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Au Service de Sa Majesté...
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Ai Enma
Ai Enma Petite Plume Diplomate

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MessageSujet: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyMer 21 Nov 2018, 23:29






Au Service de Sa Majesté... Deco_chapitre_bottom_02










Solo

Au Service de Sa Majesté... Deco_chapitre_top_02




Retour à Murakokkyou.


Meurtrie, exténuée, blessée dans son amour propre, ai dévalait sur sa fière monture les hautes collines du territoire de Minshu pour enfin franchir la frontière du royaume Fuyu. Son pénible voyage allait enfin arriver à son terme. Chevauchant sous la lune déclinante, dans un ciel où peu à peu les étoiles s’éteignaient, le chemin de terre serpentait entre les collines escarpées qui parfois montraient leurs flancs de basaltes noirs. En les voyant, elle sut que le village de Murakokkyou ne se cachait plus très loin et qu'elle pourrait y parvenir en tout début de matinée. Alors qu'elle s'attendait à éprouver une triste joie en retournant dans le village qui l'avait recueillie et d'une certaine manière adoptée, son cœur resta de glace. Aucun émoi ne vint perturber son esprit. C'est dans une totale indifférence qu'elle revenait près de ces humains qui lui avaient pourtant prodigué soins, attentions et générosité. Son âme était toute dévouée à la contemplation des successifs paysages dans lequel elle retrouvait une forme de paix et d'harmonie. Elle se refusait à penser à toutes les choses qui lui étaient arrivées dans la ville Mizu-Umi, car une colère sans nom allait s'emparer d'elle la menant à de nouveaux désastres. Contemplant les nobles aplombs de roches noires, le gargouillis d'un ruisseau lui parvint. Descendant de monts plus escarpés au nord-ouest, elle le reconnue de suite. Il délimitait le périmètre extérieur au village. Plus loin, sur la droite en amont, caché par des bosquets d'épicéas, une petite cataracte surplombant la cabane d'Ichika. A ses souvenirs, sa paix intérieur fondit comme neige au soleil. Mais point de colère, sinon un abattement et une lassitude écrasante. C'est complètement déprimée qu'elle chercha le gué afin de traverser les cours d'eau tumultueux. Et une fois franchie, une seule idée lui martela le crane, elle ne voulait croiser le chemin de personne. Ne voir aucun être humain, vivant du moins. Alors, au lieu de suivre le sentier qui la mènerait au village, elle coupa à travers les vastes herbages et ainsi atteindre la demeure de Fusahira sans avoir à rencontrer qui que ce soit.


La lumière solaire, jaune pâle, montait peu à peu dans le sombre indigo de l'azur quand elle aperçut la vielle, mais non moins charmante demeure, assise sur ses pilotis au milieu de son vaste pré, telle une antique gardienne. Juste à son coté, la grange accompagnée d'un bouquet de bouleau pubescent à la blanche écorce. La brise matinale jouait dans les hautes herbes et seul résonnait le croassement des corneilles dans l'air cristallin. Quelques grands chevaux, de la même espèce que Youki, étaient visibles bien plus loin dans des herbages grimpants sur les coteaux, boutants paisiblement. Une grande sérénité baignait ces lieux. Une pointe de nostalgie perça l'indifférence d'ai et elle ne put se retenir de lâcher un long et langoureux soupir. Après tout, c'était ici chez elle, maintenant. Elle se surprise même à ressentir une certaine impatience de retrouver sa chambre sous les combles. Cela faisait maintenant trois mois qu'elle avait été jetée dans ce monde insolite et que déjà de toutes petites radicelles c'étaient formées dans son esprit. Elle ne chercha pas à savoir ce qu'elle en pensait, si cela était bon ou mauvais, cela s'imposa à elle comme un simple état de fait. Se dirigeant vers la grange, elle y installa Youki, lui flatta le museau puis s'en alla retrouver la maison. Elle gravit les quelques marches et une fois arrivée devant la porte d'entrée, elle ne sut que  faire, soit sonner la petite cloche, soit prendre sa clef et l'ouvrir. Elle resta, indécise quelques instants sur le palier, à s'enliser dans ce dilemme. Il y avait de fortes chances qu'elle croise Fusahira et elle ne savait comment réagir à cette rencontre et de quelle manière elle allait l'aborder. Submergée de sentiments contradictoires, elle regretta l'époque où elle pouvait apparaître en tout lieu d'un simple battement de cils. En définitive, elle n'eut pas à choisir. Perdue, encore une fois dans ses pensées, elle eut la surprise de voir la porte s'ouvrir à la volée. Tout aussi surprise qu'elle, Fusahira resta coi devant elle, au seuil de l'entrée.


Fusahira, après une brève hésitation, leva les bras au ciel et s'exclama avec une joie non retenue:


-"Ai, tu es de retour !"


Puis, d'un mouvement preste, mit un genoux à terre et enserra vigoureusement ai dans ses bras. Elle sentie sa tête tout contre la sienne, le visage taillé à la serpe se perdant dans ses longs cheveux noirs. Ai, ne sachant quoi faire, garda les bras le long du corps, figée dans le marbre, telle une statue. Puis, ce moment d'effusion sentimentale passé, il se redressa de toute sa hauteur et examina ai des pieds à la tête. Une légère rougeur de gêne lui colorait ses paumettes saillantes. Ces petits yeux clairs, profondément enchâssés dans son visage, étaient marqués des signes d'une profonde fatigue et d'un manque de sommeil avéré. Mais quand son regard se porta sur le visage blanc comme neige d'ai, son allégresse s'évapora pour laisser place à la contrariété et au désappointement. Son visage devint terne, un sourire sans joie s'y afficha et il serra ses lèvres. Le beau et aristocratique visage d'ai qu'il lui connaissait avait été outragé. Un sentiment d'impuissante colère monta en lui en voyant la large marque bleue qui maculait son œil gauche, ses lèvres fendues sue le coté, de haut en bas d'un trait rouge vif, de sa paumette droite toute violacée et de son menton rougit. Alors qu'il ne pensait qu'à battre à mort le gredin qui avait porté la main sur ai, cette dernière qui semblait indifférente à l'état de son visage, lui adressa doucement, de sa voix grave et triste:


-"Je voudrai monter dans ma chambre..."


Sous le coup de la stupéfaction, sans y réfléchir il s’exécuta et la laissa entrer. Il regarda sa petite silhouette se diriger vers la porte du fond, l'ouvrir et disparaître dans les escaliers. Il entendit son pas léger éfleurer les marches puis faire grincer un tantinet le plancher. Une porte s’ouvrit et se referma doucement au dessus de lui. Refermant derrière lui la porte d'entrée, il remarqua qu'un pesant silence avait envahie subitement la maison. Cette situation le mettait au supplice. Il ne sait pas véritablement ce qu'il aurait voulu qu'elle fasse ou dise, mais sûrement pas ça. Elle avait fait comme si de rien n'était, murée dans sa triste indifférence. Pourquoi n'était-elle pas en colère ? Pourquoi n'était-elle pas venue se réfugier dans ses bras pour y trouver du réconfort ? Après ce qu'elle avait subit, elle aurait dut manifester ses sentiments, quels qu'il soient. Au lieu de cela, ai était restée impassible et froide, enveloppée dans une apathie qu'il lui connaissait trop bien. Il ne put s'empêcher de repenser à cette épouvantable image d'ai étendue sur le plancher, son corps laiteux baignant dans son sang vermeil. A cette sinistre évocation, il ne put réprimer son angoisse. Et si elle recommençait ? Cette pensée lui était insupportable. Mais il savait ai obstiné comme ce n'était pas permis et que lui n'arriverait à rien. Sans même prendre la peine de refermer la porte derrière lui, il sorti en trombe et se dirigea vers la maison de l’apothicaire. S'il y avait un personne susceptible de se faire écouter par ai, c'était bien Maromi. Quel ironie à bien y penser ! Seule une muette avait la possibilité de briser le mur du silence derrière lequel ai se réfugiait...


