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Au Service de Sa Majesté...
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MessageSujet: Au Service de Sa Majesté...   Mer 21 Nov - 23:29
















Solo





Retour à Murakokkyou.


Meurtrie, exténuée, blessée dans son amour propre, ai dévalait sur sa fière monture les hautes collines du territoire de Minshu pour enfin franchir la frontière du royaume Fuyu. Son pénible voyage allait enfin arriver à son terme. Chevauchant sous la lune déclinante, dans un ciel où peu à peu les étoiles s’éteignaient, le chemin de terre serpentait entre les collines escarpées qui parfois montraient leurs flancs de basaltes noirs. En les voyant, elle sut que le village de Murakokkyou ne se cachait plus très loin et qu'elle pourrait y parvenir en tout début de matinée. Alors qu'elle s'attendait à éprouver une triste joie en retournant dans le village qui l'avait recueillie et d'une certaine manière adoptée, son cœur resta de glace. Aucun émoi ne vint perturber son esprit. C'est dans une totale indifférence qu'elle revenait près de ces humains qui lui avaient pourtant prodigué soins, attentions et générosité. Son âme était toute dévouée à la contemplation des successifs paysages dans lequel elle retrouvait une forme de paix et d'harmonie. Elle se refusait à penser à toutes les choses qui lui étaient arrivées dans la ville Mizu-Umi, car une colère sans nom allait s'emparer d'elle la menant à de nouveaux désastres. Contemplant les nobles aplombs de roches noires, le gargouillis d'un ruisseau lui parvint. Descendant de monts plus escarpés au nord-ouest, elle le reconnue de suite. Il délimitait le périmètre extérieur au village. Plus loin, sur la droite en amont, caché par des bosquets d'épicéas, une petite cataracte surplombant la cabane d'Ichika. A ses souvenirs, sa paix intérieur fondit comme neige au soleil. Mais point de colère, sinon un abattement et une lassitude écrasante. C'est complètement déprimée qu'elle chercha le gué afin de traverser les cours d'eau tumultueux. Et une fois franchie, une seule idée lui martela le crane, elle ne voulait croiser le chemin de personne. Ne voir aucun être humain, vivant du moins. Alors, au lieu de suivre le sentier qui la mènerait au village, elle coupa à travers les vastes herbages et ainsi atteindre la demeure de Fusahira sans avoir à rencontrer qui que ce soit.


La lumière solaire, jaune pâle, montait peu à peu dans le sombre indigo de l'azur quand elle aperçut la vielle, mais non moins charmante demeure, assise sur ses pilotis au milieu de son vaste pré, telle une antique gardienne. Juste à son coté, la grange accompagnée d'un bouquet de bouleau pubescent à la blanche écorce. La brise matinale jouait dans les hautes herbes et seul résonnait le croassement des corneilles dans l'air cristallin. Quelques grands chevaux, de la même espèce que Youki, étaient visibles bien plus loin dans des herbages grimpants sur les coteaux, boutants paisiblement. Une grande sérénité baignait ces lieux. Une pointe de nostalgie perça l'indifférence d'ai et elle ne put se retenir de lâcher un long et langoureux soupir. Après tout, c'était ici chez elle, maintenant. Elle se surprise même à ressentir une certaine impatience de retrouver sa chambre sous les combles. Cela faisait maintenant trois mois qu'elle avait été jetée dans ce monde insolite et que déjà de toutes petites radicelles c'étaient formées dans son esprit. Elle ne chercha pas à savoir ce qu'elle en pensait, si cela était bon ou mauvais, cela s'imposa à elle comme un simple état de fait. Se dirigeant vers la grange, elle y installa Youki, lui flatta le museau puis s'en alla retrouver la maison. Elle gravit les quelques marches et une fois arrivée devant la porte d'entrée, elle ne sut que  faire, soit sonner la petite cloche, soit prendre sa clef et l'ouvrir. Elle resta, indécise quelques instants sur le palier, à s'enliser dans ce dilemme. Il y avait de fortes chances qu'elle croise Fusahira et elle ne savait comment réagir à cette rencontre et de quelle manière elle allait l'aborder. Submergée de sentiments contradictoires, elle regretta l'époque où elle pouvait apparaître en tout lieu d'un simple battement de cils. En définitive, elle n'eut pas à choisir. Perdue, encore une fois dans ses pensées, elle eut la surprise de voir la porte s'ouvrir à la volée. Tout aussi surprise qu'elle, Fusahira resta coi devant elle, au seuil de l'entrée.


Fusahira, après une brève hésitation, leva les bras au ciel et s'exclama avec une joie non retenue:


-"Ai, tu es de retour !"


Puis, d'un mouvement preste, mit un genoux à terre et enserra vigoureusement ai dans ses bras. Elle sentie sa tête tout contre la sienne, le visage taillé à la serpe se perdant dans ses longs cheveux noirs. Ai, ne sachant quoi faire, garda les bras le long du corps, figée dans le marbre, telle une statue. Puis, ce moment d'effusion sentimentale passé, il se redressa de toute sa hauteur et examina ai des pieds à la tête. Une légère rougeur de gêne lui colorait ses paumettes saillantes. Ces petits yeux clairs, profondément enchâssés dans son visage, étaient marqués des signes d'une profonde fatigue et d'un manque de sommeil avéré. Mais quand son regard se porta sur le visage blanc comme neige d'ai, son allégresse s'évapora pour laisser place à la contrariété et au désappointement. Son visage devint terne, un sourire sans joie s'y afficha et il serra ses lèvres. Le beau et aristocratique visage d'ai qu'il lui connaissait avait été outragé. Un sentiment d'impuissante colère monta en lui en voyant la large marque bleue qui maculait son œil gauche, ses lèvres fendues sue le coté, de haut en bas d'un trait rouge vif, de sa paumette droite toute violacée et de son menton rougit. Alors qu'il ne pensait qu'à battre à mort le gredin qui avait porté la main sur ai, cette dernière qui semblait indifférente à l'état de son visage, lui adressa doucement, de sa voix grave et triste:


-"Je voudrai monter dans ma chambre..."


