sur place la jeune fille tout aussi décontenancée qu’embarrassée et s'engagea vers l'arcade nord lui faisant face. Laissant la foule des badeaux derrière elle, à quelques centaines de mètre de là, elle put lire sur une pancarte de bois accroché à l'angle de la rue le nom de cherche-souvenir. Elle s'y hasarda et au bout de quelques minutes elle dépassa un grand bâtiment portant un enseigne, celle du fameux comptoirs dont lui avait parlée précédemment la jeune fille. Continuant, la rue se finissait effectivement sur un près et elle put apercevoir, non loin de là un grande maison au milieu d'un pré. Elle était enfin arrivée à destination.







Dernière édition par Ai Enma le Ven 20 Juil - 13:02, édité 8 fois
Revenir en haut Aller en bas
Messages : 100
Yens : 190
Date d'inscription : 21/02/2018
Localisation : au dessus de ton âme...

Progression
Niveau: 3
Nombre de topic terminé: 1
Exp:
2/6  (2/6)
avatar
Ai Enma ¤ Inconnue ¤

-



MessageSujet: Re: Le village de Murakokkyou   Dim 15 Juil - 17:20






La demeure de maître Fusahira.


Cette charmante demeure, toute de bois faite, élevée au milieu d'un grand près, était posée sur six pilotis dont les embases étaient faites de gros blocs de granit. Ces pilotis, fortement galbés dans la partie basse et surmontés d'un tailloir, surélevaient l'édifice d'un bon mètre au dessus du sol. Le rez de chaussée était accessible par un double escalier accolé latéralement à la façade. Cette dernière, quant à elle, se trouvait d'être sur le même plan et c'est sur les cotés, que dépassait, d'un peu moins d'un mètre, le premier étage. Seul s'avançait sur le devant de l'édifice, la rive du toit composée de trois planches dont les abouts étaient finie par un demi lune. Le balcon de l'étage était pratiquement fermé par une balustrade à clair-voie tout comme le rez de chaussé. Les poutres qui en façade soutenaient l'édifice avaient été sculptées en de décoratives colonnes, alternant tores et scoties. Le bois de la construction avait été enduit de poix pour la protéger des intempéries, mais le temps passant, l'eau et le soleil avait finis par l'user. Et maintenant, le bois offrait un délicat camaïeux d'écorce d'orange, de sucre roux et de caramel brunit. Cette palette chaude et douce donnait à la demeure la patine nostalgique d'un temps jadis.

 


Ai gravie les quelques marches et arriva devant une grille de fer forgée, toute simple et piquée de rouille, qui protégeait l'accès à la porte d'entrée, elle-même se trouvant en retrait d'une distance de deux mètres. Le mur du rez de chaussé, fait de planches de cèdres, protégeait  l'entrée et dissimulait à encorbellement sur solives. Une potence avait été fixée à la grille et portait une clochette de bronze verdit. Une ficelle de chanvre, finie par une poignée en bois de bouleau permutait de l'actionner. Éloignée de l’effervescence du marché, ai ne perçu aucun son venant de l'habitation et seul une légère brise se faisait entendre dans le feuillages des grands bouleaux avoisinants. Elle remarqua que deux bancs avaient été disposés en vis à vis, perpendiculairement à la façade, de chaque coté de la massive porte d'entrée. Ce petit espace, mis-clos, aménagé et protégé des caprices du temps et des regards indiscrets, offrait un lieu propice à la confidence et au repos. Ai prit une grande inspiration et profita quelques instants de la quiétude environnante. L'esprit éclaircit, elle actionna par deux fois, la petite cloche qui émit un son tout à fois cristallin et aigrelet. En réponse, ai pu entendre le croassement bas et métallique des corneilles prenant leurs envols en quête de quelques restes de charogne pour leurs progénitures affamées. La porte d'entrée s'ouvrit lentement et un homme massif, prenant tout l'espace du chambranle s'avança d'un pas posé vers la grille de fer. Il jeta sur elle un regard scrutateur. Ses sourcils gris clairs et froncés encadraient deux grands yeux bleus argentés. Il planta son regard franc et directe dans ceux, cramoisis, d'ai. Puis d'une voix grave dont la douceur la surpris, il lui demanda:


-"C'est bien toi ai ?"


Pour toute réponse, elle hocha la tête, soutenant son regard avec sévérité et froideur.


-"Bien. Moi, c'est Itô Fusahira, le notaire du village."


Surprise, elle s'attendait plutôt à voir un vieil homme, petit et rabougris, la peau parcheminée et fripée, portant une paire de lunette en demi-lune, cerclée de laiton. Mais en face d'elle se tenait un homme bien loin  de ses présuppositions. Certes, d'un certain âge, sûrement proche de la soixantaine, Fusahira, tout comme Ichika, était de grande stature, et devait mesurer pas loin d'un mètre quatre-vingt dix. Comme elle le remarquerait par la suite, les habitants du royaume de Fuyu étaient de grands et robustes gaillards. Par contre, il ne portait pas la coiffure traditionnel qu'ai avait pu voir chez les hommes du cru, mais ses cheveux argentés étaient coupés en brosse. De corpulence athlétique, il se mouvait avec des gestes précis et sans précipitation, telle les félidés. Une vielle cicatrice fendait son visage du haut du sourcil gauche jusqu'à mis joue, mais avait épargnée son œil.


Au hochement de la tête d'ai, son austère visage se fendit d'un large sourire, plissa les yeux de contentement et leva ses mains à la hauteur de sa tête, comme signe d'une heureuse surprise. D'un coup d'un seul, cet homme apparemment froid et distant s'était métamorphosée en une personne affable et cordiale. Seul un léger soulèvement du sourcil dessina sur le visage d'ai un imperceptible étonnement, bien qu'elle demeura passablement contrariée qu'un parfait inconnu puisse connaître son prénom et encore plus son patronyme. Elle sera bien fort son livre tout contre sa poitrine et par la même, sentie la pierre, qu'elle avait ramassée sur le chemin du village plutôt dans la matinée, s'enfoncer dans la chair de son sternum. Fusahira ouvra la grille puis la porte d'entrée de sa maison. Restant sur le seuil, d'un geste de la main, il l'invita a rentrer. Et d'une voix joviale:


-"Mademoiselle, si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer dans mon humble demeure..."


Ai avança lentement vers la lourde porte d'entrée faite de cèdre rouge, et dont une délicate frise de rosace en agrémentait le pourtour. Une fois le seuil franchit, elle se mit de coté afin de laisser le passage à son hôte. La première chose qui la frappa, fut le contraste entre l'air vif et presque acide de l’extérieur et les senteurs lourdes et capiteuses qui envahissaient l'atmosphère de cet intérieur. Loin d'être déplaisantes, ai crue y discerner un subtil mélange de miel et de cire avec une pointe de térébenthine le tout porté par la fragrance d'un pain d'épice chaud. Une seul fenêtre apportait la clarté dans la pièce qui devaient être tout à la fois cuisine et salle à manger. Accolée sur le mur de droite, un cheminée dont le jambage et le linteau était de granit gris clair contrastant avec le noir du schiste habillant le contre cœur. Sur la tablette, reposaient deux candélabres de cuivres rutilants. Dans le cœur se consumait un feu de tourbe. Encadrant la cheminée, un buffet bas et un buffet-crédence. En face, sous la fenêtre, un évier de pierre blanche comme de l’albâtre et sur le coté, un seau pourvut d'une cassotte en bois. Au centre de la pièce, une table massive accompagnée par quatre chaises simples et rustiques. Le mobilier en bois clair était issue de bouleau, de hêtre et de châtaigné. L’intérieur était propre et bien rangé, dénotant le caractère soigné de l'homme qui y vivait. Au fond de la pièce, qui devait avoisiner les trente mètres carrés, trois portes. Une étroite, collée au mur de gauche, puis deux autres se partageant le reste du mur finissaient la pièce. La lumière, même crue de cette fin de mâtiné, arrivait à l’intérieur, adoucie par les couleurs chaudes des murs et du sol en bois d'épicéa. La précédant, Fusahira lui intima de le suivre alors qu'il se dirigeait vers la porte la plus à droite. Sans un mot, ai le suivit.



Ouvrant la porte sur une petite pièce d'une vingtaine de mètres carré, Fusahira pris place derrière un large et magnifique bureau-secrétaire à caissons en bois de cèdre. S’assayant désinvoltement dans un fauteuil tout de cuir revêtu et de couleur lie de vin, aux larges accoudoirs et au dossier rectangulaire haut, il indiqua à ai d'en faire de même dans l'un des deux placés devant son bureau. Inversement à la pièce précédente, un désordre choisit y régnait. Parchemins, ouvrages reliés de cuir aux dimensions multiples, encriers et plumes, bougeoirs et briquet d'amadou, semblaient y avoir été jeté sans plus de soin. Dans l'angle gauche à l'arrière de Fusahira se trouvait un poêle en fonte dont la conduite de cheminée allait se perdre dans le plafond. Les murs, ou du moins de ce qu'il en restait de visible semblaient avoir été recouverts d'un cuir granuleux et teint en un profond grenat. Couvrant la majorité des murs, des bibliothèques se disputaient l'espace avec les étagères croulantes sous les livres et de multitudes des feuilles de parchemin noircies d'encres. Prenant son briquet d'amadou, Fusahira alluma deux bougies plantées dans deux bougeoirs de laiton massif équipés de viroles. Un fois cela fait, il mit ses coudes sur son bureau, ferma ses poings et y posa sa tête. Ses traits reprirent tout leur sérieux et plissant des yeux, il se mit à observer longuement ai. Sans bouger, d'une voix grave et posée:


-"Excuse moi, puis-tu refermer la porte... s'il te plaît."


Légèrement contrariée, ai se releva et referma la porte. Elle aussi avait été recouverte de cuir, cloutée avec de petits clous à tête ronde, recouverte de laiton, et dont le pourtour avait été festonné. L'ombre envahie la pièce. Pas un son ne vint troubler cette étrange quiétude. Même ses mocassins se firent muets. Au sol, des tapis plus ou moins épais, en laine ou en soie, tapissaient le plancher. Des senteurs de patchouli mêlées à l’odeur suave du parchemin, du vieux livre et du cuir, l'enivrèrent quelque peu et cela ne lui déplus point. Se rasseyant, seul le crissement étouffé du cuir vint déranger ce silence insigne. Fusahira n'avait pas bougé, son regard scrutateur toujours posé sur elle. Le silence devint pesant, palpable, inquiétant même. Seuls deux visages étaient distinct à la lumière de deux chandelles dans cette pénombre, l'un blanc et livide faisant face à l'autre ambré et tanné. Deux regards s'affrontaient, se jaugeaient, l'un sombre et profond comme une tombe l'autre clair et miroitant comme la surface d'un lac. La tension entre ses deux regards se fit presque tangible, tout comme deux duellistes, juste au moment précendant où leurs doigts exerceraient la pression fatidique sur la détente de leurs armes. Le sombre cramoisi des pupilles d'ai virèrent subtilement vers un rouge plus intense, plus lumineux. Elle exerça une pression plus forte sur le livre toujours plaqué contre sa poitrine. Et d'une voix grave, aux accents dramatiques, toute à la couleur de cette atmosphère quasi surréelle, Fusahira reprit la parole :


-" Avant de débuter notre conversation, j'ai besoin de savoir une chose très importante. Et au risque de te paraître grossier, je me dois de te demander de me monter ton sceau... Un tatouage qui est apparut sur ton corps à ton arrivée dans ce monde... Car, je ne sais pas si tu en as été informé, mais les personnes que l'on appel "les tombés de lune" de par chez nous, sont toutes marquées par un sceau qui correspond, grosso modo, à l'appartenance d'une nation. S'il représente un dragon, c'est que tu fais partie du royaume de Fuyu... Et dans ce cas, je pourrais t'apporter mon aide. Dans le cas contraire, ne t'inquiète pas, je ne te ferais pas de mal pour autant. Je te donnerais nourriture et eau afin que tu poursuives ton chemin vers le royaume dont tu dépends."


Imperceptiblement, les muscles du visage de Fusahira se crispèrent. Et derrière ce masque grave, ai pouvait sentir toute appréhension et l'attente qui bouillonnaient en secret dans l'esprit de cet homme. Alors, sans plus le faire languir, elle se leva, tout en prenant bien soin de dissimuler la pierre trouvée, dégrafa sa jupe plissée noire, remonta son chemisier blanc et montra le bas de son dos où se trouvait le sceau. Puis, remis sa jupe et se rassie, fixant imperturbablement son visage qui redevint affable et souriant tout comme s'il venait d'apprendre une nouvelle réjouissante. D'une voix légèrement teintée de gêne tout autant que de satisfaction Fusahira reprit:


-"Bien... Pour commencer, si je connais ton nom et aussi le fait que tu viennes d'arriver sur le territoire de Kosaten, c'est qu'Ichika à la langue bien pendue et avec toute la marmaille qui traîne à la cascade, les nouvelles vont vite, très vite ! Bon, par contre, je ne connais pas grand chose aux 'tombés de la lune', mais je suppose que pour l'instant tu ne sais trop où aller, que tu n'as pas encore d'endroit pour dormir et sûrement pas de quoi t'assurer un repas chaud... Alors, j'aurai une proposition à te faire. Je chercherai bien une personne qui puisse me soulager dans certaines de mes tâches. Comme tu le sais, je suis notaire et c'est pas le travail qui manque par ici. Je pourrais te proposer de devenir mon clerc. Est-ce qu'une telle proposition pourrait satisfaire une petite 'tombée de la lune comme toi ? Car si je ne m'abuse tu sais bien lire et écrire, non ?"


Fusahira porta son regard sur le livre que tenait serré ai tout contre elle. Puis la regarda de nouveau droit dans les yeux. Ai se contenta de hocher les épaules. Devant l’absence total d’enthousiasme d'ai et son état proche de la neurasthénie, il prit le ton le plus affable qu'il pu, essayant par la même d'être joviale, mais impossible de ne pas y dénoter une touche de désappointement.