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

En entrant dans sa chambre, la rosace qui filtrait les rayons du soleil levant, enflammait tout l'espace de lueurs rouges et orangées. Le morceau de vitrail manquant avait été remplacé. Et sous ces feux, la tache brunâtre maculant le parquet, était si sombre qu'on eu dit la bouche d'un puits s'enfonçant dans le noir des abysses. Ai s'attendait à voir les particules de poussières jouer dans les rais de lumières colorées alors qu'elle s'avançait vers son armoire, mais rien ne vint troubler la clarté des éclats solaires. Fushira avait fait en sorte que sa chambre soit maintenue dans le même état soigné dans lequel elle l'avait laissée. Elle apprécia cette attention et ouvrit son armoire afin d'y ranger ses vêtements de voyages masculins et ses précieuses fourrures. Un fois cela fait, elle sortie son seifuku et le revêtit. Puis avec soin elle déposa dans le coffre en bois de camphrier la lettre de Sato ainsi que la dague à la lame cruciforme. Une fois cela fait elle alla s'étendre sur son futon de coton blanc et s'absorba dans la contemplation des jeux de lumières incandescentes. Lentement, ai ferma les yeux. Et quand elle les rouvrit, elle se vit debout, sous le vénérable chêne qui dominait la plaine, couverte par des massifs de lycoris majestueux, sous la lumière éternelle d'un perpétuel soleil couchant. L'air était tiède, le vent soulevant par intermittence ses longs cheveux noirs. Elle savait qu'elle rêvait, mais le songe ne s'évapora pas pour autant. Et au lieu de lui gonfler le cœur d'une intolérable nostalgie, ce mirage l'emplit d'une tristesse légère, comme si en s'éveillant, elle savait qu'elle aurait enfin rejoint son monde bien à elle, qu'elle serait enfin redevenue la fille des enfers... Cette dernière pensée lui apporta une sérénité qui lui avait bien fait défaut depuis son arrivée dans le monde de Kosaten. Et elle se complaisait à dilater à l'infini cette rêverie lorsqu'elle perçut des coups retentir sur le bois de la porte de sa chambre. Rouvrant véritablement les yeux cette fois-ci, sa douce tristesse disparut, les images familières s'envolèrent comme perdues à jamais. Exaspérée par ce dérangement inopportun, une lueur rouge vive voila un instant ses grands yeux. Elle redressa son torse en prenant appuie sur ses bras mis en arrière.


/* GRRR ! Qui ose venir me déranger ? Et qui cela peut-il bien être ? Fusahira ? Non, j'aurais entendu ses pas dans l’escalier... A moins que... Si c'est lui, il va goûter à ma mauvaise humeur ! Et qui que ce soit d'ailleurs !  */


Juste après trois coup frappés, sans attendre de réponse, la porte s'ouvrit lentement et dans l’embrasure apparut une adolescente au visage aussi rond qu'embarrassé. La tête baissée, elle osa, timidement, lever ses grands yeux noirs vers ai. C'était Maromi. Sur son visage s'affichait un sourire confus et maladroit. Ai remarqua qu'elle portait un kimono qu'elle ne lui connaissait pas. D'une jolie soie bleu claire avec pour motifs d’élégants volubilis blancs et roses pâles. Les couleurs fraîches des motifs indiquait qu'il devait être neuf. Il était sûrement destiné à être porté lors de fêtes, de réceptions ou bien de sorties en famille. Elle sut d'emblée que Maromi l'avait revêtu pour son retour au village. Ai la connaissait bien même si elles n'avaient jamais échangées un mot. Et ce geste attentionné la flatta. Alors elle fit un geste de la main à Maromi pour l'inviter à rentrer dans sa chambre et aussi pour la sortir de l’embarras. Elle savait bien que Maromi n'aurait pas osée la déranger de la sorte, patiente, elle aurait attendue que leurs chemins se croisent. Fusahira était certainement derrière tout cela. Ai tapota doucement sur son futon pour lui indiquer de venir s’asseoir à ses cotés. Alors, ne réprimant plus sa joie de revoir l'étrange locataire à la peau de craie, Maromi franchit les quelques mètres qui les séparaient et s’assit toute contente de ces retrouvailles. Mais quand Maromi posa son doux regard sur le visage d'ai, cette dernière eut un sursaut. Toute allégresse avait disparut de son visage rondelet. Elle fit une grimasse où se mêlait tant l'étonnement que la stupeur et le désarroi. Ses grands yeux noirs furent envahies par la tristesse et l'incompréhension. Lentement elle approcha ses doigts des blessures du visage d'ai comme pour être bien certaine de leurs réalités. Et sans la toucher, elle passa ses doigts sur les blessures. Cela fait, un immense chagrin lui oppressa la poitrine. Et dans un élan involontaire, elle prit ai dans ses bras, la serrant fort et se mit à pleurer longuement, silencieusement. Surprise par cet élan et cet accablement, ai ne sut comment réagir. Alors, elle aussi, prit l'adolescente dans ses bras et la serra. Ai ne se rappelait pas d'avoir partagée un tel moment d'intimité, tout au moins avec une personne qu'elle n'avait pas, par la suite, envoyée en enfer. Cela lui fit penser à la connivence qu'elle pouvait partager avec Youki, mais sans pouvoir la définir plus en avant. C'était un sentiment, qui pour elle était tout aussi étrange qu'étranger.


/* Hou la la... je suis censée faire quoi moi ? Je n'aime pas la voir triste... Pauvre petite... */


Finalement, ai aussi sombra dans une profonde tristesse. Alors, elle lui freudonna dans un murmure les derniers vers d'un poème de P.B Shelley afin de lui soulager sa peine:


-"Et semblable à l’oiseau
Dans les couches de l’air je me baigne à toute heure.
Je change à chaque instant
Et sans mourir pourtant,
Car alors que, brillant, le ciel après la pluie
S’empresse de sécher mes larmes qu’il essuie..."


Peu à peu les couleurs devinrent plus vives, l'air se fit plus chaud. Ai mis ses mains sur les épaules de Maromi, la regarda droit dans les yeux et de sa voix grave et douce:


-"Ben faut pas te mettre dans de tels états... Ne t'inquiète pas, je vais bien..."


Silence.


-"Tu portes un bien jolie kimono, se serait dommage de le tacher de tes larmes... C'est tes parents qui te l'on acheté ?"


Maromi qui la fixa à son tour, se frotta les yeux pour y dissiper ses larmes et esquissa un signe de la tête. Son regard était triste et anxieux. Mais elle se força à sourire et fit un geste de ses mains qu'elle répéta plusieurs fois. Ai comprit de suite. Maromi voulait qu'elle mange afin de faire disparaître ses vilaines blessures. Ai baissa la tête et poussa un long soupir.


-"Explique à Fusahira que je descendrais le moment venu... Pour l'instant, je veux rester seule..."


Sans un bruit Maromi se leva et se dirigea vers la porte. Sur le seuil, elle se retourna et adressa à ai un sourire plus spontané, plus sincère et disparut en refermant derrière elle, la porte. Dans le silence des lumières chamarrées, ai put s'abandonner à son océan de solitude. Elle s’allongea sur son futon et y resta regarder les lumières changer au fil des heures.


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Cela faisait maintenant trois jours qu'ai n'avait pas bougée de sa chambre, restant étendue à regarder les lumières de ce monde-ci ou d'un autre. Elle ne sentait plus son corps, comme perché sur une falaise entourée de vide. Et dans son délire comateux, elle trouva un semblant d'équilibre. Son esprit se perdait, volontairement, dans le labyrinthe de ses turpitudes. Elle voulait s'égarer, s'égarer à jamais dans son monde pour ne plus voir, ne plus sentir, ne plus savoir. Son corps se disloquait, sa raison se dissolvait.


/* Je n'ai plus qu'une seule certitude, l'illusion de vivre... */


Dans la prison de sa conscience, elle contemplait sa vie manquée, attendant au hasard du désespoir de sombrer dans un définitif néant.


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Mais hélas, le destin en avait décidé autrement... Ce furent quelques coups brefs et secs sur sa porte qui contraignirent ai à remonter à la surface de cette triste et maussade réalité. Toute chamboulée, la nausée au bord des lèvres, c'est avec beaucoup de difficultés qu'elle réussi à articuler un simple mot, faiblement, si faiblement qu'il se perdit dans l'espace de la pièce.


-"Entrez..."