Sous le coup de la stupéfaction, sans y réfléchir il s’exécuta et la laissa entrer. Il regarda sa petite silhouette se diriger vers la porte du fond, l'ouvrir et disparaître dans les escaliers. Il entendit son pas léger éfleurer les marches puis faire grincer un tantinet le plancher. Une porte s’ouvrit et se referma doucement au dessus de lui. Refermant derrière lui la porte d'entrée, il remarqua qu'un pesant silence avait envahie subitement la maison. Cette situation le mettait au supplice. Il ne sait pas véritablement ce qu'il aurait voulu qu'elle fasse ou dise, mais sûrement pas ça. Elle avait fait comme si de rien n'était, murée dans sa triste indifférence. Pourquoi n'était-elle pas en colère ? Pourquoi n'était-elle pas venue se réfugier dans ses bras pour y trouver du réconfort ? Après ce qu'elle avait subit, elle aurait dut manifester ses sentiments, quels qu'il soient. Au lieu de cela, ai était restée impassible et froide, enveloppée dans une apathie qu'il lui connaissait trop bien. Il ne put s'empêcher de repenser à cette épouvantable image d'ai étendue sur le plancher, son corps laiteux baignant dans son sang vermeil. A cette sinistre évocation, il ne put réprimer son angoisse. Et si elle recommençait ? Cette pensée lui était insupportable. Mais il savait ai obstiné comme ce n'était pas permis et que lui n'arriverait à rien. Sans même prendre la peine de refermer la porte derrière lui, il sorti en trombe et se dirigea vers la maison de l’apothicaire. S'il y avait un personne susceptible de se faire écouter par ai, c'était bien Maromi. Quel ironie à bien y penser ! Seule une muette avait la possibilité de briser le mur du silence derrière lequel ai se réfugiait...



En entrant dans sa chambre, la rosace qui filtrait les rayons du soleil levant, enflammait tout l'espace de lueurs rouges et orangées. Le morceau de vitrail manquant avait été remplacé. Et sous ces feux, la tache brunâtre maculant le parquet, était si sombre qu'on eu dit la bouche d'un puits s'enfonçant dans le noir des abysses. Ai s'attendait à voir les particules de poussières jouer dans les rais de lumières colorées alors qu'elle s'avançait vers son armoire, mais rien ne vint troubler la clarté des éclats solaires. Fushira avait fait en sorte que sa chambre soit maintenue dans le même état soigné dans lequel elle l'avait laissée. Elle apprécia cette attention et ouvrit son armoire afin d'y ranger ses vêtements de voyages masculins et ses précieuses fourrures. Un fois cela fait, elle sortie son seifuku et le revêtit. Puis avec soin elle déposa dans le coffre en bois de camphrier la lettre de Sato ainsi que la dague à la lame cruciforme. Une fois cela fait elle alla s'étendre sur son futon de coton blanc et s'absorba dans la contemplation des jeux de lumières incandescentes. Lentement, ai ferma les yeux. Et quand elle les rouvrit, elle se vit debout, sous le vénérable chêne qui dominait la plaine, couverte par des massifs de lycoris majestueux, sous la lumière éternelle d'un perpétuel soleil couchant. L'air était tiède, le vent soulevant par intermittence ses longs cheveux noirs. Elle savait qu'elle rêvait, mais le songe ne s'évapora pas pour autant. Et au lieu de lui gonfler le cœur d'une intolérable nostalgie, ce mirage l'emplit d'une tristesse légère, comme si en s'éveillant, elle savait qu'elle aurait enfin rejoint son monde bien à elle, qu'elle serait enfin redevenue la fille des enfers... Cette dernière pensée lui apporta une sérénité qui lui avait bien fait défaut depuis son arrivée dans le monde de Kosaten. Et elle se complaisait à dilater à l'infini cette rêverie lorsqu'elle perçut des coups retentir sur le bois de la porte de sa chambre. Rouvrant véritablement les yeux cette fois-ci, sa douce tristesse disparut, les images familières s'envolèrent comme perdues à jamais. Exaspérée par ce dérangement inopportun, une lueur rouge vive voila un instant ses grands yeux. Elle redressa son torse en prenant appuie sur ses bras mis en arrière.


/* GRRR ! Qui ose venir me déranger ? Et qui cela peut-il bien être ? Fusahira ? Non, j'aurais entendu ses pas dans l’escalier... A moins que... Si c'est lui, il va goûter à ma mauvaise humeur ! Et qui que ce soit d'ailleurs !  */


Juste après trois coup frappés, sans attendre de réponse, la porte s'ouvrit lentement et dans l’embrasure apparut une adolescente au visage aussi rond qu'embarrassé. La tête baissée, elle osa, timidement, lever ses grands yeux noirs vers ai. C'était Maromi. Sur son visage s'affichait un sourire confus et maladroit. Ai remarqua qu'elle portait un kimono qu'elle ne lui connaissait pas. D'une jolie soie bleu claire avec pour motifs d’élégants volubilis blancs et roses pâles. Les couleurs fraîches des motifs indiquait qu'il devait être neuf. Il était sûrement destiné à être porté lors de fêtes, de réceptions ou bien de sorties en famille. Elle sut d'emblée que Maromi l'avait revêtu pour son retour au village. Ai la connaissait bien même si elles n'avaient jamais échangées un mot. Et ce geste attentionné la flatta. Alors elle fit un geste de la main à Maromi pour l'inviter à rentrer dans sa chambre et aussi pour la sortir de l’embarras. Elle savait bien que Maromi n'aurait pas osée la déranger de la sorte, patiente, elle aurait attendue que leurs chemins se croisent. Fusahira était certainement derrière tout cela. Ai tapota doucement sur son futon pour lui indiquer de venir s’asseoir à ses cotés. Alors, ne réprimant plus sa joie de revoir l'étrange locataire à la peau de craie, Maromi franchit les quelques mètres qui les séparaient et s’assit toute contente de ces retrouvailles. Mais quand Maromi posa son doux regard sur le visage d'ai, cette dernière eut un sursaut. Toute allégresse avait disparut de son visage rondelet. Elle fit une grimasse où se mêlait tant l'étonnement que la stupeur et le désarroi. Ses grands yeux noirs furent envahies par la tristesse et l'incompréhension. Lentement elle approcha ses doigts des blessures du visage d'ai comme pour être bien certaine de leurs réalités. Et sans la toucher, elle passa ses doigts sur les blessures. Cela fait, un immense chagrin lui oppressa la poitrine. Et dans un élan involontaire, elle prit ai dans ses bras, la serrant fort et se mit à pleurer longuement, silencieusement. Surprise par cet élan et cet accablement, ai ne sut comment réagir. Alors, elle aussi, prit l'adolescente dans ses bras et la serra. Ai ne se rappelait pas d'avoir partagée un tel moment d'intimité, tout au moins avec une personne qu'elle n'avait pas, par la suite, envoyée en enfer. Cela lui fit penser à la connivence qu'elle pouvait partager avec Youki, mais sans pouvoir la définir plus en avant. C'était un sentiment, qui pour elle était tout aussi étrange qu'étranger.