-"Présenté de la sorte, certes, cette proposition peut te sembler pas très inintéressante. Dans ma précipitation, j'ai été maladroit. Disons que dans un premier temps, tu pourrais faire du classement et de l'archivage pendant que je t'initie aux bases de la profession et que je te forme en ce qui concerne le droit des contrats. Ce qui par la suite te permettra de préparer, de rédiger des actes notariés issus de contrats passés entre différentes personnes. De plus, nous devons aussi rendre compte et établir des actes concernant certaines marchandises mises sous le contrôle directe du souverain Sul Hei. Il s'agit là de produits représentant un intérêt stratégique pour notre royaume. Il en existe tout une liste, mais je t'en reparlerais par la suite. Ces actes s'établissent directement au poste frontière en aval du village sous la surveillance de la garde. D'ailleurs, dans notre droit coutumier et à la discrétion du suzerain, nous avons droit à de petits bénéfices supplémentaires... Cela ne parait pas très existant, dit comme cela, mais c'est un travail qui te permettra de subvenir à tes besoins et qui plus est, ne demande pas les ressources physiques de travaux bien plus arrassants et pénibles. Mais, le véritable avantage, pour une Tombée de la lune, c'est que je vais avoir besoin que tu sillonnes les différents territoires de Kosaten afin de transmettre des courriers. Et, je sais que dans ton cas tu seras amenée à devoir partir pour des raisons que toi seule connaîtra... Donc, ce poste suivra tes propres contraintes. Et même en déplacement donc, tu garderas ton salaire. Alors, bien sûr, si ce travail ne te convient pas, libre à toi d'aller voir d'autres personnes susceptibles de t'embaucher. Mais le salaire sera bien moins important, Être clerc de notaire te place dans une position déjà privilégié par rapport aux autres professions. Essaye au moins de travailler avec moi une semaine et par la suite tu prendra ta descision. Ah ! j'allais oublier, j'ai une pièce à l'étage qui ne me sert plus, je pourrais te la louer pour une modique somme. En plus elle est équipé d'une petite cheminée et il doit y rester quelques meubles dont je n'ai plus l'usage. Tu pourrais t'y installer et y être chez toi. Par contre, en ce qui concerne le bois et l'eau, tu devras te les fournir par tes propres moyens. Bien, je crois avoir fait le tour de la question... Ah non ! Pour ce qui est de la nourriture, je suis prêt à la partager avec toi. A Murakokkyu nous n'en manquons pas ! Et puis rappel toi ce que je t'ai dit sur le poste de douane. Toi aussi, très vite tu pourras mettre de coté quelques denrées ou autre... Mais chut !"


Ai se tenait là, immobile, stoïque et toujours aussi muette. Son visage impassible n'exprimait qu'une légère sévérité. On aurait pu croire à une statue hiératique de l'ancienne Égypte posée à la hâte sur ce fauteuil. Pris d'un palpable agacement, Fusahira tira un tiroir de son bureau et en sortie un clef de fer blanc toute polie. Essayant de garder une jovialité toute apparente, il se leva et garda malgré tout un ton enjoué:


-"Et si on allait visiter ton nouvel appartement ? hein ?"



La jeune fille qui jouait avec des cutters.

Sortant tous deux du bureau, ils se dirigèrent vers la plus petite des trois portes. Fusahira l'ouvrit. Elle donnait directement accès à un escalier de bois assez raide et peu large qui desservait le premier étage. Ayant pris avec lui un des bougeoirs du bureau, il grimpa facilement les marches qui donnaient sur une nouvelle petite porte mais plus basse que la précédente. Elle donnait sur une pièce d'une vingtaine de mètre carrés toute encombrées de livres et de parchemins dans un désordre total. Nul lumière y filtrait, la pièce était aveugle. Plus ils s’enfonçaient dans ce dédale d'ouvrages, plus la couche de poussière se faisait importante. Voyant qu'ai jetait de discrets coups d’œil de droite et de gauche, il reprit avec un ton emprunt d'excuse:


-"Oui, c'est dans cette pièces que j’archive mes documents, livres de comptes, contrats et autres... Et plus nous avançons et plus les documents sont anciens et peu consultés... Donc, la poussière s'y accumule bien plus..."


Au fond de cette pièce obscure se trouvait une autre porte, de même petites dimensions. Fusahira se saisit de la clef et l'introduisit dans la serrure. Cette pièce d'une trentaine de mètres carré contrastait fortement avec la précédente. Elle était quasiment vide, une petite fenêtre en forme de rosace, sur le mur opposé, l'illuminait faiblement, en dessous une petite cheminée. Elle était très poussiéreuse et en y entrant, ils soulevèrent de denses nuages grisâtres. Contre le mur de gauche se trouvait une petite armoire de bouleau ainsi qu'un buffet bas qui semblait assez vieux, en bois de hêtre. Au centre de la pièce, il y avait un modeste bureau en hêtre lui aussi. Dans le coin, un ancien coffre en bois de camphrier, tout sculpté avait été semblai t-il, oublié là. Au fond à droite de la pièce, un tatami avait été posé. Ai s'avança et se dirigea vers le bureau. Passant son doigt dessus, elle y laissa une trace. Ses épaules étaient basses, son regard penchée vers le sol, ses grand yeux nimbés de tristesse et emplis de découragement, elle resta immobile un long moment. Puis laissant de nouveau son regard vagabonder dans cet espace qui sentait le renfermé, le parfum épais, sec et suffocant de la poussière, elle se tourna lentement vers Fusahira et de sa voix grave et presque inaudible, elle articula timidement:


-"Oui..."


Il fut tout aussi étonné par sa réponse que par le fait qu'elle daigna dire quelque chose. Il devinait que sa situation ne devaient pas être aisée et qu'elle aurait besoin de temps avant de pouvoir s’acclimater à son nouvel environnement. Alors, il ferait preuve de patience et laisserait les choses venir d'elles même. De la voir ainsi, perdue, ses grand yeux mélancoliques fixant un ailleurs devenu inaccessible, il se senti pris de chagrin pour elle. L’atmosphère était
pesante. Le silence qui venait de s’installer, gênant. Il lui fallait dire quelque chose, n'importe quoi, mais à tout prix rompre cet atmosphère qui commençait à le déprimer et l’oppresser.


-"Bah ! Avec un seau d'eau et une serpillière, ça sera comme neuf ! Tu verras..."


Ai le regardait toujours fixement. Son expression n'avait pas changée d'un pouce. Après ces quelques paroles qui se voulaient réconfortantes, il comprit son échec.


-"Tiens, je te donnes ta clef... Je vais descendre à mon bureau... Il me reste encore du travail à finir ce matin. Mais si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésites pas à venir me trouver. Au fait, il sera bientôt l'heure du dîner. Dès qu'il sera prêt, je te le ferais savoir. Bon ben voilà... Tu sais ou me trouver."


Lui ayant remit sa clef, prestement il alla rejoindre la douce et rassurante quiétude du confort de son bureau.



La clef de métal froid dans ses mains, ai aurait voulue pouvoir parler à quelqu'un. De tout et de rien, juste pour oublier ce qu'elle venait d'entre apercevoir. Elle savait que maintenant son ancienne vie venait de s'achever à cet instant même, et qu'aucune autre nouvelle ne se présenterait. Tel un automate dont la morphine souille les veines, elle se dirigea vers le tatami usé et poussiéreux. Elle y posa son livre et la pierre, gardant dans son autre main  cette fatale clef. Elle s'assie, sans même y réfléchir, les genoux remontés le long du corps enserré dans ses bras. Elle cacha sa tête entre ses genoux et ses bras. Puis, ferma les yeux pour ne pas voir sa vie tomber en lambeau, mais en vain. Dans cette pièce, elle ne se sentait pas déplacée, au contraire. Elle était en compagnie d'objets devenus inutile tout comme elle. La petite fille de porcelaine, au cœur ébréché, se trouvait remisée au grenier. Oubliée. Devant elle, des jours moroses, des nuits sans issues. Elle voulait oublier cette faim inconnue et impérieuse, qui la dévorait sans relâche. Pour la première fois de son existence, elle avait peur de rester éternellement seule sans que jamais personne ne lui caresse les cheveux ou la prenne par la main. Pour la première fois de sa longue existence elle enviait les humains. Elle resserra l'étreinte de ses bras. Non, il n'y avait que son corps à prendre, un corps malade, malade de sa propre vie.


Ses pensées vagabondaient sur les pavés brûlants de sa nostalgie, quand elle s'arrêtèrent sur Ayumi, une lycéenne que la vie avait déshéritée et jetée dans les égouts du désespoir. Ai revoyait en détail cette sombre et tragique peinture. Une vipère qui se prétendait camarade de classe d'Ayumi, avait passé un contrat avec ai pour la jeter dans les sombres flammes des enfers. Devant cette injustice ignominieuse, ai avait éprouvé un semblant se sympathie pour cette jeune fille et voulait lui éviter cette fin terrible. Son seul moyen étant de lui proposer à elle aussi un contrat qui enverrait cette vipère dans les tourments infernaux avant qu'elle n'ai dénouée la fatale ficelle, ai savait qu'elle scellerait de même son destin. Et qu'une fois son existence achevée elle se retrouverait en enfer. Pourtant, qu'elle autre possibilité pour éviter cette injustice ? Désobéissant au maître des enfers, ai lui révéla ce qu'avait projeté ce vil serpent et lui proposa, à sa manière, son aide. Apprenant cela et au lieux de s'effondrer en larmes comme ai pouvait s'y attendre, Ayumi la fixa de ses yeux pleins de tristesses, noyés dans une profonde et mélancolique résignation. L'imitation  d'un sourire s'esquissa sur son visage livide. Et d'une voix sans amertume ni acrimonie, mais plutôt avec douceur, elle posa cette question à ai, toute autant sincère que naïve:


-"A quoi bon vivre quand on avance dans l'existence à coup de cutter ?"


Alors, elle montra de profondes scarifications qui couraient de long en large sur les veines de ses avant-bras. Ayumi y avait gravée sa lamentable et futile histoire. Dès lors, ai su qu'elle était depuis bien longtemps en enfer. Renonçant, elle la laissa seule, livrée à son funeste sort, attendant de la retrouver une dernière fois pour l'emmener vers son ultime destination.


Ses pensées évaporées, ai, marionnette à la raison disloquée se leva et se déshabilla, pliant ses vêtements qu'elle prit soin de déposer sur le tatami. Puis elle se dirigea lentement telle la somnambule de sa propre existence vers la petite rosace lumineuse de verre soufflé dont les bulles s'irisaient d'ocre et d'or. Le verre enduit de poussière émit un faible craquement dans un nuages de particules grises quand le petit poing d'ai le traversa. Le regard inexpressif, ses grands yeux prenant des teintes rouges vives, ses traits faciaux détendus, elle se saisit d'un éclat de verre. Serrant fort le poings, l'éclat entailla profondément sa paume et ses doigts. Le sang se mit à couler en un mince filet grossissant sur le planché de bois. Elle s'assit en tailleur au centre de la pièce, le regard fixé vers la rosasse qu'elle venait de profaner. Et sans même y porter un regard, elle fit courir le tranchant du verre tel un archet sur ses veines. Mais nulle musique ne se fit entendre. La mort préférant le silence. Le sang se répandait des larges plaies sur ses cuisses et ses jambes. Une flaque rubis se format autour d'elle. Petit à petit, ses membres s'engourdirent, sa vue s'affaiblit et une étrange fatigue la saisie. Ses yeux se refermèrent. Sa tête retomba en avant, puis son corps chavira sur le planché. C'est sans connaissance qu'elle goûta enfin au repos et qu'elle fut soulagée du poids de ses tourments.







Dernière édition par Ai Enma le Sam 4 Aoû - 6:08, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Messages : 100
Yens : 190
Date d'inscription : 21/02/2018
Localisation : au dessus de ton âme...

Progression
Niveau: 3
Nombre de topic terminé: 1
Exp:
2/6  (2/6)
avatar
Ai Enma ¤ Inconnue ¤

-



MessageSujet: Re: Le village de Murakokkyou   Jeu 26 Juil - 1:38




Le village de Murakokkyou. (Part Two)




Convalescence.


Une voix retenti appelant ai, dans la pièce qui allait accueillir sa nouvelle vie, ou pas. Nulle réponse de sa part, elle restait là, étendue dans le sang répandu. De nouveaux la voix l'appela:


-"Ai, descend !"


En l'absence de réponse, Fusahira fulmina intérieurement et monta quatre à quatre les marches du petit escalier, franchit rapidement la pièces aux archives et sans même se donner la peine de frapper à la porte, entra à la volée. Tenant toujours dans sa main la poignée de porte en laiton, il se stoppa, interdit, sur le seuil. Et d'une voix où se mélaient fureur et exaspération:


-"Ah non ! non non et non! ça c'est pas possible ! Ventre-Dieu, qu'est ce qui à pu bien se passer ?"


Recouvrant son sang-froid, les sens en alertes, il jeta un rapide coup d’œil de gauche à droite. Personne. La rosace avait juste un de ses verres de brisé et en déduit qu'aucun agresseur potentiel n'avait pu pénétrer ici et agresser ai.


/* On m'avait dit d'estimer le potentiel du colis... Mais corne de bouc ! Je fais quoi moi, maintenant, hein ? D'ailleurs, il est fichu ou pas le colis ? Manquerait plus que ça.... */


Moyennement rassuré, il s'approcha du corps de ai, doucement comme s'il eut peur de la réveiller. Elle ne bougeait pas et sa respiration était à peine perceptible. Mettant sa main sur son front, il sentie qu'elle était brûlante de fièvre. Il s'attendait à ce que sa peau soit moite de sueur, pourtant elle demeurait sèche et soyeuse. Dans sa main il vit qu'elle tenait toujours fermement l'éclat de verre et tournant vers lui ses avant bras, il put voir les profondes entailles d'où s'écoulait encore un léger filet de liquide rougeâtre entre les plaies maculées de sang coagulé. Uns fois ce rapide examen effectué, il reparti précipitamment pour revenir avec un seau rempli d'eau, des bandelettes de tissu blanc et une épaisse couverture. La déplaçant hors de la flaque brunâtre, il commença par laver ses plaies avec une grosse éponge végétale. Cela fait, il prit les bandelettes de tissus et patiemment en fit des pansements. La prenant le petit corps dans ses bras pour le mettre dans la couverture qu'il avait prit soin d'installer sur le tatami, ai tourna sa tête vers lui et n’entrouvrit qu'à peine ses yeux. Elle remua très faiblement ses lèvres et deux mots chuchotés parvinrent à grand peine aux oreilles de Fusahira.


-"Zoro, merci..."


Sa tête retomba lourdement dans les bras du notaire et ses yeux se refermèrent. A ces mots, il s'arrêta tout net, fixant d'un regard stupéfait le visage si blanc d'ai qu'on l’eut crue morte.


/* Ce pourrait-il qu'elle parle de Roronoa, le sabreur légendaire ? L'aurait-elle croisée ? Ou bien... */


Dans sa têtes, les questions l'assaillaient mais elles ne laissaient derrière elles que l’absence de réponse. Troublé et un tantiné vexé qu'elle l’eut prit pour un autre, il la déposa délicatement dans la couverture, la borda et la débarrassa des longs cheveux noirs qui couvraient son visage. A genoux près d'elle, longuement il l'observa et ne la vit plus comme un simple "colis". Son cœur fut prit d'une douce langueur. Finalement, il fut peiné de voir qu'une petite créature si chétive, à l'apparence fragile fut capable de s'infliger de telles souffrances. Il aurait voulu l'aider, lui dire quelque chose qui aurait pu la réconforter, mais c'était peine perdue. Elle était absente, perdue dans monde qui n'appartenait qu'à elle. Alors, il se mis à espérer qu'au moins ce serait un monde paisible.