Une fatigue intense écrasa son corps lorsqu’elle vit entrer dans la chambre Maromi, toute souriante et guillerette. Elle portait la simple tenue de travail que ai lui connaissait, surmonté d'un tablier blanc étincelant. Elle tenait dans ses bras une large coupe très évasée en terre cuite remplie de petits fruit rouge écarlates. Sur le moment, ai ne les reconnus pas, tant ses yeux étaient embrumés des visions d'un ailleurs perdu. C'est lorsque Maromi déposa la coupe à coté d'ai, que cette dernière les reconnu. Ses yeux se dilatèrent de concupiscence, devant elle se tenaient des cerises, juste là à portée de main ! La vue des ses fruits eut un effet miraculeux sur ai. Certes, incapable d'exprimer ou de ressentir la joie naïve et spontanée des humains, il n'en demeurait pas moins qu'ai apprécia ce geste. Elle pointa son regard triste, noyé de nostalgie sur Maromi et gravement:


-"Merci..."


Maromi manifesta sa joie par un petit applaudissement candide. Elle avait cette faculté singulière de deviner les ressentis d'ai, de pouvoir transposer ses réactions sur l'échelle des valeurs humaines. Puis elle s'agenouilla en face d'ai comme une amie venant faire la conversation. Là, elle se mit à agiter frénétiquement sa main sous le nez d'ai, avec seulement trois doigts de dépliés. Cette dernière fit la moue, contrariée de ne pouvoir jouer de ses doigts sur les fruits tant désirés. Puis d'un ton sec et badin:


-"C'est bon, j'ai compris... Ça fait trois jours que Fusahira m'attend... C'est bien cela ?"


Maromi acquiesça vivement de la tête. Puis, s'en alla de la chambre tel un courant d'air. Maussade, elle regarda les cerises rougeoyantes.


/* Bon, ce sera pour plus tard... Mince de mince... Je crois qu'il est temps d'avoir une explication avec Fusahira... Je veux des réponses... */


Elle se leva et se dirigea vers le coffre en bois de camphrier pour en sortir la dague ainsi que la lettre, puis elle descendit au rez de chaussé, rejoindre Fusahira dans son cabinet de travail. Cependant, elle ne pouvait occulter de son esprit, l'image de cette coupe pleine de cerises qui l'attendait...



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Dernière édition par Ai Enma le Dim 17 Mar 2019, 19:23, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyLun 03 Déc 2018, 10:35




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Ai pénétra dans la pénombre du bureau où Fusahira l'attendait dans son fauteuil de cuir. Contre le mur à sa droite, elle vit que le petit bureau n'avait pas bougé. Il l'avait laissé tel quel, encombré de livres, de parchemins et de quelques plumes taillées. Elle en éprouva une douce nostalgie en se remémorant les heures studieuses à étudier le droit notarial en sa compagnie. Mais ça, c'était avant... D'un pas résolu elle alla s’asseoir dans le fauteuil faisant face à Fusahira. Se tenant bien droite, son visage affichant une froide sévérité partagée avec une austère gravité, sans un mot, elle déposa devant Fusahira la dague cruciforme, plongeant son regard lourd de tristesse dans le sien. A la vue de cette dague, il mit les coudes sur son bureau et posa sa tête sur ses poings fermés. Lui aussi arborait un air grave. Sans la toucher, il scruta la dague puis porta son regard sur ai. A la vue des ces chairs tuméfiées, ses yeux s'assombrirent. Un silence éloquent pesait lourdement sur eux. Fusahira, le premier, décida de le rompre. Il savait l'affaire plus que sérieuse, et sans raison valable, s'en voulait d'avoir jeté ai dans une situation aussi ardue que dangereuse. Gravement, pesant chaque mot:


-"Bien, ai... Tu vas devoir tout me raconter en détail... Même si c'est douloureux... C'est très important que j'ai connaissance de tout ce qui a put t'arriver et de ce que tu as observé. Par la suite, je serais, sûrement, en mesure de te donner certaines explications. Je reconnais que je n'ai pas été franc avec toi et je t'en donnerai les raisons. Même si cela ne m'excuse en rien... Mais commence s'il te plaît..."


Silence. La tension dramatique qui régnait dans le cabinet avait interrompu le cours du temps, la flamme même des bougies, dispersées sur les candélabres, semblait figée. Alors, ai prit la parole, doucement, de sa voix grave à peine audible, d'un ton dénué de tout ressentiment et de toute acrimonie. Sans se précipiter, elle lui narra dans les moindres détails ses aventures à Mizu-Umi, la découverte de la mort de Sato, les deux hommes tatoués assassiné par d'autres, le trafic de mummia blanca auquel se livraient Ueno Genichi et Shozo Moki liés aux disparitions d'enfants. Et surtout, cet énigmatique personnage qui était au centre de toute cette intrigue, la Marcheuse de rêve qui avait totalement disparue dans la nature. En dernier lieu, elle lui narra son sauvetage in extremis par un curieux personnage qui se faisait appeler le Ménestrel. Pendant tout le temps où ai racontait son histoire, il était demeuré pratiquement impassible mais l'on pouvait percevoir dans son regard, que certains détails l'affligeaient quand même. Par contre, à l'évocation de ce nom, les yeux de Fusahira s'agrandir d’étonnement et il se redressa brutalement sur son fauteuil, posant à plat ses mains sur son bureau, les bras tendus. Et tant par surprise que par contrariété, il lâcha un chuchotement sec:


-"Comment ça ?! Tu as rencontré le Ménestrel ?!"


Ai acquiesça de la tête. Stupéfait, il la fixa des ses yeux ronds comme des billes.


/* Hou la la... Qu'est-ce qui lui arrive... Je ne l'avais vue comme cela... */


Cet instant d'hébétude passé, Fusahira se recala confortablement dans son fauteuil, se racla la gorge afin de s'éclaircir la voix comme s'il allait se lancer dans un longue et pénible déclaration.


-"Bien, je vais commencer par le commencement comme on dit... Et cette histoire risque fort de ne pas te plaire, mais je ne te demanderais qu'une seule chose, écoute la jusqu'à la fin, s'il te plaît. Cette première mission où je t'ai envoyée devait être d'une grande facilité pour toi et devait se passer sans anicroche. Il te suffisait de remettre le plis et prendre une bourse en échange, rien de plus. La seule chose que tu ne devais pas faire, et c'était le test, en aucun cas tu ne devais ouvrir ni la lettre ni la bourse, qui étaient tous deux piégés avec un poison. Il s'agissait de simplement tester ton honnêteté et ton équité. En somme, je devais te faire passer, dans un premier temps, une série d'épreuves me permettant d'éprouver ton dévouement, ta loyauté et ta droiture. Déjà, je savais que tu étais une jeune fille intelligente, sincère qui ne rechignait pas à l'étude. Ce sont ces premiers traits de caractères qui ont poussés certaines personnes à prendre la décision d'aller plus en avant dans leur enquête sur ta personnalité et les possibles talents que tu pourrais développer. Car après t'avoir enseigner les bases du droit notarial, certains ont vu en toi une opportunité à saisir. Je t'avoue que j'ai fais part de mon désaccord à cette instance supérieur, mais ils n'en ont pas tenu compte et j'ai du exécuter les ordres qui m'ont été donnés. En fait, les services de renseignements du roi Sul Hei veulent que tu face partie de leur effectif si tu es capable de réussir la formation et l’entraînement requis. Il va sans dire qu'en cas d'échec, les futures recrues sont généralement victimes d'accidents. Et c'est pourquoi j'ai voulu m'opposer à cette décision... Car il y a de nombreuses zones d'ombres en toi et je ne suis pas certain que tu parviennes à réussir un tel challenge...


Comme tu t'en doutes, les cinq nations de Kosaten reposent sur une paix précaire et cela ne fut pas toujours le cas. Donc, comme toutes les nations, notre gouvernement à besoin de renseignement sur les forces armées adverses, les technologies et les savoir-faire des certains artisans et les secrets inhérent à la diplomatie. En fait, tout renseignement qui peut changer la donne tout autant en période de paix que de guerre doit arriver dans nos services. Il faut observer, bien sûr, mais sans être vu. C'est la qualité première d'un bon agent. Car si chacune des nations fait appel à des espions, chacune d'elle, possède sont service de contre-espionnage. Si par malheur un agent se fait prendre, ce qui l'attend, c'est la peine de mort après un lent interrogatoire agrémenté de tortures sophistiquées. Voilà dans quoi on m'a demandé de de jeter."