/* Hou la la... je suis censée faire quoi moi ? Je n'aime pas la voir triste... Pauvre petite... */


Finalement, ai aussi sombra dans une profonde tristesse. Alors, elle lui freudonna dans un murmure les derniers vers d'un poème de P.B Shelley afin de lui soulager sa peine:


-"Et semblable à l’oiseau
Dans les couches de l’air je me baigne à toute heure.
Je change à chaque instant
Et sans mourir pourtant,
Car alors que, brillant, le ciel après la pluie
S’empresse de sécher mes larmes qu’il essuie..."


Peu à peu les couleurs devinrent plus vives, l'air se fit plus chaud. Ai mis ses mains sur les épaules de Maromi, la regarda droit dans les yeux et de sa voix grave et douce:


-"Ben faut pas te mettre dans de tels états... Ne t'inquiète pas, je vais bien..."


Silence.


-"Tu portes un bien jolie kimono, se serait dommage de le tacher de tes larmes... C'est tes parents qui te l'on acheté ?"


Maromi qui la fixa à son tour, se frotta les yeux pour y dissiper ses larmes et esquissa un signe de la tête. Son regard était triste et anxieux. Mais elle se força à sourire et fit un geste de ses mains qu'elle répéta plusieurs fois. Ai comprit de suite. Maromi voulait qu'elle mange afin de faire disparaître ses vilaines blessures. Ai baissa la tête et poussa un long soupir.


-"Explique à Fusahira que je descendrais le moment venu... Pour l'instant, je veux rester seule..."


Sans un bruit Maromi se leva et se dirigea vers la porte. Sur le seuil, elle se retourna et adressa à ai un sourire plus spontané, plus sincère et disparut en refermant derrière elle, la porte. Dans le silence des lumières chamarrées, ai put s'abandonner à son océan de solitude. Elle s’allongea sur son futon et y resta regarder les lumières changer au fil des heures.



Cela faisait maintenant trois jours qu'ai n'avait pas bougée de sa chambre, restant étendue à regarder les lumières de ce monde-ci ou d'un autre. Elle ne sentait plus son corps, comme perché sur une falaise entourée de vide. Et dans son délire comateux, elle trouva un semblant d'équilibre. Son esprit se perdait, volontairement, dans le labyrinthe de ses turpitudes. Elle voulait s'égarer, s'égarer à jamais dans son monde pour ne plus voir, ne plus sentir, ne plus savoir. Son corps se disloquait, sa raison se dissolvait.


/* Je n'ai plus qu'une seule certitude, l'illusion de vivre... */


Dans la prison de sa conscience, elle contemplait sa vie manquée, attendant au hasard du désespoir de sombrer dans un définitif néant.



Mais hélas, le destin en avait décidé autrement... Ce furent quelques coups brefs et secs sur sa porte qui contraignirent ai à remonter à la surface de cette triste et maussade réalité. Toute chamboulée, la nausée au bord des lèvres, c'est avec beaucoup de difficultés qu'elle réussi à articuler un simple mot, faiblement, si faiblement qu'il se perdit dans l'espace de la pièce.


-"Entrez..."


Une fatigue intense écrasa son corps lorsqu’elle vit entrer dans la chambre Maromi, toute souriante et guillerette. Elle portait la simple tenue de travail que ai lui connaissait, surmonté d'un tablier blanc étincelant. Elle tenait dans ses bras une large coupe très évasée en terre cuite remplie de petits fruit rouge écarlates. Sur le moment, ai ne les reconnus pas, tant ses yeux étaient embrumés des visions d'un ailleurs perdu. C'est lorsque Maromi déposa la coupe à coté d'ai, que cette dernière les reconnu. Ses yeux se dilatèrent de concupiscence, devant elle se tenaient des cerises, juste là à portée de main ! La vue des ses fruits eut un effet miraculeux sur ai. Certes, incapable d'exprimer ou de ressentir la joie naïve et spontanée des humains, il n'en demeurait pas moins qu'ai apprécia ce geste. Elle pointa son regard triste, noyé de nostalgie sur Maromi et gravement:


-"Merci..."


Maromi manifesta sa joie par un petit applaudissement candide. Elle avait cette faculté singulière de deviner les ressentis d'ai, de pouvoir transposer ses réactions sur l'échelle des valeurs humaines. Puis elle s'agenouilla en face d'ai comme une amie venant faire la conversation. Là, elle se mit à agiter frénétiquement sa main sous le nez d'ai, avec seulement trois doigts de dépliés. Cette dernière fit la moue, contrariée de ne pouvoir jouer de ses doigts sur les fruits tant désirés. Puis d'un ton sec et badin:


-"C'est bon, j'ai compris... Ça fait trois jours que Fusahira m'attend... C'est bien cela ?"


Maromi acquiesça vivement de la tête. Puis, s'en alla de la chambre tel un courant d'air. Maussade, elle regarda les cerises rougeoyantes.


/* Bon, ce sera pour plus tard... Mince de mince... Je crois qu'il est temps d'avoir une explication avec Fusahira... Je veux des réponses... */


Elle se leva et se dirigea vers le coffre en bois de camphrier pour en sortir la dague ainsi que la lettre, puis elle descendit au rez de chaussé, rejoindre Fusahira dans son cabinet de travail. Cependant, elle ne pouvait occulter de son esprit, l'image de cette coupe pleine de cerises qui l'attendait...







Dernière édition par Ai Enma le Sam 15 Déc - 11:32, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Lun 3 Déc - 10:35






Ai pénétra dans la pénombre du bureau où Fusahira l'attendait dans son fauteuil de cuir. Contre le mur à sa droite, elle vit que le petit bureau n'avait pas bougé. Il l'avait laissé tel quel, encombré de livres, de parchemins et de quelques plumes taillées. Elle en éprouva une douce nostalgie en se remémorant les heures studieuses à étudier le droit notarial en sa compagnie. Mais ça, c'était avant... D'un pas résolu elle alla s’asseoir dans le fauteuil faisant face à Fusahira. Se tenant bien droite, son visage affichant une froide sévérité partagée avec une austère gravité, sans un mot, elle déposa devant Fusahira la dague cruciforme, plongeant son regard lourd de tristesse dans le sien. A la vue de cette dague, il mit les coudes sur son bureau et posa sa tête sur ses poings fermés. Lui aussi arborait un air grave. Sans la toucher, il scruta la dague puis porta son regard sur ai. A la vue des ces chairs tuméfiées, ses yeux s'assombrirent. Un silence éloquent pesait lourdement sur eux. Fusahira, le premier, décida de le rompre. Il savait l'affaire plus que sérieuse, et sans raison valable, s'en voulait d'avoir jeté ai dans une situation aussi ardue que dangereuse. Gravement, pesant chaque mot:


-"Bien, ai... Tu vas devoir tout me raconter en détail... Même si c'est douloureux... C'est très important que j'ai connaissance de tout ce qui a put t'arriver et de ce que tu as observé. Par la suite, je serais, sûrement, en mesure de te donner certaines explications. Je reconnais que je n'ai pas été franc avec toi et je t'en donnerai les raisons. Même si cela ne m'excuse en rien... Mais commence s'il te plaît..."