/* Pauvre petite... T'inquiètes pas, avec le temps, les déchirures de ton cœur s'estomperont... Garde assez de courage pour voir ce que te donneras cette nouvelle vie... Alors, peut-être... */

 

En début d'après-midi, il revint voir ai accompagnée d'une adolescente de quinze ans environs. Elle était bien en chaire, le visage rond et avenant, la plus part du temps elle gardait les moutons de son père dans les pâturages alentours. Comme à chaque fois qu'elle allait travailler comme personne de maison, elle revêtue un long tablier blanc et se noua les cheveux en une longue tresse. Elle s'appelait Maromi et possédait ce qui s'avérait être une qualité recherchée pour ce genre de travail, elle était sourde et muette de naissance. Suivant Fusahira dans la pièce où reposait ai, un élan de tristesse l'envahie. Mais se ressaisissant rapidement et évaluant la situation, elle lui fit signe de sortir de la pièce. Il savait qu'il pouvait compter sur elle pour prendre soin d'ai et bien qu'elle fusse encore jeune, elle avait développée un grand sens des responsabilités. Alors, se sachant devenu inutile, il s'en retourna rassuré, à ses obligations. Trois jours durant, Maromi nourrit ai, lava et pensa ses plaies avec toute l'attention qu'elle portait généralement aux animaux dont elle avait la garde. Quand ai rouvrit les yeux, elle put voir au dessus d'elle, un visage rondelet et souriant. Elle essaya de se lever, mais elle senti son corps se dérober sous une main ferme qui la maintenue couchée. Et le visage souriant faisant un mouvement de droite à gauche ai comprit que sa jeune infirmière lui interdisait de bouger de son lit. N'ayant que trop peu de force, elle se résigna donc. Constatant que ai n'avait plus de fièvre, elle se leva sans précipitation et sortie de la pièce. Et, le lendemain, bien qu'encore fébrile, ai put enfin se lever et descendre de sa chambre. Une matinée nouvelle l'attendait.



Sur les bancs de l'école.

Descendant au rez de chaussée, la voix de Fusahira l'appela de son bureau. En y entrant, elle le vit en train d'écrire à la plume sur une feuille de parchemin. Il leva la tête vers elle en affichant un large sourire et l'invita à s’asseoir sur l'un des fauteuils de cuir, ce qu'elle fit, en silence. D'une voix avenante, il reprit:


-"Bien, je vois que tu te portes mieux... Peut-être pourrions nous commencer à t'instruire à devenir un clerc de notaire compétent. Pour débuter, il va te falloir lire, comprendre et apprendre certaines choses qui sont contenues dans ces ouvrages."


Fusahira désigna, sur une étagère à sa droite, toute une séries de gros volumes à reliure de cuir bleu. Il se leva et en saisie un. Sur la première de couverture, un dragon y avait été stylisé en relief au dessus d'une paire de mains se croisant. Il le posa sur son bureau face à ai. Restant debout, il reprit, mais avec un ton plus sérieux:


-"Comme tu peux le voir, le dragon est le symbole du royaume de Fuyu, les deux mains, elles, le symbole de notre profession de notaire. A l’intérieur de ce livre, tout comme dans les autres, se trouve compulsées toutes les lois régissant les contrats. Qu'il s’agisse d'une succession ou de la vente d'une grande fabrique, ses ouvrages en édictent la procédure à suivre. Ne t'inquiète pas ! Tu n'as pas à apprendre tous ces textes par cœur, juste savoir qu'il existent et les avoir lus. Dans un premier temps, tu vas te concentrer sur les différents types de contrats commerciaux, les actes de vente, la fiscalité et sur le droit coutumier exercé sur notre territoire. C'est d’ailleurs l'objet du présent ouvrage. Ouvre-le."


Ai fixait le livre avec attention comme hypnotisée par les reliefs du cuir. Il y avait pour elle quelque chose de rassurant dans les livres, elle aimait sentir le grain du cuir sous ses doigts, leurs odeurs de poussière, d'encre et de champignons. Comme si ces objets lui avaient été toujours familiers, comme s'ils l'avaient toujours accompagnée au cours de son existence et même au delà. Alors, avec précaution et déférence, elle l'ouvrit. Fusahira se mit derrière elle et commença par lui expliquer comment s'y repérer.


-"Les titres numérotés correspondent aux lois générales, ensuite elles sont découpées en différents articles, notifiés comme ceux-ci et parfois leurs sont adjoints des arrêtés, qui correspondent à une utilisation plus locale."


Sans s'en rendre compte, ai était déjà absorbée par sa lecture, se laissant bercer par la monotonie répétitive des paragraphes. Pour Fusahira, c'était bon signe, cet intéressement devrait pouvoir la détourner de ses envies de morbidité. Et c'est avec un certain contentement dans la voix qu'il reprit:


-"Je t'ai installé un petit bureau avec une chaise que j'ai réussi à loger entre ses deux bibliothèques. Je pense que dans un premier temps, tu devrais étudier ici, avec moi. Cela te permettra de me poser toutes les questions qui pourraient se présenter à toi concernant la compréhension des textes ou bien sur la terminologie. Veux-tu commencer maintenant ? Et cet après-midi, nous aviserons pour arranger au mieux ta chambre."


Ai acquiesça d'un signe de la tête, prit l'imposant ouvrage et alla s’installer au petit bureau. Fusahira qui commençait à s'habituer aux longs silences d'ai fut surpris d'entendre cette douce et ténue voix grave l'interpeller à de nombreuses reprises le questionnant sur les textes des diverses lois tout autant que sur le vocabulaire qu'elle était en train de découvrir. Et même si son visage ne reflétait qu'une langoureuse tristesse, l’intérêt qu'elle manifestait dans l'étude était incontestable. Studieuse, elle décortiqua texte après texte lorsque Fusahira lui proposa de remettre à plus tard son étude.


-"Je crois que nous avons bien travaillé pour cette première matinée, allons manger. J'ai demandé à Maromi de venir me seconder pour les tâches ménagères, ce qui me permettra de te consacrer plus de temps. Je crois qu'elle nous a mijoté un ragoût de lièvre."


Détournant la tête de son livre, Fusahira pu voir une contrariété non feinte se peindre sur le visage d'ai.


-"Allons, c'est assez pour ce matin. Tu dois reprendre des forces. En plus cet après midi, Maromi va t'aider à remettre en ordre ta chambre, tu dois avoir un lieu agréable pour étudier, bien rangé et propre. Allez ! Lève toi !"



La chambre.

Ai baissa les yeux et comme à son habitude se referma dans son mutisme. Elle ne voulait pas le mécontenter, même si elle n'éprouvait aucun regret d'avoir agit comme elle l'avait fait et de l'avoir mis dans l’embarras. Mais comme il avait prit soin d'elle, ai voulu lui témoigner un minimum de respect. Alors, à contre cœur, elle abandonna sa lecture et le précéda pour rejoindre la cuisine. Une odeur alléchante de viande et d'aromates s'y été répandue. Ai regarda la table mise et fut surprise d'y voir des couverts pour trois personnes.


/* Fusahira aurait-il un invité supplémentaire ? */


Maromi sortie le marmiton de l'âtre de la cheminé et le posa sur une petite plaque de terre cuite disposée sur la table. Une vapeur dense s'en échappait. Fusahira sourit en voyant le plat qu'avait préparé Maromi et cette dernière sourit à son tour. Au moment de passer à table ai fut très surprise de la voir elle aussi s’installer à la table, mais n'en montra rien et ne fit aucune remarque à ce sujet.


/* Depuis quand les gens de maison partagent t-ils le repas avec leurs employeurs ? Drôle de coutume... */


Une étrange atmosphère plana sur tout le repas. D'un coté, Fusahira, gêné par le silence essaya vainement d'engager la discussion avec ai qui restait dans son mutisme et sa tristesse habituelle et de l'autre Maromi qui affichait toujours un franc sourire et qui de fait restait silencieuse. Vaincu, il plongea le nez dans son assiette, visiblement d'humeur maussade et ne dit plus mot jusqu'à la fin du repas. Une fois les assiettes vides il munie les deux jeunes filles de tout le nécessaire pour remettre la chambre d'ai en état. Ballais, sceau d'eau, brosse à chien dent, paille de fer, cire, essence de térébenthine, les voilà pourvue pour le grand ménage. Maromi se montra enthousiaste et réjouie autant qu'ai se montra maussade, abattue et affligée. L'une monta rapidement, tel un cabri l'escalier pour courir vers la future chambre, l'autre, alla le pas pesant comme l'on monte à l’échafaud. Mais une fois en haut, les deux se mirent à travailler d'arrache pied et aucune ne ménagea ses efforts. Si l'est une chose qu'ai appréciait chez Maromi, par dessus tout, c'était que sa compagne de besogne fusse muette. Seuls le frottement des balais et des brosses rompaient le silence en ce début d'après midi.


Subtilement, la lumière s'était faite plus chaude et parait le bois de reflets chamarrés. Une forte odeur de cire mélangée à de la térébenthine envahissait agréablement la pièce. Le bureau de hêtre avait trouvé sa place à coté de la cheminée et tout proche de la rosace afin de profiter au mieux de la lumière diurne. L’armoire avait été mise le long du mur où se trouvait le porte d'entrée et de l'autre coté, avait été placé l'antique coffre en bois de camphrier. Le plancher rutilait comme un miroir, reflétant les ors de la lumière déclinante. Le tatami, quant à lui, avait été poussé contre le mur, à la droite de la cheminée. Seule au centre de la pièce une tâche sombre demeurait, tenace, indélébile. Devant le travail ainsi achevé, les deux jeunes filles s'assirent à même le sol, le souffle court. Chacune gardant le silence, regardaient le résultat de leurs efforts. Maromi sourie de contentement. Ai gardait son regard perdu dans les lueurs colorées, la mine toujours aussi attristée. Deux petits coups à la porte de la chambre vinrent rompre le silence, et les deux têtes se retournèrent simultanément. Fusahira poussa lentement la porte et apparut. Du regard, il inspecta la pièce nouvellement nettoyée et afficha un sourire empli de satisfaction. La voix accorte, il s'adressa au deux jeunes filles:


-"Vous avez bien travaillées, cette pièce à retrouvée toute sa joliesse d'antan. En voilà une bien jolie chambre, non ai ?"


Ai le regardait, triste, sans montrer de quelconque enthousiasme mais acquiesça furtivement de la tête. Fusahira en fut ravi, il sut, d'instinct qu'il n'obtiendrait jamais plus d'elle, ni élan de joie, ni aucune manifestation de gaieté ou bien de contentement, là était sa nature. Alors, il décida d'en prendre son parti et de se satisfaire du moindre signe qui pourrait s'apparenter, chez ai, à du contentement. Il tenait à la main un petit carnet noir, un plumier et un flacon en verre rempli d'encre. Sans plus de cérémonie, il vint lui aussi s'assoir sur le plancher en face des deux jeunes filles. Maromi, en voyant les objets qu'il tenait, écarquilla grand les yeux tout en les dévorant du regard. Reprenant un ton plus sérieux, Fusahira reprit tout en tendant à ai le petit carnet noir:


-"Tient, ce carnet te seras utile afin de tenir tes comptes, tant pour gérer convenablement tes futurs revenus que tes bénéfices en natures. Tu toucheras ton premier salaire lorsque tu seras admise officiellement au sein de notre ordre en tant que clerc. Par contre, en attendant, les avantages en natures dues à ta future fonction te seront versés dès à présent. Tu bénéficieras mensuellement comme suit, de huit livres de graisse raffinée, trois stères de bois, d'un quarteron de savon, de quinze centilitres d'encre noire et d'une once de sel. Si tu as besoin de plus, les frais seront à ta charge tout comme l'eau et la nourriture par exemple. Et ton salaire mensuel sera fixé à vingt deux yens que tu travailles au village ou que tu sois en déplacement. Par contre, pour tes voyages, tu bénéficias d'un défraiement selon la durée et la longueur du trajet. Voilà dans le détail l'ensemble de tes revenus. J'espère que cela te conviens. Ah, j'ai aussi pour toi ce plumier et cet encrier, considère cela comme un cadeau pour ton apprentissage."


Ai qui le fixait toujours avec grande attention prit dans ses mains le plumier et l'encrier et porta son regard sur ces objets qui lui avaient été offert. Alors que Maromi s'agitait à la vue des cadeaux destinés à sa compagne, ai restait imperturbable et d'une voix presque muette, émit un très faible:


-"Merci..."


Le plumier en bois de buis avait un touché agréable et velouté, patiné par le temps, il était marqué de-ça de-là par des petites éclaboussures d'encre noire. En tirant sur le couvercle à glissière, elle put y voir deux portes plumes en hêtres, eux aussi tâchés d'encre et quatre plumes en acier neuves qui brillaient. Elle remit le panneau coulissant en bois dans la glissière et le referma. Maromi fut au comble de l'agitation quand ai se saisie de l'encrier de verre. Il était de forme sphérique mais était taillé avec des facettes en formes de triangles équilatéraux. Une bague en argent avec un fermoir maintenait hermétiquement l'encre à l’intérieure du flacon. Le mettant en pleine lumière, les facettes se mirent à briller, presque aveuglantes tandis que se formaient des raies de lumières multicolores. Faisant office de prisme, un 'o' admiratif et muet se format sur les lèvres de Maromi. Son regard restait littéralement accroché à l'encrier qui jouait de mille couleurs. Ai lui tendit simplement, sans un mot. La jeune fille fut tout d'abord surprise qu'on lui permette de tenir un telle objet entre ses mains, elle qui ne savait ni lire, ni écrire. Alors, religieusement, elle le prit et fit jouer, elle aussi, la lumière sur les facettes de verres. Son agitation d'un coup, cessa. D'un ton badin, Fusahira reprit:


-"Pour l'instant, tu n'as pas à te préoccuper pour la nourriture et l'eau, je les prends à ma charge en attendant que tu perçoives ton premier salaire."


Puis, s'adressant aux deux jeunes filles:


-"Venez avec moi, je vais avoir besoin de votre aide pour remonter quelques objets de premières nécessités et équiper un peu cette chambre..."


Tous trois revinrent chargés de divers objets. Une chaise pour le bureau, deux lampes à huile en terre cuite, un petit marmiton de fonte avec une crémaillère pour le suspendre dans l'âtre de la cheminée, trois seaux en bois munis d'un couvercle, une large écuelle, quelques petites bûches, ainsi que deux ouvrages volumineux tous de cuir reliés prirent place dans la chambre. Ai disposa les livres sur le bureau avec les deux lampes, le plumier et l'encrier et y adjoint la chaise. Fusahira installa le marmiton de fonte et y disposa les bûches. Il prit le plus grand des trois seaux, l'ouvrit, plongea une louche en bois de bouleau et déposa dans le marmiton une lampée de graisse. Se tournant vers ai, il lui expliqua:


-"Pour alimenter tes deux lampes à huile, tu feras fondre une louchée de graisse lentement. Une fois fondue, tu pourras la verser dans les lampes puis allumer la mèche avec ce briquet d'amadou. Ce seau contient tes huit livres de graisse mensuelle, fait bien attention à ne pas la gaspiller. Dans l'autre seau tu as de l'eau qui te serviras pour boire et aussi te laver. J'irai te chercher une serviette et un bol aussi par la suite. Pour ce qui est du dernier seau, il s'agit de seau d'aisance. N'oublie pas que chaque matin, au chant du coq, un charretier passera pour récupérer son contenu. Tous nos détritus sont récupérés et acheminés dans une ancienne carrière à ciel ouvert. Cela fournit à nos paysans de quoi fertiliser les maigres sols et de laisser nos rues propres !"


Puis il se leva et se dirigea vers la rosace de verre. Il sortit de sa poche une poignée d'étoupe pour colmater l'emplacement du verre brisé. En se retournant, il vit la sinistre tâche brune au sol. Dans sa voix pointait un soupçon d'amertume:


-"Je crois qu'il me reste un vieux tapis que je n'utilise plus... On pourras le mettre ici..."