Fusahira s'attendait à voir deux grand yeux flamboyants, emplis d'une colère sans nom et d'une haine sans limite, le fixer dans un silence mortel. Mais rien de tel ne se produisit, bien au contraire. Ai, enfoncée dans le moelleux du cuir du fauteuil, écoutait bien sagement le récit, ses grands yeux grenats foncés montrait qu'elle était captivée par l'histoire narrée par Fusahira comme n'importe qu'elle enfant écoutant un compte de fée au coin de la cheminée. La gène qu'éprouvait Fusahira disparut et il lui sourit tendrement. Pourtant, un voile de tristesse c'était posée sur son âme, car il savait que cette histoire n'était en rien un compte enfantin mais plutôt un roman âpre dont la fin était généralement funeste. Sans se laisser aller à son vague à l'âme, il continua:


-"Mon rôle dans tout cela est que je suis agent de liaison et aussi agent instructeur... Et il me revient donc de te former. Quand au ménestrel, lui c'est un agent de terrain qui opère là où le service lui demande d'aller. Tu comprendras que je ne pas t'en dire plus sur les agents ou même l'organisation du service et ce pour des raisons de sécurité évidentes. Par contre, ce que je peux te dire du métier, c'est qu'il est très dangereux et que la durée de vie des agents semble limitée. Si un de nos agents se fait prendre, dans la majorité des cas, il devra se débrouiller seul. En aucun cas le service n'envoie la cavalerie à son secours. Il y a des très rares cas d'exfiltrations, mais se sont des exceptions. Comme je te l'ai dit précédemment, un agent prit et un agent mort. La contre partie c'est que le travail est très bien payé. A la fois parce que le métier est tout aussi aventureux que périlleux, mais aussi pour acheter notre loyauté. Mais ce dernier point n'est jamais abordé et reste un tabou dans notre profession. Les agents doubles le font par pure vénalité mais aussi peuvent avoir d'autres motivations, comme la vengeance par exemple. Et même si nos agents sont soigneusement choisis, certains finissent pas nous trahir. Alors, les gouvernants, n’ayant pas d'autres moyens pour s'assurer qu'un agent ne passe à l'ennemi, nous payent grassement. C'est l'unique avantage du métier..."


Silence, ai restant toujours pendue aux lèvres de Fusahira.


-"Une dernière chose quand même. Mets beaucoup d'argent de coté pour t'assurer un confortable retraite... Car une fois hors du circuit, tu devra disparaître au yeux de tous, amis et ennemis. Un agent à la retraite représente une source potentiel pour l'ennemi. Âgée, les réflexes amoindrit et bien moins résistant, ils sont des cibles faciles pour des agents adverses. Et ça, nos dirigeants le savent. Tu vois où je veux en venir... Une fois que tu auras mis le pieds à l'étrier, aucun retour en arrière ne te seras possible. Pense-y bien. Tu finiras tes jours dans la solitude et l'angoisse perpétuelle qu'une ombre derrière toi vienne te trancher la gorge... ou pire."


Silence.


-"Voici donc pour l'essentiel. Hem..."


La encore, il s'attendait à un silence lourd, épais et gênant. Alors qu'il venait de bouleverser sa vie d'une manière toute aussi violente que radicale, de lui proposer de vivre dans un perpétuel danger, une boule venait faire pression
sur son estomac. Sa pesanteur s'accentua, il venait, ni plus ni moins de lui annoncer sa condamnation à mort. Différée, certes, mais si peu avaient survécus... Et contre toute attente, la petite voix sourde et grave d'ai, avec une note d'empressement:


-"Quand commençons nous l’entraînement ?"


Pour la deuxième fois ces yeux s'agrandir de stupéfaction. Elle qui était venue portée par une froide colère, la voici faisant montre d'un enthousiasme triste tout à fait déconcertant aux vues des circonstances. Décontenancé, il l'observa
et eut du mal à imaginer cette frêle jeune fille, pâle comme un morte, devenir un agent et évoluer parmi des personnes extrêmement dangereuses, jouant sa vie à chacune de ses rencontres, où chacun de ses mots peut provoquer sa perte. Mais il balaya ses sombres pensées et redevint l'agent instructeur confirmé qu'il était. Il devait enfouir tout sentiment paternaliste au plus profond de son être, sinon il la conduirait à l'échec. D'un ton péremptoire, il reprit:


-"Bien. Premièrement, tu devras fidélité et loyauté à ton roi, Sul Hei. Chaque ordre que tu recevras devra être exécute sans aucune question et même s'il va à l'encontre de tes convictions. Car ta seule conviction sera dorénavant, sera d'obéir aux ordres du Bureau. Est-ce bien clair ?"


Timidement ai répondit. Elle aurait voulu y mettre plus de conviction mais le ton qu'employait Fusahira lui était si inconnu, qu'elle en fut très surprise.


-"Oui..."


-"Deuxièmement, c'est moi qui vais te former. Tu devras là aussi m'obéir sans discussion. Compris ?"


-"Heu... oui... Bien entendu."


-"Bien. Commençons par le commencement. Je vais t'emmener voir un ami à moi, il s'occupe d'apprendre à nos plus jeunes, l'art du combat et de la chasse. Ancien lieutenant de notre garnison, maintenant à la retraite, c'est expert en maniement du sabre et de l'arc. Et il a encore de bons restes en ce qui concerne les arts martiaux. Tu passeras la journée avec lui et au soleil couchant, tu reviendras en sa compagnie pour que nous puissions discuter des tes aptitudes. Il va sans dire que tout ce que je t'ai dit précédemment doit rester absolument secret. Lorsque nous avons besoin des services de personnes qui ne font pas parties du Bureau, c'est toujours sous un prétexte qui dissimule nos véritables
intentions. Si la vérité tu me dois toujours, le mensonge devra être ta seconde nature. N'oublie jamais, tu n'es qu'une clerc de notaire qui s'exerce comme tous les autres adolescents. Apprendre à chasser pour manger, apprendre à te battre pour te défendre. Allez, ne perdons pas de temps, il entraîne la marmaille sur ses champs qui se trouvent à l’opposé de nous au nord-ouest."


Jetant un coup d’œil sur ai, il reprit:


-"Heu... Va donc te changer, mettre un pantalon et une vielle chemise... La journée sera rude. Je vais t'attendre à l’extérieur, fait vite !"


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Une fois la porte d'entrée refermée, ils prirent un sentier à travers les pâturages et contournèrent le village par le nord pour arriver à proximité d'un vaste corps de ferme constitué d'un bâtiment principal qui tenait lieu d'habitation adjacent à deux granges. Les trois bâtiments étaient entourés par de vastes herbages clos par des murets de pierres sèches. De grands chevaux y paissaient en toute tranquillité alors que dans une étendue proche d'eux, une douzaine de gamins s'agitaient en tous sens. L'herbe y était rase, foulée sans ménagement par cette marmaille turbulente. Au centre, se tenait un gaillard, grand et sec, ses longs cheveux grisonnants s'agitant au grès du vent. Et par dessus toute cette effervescence, l'on pouvait distinctement l'entendre aboyer tantôt des ordres, tantôt des conseils. Il était revêtu de la tête au pied d'une armure de cuir matelassé, d'un casque et de protections sur les jambes et les tibias. A son coté, glissé dans son ceinturon, un long sabre en bois. Voyant s'approcher Fusahira accompagné d'ai de l'enclos, se dernier lui fit un signe amical de la main, enleva son casque et se dirigea vers eux, le pas rapide. Et avec cette voix tonitruante surprenante pour un tel gabarit:


-"Tient, v'la notre ami ! Heureux de te voir vielle branche, tu m'as l'air en forme pour un scribouillard !"


Fusahira, lui aussi souriant, de sa forte voix s'adressa à lui:


-"Toi aussi tu as l'air d'avoir la santé, vieux sac d'os !"


Les deux hommes se mirent à rires et se firent une fraternelle accolade. L'ancien lieutenant posa ses yeux sur ai et sans plus de cérémonie:


-"Dit donc, avec tes cheveux dénoués, on dirait une fille ! Tu ferais mieux de les attacher !"


Ai surprise par une telle goujaterie, ne dit rien. Mais son visage devint sévère et se figea.