Silence. La tension dramatique qui régnait dans le cabinet avait interrompu le cours du temps, la flamme même des bougies, dispersées sur les candélabres, semblait figée. Alors, ai prit la parole, doucement, de sa voix grave à peine audible, d'un ton dénué de tout ressentiment et de toute acrimonie. Sans se précipiter, elle lui narra dans les moindres détails ses aventures à Mizu-Umi, la découverte de la mort de Sato, les deux hommes tatoués assassiné par d'autres, le trafic de mummia blanca auquel se livraient Ueno Genichi et Shozo Moki liés aux disparitions d'enfants. Et surtout, cet énigmatique personnage qui était au centre de toute cette intrigue, la Marcheuse de rêve qui avait totalement disparue dans la nature. En dernier lieu, elle lui narra son sauvetage in extremis par un curieux personnage qui se faisait appeler le Ménestrel. Pendant tout le temps où ai racontait son histoire, il était demeuré pratiquement impassible mais l'on pouvait percevoir dans son regard, que certains détails l'affligeaient quand même. Par contre, à l'évocation de ce nom, les yeux de Fusahira s'agrandir d’étonnement et il se redressa brutalement sur son fauteuil, posant à plat ses mains sur son bureau, les bras tendus. Et tant par surprise que par contrariété, il lâcha un chuchotement sec:


-"Comment ça ?! Tu as rencontré le Ménestrel ?!"


Ai acquiesça de la tête. Stupéfait, il la fixa des ses yeux ronds comme des billes.


/* Hou la la... Qu'est-ce qui lui arrive... Je ne l'avais vue comme cela... */


Cet instant d'hébétude passé, Fusahira se recala confortablement dans son fauteuil, se racla la gorge afin de s'éclaircir la voix comme s'il allait se lancer dans un longue et pénible déclaration.


-"Bien, je vais commencer par le commencement comme on dit... Et cette histoire risque fort de ne pas te plaire, mais je ne te demanderais qu'une seule chose, écoute la jusqu'à la fin, s'il te plaît. Cette première mission où je t'ai envoyée devait être d'une grande facilité pour toi et devait se passer sans anicroche. Il te suffisait de remettre le plis et prendre une bourse en échange, rien de plus. La seule chose que tu ne devais pas faire, et c'était le test, en aucun cas tu ne devais ouvrir ni la lettre ni la bourse, qui étaient tous deux piégés avec un poison. Il s'agissait de simplement tester ton honnêteté et ton équité. En somme, je devais te faire passer, dans un premier temps, une série d'épreuves me permettant d'éprouver ton dévouement, ta loyauté et ta droiture. Déjà, je savais que tu étais une jeune fille intelligente, sincère qui ne rechignait pas à l'étude. Ce sont ces premiers traits de caractères qui ont poussés certaines personnes à prendre la décision d'aller plus en avant dans leur enquête sur ta personnalité et les possibles talents que tu pourrais développer. Car après t'avoir enseigner les bases du droit notarial, certains ont vu en toi une opportunité à saisir. Je t'avoue que j'ai fais part de mon désaccord à cette instance supérieur, mais ils n'en ont pas tenu compte et j'ai du exécuter les ordres qui m'ont été donnés. En fait, les services de renseignements du roi Sul Hei veulent que tu face partie de leur effectif si tu es capable de réussir la formation et l’entraînement requis. Il va sans dire qu'en cas d'échec, les futures recrues sont généralement victimes d'accidents. Et c'est pourquoi j'ai voulu m'opposer à cette décision... Car il y a de nombreuses zones d'ombres en toi et je ne suis pas certain que tu parviennes à réussir un tel challenge...


Comme tu t'en doutes, les cinq nations de Kosaten reposent sur une paix précaire et cela ne fut pas toujours le cas. Donc, comme toutes les nations, notre gouvernement à besoin de renseignement sur les forces armées adverses, les technologies et les savoir-faire des certains artisans et les secrets inhérent à la diplomatie. En fait, tout renseignement qui peut changer la donne tout autant en période de paix que de guerre doit arriver dans nos services. Il faut observer, bien sûr, mais sans être vu. C'est la qualité première d'un bon agent. Car si chacune des nations fait appel à des espions, chacune d'elle, possède sont service de contre-espionnage. Si par malheur un agent se fait prendre, ce qui l'attend, c'est la peine de mort après un lent interrogatoire agrémenté de tortures sophistiquées. Voilà dans quoi on m'a demandé de de jeter."


Fusahira s'attendait à voir deux grand yeux flamboyants, emplis d'une colère sans nom et d'une haine sans limite, le fixer dans un silence mortel. Mais rien de tel ne se produisit, bien au contraire. Ai, enfoncée dans le moelleux du cuir du fauteuil, écoutait bien sagement le récit, ses grands yeux grenats foncés montrait qu'elle était captivée par l'histoire narrée par Fusahira comme n'importe qu'elle enfant écoutant un compte de fée au coin de la cheminée. La gène qu'éprouvait Fusahira disparut et il lui sourit tendrement. Pourtant, un voile de tristesse c'était posée sur son âme, car il savait que cette histoire n'était en rien un compte enfantin mais plutôt un roman âpre dont la fin était généralement funeste. Sans se laisser aller à son vague à l'âme, il continua:


-"Mon rôle dans tout cela est que je suis agent de liaison et aussi agent instructeur... Et il me revient donc de te former. Quand au ménestrel, lui c'est un agent de terrain qui opère là où le service lui demande d'aller. Tu comprendras que je ne pas t'en dire plus sur les agents ou même l'organisation du service et ce pour des raisons de sécurité évidentes. Par contre, ce que je peux te dire du métier, c'est qu'il est très dangereux et que la durée de vie des agents semble limitée. Si un de nos agents se fait prendre, dans la majorité des cas, il devra se débrouiller seul. En aucun cas le service n'envoie la cavalerie à son secours. Il y a des très rares cas d'exfiltrations, mais se sont des exceptions. Comme je te l'ai dit précédemment, un agent prit et un agent mort. La contre partie c'est que le travail est très bien payé. A la fois parce que le métier est tout aussi aventureux que périlleux, mais aussi pour acheter notre loyauté. Mais ce dernier point n'est jamais abordé et reste un tabou dans notre profession. Les agents doubles le font par pure vénalité mais aussi peuvent avoir d'autres motivations, comme la vengeance par exemple. Et même si nos agents sont soigneusement choisis, certains finissent pas nous trahir. Alors, les gouvernants, n’ayant pas d'autres moyens pour s'assurer qu'un agent ne passe à l'ennemi, nous payent grassement. C'est l'unique avantage du métier..."