A ces mots, ai se mit à le fixer sombrement. Elle baissa la tête, sa frange lui recouvrant ses grands yeux, et d'une vois grave et sans émotion:


-"Non... ce ne sera pas la peine..."


Fusahira n’insista pas. Se mettant devant Maromi pour qu'elle pusse lire sur ses lèvres:


-"Bon, il est temps d'aller préparer le souper !"


Et tous deux sortirent de la pièce en laissant ai seule.



Un nouveau crépuscule.

Elle s'assie à son bureau et se saisit du plumier de buis. Sous ses doigts, elle pouvait sentir la douceur et le soyeux du bois. Lentement, le soleil déclinait et avec lui les lumières jouèrent d'oranges et de corail sur les murs et le plancher. La chambre fut baignée dans le feu d'intenses rougeoiements qui firent renaître une sourde nostalgie dans les entrailles d'ai. Elle se remémora l'éternel soleil couchant de son monde berçant les majestueux lycoris. Fixant l'objet qu'elle tenait entre ses mains blanches, l'appréhension submergea sa mélancolie. Elle détenait l'objet, tabou par excellence, qui lui avait été toujours impossible de posséder. Aussi loin qu'elle put se souvenir, le maître des enfers lui avait toujours formellement interdit d'écrire et y avait veillé. Ce fut l'une des interdictions qu'ai ne put braver. Et même sa grand-mère, complice de nombreuses transgressions, n'avait osée lui permettre cette violation. Au grand jamais, elle n'avait ramenée dans l'entre-monde ni crayon ni pinceau. Et aujourd'hui, au bout de ses doigts, se trouvait l'objet convoité depuis tant de décennies. Elle aurait sûrement éprouvée une certaine satisfaction si elle n'avait point été troublée par une sombre et étrange pensée. Comment se faisait-il qu'elle sache écrire alors qu'elle ne se rappelait pas d'avoir jamais tenu une plume ou quelconque autre moyen pour écrire ? Son trouble se transforma rapidement en une apathie lancinante, car bien que pourvue d'un tel objet, qu'aurait-elle à écrire ? Vidée, morose, elle reposa le plumier et laissa, comme à l'accoutumé, ses pensées vagabonder sur le tumultueux courant de ses turpitudes. Curieusement, ai repensa à ce jeune homme, fier et désinvolte, tout aussi prisonnier qu'elle, de ces lieux et qui, pourtant, luttait pour retourner dans son monde d'origine. Un sentiment de rage perça son esprit et se dirigea contre elle. Comment elle, la fille des enfers, pouvait-elle se laisser aller à une telle apathie alors qu'un simple humain luttait de toute son énergie pour atteindre son objectif, si ardu soi-il ? Cette rage salvatrice lui éclaircie ses pensées. Elle devait tourner la page, pour un certain temps du moins et écrire une nouvelle histoire, la sienne. Sa volonté se raffermie, il était temps pour elle de s'investir dans sa nouvelle destinée.


Elle se leva et fixa l'intense lumière enflammée du soleil inondant ses grands yeux écarlates. Tant ses poings étaient serrés qu'elle pouvait sentir ses ongles s'enfoncer dans ses paumes. Puis son regard pivota vers le seau d'aisance et s'y arrêta. Ses ongles s'enfoncèrent encore plus profondément et la rage se mit à enfler dans tout son être. Elle se détestait tout autant qu'elle détestait l'Humanité. Pendant sa convalescence , elle avait été nourrit, sans oublier ce midi. Et elle savait qu'elle n'y couperait pas. Ce n'était pas tant la matière fécale qui la dégouttait que d’exécuter un besoin fondamentalement humain. Cela la rabaissait au rang des créatures inférieures et elle ne pouvait le supporter. Alors, plus question de reprendre de la nourriture, sous quelque prétexte que ce soit et donc plus question de se mutiler non plus. D'ailleurs elle en informerait Fusahira. Bien que sur le moment elle se demanda comment il réagirait à cette nouvelle. Cependant le temps n'était plus aux questions mais à l'étude. Alors, se rasseyant à son bureau, elle ouvrit le grand livre tout recouvert de cuir bleu, l'ouvrit et se plongea dans sa lecture. Étudiant studieusement l’aride ouvrage, elle ne daigna par répondre aux appels répétés de Fusahira qui l'invitait à souper. Espérant qu'il lui pardonnerait cette impolitesse, ai ne se dérangea seulement que pour se préparer une lampe à huile dont elle aurait besoin quand les derniers rayons solaires auraient disparus. Elle avait tant à apprendre. Toute la nuit s'offrait à elle.







Dernière édition par Ai Enma le Sam 4 Aoû - 6:11, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Messages : 100
Yens : 190
Date d'inscription : 21/02/2018
Localisation : au dessus de ton âme...

Progression
Niveau: 3
Nombre de topic terminé: 1
Exp:
2/6  (2/6)
avatar
Ai Enma ¤ Inconnue ¤

-



MessageSujet: Re: Le village de Murakokkyou   Sam 4 Aoû - 6:08






Routine scolaire.


Le lendemain matin, au chant du coq, ai descendit à la cuisine où elle trouva Fusahira attablé, un bol de thé fumant devant lui, accompagné de galettes de riz et d'un peau de miel. Restant debout, figée comme le marbre des statues et tenant sur ses avant-bras le lourd livre de cuir bleu, il la regarda légèrement décontenancé. Quelque peu surpris par cet apparition, il prit un ton avenant:


-"Et bien ai, ne reste pas plantée comme cela. Vient te joindre à moi ! Et pose donc ce livre qui te pèse tant..."


Se levant, il alla lui chercher un bol en terre cuite, tout simple, le posa sur la table et le remplit de thé. Se rasseyant, il continua:


-"Allez viens t’asseoir avant que le thé ne refroidisse et prend des galettes avec. Le miel est délicieux, tu verras."


Ai s'approcha lentement, tête baissée et le regard fixant le plancher, de la table et y posa, avec précautions, le livre. Elle releva la tête vers Fusahira. Sur son visage, il put y lire une grande tristesse teintée de gravité. Mais elle rabaissa rapidement la tête, ne soutenant point son regard. Il vit que la gêne avait figée les traits du visage d'ai et l'empêchait de parler. Alors, avec beaucoup de douceur dans la voix, il reprit quelque peu perplexe:


-"Qui y t-il ai ? Si tu veux me dire quelque chose, tu n'as pas à hésiter. Qu'est-ce qui t’embarrasse à ce point ?"


Ai n'osait répondre tant elle se sentait confuse. Relevant la tête vers lui, elle balbutia de sa voix grave:


-"C'est à dire... que... je ne mange pas..."


Fusahira afficha un air de surprise mais ne sembla pas plus étonné que cela. Reprenant un peu d'aplomb, elle continua:


-"Sauf des cerises... Oui, des cerises, parfois... Mais, je veux bien venir vous tenir compagnie lors des repas..."


Un sourire crispé fendit son visage. Visiblement, il se retenait de s'esclaffer aux dernières paroles d'ai.


/* Me tenir compagnie ! Si c'est comme au dernier dîner... ça promet ! */


Essayant de retrouver un minimum de sérieux:


-"Bien, comme tu voudras."


Alliant l'acte à la parole, ai vint donc s’asseoir à la table, face à Fusahira et le fixa de ses grands yeux grenat pleins de tristesse. S’apercevant qu'aucun mot ne lui venait, navrée, elle baissa la tête et se mit à observer le bol de thé fumant qui lui était destiné. Un nouveau silence gênant s'installa. Se fut Fusahira qui le rompit de sa voix enjouée:


-"Donc, comme convenu, tu viendras étudier et décortiquer les différents textes et arrêtés pendant matinée, avec moi dans mon bureau, et l'après-midi, tu iras dans ta chambre pour les apprendre par cœur et aussi faire des exercices pratiques que je te corrigerais par la suite. Il te faudra aussi connaître dans une certaine mesure la jurisprudence pratiquée par les Cours et tribunaux de Fuyu dans certaines circonstances. Ensuite, quand tu auras acquise un minimum de connaissances, je t’emmènerais sur le terrain, avec moi, afin de parfaire ta formation. Mais d'abord, nous commencerons par le droit des contrats entre particuliers. Et dieu sait, que c'est un sacré morceau ! "


Ni tenant plus, Fusahira se mit à rire à gorge déployée. Ai trouva sa réaction quelque peu déplacée, mais n'en fit rien paraître. Elle releva la tête et d'une voix douce et grave:


-"Bien..."



Ainsi commença à s’organiser l'existence d'ai. Étudier le droit n'était pas pour lui déplaire, bien qu'au fond d'elle-même, le contrat qu'elle proposait lui paraissait bien plus simple finalement. Deux tombes pour une malédiction... et tellement plus efficace. Mais c'était du passé et elle devait se concentrer sur ce qui pourrait être son avenir, même si cela la contrariait. Et quand une pointe de nostalgie venait lui piquer le cœur et la détourner de son étude, elle repensait alors à Zoro, à sa force de caractère et à sa détermination. Ainsi, sa volonté forcit, elle redoublait d'effort, dévorant loi après loi, article après article. Travaillant toute la journée et une bonne partie de ses nuits, elle progressa rapidement. Au bout de trois semaines, elle connaissait les principaux textes régissant les contrats entre les particuliers et abordait déjà ceux régissant les entreprises. Fusahira fut déconcerté par sa rapidité d'apprentissage et lui fournit de nombreux palimpsestes afin qu'elle puisse s'exercer et mettre en pratique ses connaissances nouvellement acquises. Dans la foulée, il lui commença même à lui enseigner la rédaction de plusieurs types de contrats et d'en analyser toutes les subtilités. Ai se montrait très bonne élève et d'ici quelques semaines elle aurait acquise suffisamment de connaissances pour pouvoir le seconder.


/* Avec ce qu'elle sait déjà, elle possède un vernis assez solide pour donner le change dans une conversation... Je ne sais pas qu'elles sont tes motivations profondes, petite, mais une fois que je les connaîtraient, un avenir bien différent à celui auquel tu t'attends, pourrait s'ouvrir à toi... */



Une journée de shopping - Préparatifs.


L'aube venue, ai descendait de sa chambre pour accompagner Fusahira lors de son petit déjeuner. Elle s’asseyait, immobile en face de lui, le regard sombre ou bien mélancolique, le fixant ou baissant les yeux sur le bol fumant qu'il prenait soin de disposer pour elle, chaque matin et attendait, posée là, silencieusement. Même si durant les premières semaines il avait trouver cette triste présence muette plus incommodante que plaisante, il avait fini par s'y habituer et il avait fini par l'accepter telle qu'elle était. La seule chose qui lui contrariait vraiment, c'était son état de perpétuelle tristesse. Et comme tout les matins, il attendait secrètement une réaction de sa part, soit qu'elle dise quelques mots soit qu'elle touche à son thé. Mais rien ne se produisit et ne vint troubler ce rituel devenu immuable. Parfois il restait lui aussi silencieux, parfois il lui adressait la parole sachant qu'il n'obtiendrait aucune réponse de sa part. La nature de leur relation était tout aussi étrange que la nature même d'ai. En cette belle matinée pleine de promesses, Fusahira affichait un contentement évident. Et c'est avec enthousiasme qu'il s'adressa à sa jeune apprentie:


-"Cela va faire deux mois que travaille avec acharnement et déjà tu t'es compénétrée de certaines des bases du métier. Bien que nous nous en soyons tenu, majoritairement, aux aspects théorique, tu es capables de déjouer les équivoques des lois et des arrêtés, d'établir des contrats simples mais précis et explicites. Et même si c'est prématuré, j'ai décidé que tu rentrerais dans notre corporation d'ici deux semaines."


Pénétrant de son regard celui d'ai, il chercha, en vain, une étincelle de contentement, une lueur d'enthousiasme. Seul un haussement discret des sourcils dénotait chez ai d'un quelconque intérêt. Alors, sans perdre de sa contenance, il continua:


-"Donc aujourd'hui, on ne travaille pas ! Nous allons faire quelques emplettes ! En plus tu vas devoir rapidement te familiarisé avec une nouvelle discipline, mais je ne t'en dis pas plus pour le moment. C'est une surprise !"


Toujours aucune réaction de la part d'ai, si ce n'est qu'elle semblait attendre patiemment, la suite des événements.


/* Impénétrable ! C'est un vrai mur cette gamine, quasi indéchiffrable... Et même si cela est agaçant au quotidien, je doit bien admettre que c'est une vertu indéniable, voir même un sacré avantage si elle peut et veut rejoindre par la suite 'la Confrérie'. Elle pourrait devenir un bon élément... */


Tout en dévorant ses galettes de riz au miel, il continua du même ton jovial:


-"Pour commencer, nous passerons par le tisserand pour te faire confectionner l'uniforme propre à ta nouvelle fonction. Honnêtement, je ne le porte que rarement. Il est surtout utile lors de cérémonies officielles ou lorsque nous devons faire affaire avec des aristocrates, et encore si le temps le permet ! Ensuite nous irons chez le bijoutier afin qu'il te confectionne l'anneau de notre corporation. J'avais conservé celui de ton prédécesseur, mais tes doigts sont bien plus petits et fins, alors bon... Sans oublier le sceau qui te permettra d'officialiser les documents. Et puis il va te falloir des vêtements confortables et adaptés à nos conditions climatiques, surtout si tu dois voyager. Je connais un fourreur qui est un véritable maître artisan dont la renommée dépasse largement les frontières de notre compté ! Il sera te confectionner un vêtement à ton image. Sur le chemin du retour, nous repasserons par la parcheminerie pour te réapprovisionner en palimpsestes, il ne t'en reste plus beaucoup. Pour les dépenses, ne t'inquiètes pas, l'uniforme, le sceau ainsi que la bague sont à ma charge. Pour le reste, je t'avancerais la somme et tu me rembourseras au fur et à mesure quand tu auras ton salaire. Ah, j'allais oublier, lors de ton entrée officielle dans notre ordre, il te faudra choisir un témoin, tu as le temps, il te reste encore deux semaines !"


Sans plus attendre, la voix grave et douce d'ai se fit entendre timidement:


-"Maromi..."


Déconcerté par une réponse si preste de sa part, Fusahira en resta interdit. Et il bredouilla un rapide:


-"Ah... bien..."


/* C'est tout ai, ça... Prendre pour témoin une sourde et muette ! Curieusement, cela ne me surprend guère... */


Avalant goulûment les dernières bouchées de son petit déjeuné, Fusahira se leva prestement, prit sa veste et enjoint ai à le suivre.




Ils descendirent la rue du cherche-souvenir, puis débouchèrent sur la grand-rue qu'ils remontèrent pour arriver sur le marché du carré. En ce début de matinée, peu de monde déambulait sous les arcades. La place était presque vide et aucun marchand ambulant ne s'y trouvait. Fusahira poussa la porte d'une petite échoppe dont l'enseigne représentait un cadran d'horloge. Hormis cette enseigne, d’extérieur, rien ne la distinguait d'une maison d'habitation. Le son aigrelet d'une petite clochette retenti. Des semainiers recouvraient les murs et montaient jusqu'aux poutres du plafond. Seule une amoire-vitrine se trouvait placé à coté d'un comptoir fraîchement ciré. A travers les petites vitres de cette dernière, des horloges ainsi que quelques bijoux, biens disposés, y étaient visibles. Derrière le comptoir, un homme de chétive corpulence leva la tête vers eux. L'homme qui devait avoir dans la cinquantaine, les cheveux gris ramassés en un chignon soigné, portant de petites lunettes rondes sarclées d'or, leur afficha un sympathique sourire lorsque son regard se posa sur Fusahira. Et de sa voix de faussé:


-"Maître Fusahira ! Que me vaut le plaisir ?"