-"Ah oui! Il faut que je te présente ma clerc de notaire. Elle s'appelle ai. Et j'aurais besoin que tu vois ce dont elle est capable et ce que tu pourrais lui apprendre comme technique de chasse et de combat aussi."


-"Hein ? Tu te fiches de moi là. Une fille dans mon camps d’entraînement ?"


Et sur ces dernières paroles, il explosa d'un rire tonitruant, franc et sans arrière pensée.


-"Akihiko, je t'en pris, c'est important. Tu sais bien, c'est 'la petite tombée de la lune'... Tu peux bien faire ça pour moi."


Reconsidérant ai, il l'examina de la tête aux pieds.


-"Bien... heu... Non mais que va t-on dire si je me mets à entraîner une fille ? T'y penses ? Ma réputation est foutue..."


Ai serra fort les poings. Ses grands yeux prirent des éclats grenats plus vifs, plus incandescents. Fusahira le remarqua de suite. Mais il nota aussi qu'elle se contenait bien mieux qu'à son arrivée dans le village, il y quelques mois de cela. Et pour lui, c'était un progrès notable et encourageant. Car ce qui lui faisait le plus grand défaut, c'était son manque de maîtrise de soi, qui se soldait immanquablement par un rougeoiement redoutablement distinctif. Ce qui dans sa profession était un handicap pouvant se révéler mortel. Akihiko, lui aussi, remarqua cette inquiétante lueur. Et d'une voix plus contenue:


-"Bon, je veux bien te prendre à l'essaie, si tu t'attaches les cheveux. Et puis tu t’appelleras Miki pendant mon entraînement désormais. Après tout, ce prénom ne convient-il pas autant pour les garçon que pour les filles ? Si ça te vas, tu peux commencer de suite... misère... Allez, va dans le champs avec les autres !"


Une fois ai éloignée, Akihiko reprit d'une voix sérieuse:


-"Heu t'es bien sûre là ?! T'as vu le gabarit, les autres gamins ne vont en faire qu'une bouchée de ta demi portion. Sa place serait plus derrière un pupitre avec une plume non ?"


Fusahira le regarda de manière instante.


-"Bon, bon. Je vais voir ce que je peux en tirer de ton cadavre..."


Cette fois il lui jeta un regard sombre.


-"A mais c'est qu'on y tient à cette viande froide !"


Las, Fusahira lui souris. Il le savait indomptable et qu'il lui serait impossible de faire preuve de plus de courtoisie à l'encontre d'ai. Temps pis, elle devra s'y faire.


-"Affaire conclue... Viens donc se soir la raccompagnée chez moi, tu seras mon invité. Et comme ça nous pourrons parler. Ça te vas ?"


-"Part l'esprit tranquille, je m'en débrouille ! A ce soir donc. Je dois te la ramener un un seul morceau ou bien en pièces détachées ?"


Les deux hommes rirent de bon cœur, puis Fusahira reprit son chemin laissant derrière lui sa petite protégée.


/* Ça va être très dure pour toi ai, Akihiko est vieux jeu, non archaïque... et il ne sera pas tendre et même bien pire avec toi qu'avec les autres garçons, mais s'il te plaît, tient au moins jusqu'à ce soir... */


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Al'heure où le soleil hésite entre chien et loup, la clochette de la porte d'entrée retentit. Maromi se précipita pour ouvrir. Mais une déception non feinte se peignit sur son visage rond en voyant ai accompagnée d'Akihiko. Cette dernière offrait une vision pitoyable. Sa chemise était déchirée de son épaule jusqu'au ventre, tout comme ses manches, son pantalon, lui aussi, portait de larges entailles au genoux, maculés de terre et de sang séché. Quant à ses cheveux, tous en pagaille, étaient parsemés de long épis de graminées sauvages qui s'y agrippaient avec force. Une bosse était bien visible sur son front, un bleu violacé entachai son œil droit tout gonflé, sa joue gauche marquée de coupures, sans parler de toute cette boue qui lui maculait le visage. Maromi ne put s'empêcher de l'imaginer croulante sous la mêlée, rouée de coup par tous les garçons. Sans plus s'occuper de son hôte, elle tira ai par la main pour l'amener dans sa chambre et y faire un brin de toilette. Quelque peu désappointé, Fusahira les regarda passer sans rien dire et se dirigea vers Akihiko l'air interrogateur. Mais sans y faire plus attention, souriant à Fusahira:


-"J'ai une faim de loup ! J'espère que tu nous as sorti une bonne bouteille de ta fameuse cave !"


-"Installes-toi, je vais faire le service... Je ne pense pas qu'ai redescende de si tôt..."


-"C'est mieux ainsi, nous pourrons causer entre homme."


Alors qu'Akihiko se gavait d'une pintade garnie de pomme de terre au beurre et à la ciboulette, Fusahira brûlait de savoir comment ai s'en était sortie.


-"Alors, pour ai, qu'en penses-tu ? Franchement."


-"Ah... Et bien elle est complètement nulle et j'en tirerais rien. Jamais c'te gamine pourras devenir un guerrière, j'te jure. Elle a à peine la force et la constitution d'une gamine de dix ans pour ce qui est du combat. Un gosse pas bien fort, qui lui porte un coup arrive à lui arracher son arme des mains si elle tente une parade. Elle a rien dans les bras... Quand à ses attaques, elles sont d'une telles faiblesses que s'en est triste... parole d'homme. Honnêtement, je sais vraiment pas quoi faire d'elle. Elle est pas faite pour ça, c'est la nature, on y peut rien. En vérité, c'est contrariant. Car elle est capable d'effectuer d'importants efforts physiques dans d'autres domaines. C'est à n'y rien comprendre. Par exemple, au grimpé de corde, elle est parmi les meilleurs, tout comme la course de vitesse ou la course de fond. Mais s'il lui faut encaisser un coup, la voilà qui tombe à terre alors qu'elle escalade une paroi rocheuse à bout de bras sans grande difficulté... Avec de l’entraînement, elle pourrait devenir une bonne pisteuse. Mais pour le combat, c'est une autre affaire. Et c'est d'autant plus frustrant qu'elle est agile et souple. En travaillant, elle aurait de très bonnes capacités d'esquives, mais sans possibilité de parade, d'avance, c'est cuit. C'est tout ce que je peux te dire... tu m'en vois navré mais jamais elle ne montera au champ de bataille ! Après tout c'est peut-être mieux ainsi."


Quelque peu dépité, Fusahira gardait tout de même espoir, il savait qu'Akihiko possédait un grand savoir en tant que maître d'arme et qu'il pourrait probablement suppléer cet handicap par un ré-assemblage de diverses techniques de combat. Encore fallait-il qu'il veuille bien s'en donner la peine. Alors, sur le ton de la confidence, mêlant habilement mensonges et vérités:


-"C'est bien vrai que je l'aime bien cette petite, mais je dois l'envoyer par monts et par vaux pour différentes affaires, tu sais bien ce que c'est. Et dernièrement, j'ai du l'envoyer bien loin en terres étrangères. Les routes sont peu sûre pour une jeune fille. Et sincèrement ça me ferait mal d’apprendre qu'un soudard de Minshu ou bien de Seika lui fasse la peau. Tu comprends ?"


Autant les femmes n'avaient pas leur place au combat, autant il ne pouvait supporter les lâches qui s'en prenaient à elles et surtout s'ils étaient natifs d'une autre nation que celle de Fuyu. Faisant ainsi vibrer sa corde chevaleresque et son instinct de patriote, Akihiko reconsidéra ses propos.


-"Qu'on soit bien d'accord et qu'on y revienne plus ! Je n'en ferais pas un soldat. Par contre, je peux faire en sorte qu'elle puisse tenir un combat jusqu'au moment où elle pourra s'enfuir. Mouais, baser son jeu uniquement sur les techniques d'esquives. Après, je pourrais toujours essayer de lui enseigner des techniques de frappes particulièrement efficaces qui mettraient son adversaire hors combat. Mais ce sont des techniques très avancées et il lui faudra de nombreuses années avant de pouvoir y parvenir... Bon, j'veux bien essayer et puis, bon, les amis c'est fait pour ça, non ?"


-"Je te remercie. Cela me rassurera de savoir qu'elle puisse se débrouiller seule sur les routes et quelle ne soit pas à la merci du premier gredin venu... Je te revaudrais ça."