Silence, ai restant toujours pendue aux lèvres de Fusahira.


-"Une dernière chose quand même. Mets beaucoup d'argent de coté pour t'assurer un confortable retraite... Car une fois hors du circuit, tu devra disparaître au yeux de tous, amis et ennemis. Un agent à la retraite représente une source potentiel pour l'ennemi. Âgée, les réflexes amoindrit et bien moins résistant, ils sont des cibles faciles pour des agents adverses. Et ça, nos dirigeants le savent. Tu vois où je veux en venir... Une fois que tu auras mis le pieds à l'étrier, aucun retour en arrière ne te seras possible. Pense-y bien. Tu finiras tes jours dans la solitude et l'angoisse perpétuelle qu'une ombre derrière toi vienne te trancher la gorge... ou pire."


Silence.


-"Voici donc pour l'essentiel. Hem..."


La encore, il s'attendait à un silence lourd, épais et gênant. Alors qu'il venait de bouleverser sa vie d'une manière toute aussi violente que radicale, de lui proposer de vivre dans un perpétuel danger, une boule venait faire pression
sur son estomac. Sa pesanteur s'accentua, il venait, ni plus ni moins de lui annoncer sa condamnation à mort. Différée, certes, mais si peu avaient survécus... Et contre toute attente, la petite voix sourde et grave d'ai, avec une note d'empressement:


-"Quand commençons nous l’entraînement ?"


Pour la deuxième fois ces yeux s'agrandir de stupéfaction. Elle qui était venue portée par une froide colère, la voici faisant montre d'un enthousiasme triste tout à fait déconcertant aux vues des circonstances. Décontenancé, il l'observa
et eut du mal à imaginer cette frêle jeune fille, pâle comme un morte, devenir un agent et évoluer parmi des personnes extrêmement dangereuses, jouant sa vie à chacune de ses rencontres, où chacun de ses mots peut provoquer sa perte. Mais il balaya ses sombres pensées et redevint l'agent instructeur confirmé qu'il était. Il devait enfouir tout sentiment paternaliste au plus profond de son être, sinon il la conduirait à l'échec. D'un ton péremptoire, il reprit:


-"Bien. Premièrement, tu devras fidélité et loyauté à ton roi, Sul Hei. Chaque ordre que tu recevras devra être exécute sans aucune question et même s'il va à l'encontre de tes convictions. Car ta seule conviction sera dorénavant, sera d'obéir aux ordres du Bureau. Est-ce bien clair ?"


Timidement ai répondit. Elle aurait voulu y mettre plus de conviction mais le ton qu'employait Fusahira lui était si inconnu, qu'elle en fut très surprise.


-"Oui..."


-"Deuxièmement, c'est moi qui vais te former. Tu devras là aussi m'obéir sans discussion. Compris ?"


-"Heu... oui... Bien entendu."


-"Bien. Commençons par le commencement. Je vais t'emmener voir un ami à moi, il s'occupe d'apprendre à nos plus jeunes, l'art du combat et de la chasse. Ancien lieutenant de notre garnison, maintenant à la retraite, c'est expert en maniement du sabre et de l'arc. Et il a encore de bons restes en ce qui concerne les arts martiaux. Tu passeras la journée avec lui et au soleil couchant, tu reviendras en sa compagnie pour que nous puissions discuter des tes aptitudes. Il va sans dire que tout ce que je t'ai dit précédemment doit rester absolument secret. Lorsque nous avons besoin des services de personnes qui ne font pas parties du Bureau, c'est toujours sous un prétexte qui dissimule nos véritables
intentions. Si la vérité tu me dois toujours, le mensonge devra être ta seconde nature. N'oublie jamais, tu n'es qu'une clerc de notaire qui s'exerce comme tous les autres adolescents. Apprendre à chasser pour manger, apprendre à te battre pour te défendre. Allez, ne perdons pas de temps, il entraîne la marmaille sur ses champs qui se trouvent à l’opposé de nous au nord-ouest."


Jetant un coup d’œil sur ai, il reprit:


-"Heu... Va donc te changer, mettre un pantalon et une vielle chemise... La journée sera rude. Je vais t'attendre à l’extérieur, fait vite !"



Une fois la porte d'entrée refermée, ils prirent un sentier à travers les pâturages et contournèrent le village par le nord pour arriver à proximité d'un vaste corps de ferme constitué d'un bâtiment principal qui tenait lieu d'habitation adjacent à deux granges. Les trois bâtiments étaient entourés par de vastes herbages clos par des murets de pierres sèches. De grands chevaux y paissaient en toute tranquillité alors que dans une étendue proche d'eux, une douzaine de gamins s'agitaient en tous sens. L'herbe y était rase, foulée sans ménagement par cette marmaille turbulente. Au centre, se tenait un gaillard, grand et sec, ses longs cheveux grisonnants s'agitant au grès du vent. Et par dessus toute cette effervescence, l'on pouvait distinctement l'entendre aboyer tantôt des ordres, tantôt des conseils. Il était revêtu de la tête au pied d'une armure de cuir matelassé, d'un casque et de protections sur les jambes et les tibias. A son coté, glissé dans son ceinturon, un long sabre en bois. Voyant s'approcher Fusahira accompagné d'ai de l'enclos, se dernier lui fit un signe amical de la main, enleva son casque et se dirigea vers eux, le pas rapide. Et avec cette voix tonitruante surprenante pour un tel gabarit:


-"Tient, v'la notre ami ! Heureux de te voir vielle branche, tu m'as l'air en forme pour un scribouillard !"


Fusahira, lui aussi souriant, de sa forte voix s'adressa à lui:


-"Toi aussi tu as l'air d'avoir la santé, vieux sac d'os !"


Les deux hommes se mirent à rires et se firent une fraternelle accolade. L'ancien lieutenant posa ses yeux sur ai et sans plus de cérémonie:


-"Dit donc, avec tes cheveux dénoués, on dirait une fille ! Tu ferais mieux de les attacher !"


Ai surprise par une telle goujaterie, ne dit rien. Mais son visage devint sévère et se figea.


-"Ah oui! Il faut que je te présente ma clerc de notaire. Elle s'appelle ai. Et j'aurais besoin que tu vois ce dont elle est capable et ce que tu pourrais lui apprendre comme technique de chasse et de combat aussi."


-"Hein ? Tu te fiches de moi là. Une fille dans mon camps d’entraînement ?"