Débonnaire et jovial, il rétorqua:


-"Wanatabe, vielle canaille ! Vois-tu, la jeune fille qui se trouve à mes cotés est mon apprentie. Elle aura bientôt finie sa formation avec moi et elle va bientôt intégrer notre corporation en tant que clerc. Donc, je suis venue te demander de lui réaliser la bague corporatiste ainsi que le sceau afférent. Tu pourrais me faire le tout pour dans combien de temps ?"


Wanatabe, toujours souriant, s'approcha d'ai mais avec un air soupçonneux. Sans lui demander quoi que ce soit, il se saisit de sa main et l'observa comme une chose rare et étrange. Ai ressentit une aversion directe au contacte de cette main étrangère, mais resta aussi stoïque qu'une statue de musée. Une fois l'examen minutieux fini, il lâcha sa main comme s'il venait de brutalement s'en désintéresser et repris:


-"Bien bien... Élégantes mains ma fois... Elles n'ont pas due travailler bien souvent... Le tout devrait être près pour d'ici quelques jours, quatre ou cinq. Dit donc Fusahira, tu nous a caché que tu avais une apprentie ! Et depuis combien de temps ? Je ne l'ai jamais vue au village et personne n'est venu m'en parler... J'espère qu'elle ne finira pas comme ton ancien clerc !"


Et il se mit à rire, sans retenue. Fusahira le fusillait du regard. Ai, le regard sombre, ne semblait pas être affectée, dans un premier temps, par sa grossièreté, mais elle s'interrogeait, plutôt, sur le sens de ses dernières paroles. Fusahira répliqua d'une voix tranchante:


-"Mêles-toi donc de tes affaires vieux grippe-sous ! Et tâche d'avoir fini ton ouvrage à temps, sinon tu tâteras de la fermeté de mon poing !"


Sans demander son reste, il sorti prestement suivi d'ai qui nous voulait absolument pas passer une minute de plus avec cet exécrable personnage. Tout du long il l'avait ignoré, comme si elle ne comptait pas plus qu'une vulgaire marchandise. Ai fit de grands efforts pour surmonter sa colère naissante qui montaient en elle et seul un bref éclat rouge vif passa au fond de ses larges yeux. Sans s'en rendre compte, elle serrait fort ses poings. Coupant en diagonale la place du marché, Fusahira lâcha avec une colère à peine contenue:


-"Quel vieil aigri ! Je ne sais quelle mouche l'a piquée ce matin ! Te préoccupes pas de lui, l'âge commence à peser sur cette carcasse..."


Cet élan colérique passé, ai posa discrètement son regard sur lui. C'est bien la première fois qu'elle le voyait perdre son sang froid lui restait mesuré en toute circonstance. Il ne lui avait pas caché qu'il avait eu un clerc précédemment mais il ne lui avait jamais précisé ce qui avait put lui arriver et quelles avaient été les circonstances de son départ. Circonspecte, elle ne savait plus trop quoi penser.




Une fois la place traversée la place ils arrivèrent devant la boutique d'un tisserand. Le comptoir donnant sur les arcades était encombré de nombreux rouleaux d'étoffes variées aux couleurs chamarrées. Un homme dans la quarantaine, svelte, de haute sature était en train de s'affairer avec un boulier tout en écrivant avec sa plume dans un petit carnet. Fusahira se posta devant lui, l'homme leva la tête et se mit à sourire. D'une voix posée il s'adressa à Fusahira:


-"Tient, maître ! Bien le bonjours, puis-je vous être utile en quelque chose ?"


Affable, Fusahira répondit:


-"Je crois que je vais avoir besoin de vos talents, mon cher Kobayashi. C'est pour ma jeune apprentie, elle va bientôt faire partie de la famille."


D'un geste de la main il désigna ai qui était à ses cotés, légèrement en retrait. Elle leva ses grands yeux tristes vers le tisserand. Kobayashi ne put réprimer un frisson qui le parcouru tout du long de sa colonne vertébrale. Son teint avait ostensiblement blêmi. La stupéfaction passée, il sentie la gêne lui monter au visage. Alors, avec un air penaud, il adressa un large sourire à ai. Puis s'adressa de nouveau à Fusahira:


-"Mais c'est une fille? !"


-"Oui... Effectivement..."


Fusahira afficha un air blasé. Déstabilisé et quelque peu affolé, Kobayashi, se retournant vers l'interieur de sa boutique, hurla le nom de sa femme puis sorti les rejoindre. Assez maladroitement, il s'adressa à ai:


-"Heu... rentre petite, c'est ma femme qui va s'occuper de toi... Comme tu es une fille... Enfin, tu vois. Heu, Fusahira et moi allons t'attendre à l’extérieur... Et félicitation!"


Doucement, les épaules légèrement affaissées, le visage tourné vers le sol, ai rentra dans la boutique où elle put entendre les pas précipités de la femme dévalant l'escalier. Devant elle arriva une personne assez boulotte, le visage rougit par l'effort et qui s'arrêta, un bref instant, coît devant ai. Se reprenant immédiatement, elle s'adressa à ai d'une voix douce et suave:


-"Bonjours petite, je m'appelle Hitomi et je vais bien m'occuper de toi. Allez zou ! Enlève moi ces drôles de vêtements... je vais prendre tes mesures... "


/* Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à m'appeler petite ! ça devient vraiment énervant à la fin ! */


Ai s’exécuta, la mine sévère. Ce qui n'affecta pas la bonhomie de la femme, qui tout en déposant des bandes de tissus sur un mannequin en les maintenant par de nombreuses aiguilles, se mit à soliloquer.


-"Tout d'abords, la chainse... Nous allons prendre un beau tissus de coton blanc finement tissé avec des fronces au col et aux manches. Normalement, la bienséance voudrait qu'elle descende jusqu'à mi-mollet, mais si tu dois aller par monts et par vaux et que tu dois monter à cheval, nous ferons comme pour les hommes, plus courte et fendue. Mais chut! personne n'en saura rien!"


/* Comment ça monter à cheval ? Moi ? */


Elle adressa à ai un rapide et complice clin d’œil continuant à s'agiter et poursuivit:


-"Pour la cotte, voilà un feutre épais d'un beau noir. Elle devra être ample et à gros plis, tombant jusqu'aux chevilles... Pour la doublure, je prendrai ce chanvre finement peigné, teinté de ce bleu azur. Ce sera du plus bel effet ! Dans les replis, j'y aménagerais aussi une fente, discrètement, munie d'un petit fermoir... Pour le surcot, un feutre plus fin, bleu indigo, avec des mi-manches pendantes et longues et qui se fermera à l'aide de lacet... Une petite retouche à la taille afin de mieux le cintrer...  Ah! Le garde-corps... velours noir, doublé de coton azur... manches longues... capuche... et un fermail juste en dessous du col... Pour les poulaines, j'irai les commander chez le cordonnier... taille du pied... plus un demi-pied de longueur... Et bien voilà notre clerc toute équipée ! Tous tes vêtements seront prêts d'ici une huitaine et je les ferais porter directement à Fusahira... A mais où avais-je la tête! Le couvre chef ! Calotte basse et larges bords... feutre noir... Et surtout, les galons... Au cas où tu ne le sache pas, pour les notaires, il s'agit d'un galon simple indigo avec glands, pour le premier clerc double galons indigo et noir avec glands et simple clerc, triple galons noir et indigo sans gland. Zut ! Je n'ai que deux tailles et encore c'est pour des hommes... A Murakokkyou, nous n'avons pas de chapelier et nous n’aurons pas le temps de t'en faire faire un assez rapidement... Bon, essayons le plus petit..."


Posant délicatement le chapeau sur le tête d'ai, celui-ci lui tomba sur les yeux et s'arrêta sur son petit bout de nez.


-"L'est tout mimi la demoiselle... Bon, calé avec un peu d'étoupe, ça devrait aller... Et bien je crois que c'est fini, tu peux te rhabiller. Ce costume t’ira à ravir!"


Ai, quelque peu saoulée par le flot incessant de parole d’Hitomi, ressortit de l’échoppe et alla rejoindre Fusahira. Ils prirent congé du tisserand et laissèrent derrière eux, le carré du marcher pour s'engager dans la rue des cents couleurs.




Cette rue assez large, pour que puissent se croiser deux charrettes à bras sans anicroche, avez pour particularité d'avoir ses pavés bigarré de multiples coloris due aux les pigments utilisés par les tanneries. D'ailleurs, avant d'être débaptisée, c'était l'ancienne rue des tanneurs. La rue n'était fréquenté, pour l'instant, que par des coursiers charriants de lourdes cargaisons de peaux et de fourrures. Des charrettes posées là, attendaient que leur contenu soit emmagasiné dans les divers entrepôts. Une odeur acre et acide empuantissait tout l'espace, prenant à la gorge et faisant monter les larmes aux yeux, ce qui, d'un coup, amoindrissait grandement le charme pittoresque des lieux. Fusahira ne sembla pas incommodé par ces vapeurs nauséabondes, pas plus que ai. Après quelques dizaines de mètres, ils s'arrêtèrent devant la porte d'un grand hangar dans laquel avait été découpé une porte plus petite. Fusahira fit résonner le marteau de bronze placé sur la porte. Et à peine quelques instants plus tard, une voix forte, grave et éraillée, dans laquelle pointait un énervement certain, se fit entendre:


-"Voilà voilà ! J'arrive !"


La petite porte s'ouvrit à la volée et un homme assez grand, la quarantaine passée, apparut. Bien que d'apparence musclés, son visage taillé à la serpe était émacié. Ses sourcil grisonnants, plantés en bataille, cernait des yeux très clairs et vifs enfoncés dans leurs orbites. L'homme affichait un mécontentement avéré et quand son regard se posa sur Fusahira, il grimaça un semblant de sourire. Et de cette même voix exaspérée:


-"C'est pourquoi ? Je suis pressé..."


Fusahira retrouvant toute sa bonhomie et d'un ton jovial malgré cette accueil abrupte:


-"Ah! C'est toujours un plaisir de te revoir mon cher Yamamoto ! Si je viens, c'est pour affaire."


Yamamoto observa ai de pied en cape puis les invita à rentrer. C'était un hangar assez vaste où s'entreposaient des très nombreuses peaux sur de larges étagères. Plusieurs, accolées au murs, étaient encore sur leurs châssis. Au fond, des grandes cuves ou s’éreintaient plusieurs hommes vêtus de grand tablier de cuir. C'était là les ateliers. L'odeur était si forte qu'elle devenait presque insoutenable et Fusahira fit une légère grimace. Yamamoto reprit avec un peu moins d’irritation dans la voix:


-"Suivez-moi à l'atelier de confection..."


Sur la droite, une autre porte donnait sur une vaste pièce où peaux et fourrures étaient rangées avec soin, certaines emballées dans un tissus de coton, d'autres traînant sur une vaste table en bois avec de multiples patrons, prête à être découpées. Divers outils, ciseaux, aiguilles et peignes y étaient éparpillés. Sans plus de cérémonie, Yamamoto repris d'une voix plus mesurée:


-"Alors ?"


Fusahira se rapprocha de lui et lui murmura quelques mots qu'ai ne put saisir, ce qui provoqua chez cette dernière un vif mécontentement lisible sur son visage. A la fin de se conciliabule, elle remarqua que les yeux de Yamamoto c'étaient agrandis tous ronds de surprise. Puis reprenant son air irrité, il se plaça juste en face d'ai et d'un ton qui n'autorisait point la réplique:


-"Déshabille-toi petite ! Allez! Plus vite!"


/* Décidément... */


Ai s'exécuta une nouvelle fois et Fusahira en profita pour sortir. Quand à Yamamoto, il se  planta devant elle et la toisa sans vergogne. Ses yeux d'aigle scrutèrent l'ensemble du corps d'ai sans que celle-ci n'en éprouve la moindre gêne. Sur son visage, on pouvait y lire un profond dédain. Quand d'un coup, il couru vers les étagères encombrées de fourrures et se mit à y fouiller frénétiquement. Puis il revint vers elle, rapidement comme exalté, les yeux tout écarquillées, tenant dans ses mains plusieurs échantillons de  fourrures. Il lui prit le bras sans ménagement et le leva à la perpendiculaire de son corps. Puis, choisissant avec minutie les différents échantillons, il les posa sur le bras tendu d'ai. Il recula, se ravança, changea de place les morceaux de fourrures, recula de nouveau et observa le résultat. Puis il se mit à soliloquer à mi-voix, alla prendre une plume, un mètre de couturière et un carnet. Mesurant, prenant des notes, bougeant les membres d'ai comme s'il s'agissait d'un simple mannequin, Yamamoto semblait pris de frénésie. Et au bout d'une heure de travail véhément, se stoppa net devant ai et d'une voix toute professorale:


-"Tu pourras dire à Fusahira que l'ouvrage sera achevé dans les temps! Un coursier passera."


Puis, sans demander son reste, sortit en trombe de la pièce et disparu, laissant ai complètement consternée par ses manières peu orthodoxes. Elle se rhabilla puis alla retrouver Fusahira qui l'attendait patiemment dans la rue et lui relata le comportement assez étrange de Yamamoto. Fusahira se mit à rire de bon cœur et pour toute explication:


-"Ne t'inquiète pas ! Il est un peu spécial, c'est un artiste !"


Levant la tête vers le ciel, il continua:


-"Le soleil est déjà bien haut et j'ai le ventre vide. Rentrons, Maromi nous a sûrement préparée quelque chose de bon, la ne faisons pas attendre. Cette après-midi, nous passerons à la parcheminerie et puis y a une petite surprise pour toi !"


Et de sa voix grave et monocorde, sans montrer d'enthousiasme:


-"Bien..."




En début d'après-midi, Fusahira et ai traversèrent le village en direction du nord, cheminèrent dans les vastes herbages pour se diriger vers une grande ferme composée de plusieurs corps de bâtiments. L'un d'eux, tout en longueur, était jouxté d'un manège. Un jeune homme tenant au bout d'une longe un cheval à la robe noire, lui faisait faire, au trot, le tour du manège. Tous deux rentrèrent dans la grand bâtiment qui se trouvait d'être une écurie. Plusieurs jeunes garçons s'y affairaient, fourches et brouettes à la main, sortant et rentant dans les box. Dans l'allée centrale, un homme proche de la cinquantaine, vêtu d'une longue chemise de lin élimées, d'un pantalon de laine troué aux genoux et d'une paire de bottes usées, vérifiait avec attention l'état de chaque box. Fusahira leva les bras et d'une voix forte et joviale:


-"Sato ! Mon vieil ami, vas-tu bien ?"


L'homme se détourna et en apercevant Fusahira, eu un large sourire. Lui aussi, levant les bras au ciel, lui répondit d'une voix tonitruante:


-"Fusahira ! Quel bon vent t’amène ? Comme tu peux le constater, je suis en pleine forme ! Viens donc par ici !"