-"Ça tombe bien, y a plus rien à boire !"


La soirée s'éternisa en de longues évocations de souvenirs partagés, arrosés copieusement d'un délicieux vin rouge. Dans le silence de sa chambre, ai traçait patiemment, des hiraganas dans le sable de sa clayette et apprenais à Maromi quelques rudiments d'écriture. Toutes deux, longuement concentrées sur les signes, elles finirent par s'endormir enlacées l'une l'autre sur le futon. Sur le bureau, la chandelle dans son bougeoir finit par s'éteindre, plongeant la chambre dans une bienfaisante et oublieuse obscurité



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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyVen 04 Jan 2019, 10:48




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Le lendemain matin, Fusahira monta à l'étage et frappa à la porte de la chambre d'ai. Pas de réponse. Il refrappa plus énergiquement cette fois. Toujours aucune réponse. Hésitant en premier lieu à ouvrir la porte, il se rappela qu'il était maintenant son formateur et qu'il devait dès aujourd'hui oublier la prévenance dont il était coutumier avec elle. Sa gentillesse à son égard ne ferait que la desservir. Et c'est justement parce qu'il tenait à elle, qu'il devait devenir intransigeant, appliquant une discipline implacable ce qui lui sauverait sûrement la vie plus tard. Cette fois, c'est décidé qu'il tourna la poignée de la porte et entra. Mais au spectacle qui s'offrait à lui, il ne put retenir un soupir paternel et de sourire tendrement. De voir ces deux gamines enlacées sur le futon, plongées dans de paisibles songes, lui réchauffa le cœur. Chassant ses sentiments sucrés, il se reprit immédiatement et d'une voix ferme et autoritaire:


-"Debout la dedans ! Maromi, va à la cuisine me préparer mon petit déjeuner ! Ai, tu te lèves, tu t'habilles et tu viens me rejoindre dans mon cabinet dans dix minutes ! Est-ce bien compris ?!"


Séance tenante, Maromi s’exécuta et descendit à la cuisine maladroitement et encore toute engourdie de ses rêves. Quant à ai, elle eut peine à ouvrir ses yeux tous ensommeillés tout en affichant une surprise lasse sur son visage.


-"..."


-"Dix minutes, j'ai dit !"


Puis Fusahira se détourna promptement et sorti de la chambre. Ai compris qu'elle devait sans tarder le rejoindre, quelque chose de grave avait du se produire pensa t-elle. Et c'est sans conviction qu'elle revêtit sa tenue de lycéenne. En chaussant ses mocassin, son regard s'attrista. Il devenait urgent qu'elle les cire et trouvait inconvenant de se présenter ainsi. Mais devant l'urgence manifeste arborée par Fusahira, une fois habillée, elle se rendit directement dans son bureau. Elle l'y trouva, l’attendant, l'air grave, presque solennelle. Et une fois assise, il prit un ton docte, qu'ai ne lui connaissait pas.


-"Bien bien. Je viens de recevoir un courrier par la malle poste de ce matin, te concernant, où il est question des tes mésaventures en la ville de Mizu-Umi. Certes, ce n'est qu'une vision parcellaire de toute cette histoire, mais elle corrobore tes propos et surtout cela me laisse à penser que tu as toutes les qualités requises pour faire un bon agent. Car, il faut bien l'admettre, tu t'en ai bien sorti en faisant preuve d'intelligence et de prudence. Sans omettre ton courage et ta curiosité, attendu que cela dépassait de loin le cadre de cette mission. Présentant donc toutes les caractéristiques requises, tu suivras dès à présent une formation pour une durée de neuf mois à l'issu des quels tu seras présentée à un examen de clôture. S'il se trouve couronné par un succès, tu intégreras officiellement le Bureau en tant qu'agent de terrain. Cela dit, je vais te donner ton emploi du temps pour les neufs prochains mois. Nous commencerons par parfaire ta formation en droit notarial de six heures à huit heure. Ta couverture principale étant clerc de notaire, elle doit être des plus robuste. D'ailleurs, nous en profiterons pour étudier le droit pénal. Pour pénétrer dans une prison, c'est plus facile lorsqu'on est avocat... Et aussi voir tes connaissances en théologie, les prêtresses ont certains accès privilégiées dont tu pourrais avoir besoin. Suivra de huit heures à midi ton cours de musique. Un professeur viendra ici t'enseigner le solfège et les techniques de jeu du shakuhachi. Après une pause, car il faut se ménager tout de même, tu reprendras à quatorze heures et jusqu'à dix huit heures pour suivre un entraînement martial avec Akihiko. Ensuite, nous étudierons de dix huit heures à minuit, en se ménageant un entracte dînatoire, tout ce qui concerne les techniques spécifiques à notre profession. Sans être exhaustif, nous étudierons la botanique, les techniques de camouflage, la serrurie et le crochetage, la cryptographie, la confection de faux papiers, l'étiquette et les techniques d'infiltrations, la fabrication de couvertures, sans oublier de te donner un important bagage culturel, c'est très important de savoir se fondre dans n'importe quel milieu. Et puis aussi le dessin et la cartographie, sans oublier l'astronomie ! Voilà grosso modo tous ce que tu dois savoir d'ici neuf mois."


Silence. Imperturbable, ai buvait avidement ses paroles et semblait attendre une suite.


-"Des questions ?"


Jusque là impassible, une contrariété se fit visible sur la tristesse de son visage d’albâtre. Alors, de sa voix grave et douce avec un ton où perçait l'incertitude:


-"Oui... Heu... Pour ce qui est des techniques de combats, je sais que je me suis montrée très médiocre et je crains que cela entrave ma possibilité de réussir lors de l'examen final..."


Fusahira soupira en esquissant un sourire. Retrouvant sa bonhomie d'avant et sur un ton chaleureux:


-"Tu n'as pas d'inquiétude à te faire à ce sujet. Nous n'utilisons nos capacités au combat que rarement, voir qu’exceptionnellement. Notre activité se centre sur l'obtention, en toute discrétion, de renseignements et non à nous battre, ce qui nous mettrait en pleine lumière. Nous devons avant tout, rester dans l'ombre. Bien sûr, parfois il nous faut nous défendre lorsque nous tombons dans une échauffourée et qu'il s'agisse de sauver nos vies. Mais dans la majorité
des missions, une bonne couverture, un sourire et quelques phrases bien à propos sont largement suffisants. Donc, ne te tourmente pas pour cela. En fait, le combat ne nous sert essentiellement qu'à une chose, protéger notre couverture. Et cela, à n'importe quel prix... C'est l’expérience la plus douloureuse et la plus pénible qui pourra éprouver durant ta carrière, surtout quand il s'agit d'un témoin qui se trouve être une femme ou un enfant... Mais n'oublie jamais, pas d'exception. C'est ta vie qui est en jeu..."


Un lourd silence se fit. Son sourire s'effaça. Et un voile de grisaille se déposa sur son visage. De mauvais souvenirs venaient subitement le hanter. Ces funestes évocations lui firent faire une sinistre grimace. Puis, d'un coup du revers de sa main, il tenta de les chasser de son esprit. Il posa son regard sur ai et focalisa ses pensées sur elle, sur ce qu'il devait lui apprendre et les conseils qu'il lui prodiguerait. Se concentrant sur cet unique objectif, d'un ton raffermit et volontaire:


-"Par contre si les armes ne sont pas à ton avantage, tu en as d'autres tout aussi précieuses ! Tu as vu comment c'est comporté Akihiko à ton égard ? Ce type de comportement est typique de gent masculine. Tu es un jeune fille et ça  c'est un très précieux atout en soi, tu peux me croire. Quel homme irait soupçonner qu'une jeune fille puisse faire parti des services de renseignements ? Aucun. Et je vais te dire le pourquoi. J'ai pu lire à de maintes reprises dans la correspondance de nos généraux et même de ceux d'autres nations, les arguments récurrents en défaveur des femmes pour leur intégration dans divers corps de l'armée ou de la fonction publique. Et ces raisons invoquées, qui pourront te paraître fallacieuses et même blessantes, sont communément admise par la plus grande majorité des hommes de pouvoir. J'ai relevé dans une lettre d'un colonel de nos armées les propos que voici, 'Primesautières, changeantes et déloyales, les femmes sont sujettes à la trahison car esclaves de leurs sens et de leurs passions. Oisives et donc peu instruites, d'une intelligence limitée, elles ont une imagination débordante et dangereuse. Bavardes et peu digne de confiance, elles éprouvent de grandes difficultés à conserver un secret. Et c'est tout cela qui les rend impropres à la qualité d'agent.' Avec ce genre d'idées à l'esprit, rien que ton physique fait déjà de toi un agent en position de force par rapport aux hommes. Sans parler de tes autres qualités... Tu vois, rien ne t'empêcheras de réussir si tu travailles dure."