Et sur ces dernières paroles, il explosa d'un rire tonitruant, franc et sans arrière pensée.


-"Akihiko, je t'en pris, c'est important. Tu sais bien, c'est 'la petite tombée de la lune'... Tu peux bien faire ça pour moi."


Reconsidérant ai, il l'examina de la tête aux pieds.


-"Bien... heu... Non mais que va t-on dire si je me mets à entraîner une fille ? T'y penses ? Ma réputation est foutue..."


Ai serra fort les poings. Ses grands yeux prirent des éclats grenats plus vifs, plus incandescents. Fusahira le remarqua de suite. Mais il nota aussi qu'elle se contenait bien mieux qu'à son arrivée dans le village, il y quelques mois de cela. Et pour lui, c'était un progrès notable et encourageant. Car ce qui lui faisait le plus grand défaut, c'était son manque de maîtrise de soi, qui se soldait immanquablement par un rougeoiement redoutablement distinctif. Ce qui dans sa profession était un handicap pouvant se révéler mortel. Akihiko, lui aussi, remarqua cette inquiétante lueur. Et d'une voix plus contenue:


-"Bon, je veux bien te prendre à l'essaie, si tu t'attaches les cheveux. Et puis tu t’appelleras Miki pendant mon entraînement désormais. Après tout, ce prénom ne convient-il pas autant pour les garçon que pour les filles ? Si ça te vas, tu peux commencer de suite... misère... Allez, va dans le champs avec les autres !"


Une fois ai éloignée, Akihiko reprit d'une voix sérieuse:


-"Heu t'es bien sûre là ?! T'as vu le gabarit, les autres gamins ne vont en faire qu'une bouchée de ta demi portion. Sa place serait plus derrière un pupitre avec une plume non ?"


Fusahira le regarda de manière instante.


-"Bon, bon. Je vais voir ce que je peux en tirer de ton cadavre..."


Cette fois il lui jeta un regard sombre.


-"A mais c'est qu'on y tient à cette viande froide !"


Las, Fusahira lui souris. Il le savait indomptable et qu'il lui serait impossible de faire preuve de plus de courtoisie à l'encontre d'ai. Temps pis, elle devra s'y faire.


-"Affaire conclue... Viens donc se soir la raccompagnée chez moi, tu seras mon invité. Et comme ça nous pourrons parler. Ça te vas ?"


-"Part l'esprit tranquille, je m'en débrouille ! A ce soir donc. Je dois te la ramener un un seul morceau ou bien en pièces détachées ?"


Les deux hommes rirent de bon cœur, puis Fusahira reprit son chemin laissant derrière lui sa petite protégée.


/* Ça va être très dure pour toi ai, Akihiko est vieux jeu, non archaïque... et il ne sera pas tendre et même bien pire avec toi qu'avec les autres garçons, mais s'il te plaît, tient au moins jusqu'à ce soir... */



Al'heure où le soleil hésite entre chien et loup, la clochette de la porte d'entrée retentit. Maromi se précipita pour ouvrir. Mais une déception non feinte se peignit sur son visage rond en voyant ai accompagnée d'Akihiko. Cette dernière offrait une vision pitoyable. Sa chemise était déchirée de son épaule jusqu'au ventre, tout comme ses manches, son pantalon, lui aussi, portait de larges entailles au genoux, maculés de terre et de sang séché. Quant à ses cheveux, tous en pagaille, étaient parsemés de long épis de graminées sauvages qui s'y agrippaient avec force. Une bosse était bien visible sur son front, un bleu violacé entachai son œil droit tout gonflé, sa joue gauche marquée de coupures, sans parler de toute cette boue qui lui maculait le visage. Maromi ne put s'empêcher de l'imaginer croulante sous la mêlée, rouée de coup par tous les garçons. Sans plus s'occuper de son hôte, elle tira ai par la main pour l'amener dans sa chambre et y faire un brin de toilette. Quelque peu désappointé, Fusahira les regarda passer sans rien dire et se dirigea vers Akihiko l'air interrogateur. Mais sans y faire plus attention, souriant à Fusahira:


-"J'ai une faim de loup ! J'espère que tu nous as sorti une bonne bouteille de ta fameuse cave !"


-"Installes-toi, je vais faire le service... Je ne pense pas qu'ai redescende de si tôt..."


-"C'est mieux ainsi, nous pourrons causer entre homme."


Alors qu'Akihiko se gavait d'une pintade garnie de pomme de terre au beurre et à la ciboulette, Fusahira brûlait de savoir comment ai s'en était sortie.


-"Alors, pour ai, qu'en penses-tu ? Franchement."


-"Ah... Et bien elle est complètement nulle et j'en tirerais rien. Jamais c'te gamine pourras devenir un guerrière, j'te jure. Elle a à peine la force et la constitution d'une gamine de dix ans pour ce qui est du combat. Un gosse pas bien fort, qui lui porte un coup arrive à lui arracher son arme des mains si elle tente une parade. Elle a rien dans les bras... Quand à ses attaques, elles sont d'une telles faiblesses que s'en est triste... parole d'homme. Honnêtement, je sais vraiment pas quoi faire d'elle. Elle est pas faite pour ça, c'est la nature, on y peut rien. En vérité, c'est contrariant. Car elle est capable d'effectuer d'importants efforts physiques dans d'autres domaines. C'est à n'y rien comprendre. Par exemple, au grimpé de corde, elle est parmi les meilleurs, tout comme la course de vitesse ou la course de fond. Mais s'il lui faut encaisser un coup, la voilà qui tombe à terre alors qu'elle escalade une paroi rocheuse à bout de bras sans grande difficulté... Avec de l’entraînement, elle pourrait devenir une bonne pisteuse. Mais pour le combat, c'est une autre affaire. Et c'est d'autant plus frustrant qu'elle est agile et souple. En travaillant, elle aurait de très bonnes capacités d'esquives, mais sans possibilité de parade, d'avance, c'est cuit. C'est tout ce que je peux te dire... tu m'en vois navré mais jamais elle ne montera au champ de bataille ! Après tout c'est peut-être mieux ainsi."


Quelque peu dépité, Fusahira gardait tout de même espoir, il savait qu'Akihiko possédait un grand savoir en tant que maître d'arme et qu'il pourrait probablement suppléer cet handicap par un ré-assemblage de diverses techniques de combat. Encore fallait-il qu'il veuille bien s'en donner la peine. Alors, sur le ton de la confidence, mêlant habilement mensonges et vérités:


-"C'est bien vrai que je l'aime bien cette petite, mais je dois l'envoyer par monts et par vaux pour différentes affaires, tu sais bien ce que c'est. Et dernièrement, j'ai du l'envoyer bien loin en terres étrangères. Les routes sont peu sûre pour une jeune fille. Et sincèrement ça me ferait mal d’apprendre qu'un soudard de Minshu ou bien de Seika lui fasse la peau. Tu comprends ?"