Les deux hommes se firent une chaleureuse accolade. Fusahira d'un large mouvement de bras désigna ai.


-"Je te présente ma future clerc, enfin si on peut le dire ainsi, elle s'appelle ai."


Tout aussi grand que Fusahira, bien que plus svelte, Sato s'approcha d'ai, fléchit les genoux et y posa ses larges mains. Son visage presque à la hauteur de celui d'ai affichait un large sourire et de sa voix puissante:


-"Bonjours petite! Alors c'est donc pour toi !"


/* ... */


Avant qu'ai ai eu le temps de réagir ou même de protester, il passa vigoureusement sa main sur le dessus de sa tête et en ébouriffa ses cheveux en finissant par lui prodiguer deux petite tapes qui se voulurent sympathique. Surprise par un tel geste, elle resta hébétée, clouée sur place. De sa voix de stentor il continua:


-"Suivez moi, son box est au fond. Vous allez voir, vous ne serrez pas dessus ! Elle est magnifique."


Quelques mètres plus ils s’arrêtèrent devant un box d'où dépassée la tête d'un magnifique cheval. De ses grands yeux ronds noirs, il fixait le petit groupe. Mais quand ai s'approcha de l'animal, celui-ci recula et se mit à hennir. Ai se doutait que sa présence devait déplaire à l'animal. Elle recula donc et l'animal se calma.


/* Mince, je ne m'attendais pas à devoir monter à cheval pour faire le commissionnaire... Moi qui n'ai jamais fait d'équitation... Sans compter que ma nature ne va pas simplifier les choses à ce que je vois... */


Sato héla un garçon d'écurie non loin de là et lui demanda de seller le cheval et de le sortir du box. Ce dernier s’exécuta promptement et quelques minutes plus tard, ai se retrouva nez à nez avec un impressionnant destrier. Jamais elle n'avait vue un cheval de cette taille, il lui semblait gigantesque. Il devait bien faire dans les un mètre soixante-dix au garrot, ce qui plaçait sa tête au dessus de celle d'ai de trois fois sa hauteur. Son front était large,ses oreilles en pointes étaient ornées d'une petite touffe de poil tel les lynx et ses grand yeux noirs intelligent pointaient sur ai. Sa crinière, longue et abondante, avait été peignée avec soin tout comme ses fanons qui lui descendaient du genoux jusqu'aux sabots évasés et larges, lui conférent une bonne adhérence même sur les sols gelés. Sa stature était imposante sans être massive et restait élégante, il avait la silhouette des shires que l'on pouvait rencontrer en grande bretagne. Tout son poil, dru et dense était blanc comme la neige à l’exception de larges taches caramel sur sa robe. La bête était magnifique et exprimait tout à la fois noblesse, fierté et de par son regard, douceur. Le garçon d'écurie l'avait pourvue d'une petite selle en cuir couleur crème, elle n'avait sans doute pas été conçue pour un adulte. Le mors en bronze étaient décorés sur chacune des extrémités du canon par un dragon stylisé. La longe, tout comme la selle était de cuir crème. Fièrement, Sato s'adressa non sans fierté aux deux acolytes:


-"Magnifique, n'est-ce pas? Voilà une magnifique jument de trois ans, un pure sang de nos royaumes ! Et ma fierté !"


S'approchant d'ai, qui s'efforça de ne pas reculer afin d'éviter tout contact trop familier, et d'une voix presque chuchotée en lui tendant les rennes:


-"Elle s'appelle Youki."


Ai prit les rennes mais au lieu de la suivre, le cheval se cabra et Sato dut user de patience et de douceur afin qu'il finisse par se calmer. Le tenant fermement, il demanda à ai de s'approcher lentement de l'animal et de doucement flatter son museau. Et c'est avec d'infinie précaution qu'elle posa sa main sur le museau de l'animal. Ce dernier, réticent, leva haut sa tête afin de se dégager de la main d'ai. Mais à force de persévérance, l'animal accepta plus ou moins sa présence et se laissa caresser le museau. Accompagnant ai de près, Sato et Fusahira sortirent de l'écurie avec Youki, pour se diriger vers le manège. Et d'une voix douce, plus pour l'animal que pour elle, Sato s'adressa à ai:


-"Ne t'inquiète pas, elle est encore bien jeune et très fougueuse, tu devras prendre patience et faire preuve d’aménité avant qu'elle ne te fasse confiance. Mais tes efforts seront récompensés et elle deviendra pour toi un très fidèle et loyal compagnon. De plus ces chevaux, issus d'une très vielle et noble race de notre royaume, sont particulièrement vifs d'esprit, perspicaces et même astucieux. Et dans de nombreuses situations, ils se révèlent être des alliés précieux. Cette race est d'ailleurs majoritairement, destinée à nos armées et sa vente est soumise à de nombreuses réglementations. Mais ça, je laisse le soin, à Maître Fusahira, de te dévoiler toutes les subtilités de ses formalités. Juste un petit conseil quand même, garde toujours sur toi l'acte de propriété de ton cheval, sinon tu pourrais avoir des soucis avec les hommes de gardes ou bien les douaniers de notre royaume... Y rigolent pas trop de ce coté-ci ! Mais trêve de bavardage, montre nous ce que tu sais faire..."


Et sur ces paroles, les deux hommes allèrent s’asseoir sur la barrière entourant le manège laissant ai au centre avec la jeune jument. Elle essaya de s'agripper à la selle pour la monter, mais sans résultat. Elle prit même son élan pour sauter sur la selle, mais l'animal, comme pour se moquer d'elle, avançait ou reculait à chaque fois et ai se retrouvait le nez dans la terre. S'évertuant à vouloir monter sur le dos de sa jument, elle entendit derrière elle des rires étouffés, puis ne pouvant plus se retenir, les deux hommes se mires à rire à gorge déployée. Ai fulminait en son for intérieur et un éclat rouge vif passa brièvement dans ses yeux. Puis elle entendit la voix tonitruante de Sato:


-"J'aurais dut y penser plus tôt !"


Arriva t-il à prononcer entre deux fou rire. Et il se leva pour revenir avec un petit escabeau pliant en bois de bouleau. Il se dirigea vers ai et l'installa pour qu'enfin elle puisse se mettre en selle.


-"Je pense que ça ira mieux maintenant !"


/* Avec des étriers, cela aurait été plus pratique quand même ! */


Ai posa sur lui un regard sévère, monta les trois petites marches et s'installa sur la selle qui se révela être particulièrement confortable. Sur le devant, un prénom en hiragana avait été gravé dans le cuir, elle passa doucement son doigt sur le cuir repoussé. On pouvait y lire le prénom 'Yoko'. Reportant un regard interrogateur sur Sato, elle n’eut pas besoin de lui demander quoi que ce soit pour qu'il lui donne des éclaircissements. L'homme baissa la tête et fut envahie d'une soudaine tristesse comme si un pénible et sombre souvenir venait de remonter à sa mémoire. Un instant, il garda le silence, puis avec une voix emprunte de nostalgie, s'adressa à elle, toujours le visage tourné vers le sol:


-"La selle sur laquelle tu te trouve, tout comme l’escabeau, appartenaient à ma fille Yoko. Elle devait avoir ton âge quand elle fut emportée par le vent d'hivers, il y a de cela dix saisons maintenant... Elle était une excellente cavalière... Et même si je suis attristé, je suis quand même un peu heureux que tu la fasses revivre un peu, en réutilisant son équipement. Toi aussi, tu deviendras une bonne cavalière..."


Le visage d'ai changea brutalement d'expression. Il était exceptionnel qu'elle fit preuve d'empathie à l'égard d'un être humain, mais l'histoire de Sato la toucha sincèrement. De plus, elle avait un contact intime avec cette jeune fille décédée, elle se trouvait en possession de son harnachement et pouvait toucher son prénom de son doigt et cela la troubla un tantinet. Alors, elle voulue se montrer digne de ce présent et faire honneur à sa mémoire. Il fallait que cette première démonstration d'équitation soit une réussite. Au tout au moins qu'elle puisse s'en montrer digne. Après un long silence, il se reprit et d'un ton qui se voulait détaché:


-"Allez, à toi de jouer..."


/* Youki, c'est à nous... C'est le moment de coopérer... On va y aller tout doucement... */


Et il rejoignit Fusahira sur la barrière. Ai se saisie des rennes et essaya de faire avancer Youki, sans succès. Alors, prudemment elle serra ses talons sur le flanc de la jument puis doucement se risqua à de petits coups avec ses talons qui restèrent eux aussi sans effet. Et au bout de plusieurs minute, ai juchée sur Youki, n'avait toujours pas bougée. Désespérée, baissant la tête, elle tenta de tirer sur les rennes une dernière fois. Mais l'animal toujours récalcitrant demeurait imperturbable au centre du manège. Alors, elle put entendre de grands esclaffements en provenance de la barrière. Elle n'osa relever la tête tant la honte de son échec lui pesait, elle se sentait indigne du présent qui lui avait été fait.


/* A bravo ! Grace à ce stupide animal, me voilà humiliée... De quoi j'ai l'air maintenant ? */


Les deux hommes, pouffant de rire, les larmes aux yeux, se levèrent et rejoignirent ai. Se fut Sato qui le premier prit la parole essayant de retrouver un minimum de sérieux:


-"Bien, il va fa falloir que vous appreniez à vous faire confiance l'un l'autre, sinon nous n'arriverons à rien... Ai, tu dois gagner le respect de Youki, c'est un animal très fière tu sais. Après, elle t'obéiras au doigt et à l’œil. Ne t'inquiète pas outre mesure, je vais t'apprendre comment mériter son estime. Elle est têtue, mois aussi! Et puis c'est déjà pas si mal pour une première fois, tu es toujours en selle, alors qu'elle aurait pue te désarçonner violemment. Rien de tel que de commencer par les gestes quotidiens pour faire connaissance, c'est à dire comment l'entretenir, changer sa paille, la brosser, savoir l'harnacher avec soin et le plus important, lui parler !"


Fusahira se tourna vers Sato et d'une voix des plus sérieuses:


-"Sato, tu as quinze jours pour qu'elle sache monter correctement. Met les bouchées doubles."


Puis s'adressant à ai:


-"Tu viendras ici bien avant la chant du coq pour entretenir ton cheval, après ces corvées tu reviendras chez nous étudier jusqu'en début d'après-midi où tu repartiras pour tes cours d'équitation et à la soirée venue nous continurons tes cours. Ainsi, tu auras les rudiments suffisants pour pouvoir monter à cheval sans avoir à sacrifier tes études, ça va te faire de sacrées journées de travail! Mais je suis confiant car je sais que tu travailles dur pour y arriver. Alors, courage."


Rassurant, Sato lança à ai un clin d’œil complice:


-"T'inquiètes petite, je suis le meilleur dresseur de toute la province, ça va être du gâteau !"


Étrangement, ai eu du mal à croire les paroles de Sato.








Dernière édition par Ai Enma le Dim 26 Aoû - 11:14, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Messages : 100
Yens : 190
Date d'inscription : 21/02/2018
Localisation : au dessus de ton âme...

Progression
Niveau: 3
Nombre de topic terminé: 1
Exp:
2/6  (2/6)
avatar
Ai Enma ¤ Inconnue ¤

-



MessageSujet: Re: Le village de Murakokkyou   Lun 20 Aoû - 21:05






De bien longues et tristes journées ou le bonheur retrouvé.


Ces deux dernières semaines, placèrent ai dans un sentiment de douce tristesse, calme et reposante. Complètement accaparée par ses diverses tâches, de très tôt le matin à très tard dans la nuit, elle subissait bien moins la tyrannie nostalgique des souvenirs de son ancien monde et semblait nager dans une certaine forme de plénitude monotone. Elle détestait par dessus tout les basses besognes matinières qu'elle considérait indigne de sa condition. Il lui arrivait de songer à mettre le feu aux écuries, de tout faire disparaître dans un immense holocauste. Mais, fait singulier, des images lui apparaissaient, comme d'étrangers souvenirs qui lui lacéraient le cœur sans qu'elle n'en sut la raison. Ces visions inexpliquées lui procuraient un fort sentiment de déplaisir alors qu'elle auraient dues être douce à son esprit. Donc, faisant de grands efforts, elle ravala sa colère pour échapper à ces tourments. De plus, tout sentiment de colère rendait Youki nerveuse et plusieurs fois ai échappa de justesse à ses ruades. Petit à petit, ai apprit à se maîtriser pour conserver une certaine égalité dans ses humeurs. Elle savait, que quand même, toute la violence de sa colère, son profond désir de vengeance n'avaient point été dissolus et qu'elle n'avait fait que les occulter momentanément. C'est dans un profond sentiment de résignation qu'elle avait trouvée une forme de salut momentané. Pourtant, le désir qui la poussait à continuer d'exister en ce monde se nourrissait de la rage, sentiment partagé par le jeune qui l'avait par deux fois protégée, tout d'abord d'elle-même puis d'une chose malfaisante. Cette dualité irritante se posait tel un dilemme et ai se sentait prise dans un piège redoutable. Finalement, navigant sur ces eaux dangereuses, elle savait qu'en aucun cas elle ne maîtrisait la barque de son destin.




Après chaque repas de midi, où ai restait silencieuse comme à son habitude, elle faisait signe à Maromi de la suivre dans sa chambre. Bien que cette dernière eusse la vaisselle à faire, ai l’entraînait à sa suite. Fusahira ne fit rien remarquer à Maromi et l'enjoint plutôt à suivre ai. Ils ne savait pas trop ce que pouvaient manigancer ces deux jeunes filles mais il voyait cela d'un bon œil et même rassurant. Peut-être qu'ai c'en été fait une amie et que cette relation pourrait lui être profitable ou tout au moins chasserait quelque peu ses idées noires. Alors, mauvaise fortune, bon cœur, il se chargeait des tâches ménagères. Il avait vu ai revenir de l'écurie de Sato avec une sorte de plateau en bois entouré d'un tasseau puis avait été chercher de la fine terre rouge quelle avait mise dans un sceau. Même intrigué, il ne lui demanda rien. Voulait-elle faire pousser des plantes ? Pourtant elle n'avait montrée jusqu'ici aucun intérêt pour la culture. Et aucun son ne venait trahir l'activité des deux complices, l'une muette et l'autre ne parlant presque jamais ou bien d'une voix si ténue qu'il ne pouvait rien déduire de leur activité.


Assises en tailleurs à même le sol, le bac en bois rempli de terre en face d'elles, chacune avec un bâton en main, ai montrait à Maromi, avec beaucoup de patience, comment écrire les trois hiragana composants son prénom. Ai traçait lentement chaque hiragana, les effaçait puis s'était au tour de Maromi de les dessiner dans la terre. Et à force de persévérance, Maromi mémorisa les hiragana et sut les reproduire. Ai se demandait au fond d'elle même pourquoi elle passait du temps à apprendre à cette petite humaine comment écrire son prénom. Était-ce par fierté ou vanité ? Il se pouvait qu'elle trouve assez infamant d'avoir pour témoin une illettrée et que cela dévaloriserait sa propre personne. Ou bien était-ce par pitié ? Cela lui semblait impossible. Car au cours de son existence, ou du moins de ce qu'elle s'en souvenait, elle avait envoyée tant d'innocents comme de coupables en enfers et tués tant d'autres par simple contrat sans jamais éprouver le moindre remord, la moindre pitié que cela lui était tout simplement impensable. Par charité alors ? Il est vrai que quelques rares fois elle avait déjouée certains plans visant à tuer une personne qui se trouvait être à ses yeux innocente, mais au fond elle n'avait fait que changer l'objet de sa vengeance. Alors, pouvait-on encore appeler cela de la charité ? Non, c'était quelque chose de bien plus intense, de bien plus obscure. Comme un désir ardent enfoui au plus profond d'elle-même dont elle ignorait jusqu'à l'existence même.