Silence.


-"Pas d'autres questions ? Allez, aujourd'hui, c'est relâche ! Idem pour Maromi, tu peux lui annoncer que je lui donne aussi sa journée. Par contre, demain matin je te viens te réveiller à cinq heures trente. Début des cours, six heures. Entendu ?"


Et avec toute la tristesse légère dont faisait preuve ai lorsqu’elle se trouvait enthousiasmée:


-"Oui..."


Silence à nouveau. Et d'un ton plus grave, sombre et réservé:


-"Heu... Me serait-il possible d'avoir quelques sous..."


Fusahira afficha un large sourire qui lui fit plisser les yeux.


-"Mais bien sûr ai ! Je te rappel que je te mets de coté ton salaire et que tu en disposes à ta guise. Si tu le veux, je peux te le verser directement et tu le conserveras toi même dans ta chambre."


-"Heu.. non, c'est bien comme ça..."


-"Attends, je sors mon livre de compte... Donc, quarante cinq jours à vingt deux yens mensuel ça nous fait un total de trente trois yens. Ah, j'oubliais, pendant ta formation tu bénéficieras de ton salaire. Combien désires-tu ?"


-"J'aurais voulue m'acheter un livre blanc et quelques chandelles..."


-"Ah ?! Bon, je vais t'avancer la somme car un livre blanc coûte assez cher. Passe le prendre et dit que l'on me transmette la facture, je la réglerais plus tard. Pour ce qui est des bougies, tu t'en sortiras avec cinq yens. Voici."


-"Merci..."


-"Allez, ne traîne plus ici et va faire tes emplettes. Emmène Maromi avec toi. Amusez-vous bien !"


Alors qu'il regardait ai sortir de son bureau, de nouveau la mélancolie vint l'assaillir. Cette fois, il venait de définitivement lui voler ce qui pouvait lui rester d'innocence en la projetant dans les recoins les plus obscures de ce monde. Un goût amer lui envahie la bouche alors que de sombres pensées venaient le tourmenter. Peut-être aurait-il eu le cœur moins lourd s'il avait eu connaissance de l'effroyable passé, jonché de tant de victimes humaines, de sa petite protégée.


Au Service de Sa Majesté... Deco_barre

Enveloppée d'une tristesse légère panachée d'une mélancolie subtile et amère, ai accompagnée de Maromi revinrent à la demeure de bois de Fusahira et alors que les deux complices s'apprêtaient à rejoindre la chambre d'ai à l'étage, Fusahira les héla. Ce qui n'était point dans ses habitudes et qui provoqua une certaine stupéfaction chez ces deux demoiselles. Il fit signe négligemment à Maromi d'aller attendre ai à l'étage. Cette dernière s’exécuta. Alors, Fusahira se posa devant devant ai, la dépassant de trois têtes et lui lança un regard sévère, ce qui non plus, n'était pas dans ses habitudes. Elle se demanda bien ce qui avait pu le contrarier de cette manière. Mais en s'adressant à elle, il garda un ton calme et doux:


-"Ai, où as-tu donc la tête ?"


Silence.


-"Je suppose que ce livre blanc va devenir ton intime compagnon de route, et je m'en réjouis. Mais tu vas embrasser une nouvelle profession qui requiert plus que de la discrétion. Tu ne dois sous aucun prétexte laisser de traces écrites de ce que tu fais ou feras à l’avenir. Quand nous devons communiquer par écrit, nous codons nos informations car rien ne doit subsister derrière nous qui pourrait nous compromettre ou bien le Bureau. Aucune trace de nos activités ne doit pouvoir réapparaître au grand jour ou même à des yeux indiscrets. Sur ce point, tu dois faire montre de la plus grande prudence... Donc vouloir tenir un journal de bord et particulièrement prohibé. S'il venait à tomber entre de mauvaises mains, en plus de te compromettre c'est aussi toutes les personnes proches de toi que tu compromets. Et beaucoup de personnes en feraient les frais. C'est l'une des dure loi de la profession, en aucun cas nous n’existons."


Silence.


-"N'oublie pas non plus que des agents sont sûrement à ta recherche et que même si tu es en sécurité dans le village, rien ne prédit qu'ils ne mettront pas, un jour, la main sur ton carnet..."


Soufflée la légère et bienfaisante tristesse, l'esprit d'ai se vacillait sur le bord d'un précipice surplombant de noirs abysses. Et le peu de réconfort qu'elle avait éprouvée jusqu'à présent venait de chuter dans cette obscurité. Sa tête
tomba en avant, son regard rivé sur le plancher, ses épaules s’affaissèrent et livre blanc lui échappa des mains pour finir lui aussi sur le sol, tel un animal mort. Ses yeux devinrent si sombres que nul reflet n'y apparaissait. De tout son être émanait un tel accablement que la lumière dans la pièce se voila, les couleurs devinrent ternes et Fusahira se senti étrangement morose. Il avait été bien loin de se douter que cette exigence aurait eut un tel effet ravageur sur sa petite protégée. Désolé de l'avoir si abruptement démoli, il chercha une solution à cette impasse. Ce qu'il détestait la voir ainsi. Et après un bref moment de réflexion il posa doucement sa grande main sur la petite épaule frêle d'ai. Arborant un sourire quelque peu forcé, toujours aussi doucement il reprit:


-"Bon... je crois que j'ai une idée. Tu vas pouvoir garder ton livre blanc et e disposer à ta guise. Par contre, tu dois me faire une promesse, une promesse solennelle. Jamais, au grand jamais tu ne devras en révéler son existence, à qui que ce soit ! Et surtout pas aux personnes du Bureau... M'as-tu bien comprise ?"


Et d'un geste délicat, de son index il lui souleva le menton pour plonger son regard dans le sien. Mais il fut bien en peine pour y déchiffrer les sentiments qu'elle pouvait éprouver. Certes, il n'avait jamais observé chez elle les signes caractéristiques du contentement ou de la joie tels que les humains pouvaient les exprimer, mais il s'attendait quand même à certains changements qui s'y apparentaient chez cet être atypique. Alors, il se voulu plus rassurant:


-"D'ici trois à quatre semaines, je te promets que tu pourras utiliser ton carnet. C'est d'accord ?"


Et pour tout signe d’acquiescement, presque dans un soupir elle répondit:


-"oui..."


Cela suffit finalement à rassurer Fusahira et lui ôter ce pesant poids qui lui comprimait l'estomac. De toute façon, il devrait s'en contenter.


/* Et bien mon chère Fusahira, voila que tu transgresses tes propres règles... Si tu continue de t'enticher d'elle, il n'en ressortira rien de bon... */


Puis il reprit d'un ton tout aussi doux mais avec une pointe de fermeté:


-"Par contre, je ne te demanderais qu'une seule chose, investie toi corps et âme dans ton apprentissage. Je ne tolérerai aucune faiblesse de ta part !"


Mais ces dernières paroles sonnaient faux, il le savait. Cela dit, ai ramassa silencieusement le carnet jetant un dernier regard absent sur Fusahira et monta rejoindre Maromi dans sa chambre. Tout en montant les marches des escaliers, ai ne put s'empêcher de trouver le comportement de Fusahira étrange.