Autant les femmes n'avaient pas leur place au combat, autant il ne pouvait supporter les lâches qui s'en prenaient à elles et surtout s'ils étaient natifs d'une autre nation que celle de Fuyu. Faisant ainsi vibrer sa corde chevaleresque et son instinct de patriote, Akihiko reconsidéra ses propos.


-"Qu'on soit bien d'accord et qu'on y revienne plus ! Je n'en ferais pas un soldat. Par contre, je peux faire en sorte qu'elle puisse tenir un combat jusqu'au moment où elle pourra s'enfuir. Mouais, baser son jeu uniquement sur les techniques d'esquives. Après, je pourrais toujours essayer de lui enseigner des techniques de frappes particulièrement efficaces qui mettraient son adversaire hors combat. Mais ce sont des techniques très avancées et il lui faudra de nombreuses années avant de pouvoir y parvenir... Bon, j'veux bien essayer et puis, bon, les amis c'est fait pour ça, non ?"


-"Je te remercie. Cela me rassurera de savoir qu'elle puisse se débrouiller seule sur les routes et quelle ne soit pas à la merci du premier gredin venu... Je te revaudrais ça."


-"Ça tombe bien, y a plus rien à boire !"


La soirée s'éternisa en de longues évocations de souvenirs partagés, arrosés copieusement d'un délicieux vin rouge. Dans le silence de sa chambre, ai traçait patiemment, des hiraganas dans le sable de sa clayette et apprenais à Maromi quelques rudiments d'écriture. Toutes deux, longuement concentrées sur les signes, elles finirent par s'endormir enlacées l'une l'autre sur le futon. Sur le bureau, la chandelle dans son bougeoir finit par s'éteindre, plongeant la chambre dans une bienfaisante et oublieuse obscurité





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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Ven 4 Jan - 10:48






Le lendemain matin, Fusahira monta à l'étage et frappa à la porte de la chambre d'ai. Pas de réponse. Il refrappa plus énergiquement cette fois. Toujours aucune réponse. Hésitant en premier lieu à ouvrir la porte, il se rappela qu'il était maintenant son formateur et qu'il devait dès aujourd'hui oublier la prévenance dont il était coutumier avec elle. Sa gentillesse à son égard ne ferait que la desservir. Et c'est justement parce qu'il tenait à elle, qu'il devait devenir intransigeant, appliquant une discipline implacable ce qui lui sauverait sûrement la vie plus tard. Cette fois, c'est décidé qu'il tourna la poignée de la porte et entra. Mais au spectacle qui s'offrait à lui, il ne put retenir un soupir paternel et de sourire tendrement. De voir ces deux gamines enlacées sur le futon, plongées dans de paisibles songes, lui réchauffa le cœur. Chassant ses sentiments sucrés, il se reprit immédiatement et d'une voix ferme et autoritaire:


-"Debout la dedans ! Maromi, va à la cuisine me préparer mon petit déjeuner ! Ai, tu te lèves, tu t'habilles et tu viens me rejoindre dans mon cabinet dans dix minutes ! Est-ce bien compris ?!"


Séance tenante, Maromi s’exécuta et descendit à la cuisine maladroitement et encore toute engourdie de ses rêves. Quant à ai, elle eut peine à ouvrir ses yeux tous ensommeillés tout en affichant une surprise lasse sur son visage.


-"..."


-"Dix minutes, j'ai dit !"


Puis Fusahira se détourna promptement et sorti de la chambre. Ai compris qu'elle devait sans tarder le rejoindre, quelque chose de grave avait du se produire pensa t-elle. Et c'est sans conviction qu'elle revêtit sa tenue de lycéenne. En chaussant ses mocassin, son regard s'attrista. Il devenait urgent qu'elle les cire et trouvait inconvenant de se présenter ainsi. Mais devant l'urgence manifeste arborée par Fusahira, une fois habillée, elle se rendit directement dans son bureau. Elle l'y trouva, l’attendant, l'air grave, presque solennelle. Et une fois assise, il prit un ton docte, qu'ai ne lui connaissait pas.


-"Bien bien. Je viens de recevoir un courrier par la malle poste de ce matin, te concernant, où il est question des tes mésaventures en la ville de Mizu-Umi. Certes, ce n'est qu'une vision parcellaire de toute cette histoire, mais elle corrobore tes propos et surtout cela me laisse à penser que tu as toutes les qualités requises pour faire un bon agent. Car, il faut bien l'admettre, tu t'en ai bien sorti en faisant preuve d'intelligence et de prudence. Sans omettre ton courage et ta curiosité, attendu que cela dépassait de loin le cadre de cette mission. Présentant donc toutes les caractéristiques requises, tu suivras dès à présent une formation pour une durée de neuf mois à l'issu des quels tu seras présentée à un examen de clôture. S'il se trouve couronné par un succès, tu intégreras officiellement le Bureau en tant qu'agent de terrain. Cela dit, je vais te donner ton emploi du temps pour les neufs prochains mois. Nous commencerons par parfaire ta formation en droit notarial de six heures à huit heure. Ta couverture principale étant clerc de notaire, elle doit être des plus robuste. D'ailleurs, nous en profiterons pour étudier le droit pénal. Pour pénétrer dans une prison, c'est plus facile lorsqu'on est avocat... Et aussi voir tes connaissances en théologie, les prêtresses ont certains accès privilégiées dont tu pourrais avoir besoin. Suivra de huit heures à midi ton cours de musique. Un professeur viendra ici t'enseigner le solfège et les techniques de jeu du shakuhachi. Après une pause, car il faut se ménager tout de même, tu reprendras à quatorze heures et jusqu'à dix huit heures pour suivre un entraînement martial avec Akihiko. Ensuite, nous étudierons de dix huit heures à minuit, en se ménageant un entracte dînatoire, tout ce qui concerne les techniques spécifiques à notre profession. Sans être exhaustif, nous étudierons la botanique, les techniques de camouflage, la serrurie et le crochetage, la cryptographie, la confection de faux papiers, l'étiquette et les techniques d'infiltrations, la fabrication de couvertures, sans oublier de te donner un important bagage culturel, c'est très important de savoir se fondre dans n'importe quel milieu. Et puis aussi le dessin et la cartographie, sans oublier l'astronomie ! Voilà grosso modo tous ce que tu dois savoir d'ici neuf mois."


Silence. Imperturbable, ai buvait avidement ses paroles et semblait attendre une suite.