Parfois, quand Maromie exprimait muettement sa joie, mais à grand renfort de geste, quand elle parvenait à reproduire correctement un des hiragana, ai se perdait dans de singulières et troublantes visions. Ses grands yeux carminés devenaient étrangement fixes, perdu dans un lointain horizon. Dans un flou aux couleurs délavées elle voyait un jeune garçon qui montrait à une jeune fille comment lire sur un vieux parchemin. La jeune fille sans visage semblait passionnée par les caractères tracés sur le papier. Une cascade était en arrière plan et sur la hauteur dominait un immense cerisier en fleur. Mais la vision s'évanouissait brutalement lorsqu'ai cherchait à y voir plus de détails. Le seul élément distinctif qu'elle put percevoir de ce tableau pastoral l'avait jeté dans un effroi sans nom. Son estomac se nouait en de violents spasmes devant cette épouvantable abomination. Comment se pouvait-il que cette jeune fille sans visage eusse put avoir un teint de peau si semblable au sien ? La bouche pleine de dégoût et de haine, elle serra les dents jusqu'à les faire sinistrement crisser. La vision disparut, ai reprenait son souffle, étourdit. Et reprenant peu à peu pied dans la réalité elle trouvait Maromi à ses cotés complètement terrifiée, n'osant pas bouger d'un pouce. Alors, faisant comme si de rien n'était, elle se remettait à tracer les hiragana dans la terre rouge. Maromi, elle aussi, essayait de plus penser à cette être à la peau de craie qui parfois pouvait lui faire si peur quand elle se perdait dans ces absences. De lire cette peur dans les yeux de sa jeune compagne l'attristait profondément bien qu'elle ne ressente aucun attachement particulier pour cette humaine. De toute façon que pourrait-elle bien ressentir pour des être qui lui étaient en tout point inférieur ? Non, jamais elle ne tomberait sous le joug de leurs turpitudes.




Plus que deux jours et ai allait faire partie de la corporation des notaires. Maromi c'en faisait toute une joie et avait demandée à Fusahira si elle pouvait cuisiner quelque chose de spécial à cette occasion. Ce dernier acquiesça et trouva même judicieux d'inviter quelques personnes à cet évènement. Car dans le village les commérages devaient aller bon train, Wanatabe avait une langue bien pendue et Kobayashi tout comme sa femme en avait sûrement parlé, donc tout le village ou presque devait être au courant. Et de placer une personne de la gente féminine à un telle fonction allez faire jaser. Ce qui inquiétait véritablement Fusahira, c'était qu'ai tombe sous la vindicte populaire et remette en cause la légitimité de son poste. Donc, une annonce officielle, quelques invitations judicieuses, assoiraient la position d'ai et nul ne penserait plus à contester le bien fondé de sa charge. Déjà, Fusahira avait reçue l'uniforme réglementaire d'ai et après un essayage, il trouva que ce dernier lui seyait à merveille, même si le chapeau, légèrement trop grand, lui donnait un air croquignolet et tout à fait charmant. Fusahira et ai eurent un débat, enfin comme à leur accoutumée, Fusahira exposa ses arguments et ai opinait de la tête ou pas, parfois ponctué d'un timide oui. Le sujet étant de savoir si elle devait s'attacher ses cheveux ou bien les ramasser en chignon pour les cacher sous son chapeau. Contre toute attente, ai fut quand même plus loquace sur le sujet qu'à son habitude et Fusahira ne manqua pas de le remarquer.


/* Tient teint, sous cette armure froide et distante se cacherait-il le cœur d'une coquette jeune fille ? Baisserais-tu enfin ta garde ? Finalement, tu as le même penchant que les autres filles, les beaux habits et les belles toilettes ne te laissent pas indifférente. C'est déjà ça... */





Alors, que la discussion battait son plein, à sa manière, sur la coiffure d'ai pour savoir s'il serait plus judicieux qu'elle porta une tresse ou bien de simplement les attacha avec un ruban, dont le choix de la couleur lui aussi restait à débattre, la cloche de la porte d'entrée se mit à sonner suivit de bruyants coups de poings martelant la porte. Tiré de cette discussion particulièrement épineuse, il se leva pour voir qui pouvait bien être à l’origine d'un tel tintamarre. A sa grande surprise, Yamamoto se tenait devant lui, tenant un gros paquet bien emballé. Sans plus de cérémonial, d'un ton agacé comme à son habitude:


-"Voilà, c'est prêt. Bon, je suis pressé, tu me laisses entrer ?"


-"Ah! C'est toujours un plaisir de te voir ! Entre donc. Sinon, tu vas bien ?"


A peine Fusahira avait-il prononcer ces dernières paroles que Yamamoto entra brusquement avec son colis encombrant, bousculant au passage Fusahira, sans prendre la peine de s'excuser. Voyant ai assise à la table, ses yeux se plissèrent. Il posa le paquet sur la table qu'il déplia avec empressement, puis disposa avec grand soin les différentes parties de la nouvelle tenue d'ai. Nerveusement, la regardant, d'une voix sèche et remplie de nervosité:


-"Bon, tu comptes essayer tes vêtements aujourd'hui ou bien demain ? Allez, on se presse un peu petite, j'ai pas que ça à faire !"


Ai le dévisageait, furibonde. Ces grands yeux étaient au bord de l'embrasement et elle dut faire d'immenses efforts pour se contenir. Faisant mine de le snober, elle se leva lentement et regarda nonchalamment les différentes pièces
vestimentaires. A la vue des différentes peaux et fourrures, de leurs raffinements et de leurs préciosités, toute rage s’évanouit en elle. Sans plus se faire prier, elle se déshabilla, ignorant la présence de Fusahira qui gêné, se dirigea vers l'âtre de la cheminée:


-"Je vais nous préparer du thé... "


La voix douce et ténue d'ai se fit entendre:


-"Je vais chercher une chemise..."


Puis, sur ces mots, elle disparut pour revenir avec une chemise mi-longue, de coton blanc, fendue sur le coté et ornementée de fronces. Elle passa délicatement sa chemise puis se saisie du pantalon nouvellement arrivé. Le pantalon, bien que large aux jambières, avait une coupe bien ajustée au niveau de la taille. Il avait été réalisé avec le cuir d'un jeune renne et teint d'un blanc de neige. Le cuir était velouté au touché et avait conservé toute son élasticité. Une ceinture faite en un épais tissus passant dans les coulants du pantalon en assurait son ajustement à la taille. Ai détourna sa tête du mieux qu'elle put afin de voir s'il ne lui faisait pas un gros postérieur, mais il lui était difficile de s'en faire une idée précise.


/* Dommage qu'il n'y est pas un grand miroir... */


Quelque peu contrariée, elle chaussa les bottes. Montant jusqu’à mi-mollet, il s'agissait de bottes d'été toutes en peau de phoque épilé. Le revers en haut des bottes était fait de fourrure de phoque blanc sur une largeur de quinze centimètres. Et juste en dessous, un avita (mosaïque de peau ou de fourrure) d'une largeur de trois centimètres venait les décorer. Il dessinait des triangles équilatéraux, mis tête-bêches et avaient été réalisés à partir de fourrure de lynx blanc et de renard bleu polaire. L'empiècement était si bien réalisé que nul couture n'était visible. En plus d'être superbes, elle étaient très agréables à porter, souples et légères, l’intérieur fourré de fourrure de phoque. Sur ce blanc immaculé, seul venait contraster avec élégance la fourrure du renard polaire. Puis elle prit l'amauti, sorte de parka féminin que porte les femmes du royaume de Fuyu. Vêtement assez imposant de par sa taille, ai fut surprise par son poids. En fait, il était bien plus léger qu'il n'y paraissait. L'amauti, dépourvue d'ouverture sur le devant s'enfilait comme une chemise, par le bas. Ample aux épaules, il était cintré à la taille et se terminait, en bas, par une découpe en demi-cercle. Celui du devant se finissait à mi-cuisse, alors que celui de derrière, lui tombait jusqu'à l'arrière des genoux. Le bas du vêtement, large et évasé permettait une grande liberté de mouvements aux jambes, comme de courir ou bien de monter à cheval. Les manches, coupées longues, lui couvraient pratiquement les mains, ne laissant de visible que les doigts. Une large et longue capuche finissait l'amauti, encadrant bien son visage. Cette longue capuche dissimulait, en fait, une ouverture dans le dos du vêtement et aussi trois amulettes faites d'ivoire attachées au niveau des épaules et qui pendaient, attachées à de petites lanières de cuir. L'ouvrage avait été intégralement réalisé dans de la peau de jeunes rennes et lui aussi avait la couleur des premières neiges. Des pièces de fourrures venaient ornementer, ça et là, somptueusement l'amauti. Une bande de trois centimètres de fourrure de lynx ourlait tout le bas de l'amauti, à mi-bras avait été disposée une autre bande large d'une dizaine de centimètre faites de fourrure de phoque blanc ainsi qu'au bracelet des manches. Les ourlets roulottés sous les manches laissaient pendre un peigne de fils blanc de cinq centimètres de long. Une autre bande de fourrure de phoque cernait le contour de la capuche. L'amauti était intégralement doublé de fourrure blanche de lynx. L'ouvrage était superbe, luxueux, sans défaut et s'ajustait parfaitement à son anatomie. Sans aucun doute, Yamamoto bien qu'ayant un caractère irascible, n'en était pas moins un maître artisan de tout premier ordre. Et une fois ai habillée de pied en cape, ce dernier se mit à tourner autour d'elle, lentement, la scrutant comme le ferait un sculpteur venant d'achever une œuvre. Le dos légèrement courbé, le buste en avant et les yeux plissés, il examina jusqu'à la moindre couture. Puis, il se recula d'un ample mouvement de jambe et sur son morne visage s'afficha un large sourire de satisfaction tout autant que de fierté. Son regard passant d'ai à Fusahira, d'une voix jubilatoire:


-"Alors ?"


Fusahira, finissant de préparer le thé se risqua à jeter un regard vers ai. Son visage se figea de stupéfaction tandis que celui de Yamamoto s’emplit d'orgueil et de morgue, puis il lança:


-"Je crois que nous avons là une bien ravissante petite princesse, n'est-ce pas?"


Effectivement, le blanc neige immaculé du cuir et des fourrures s'assortissait à merveille avec la peau de craie d'ai. Seuls contrastaient ses deux grands yeux de rubis, sombres. On eut dit l'apparition d'une ancestrale et fantomatique princesse du royaume des neiges. Triste, impavide, dans ses luxueux atours, elle exprimait toute l'indifférence et l’orgueil de la noblesse de sang. Fusahira courut dans sa chambre chercher le miroir dont il se servait pour ses ablutions et le tendit à ai. Elle se mira avec attention et d'un geste délicat, sortie de la capuche deux longues mèches de cheveux noirs qui encadrèrent son visage, tombant sur le blanc du cuir en deux longues cascades. De sa voix grave et ténue:


-"Magnifique... Ces vêtements sont magnifiques..."


Yamamoto renchérit d'une voix satisfaite et toute aussi sourde:


-"Exactement ! Tout simplement parfait !"


Quant à Fusahira, lui, restait muet d'admiration. Sur le moment, il revint en mémoire à ai une citation de paul Morand.


/* Les miroirs sont des glaces qui ne fondent pas; ce qui fond, c'est qui s'y mire */


Yamamoto reprit avec une voix claire et suffisante:


-"Je me suis permis de faire un petit aménagement sur tes bottes, qui pourra se révéler pratique lors de long déplacements. Sous le revers de fourrure, tu remarqueras un fente qui te permettras de dissimuler un ruban de pièces de monnaie, au cas où il t'arrivait quelques mésaventures. Comme tu sembles étrangères à notre contrée tout autant qu'à nos coutumes, je vais te donner, sommairement, certaines explications. L'amauti est la version féminine de la parka que portent les hommes du royaume de Fuyu. Et, la fente qui se trouve d'être dissimulée sous ta capuche est en fait une poche dorsale où se loge la future progéniture de nos femmes. A la puberté, cette poche très étroite est agrandie par des morceaux de bois pour que le cuir soit suffisamment distendue pour y accueillir le nouveau-né. Et si la capuche est longue, c'est afin de protéger le visage du nourrisson des intempéries hivernales. Quand aux trois amulettes d'ivoire qui ornent le dos, chacune d'elle correspond à un animal totem qui conférera ses capacités à l'enfant. Cette tradition remonte à nos anciennes croyances animistes, qui parfois perdurent... Dans ton cas, j'ai choisi le lagopède qui est un oiseau de nos régions arctiques au plumage blanc marqué de brun en été, presque entièrement blanc en hiver et que l'on appel aussi perdrix ou poule des neiges et qui apportera rapidité et endurance à l'enfant. Ensuite, le belette qui lui conférera force et dextérité et enfin l'oreille du caribou lui donnant son ouïe fine lui assurant ainsi une chasse fructueuse. Voilà. Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai du travail qui m'attend."


Avant de sortir de la demeure de Fusahira, il jeta un dernier coup d’œil en arrière sur son ouvrage et murmura:


-"Parfait."


A la lumière des dernières déclarations de Yamamoto, ai sentie une vague de colère déferler en elle. Une indignation profonde se figea sur son visage. Elle exécrait par dessus tout de se trouvait mêlée à son insu aux contingences humaines. Complètement étrangère à la procréation, tout autant qu'à son désir, elle trouva ce détail vestimentaire plus que déplacé pour une personne de sa nature et sa condition. Ils auraient tous mérité de périr sur le champ ! Mais elle n'était plus la fille des enfers... Elle fixa de son regard rouge braise Fusahira, le visage tendu par une rage à peine contenue. Fusahira prit au dépourvu et ne sachant pour quel motif ai se mettait dans un tel état, de sa voix calme, attentionnée et légèrement déconcertée:


-"Tu sais ai, tu es très belle dans ses vêtements. Ils te vont à ravir... Et tu as eu une très bonne idée pour ta coiffure... Tu es sans équivoque le plus belle des princesses des glaces de Fuyu !"


Finalement, loin d'être insensible aux compliments de Fusahira, sa colère fondit comme neige au soleil. Après avoir été princesse des flammes de l'enfer, la voici donc princesse des glaces... Pleine de triste contentement, elle prit le miroir et monta dans sa chambre afin de se perdre dans le plaisir esthétique de sa propre contemplation.



Cérémonie.