-"Des questions ?"


Jusque là impassible, une contrariété se fit visible sur la tristesse de son visage d’albâtre. Alors, de sa voix grave et douce avec un ton où perçait l'incertitude:


-"Oui... Heu... Pour ce qui est des techniques de combats, je sais que je me suis montrée très médiocre et je crains que cela entrave ma possibilité de réussir lors de l'examen final..."


Fusahira soupira en esquissant un sourire. Retrouvant sa bonhomie d'avant et sur un ton chaleureux:


-"Tu n'as pas d'inquiétude à te faire à ce sujet. Nous n'utilisons nos capacités au combat que rarement, voir qu’exceptionnellement. Notre activité se centre sur l'obtention, en toute discrétion, de renseignements et non à nous battre, ce qui nous mettrait en pleine lumière. Nous devons avant tout, rester dans l'ombre. Bien sûr, parfois il nous faut nous défendre lorsque nous tombons dans une échauffourée et qu'il s'agisse de sauver nos vies. Mais dans la majorité
des missions, une bonne couverture, un sourire et quelques phrases bien à propos sont largement suffisants. Donc, ne te tourmente pas pour cela. En fait, le combat ne nous sert essentiellement qu'à une chose, protéger notre couverture. Et cela, à n'importe quel prix... C'est l’expérience la plus douloureuse et la plus pénible qui pourra éprouver durant ta carrière, surtout quand il s'agit d'un témoin qui se trouve être une femme ou un enfant... Mais n'oublie jamais, pas d'exception. C'est ta vie qui est en jeu..."


Un lourd silence se fit. Son sourire s'effaça. Et un voile de grisaille se déposa sur son visage. De mauvais souvenirs venaient subitement le hanter. Ces funestes évocations lui firent faire une sinistre grimace. Puis, d'un coup du revers de sa main, il tenta de les chasser de son esprit. Il posa son regard sur ai et focalisa ses pensées sur elle, sur ce qu'il devait lui apprendre et les conseils qu'il lui prodiguerait. Se concentrant sur cet unique objectif, d'un ton raffermit et volontaire:


-"Par contre si les armes ne sont pas à ton avantage, tu en as d'autres tout aussi précieuses ! Tu as vu comment c'est comporté Akihiko à ton égard ? Ce type de comportement est typique de gent masculine. Tu es un jeune fille et ça  c'est un très précieux atout en soi, tu peux me croire. Quel homme irait soupçonner qu'une jeune fille puisse faire parti des services de renseignements ? Aucun. Et je vais te dire le pourquoi. J'ai pu lire à de maintes reprises dans la correspondance de nos généraux et même de ceux d'autres nations, les arguments récurrents en défaveur des femmes pour leur intégration dans divers corps de l'armée ou de la fonction publique. Et ces raisons invoquées, qui pourront te paraître fallacieuses et même blessantes, sont communément admise par la plus grande majorité des hommes de pouvoir. J'ai relevé dans une lettre d'un colonel de nos armées les propos que voici, 'Primesautières, changeantes et déloyales, les femmes sont sujettes à la trahison car esclaves de leurs sens et de leurs passions. Oisives et donc peu instruites, d'une intelligence limitée, elles ont une imagination débordante et dangereuse. Bavardes et peu digne de confiance, elles éprouvent de grandes difficultés à conserver un secret. Et c'est tout cela qui les rend impropres à la qualité d'agent.' Avec ce genre d'idées à l'esprit, rien que ton physique fait déjà de toi un agent en position de force par rapport aux hommes. Sans parler de tes autres qualités... Tu vois, rien ne t'empêcheras de réussir si tu travailles dure."


Silence.


-"Pas d'autres questions ? Allez, aujourd'hui, c'est relâche ! Idem pour Maromi, tu peux lui annoncer que je lui donne aussi sa journée. Par contre, demain matin je te viens te réveiller à cinq heures trente. Début des cours, six heures. Entendu ?"


Et avec toute la tristesse légère dont faisait preuve ai lorsqu’elle se trouvait enthousiasmée:


-"Oui..."


Silence à nouveau. Et d'un ton plus grave, sombre et réservé:


-"Heu... Me serait-il possible d'avoir quelques sous..."


Fusahira afficha un large sourire qui lui fit plisser les yeux.


-"Mais bien sûr ai ! Je te rappel que je te mets de coté ton salaire et que tu en disposes à ta guise. Si tu le veux, je peux te le verser directement et tu le conserveras toi même dans ta chambre."


-"Heu.. non, c'est bien comme ça..."


-"Attends, je sors mon livre de compte... Donc, quarante cinq jours à vingt deux yens mensuel ça nous fait un total de trente trois yens. Ah, j'oubliais, pendant ta formation tu bénéficieras de ton salaire. Combien désires-tu ?"


-"J'aurais voulue m'acheter un livre blanc et quelques chandelles..."


-"Ah ?! Bon, je vais t'avancer la somme car un livre blanc coûte assez cher. Passe le prendre et dit que l'on me transmette la facture, je la réglerais plus tard. Pour ce qui est des bougies, tu t'en sortiras avec cinq yens. Voici."


-"Merci..."


-"Allez, ne traîne plus ici et va faire tes emplettes. Emmène Maromi avec toi. Amusez-vous bien !"


Alors qu'il regardait ai sortir de son bureau, de nouveau la mélancolie vint l'assaillir. Cette fois, il venait de définitivement lui voler ce qui pouvait lui rester d'innocence en la projetant dans les recoins les plus obscures de ce monde. Un goût amer lui envahie la bouche alors que de sombres pensées venaient le tourmenter. Peut-être aurait-il eu le cœur moins lourd s'il avait eu connaissance de l'effroyable passé, jonché de tant de victimes humaines, de sa petite protégée.



En ouvrant son livre blanc, ai se demanda tout à la fois comment cette idée d'en acquérir un, c'était imposée impérieusement à elle et comment avait-elle put accepter un telle idée reflétant le cliché même de l'adolescente humaine. Pourtant, en passant sa main blanchâtre sur la douceur velouté du cuir de couleur crème, elle ressentit qu'un lien d'intimité les liait. La caressante trame du papier appelait en silence la plume. Définitivement, elle comprit que ce sentiment était bien à elle. Loin des turpitudes des jeunes humaines, répandant dans toute leur fadeur obscène, leurs états d'âmes insipides, ces pages seraient les témoins muets de l'anachorète qu'elle était devenue, criant l'anathème sur ce monde. Écartelée entre une frénésie écarlate et une sombre brume saturnienne, elle prit sa plume, la plongea dans le noir de l'encre et lentement y dessina les mots préfigurant à sa sinistre destinée.





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