Très tôt, le lendemain matin, ai entendu que l'on s'agitait dans la cuisine. Ce devait être Maromi préparant le repas qui serait donné à midi pour les invités. Fusahira les avait choisi soit parce qu’il était en bonne relation avec eux, soit par souci d'étiquette. Il lui faudrait être diplomate afin qu'une jeune fille puisse être acceptée comme clerc de notaire. Et même si rien légalement n'empêchait une personne de la gente féminine d'exercer une telle fonction, ai paraissait quand même très jeune et il lui faudrait d'entrée de jeu l'imposer tout autant que d'obtenir l'assentiment de personnes influentes dans le village. A cet effet, il avait invité, outre certains de ses amis comme Sato ou bien Yamamoto, le chef du village Murakami, le président de la confrérie des lainiers Suzuki et Ito, herboriste et père de Maromi. Il y avait adjoint le commandant Kazushige, chef de bataillon du services douanier. Pour la cérémonie même, il n'y aurait que Yamamoto, Maromi, lui-même et ai. Cette dernière était en train de revêtir l'uniforme de sa fonction quand on frappa à sa porte. C'était Maromi qui venait lui demandait s'il lui était possible de déposer dans sa chambre le kimono qu'elle porterait pour la cérémonie. Ai acquiéssa d'un léger signe de la tête. Devant le miroir prêté par Fusahira, elle se coiffa et opta pour rassembler ses cheveux en une longue queue de cheval et de se faire deux petites tresses sur les cotés, qui lui encadrerait élégamment son visage. Maromi la regardait dans un respectueux silence. Une fois cela fait, elles descendirent, Maoromi retourna à la cuisine et ai entra dans le bureau de Fusahira afin de répéter la déclaration consacrée pour son entrée en fonction. Lui aussi avait revêtu son uniforme qui lui donnait malgré sa bonhomie habituelle, un air grave et sérieux. Et d'une voix posée:


-"Assied toi ai, j'ai une chose importante à te dire. Après demain, tu devras partir pour la ville de Mizu-Umi qui se situe dans la région des grands lacs, territoire de la république de Minshu pour remettre un plis important à l'un de mes collègue, Maître Kato. lui en retour, te remettra une bourse que tu ne devras sous aucun prétexte ouvrir. Tu m'as bien comprise ? Il te faudra environs trois semaines pour rallier la ville de Mizu-Umi. C'est un long voyage et tu devras te montrer prudente. J'ai là une carte que tu étudieras avant de partir, ainsi tu connaîtras la direction pour t'y rendre. Je ne peux pas te la prêter pour ton voyage car elles sont rares et hors de prix. Alors, mémorise-la bien. Je te fournirai une somme d'argent qui couvrira les frais de ton voyage. Et puis tu seras en bonne compagnie avec Youki, Sato m'a dit que vous vous entendiez bien maintenant. Ce travail, comme tous les autres que tu auras à accomplir est important. Soit sérieuse, consciencieuse et réfléchie. S'il devait t'arriver quelque chose de fâcheux, quoi que ce soit, rentre immédiatement au village. Ah, dernier point, tu ne devras rien emmener qui vienne de ton ancien monde, absolument rien. Voilà pour l'essentiel mais nous reviendrons en détail sur les préparatifs de ton voyage demain. Mais aujourd'hui est un grand jour pour toi qui vient couronner enfin tous tes efforts. Je suis fière de toi, petite tombée de la lune. Malgré toutes ces épreuves, tu n'as pas baissée les bras, tu as été très courageuse."




La clochette de la porte d'entrée tinta. C'était Murakami, le chef du village qui venait d'arriver. Portant un magnifique kimono de soie brune décoré de motifs géométriques ocres, symboles de son clan, coiffé du traditionnel chignon, l'homme d'une soixantaine d'années entra. Grand, svelte, il afficha un large sourire à Fusahira tandis que ce dernier l'invita à passer dans son bureau. Il en profita pour héler Maromi, lui intimant d'aller se changer, la cérémonie allait commencer. Quand Murakami entra dans le bureau, il s'arrêta surpris et ne put se retenir de lâcher à voix basse:


-"Mais c'est une fille !"


/* ... */


Et Fusahira de répliquer tout aussi calmement qu'avec fermeté:


-"je te l'avais bien dit non ?"


Prenant son temps, il posa un lourd regard sur ai, tout à fois décontenancé et intimidé. La blancheur surnaturelle de sa peau, ses grands yeux grenats lui rappelait certains contes effrayants de sa jeunesse où il était question de fantômes ou d'êtres surnaturels tourmentant les être humains. Ai le regarda droit dans les yeux, mais sans colère. Une grande lassitude s'était éprise d'elle et sans trop savoir pourquoi, elle avait l'impression pour la énième fois de faire face à ce sentiment de rejet dut à la couleur de sa peau et de ses yeux. Elle se perdit dans la contemplations des reflets sur la soie du kimono mettant de fait un terme à toute spéculation affective. Puis Maromi les rejoint prestement. Elle avait revêtue un kimono de soie bleu sombre avec des motifs floraux verts et rouges et coiffée ses longs cheveux en une grande tresse attachée avec un ruban de satin rouge cramoisi. Ainsi habillée et coiffée, Maromi était transfigurée. Ai fut elle-même étonnée de voir se révéler une si charmante adolescente. A l'arrivée de Maromi, le visage de Murakami s'empourpra légèrement emprunt de contrariété. Cela ne faisait aucun doute que pour lui, la gente féminine était bien trop présente pour ses goûts traditionalistes et conservateurs, à une telle cérémonie. Mais comme rien ne venait enfreindre les lois, alors il garda le silence. D'une voix grave et solennelle, Fusahira reprit:


-"Bien, comme nous sommes tous présents, nous allons pouvoir commencer. "


Fusahira se plaça derrière son bureau, ai juste en face de lui, Maromi et Murakami, juste derrière elle. Ai joint ses mains et Fusahira les lia avec un long chapelet fait de perles en bois de noyé auquel pendait une grosse médaille d'argent représentant deux mains jointes avec pour arrière plan, la balance de la justice. Puis elle répéta de sa voix grave, sourde aux accents compassés, les phrases du serment qui allait l'attacher à l'ordre des notaires de Fuyu et faire d'elle la clerc de notaire de maître Fusahira. Une fois la promesse solennelle dite, il lui délia les mains, prit sa main droite et enfila à son index une chevalière d'argent. Sur le chaton de la bague se trouvaient gravées les même armories que sur la médaille du chapelet, à la différence que celles-ci se trouvaient biffées, indiquant sa fonction de clerc. Puis il déroula deux grands parchemins, aux textes identiques, stipulant son accession à l'ordre des notaires. Fusahira prit sa plume et les signa, puis il prit un bout de cire verte qu'il passa à la flamme de la bougie, laissa couler un peu de cire sur le parchemin et apposa son sceau, il fit de même sur le deuxième. Après les avoir présenté à ai, il lui remit son propre sceau aux même motifs que le chaton de sa chevalière et lui tendit sa plume ainsi que le bout de cire verte. Ai fit de même. Puis se fut au tour des témoins. Murakami sorti son propre sceau avec de la cire rouge. Prenant la plume de Fusahira, s'apprêtant à signer lui aussi, il eut un temps d'arrêt et son visage blanchit. Sa main se mit imperceptiblement à trembler et le silence, jusque-là cérémonieux se fit pesant. Il venait de lire quel était le patronyme d'ai. Il se reprit, signa, apposa son sceau mais garda sa lividité. Se mettant en retrait, il laissa, son sans soulagement, sa place à Maromi. Mais là, se fut la surprise qui se peignit sur le visage des deux hommes. Là où chacun s'attendait à voir une croix tracée sur les parchemins, se tenait en lieu et place son prénom suivit de son nom. Voyant l'étonnement sur les visages, Maromi se sentie remplie de fierté. Etrangement, ai partageait elle aussi ce sentiment vis à vis de Maromi. C'était son témoin, alors elle avait voulu lui éviter les regards pleins de condescendance des deux autres. Mais était-ce pour plus pour Maromi que pour elle-même, qu'elle lui avait apprit à écrire son nom ? N'était-elle pas trop fière et orgueilleuse pour avoir comme témoin une humaine illétrée ? Quoi qu'il en soit, la cérémonie c'était bien déroulée et c'était le moment de passer à table.


Les invités, ponctuels, arrivèrent les uns après les autres et le repas commença. Maromi avait revêtue ses habituels habits de travail, car même si elle faisait partie des convives, c'est elle qui assurait le service. En entrée, un pâté d'écureuil et du saucisson de sanglier fut servi. Les conversations allèrent bon train. L'ambiance était tout autant animée que chaleureuse. Une fois sa surprise passée, Ito, le père de Maromi fut rempli de fierté en entendant l’anecdote où sa fille signa sur les parchemins. Suzuki adressa toutes ces sincères félicitations à ai mais resta quelque peu distant. Un certain frisson avait parcouru son corps en la voyant et il semblait partager la crainte superstitieuse de Murakami, mais le cacha au mieux. Quand au commandant Kazushige, son accueil fut très chaleureux et s'en s'embarrasser d'un quelconque cérémonial, lui frotta énergiquement de sa grande main caleuse, le dessus de sa tête, ébouriffant par la même occasion ses cheveux. Ai resta étonnamment calme, comme blasée. et ses yeux restèrent sombres.


/* ... */


Kazushige avait une voix étrangement haut perchée pour sa stature d'ours:


-"Je ne t'ai pas encore vue au poste frontière, petite ! Je serais très heureux de t'y accueillir personnellement, ça nous changera de ce vieux sacripant de Fusahira ! Sans compter que nous avons d'excellents fûts de bière !"


Puis il éclata de rire adressant à ai un clin d’œil complice. Impassible, ai le regardait comme on observe un animal étrange mais inoffensif. Le vin coula abondamment tout comme de nombreuses anecdotes. Ai redoutait le moment où Sato révélerait ses déboires en équitation, mais il n'en fit rien. Ce personnage était d'une nature douce et tranquille, il savait aussi bien ménager la sensibilité des chevaux que celle des humains. Ai, tout en silence, lui en fut reconnaissante. Personne ne fit de remarque non plus sur le fait qu'elle ne parla pratiquement pas, si ce n'est pour prononcer un furtif remerciement, ni sur le fait qu'elle ne toucha pas au repas. Par contre, elle n'avait put s'empêcher d'être attristée en voyant la mine déconfite de Maromi car elle n'avait même pas goûtée à l'un de ses plats. Elle savait qu'ai n'avait pas besoin de se nourrir mais elle savait aussi que cette dernière pouvait tout à fait manger. Son manque de tact à l'égard de Maromi la rempli d'amertume, elle avait la sensation d'avoir commit une injustice, de l'avoir blessée gratuitement. Et un lourd chagrin l'envahie jusqu’à la fin du repas. Son visage se fit particulièrement maussade. Mais personne ne releva. L'après-midi était bien avancée quand les convives quittèrent la demeure de Fusahira. Maromi se mit débarrasser la table, laver les couverts et à fit le ménage. Fusahira alla dans son bureau et ai dans sa chambre.



Plus tard dans la soirée, Fusahira monta rejoindre ai dans sa chambre. Frappant à la porte, il entendit faiblement un oui et entra. Ai se trouvait à son bureau en train d'étudier. Et d'une voix douce et calme:


-"Je viens te parler des dépenses que nous avons effectuées ces derniers jours. Il est vrai que j'ai choisi pour toi les achats, mais je voulais que tu sois bien équipée et qu'il soient à ton goût. Je prends en charge l'intégralité des articles afférent à ta charge hormis tes vêtements de voyage ainsi que ton cheval. Mais, connaissant Sato et Yamamoto, j'ai pu obtenir une petite ristourne quand même. Pour les vêtements de fourrures l'ensemble s'élève à six cent cinquante yens et pour Youki, la somme est de mille cinq cents yens. Ne t'inquiète pas, je t'avance l'intégralité de la somme en attendant que tu gagnes ton salaire. Et tu me rembourseras comme tu l'entendras, rien ne presse."


Tout en l'écoutant, ai sorti son petit calepin de cuir noir et y nota consciencieusement ses dépenses. Puis elle leva vers lui un regard plein de tristesse et de lassitude et d'une voix sombre et grave:


-"Bien..."


Il vit bien que quelque chose la préoccupait. En premier lieu il pensa que c'était due au fait qu'elle doive partir du village pour une longue période alors qu'elle commençait à y prendre ses marques. Mais il avait remarqué que Maromi, elle aussi semblait maussade et contrariée, sans raison apparente. Il avait du se passer quelque chose entre elles deux. Sachant qu'ai ne se confirait pas et qu'il ne pourrait rien y faire, impuissant, il s'en alla, un voile de tristesse sur son âme. Ai allait s'en aller le surlendemain et tous trois auraient le cœur lourd. Il aurait tant préférer que ce départ soit placé sous le signe d'un heureux et favorable renouveau pour ai.



Probité.


Il y a quinze jours de cela, un homme c'était présenté à la porte de la demeure de Fusahira et lui avait remit un pli scellé par un caché de cire bleu. Dans la cire, une lyre barrée d'une plume y étaient bien visible et il sut immédiatement de qui elle provenait. C'était 'le Ménestrel' qui se manifestait. Il lui demandait de commencer à éprouver sa jeune recrue par un simple test de loyauté et de capacité à voyager au travers des territoires de Kosaten. Elle devrait remettre un pli et rapporter une bourse, juste cela. Mais Fusahira devait enduire la lettre d'un poison violent et son homologue en ferait de même avec le contenu de la bourse. Si d'aventure ai ouvrait l'enveloppe ou bien fouillait dans la bourse, elle mourait empoisonnée rapidement. Alors, il prit un papier à lettre sur lequel il écrit au pinceau le kanji 'traître' puis tout en tenant sa respiration, saupoudra délicatement cette dernière d'une poudre blanche. Ayant prit soin d'avoir mit des gants de cuir, il plia la lettre et la mise dans une enveloppe épaisse, puis y marqua le nom du destinataire et la scella. Fusahira était très calme et son intuition lui laissait à penser qu'ai n’échouerait pas dans sa mission, il était confiant. Elle possédait maintenant de bonnes bases en droit notarial, ce qui lui ferait une excellente couverture par la suite, mais n'avait aucune expérience de ce monde et semblait n'avoir aucune compétence martiale. Savait-elle au moins se défendre ? Rien n'était moins sûre. En fait, il craignait surtout pour sa survie. Lui qui pouvait se montrer si détaché, impassible et froid, avait fini par s'accoutumer à cette petite présence silencieuse et fantomatique. En secret, il espérerait la revoir saine et sauve. Mais cela impliquerait aussi qu'elle serait de plus en plus exposée aux dangers. Et connaissant 'le Ménestrel', celui-ci serait sans pitié pour ai. Le regard sombre, il se demanda s'il était juste de plonger cette jeune fille, qui semblait avoir déjà beaucoup souffert, dans les périls de cette profession, sans vraiment lui avoir laissé le choix.





Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

-



MessageSujet: Re: Le village de Murakokkyou   

Revenir en haut Aller en bas
Le village de Murakokkyou
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Village Hentaï[accepté]
» Village Hentaï
» Village d'âme.
» Montegrande, un village d'aveugles
» DEPART POUR UNE NOCE DE VILLAGE / DEMARNE

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Manga Multiverse ::  :: Royaume de Fuyu :: Forêt de givre-


Crédits : Design : Phoenix & Pingouin Règlements & Contexte : Phoenix
Forum optimisé pour Google Chrome.