/* D'où peut bien provenir ce revirement de situation ? Il m'avance l'argent pour un livre blanc et ensuite il me demande de ne pas l'utiliser... Il savait bien ce que j'allais en faire tout de même... N'avait-il pas osé me refuser cet achat et puis se serait-il ravisé ? C'est pas son genre... Je me demande à quoi a t-il bien pu penser... Qu'est-ce qui l'a troublé à ce point ? */



Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Fusahira avait tenu sa promesse. Et quatre semaines plus tard, elle put s'assoir à son bureau, le livre blanc posé devant elle. En ouvrant son carnet, ai se demanda tout à la fois comment cette idée d'en acquérir un c'était imposée impérieusement à elle et comment avait-elle put accepter un telle idée reflétant le cliché même de l'adolescente humaine. Pourtant, en passant sa main blanchâtre sur la douceur velouté du cuir de couleur crème, elle ressentit qu'un lien d'intimité les liait. La caressante trame du papier appelait en silence la plume. Définitivement, elle comprit que ce sentiment était bien à elle. Loin des turpitudes des jeunes humaines, répandant dans toute leur fadeur obscène leurs états d'âmes insipides, ces pages seraient les témoins muets de l'anachorète qu'elle était devenu, criant l'anathème sur ce monde. Écartelée entre une frénésie écarlate et une sombre brume saturnienne, elle prit sa plume, ou plus précisement ce qui allait en faire office. Lentement elle y dessina les premiers mots préfigurant à une funeste destinée.



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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyJeu 07 Mar 2019, 15:08




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Notes et appréciations d'Ai Enma, fille des Enfers.


Le cinq Septembre.


Et bien, si je m'étais attendue à coucher ces premières lignes de cette manière... Je dois avouer que Fusahira m'a particulièrement déconcertée lorsqu’il m'a annoncé que je pouvais enfin utiliser mon carnet et qu'il m'a tendu une petite panière en osier. Elle ressemblait à l'une de ces cages dans lesquelles on y met les chats pour les transporter, sauf qu'à l’intérieur s'y trouvait une sorte de rat gondin, tant par la forme que par la taille. L'animal semblait dormir. Et je me demandais bien pourquoi il m'offrait cet animal, charmant au demeurant. Mais qu'elle pouvait être le rapport entre cet animal et le droit d'utiliser mon carnet ? C'est à ce moment qu'il m’expliqua ce qu'était réellement cette créature. Son nom, le scrypto castor est un animal vivant dans le nord des contrées de Fuyu et dont l'une des particularités est qu'un liquide suinte en abondance de l'extrémité de son appendice caudale qui peut servir à écrire tout comme une plume conventionnelle. A ceci prêt est que l'encre de l'animal, une fois sèche, n'est visible qu'en la présence du dit animal ou de l'un de ces congénères. Ce qui protège ce qui a été écrit des regards indiscrets et qui dans mon cas, me permet de pouvoir tenir ce journal et d'y écrire.


Les premiers essais ont été assez déroutant et peu probant. Il fallut à Fusahira m'expliquer dans le détails le fonctionnement, si je puis dire, de l'animal. Car fait assez étrange, pour un animal dont l'habitat naturel se trouve dans la froidures de nos régions, il s'acclimate très bien au confort douillet d'un intérieur de maison et s'y complet sans retenue. Avec tout le confort que cela implique, c'est à dire de la nourriture à volonté et des coussins douillets afin de s'y reposer. Au contact de l'homme, se dernier s'embourgeoise d'une manière alarmante... Sans être capricieux, il aime être traité avec respect et le confort qu'on lui offre est la pour lui démontrer. Et si son hôte lui convient, alors l'animal se montrera docile et coopératif. C'est dingue tout le fromage que j'ai du lui donner afin que monsieur daigne que je me serve de sa queue ! Une petite contrariété et voici que cette dernière devient toute mole, inutilisable... Enfin bref, après plusieurs jours aux petits soins, cette fichue bestiole c'est laissée apprivoiser et me permet d'écrire...


Par contre, Fusahira m'a prévenue. Il ne restera avec moi que pour une période de deux ans. Car après un long séjours parmi les hommes, le scrypto castor finit par ne plus produire d'encre et il lui faut retourner dans son milieu naturel pour qu'il puisse de nouveau retrouver sa capacité à produire de l'encre. Par contre, il est possible, dans certains cas qu'un scrypto castor revienne au près d'un ancien hôte si celui-ci l'a particulièrement bien traité. Car la chasse de cet animal est très spécifique. L'animal, relativement intelligent, se laisserait plutôt capturer que d'être véritablement piégé, comme s'il voulait trouver le confort que procure l'habitat humain. Mais cela est un chapitre à part entière que je n'évoquerais point ici.


Néanmoins, Fusahira m'a gratifiée d'une dernière mise en garde. Je ne dois absolument pas froisser l'égo de ce précieux animal, sinon je deviendrais l'objet de ces facéties. L'on dit que des propriétaires ayant froissé leurs susceptibilités ont perdu des objets personnels pendant de très longues périodes, parfois cachés dans des endroits improbables ou bien, l'on suppose, perdu à jamais dans le terrier du dit animal... Susceptible, capricieux et rancunier, voila un bien singulier animal. Au moins, il a du caractère, moi qui détestes les être serviles... ça tombe bien. Pourtant, avec sa petite bouille ronde tout comme ses petites oreilles on ne croirait pas, si ce n'est cette étrange lueur d'intelligence qui brille dans le noir de ses yeux... Quoi qu'il en soit, c'est une jeune femelle que l'on me confit donc et je crois que c'est sa première capture... Il parait que les jeunes sont plus souples dans leurs comportements que les anciens qui ont pris déjà de nombreuses habitudes et n'en dérogent pas facilement.


Fusahira m'a demandé de lui donner un nom. Cette manie humaine de vouloir donner un nom à tout est absolument stupide ! Mais parait-il que l'animal réagit mieux lorsque l'on à besoin de lui. Alors, je m'y suis résolue... Il y avait un philosophe dont j'aimais beaucoup les écrits, alors je lui ai donnée son nom, Cioran. J'espère que cela conviendra à cette demoiselle... En tout cas sa compagnie me plaît bien... tout comme celle de Maromi, toutes deux sont muettes et c'est bien ainsi.


Il y a quand même une dernière petite chose qui me turlupine au sujet de cet animal... ou plus précisément concernant Fusahira. Depuis que je suis arrivée sur cette terre maudite et qu'il m'a recueillie, toujours il a été prévenant avec moi et il m'a offert des très beaux cadeaux, mais si pour certains je dois le rembourser... Il n'a jamais hésité à délier les cordons de sa bourse pour me satisfaire. C'est vrai que tous mes vêtements ont été réglés par ses soins... et à chaque fois ils étaient d'une qualité plus que remarquable, ouvragés par des ouvriers hautement réputés et bien entendu, assez hors de prix... Et là, cet animal qui est quand même très rare, il m'en fait cadeau tout simplement... Comme s’il s'agissait d'une petite babiole. Je me demande quel prix a-t il bien pu l'obtenir... Un échange de services peut-être ? Peu de personnes en possèdent un et encore il s'agit de notables hauts placés. En fait, toute cette diligence que cache t-elle finalement ? Pourquoi a-t il engagée Maromi ? Seulement pour moi ? Me tenir compagnie ? Éviter que je tente de me suicider de nouveau ? Ai-je un prix à ces yeux en tant qu'élue ? Quand à Maromi, il semble la connaître comme si tout deux avaient traversé un passé douloureux et obscure. Quelque chose les lie, mais je ne sais comment le définir. Par ailleurs, il ne m'a jamais vraiment parlé d'elle, ni pourquoi elle était muette... Elle aussi, il semble la couvrir, la protéger, un peu comme si elle était sa propre fille... Et disons que devant moi il donne le change, je le sens... Décidément, tous ces gens restent un mystère pour moi et de leurs histoires, je ne connais rien...


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Deux jours sans pouvoir écrire... Cioran se montre particulièrement capricieux mais Fusahira m'avait prévenu qu'il lui faudrait un certain temps pour m'adopter. Quand même... Enfin bon. Presque cinq semaines que je me suis installée dans une routine assez plaisante au demeurant. Juste avant l'aube et jusqu'à ce que le soleil atteigne son zénith, je suis chez le père de Maromi, l’apothicaire du village qui m'enseigne l'art d'extraire, de fabriquer et d'utiliser diverses substances extraites des plantes ou des minéraux. Plus tard, il est même prévu que j'étende mes connaissances au règne animal. Mais pour l'instant, très tôt chaque matin, nous allons dans la forêt ou bien les prés afin d'y chercher diverses plantes. D'ailleurs Maromie nous accompagne durant ces longues promenades à la recherche de tel ou de tel végétal. Ensuite, nous revenons à l'herboristerie où elle prend la place de son père derrière le comptoir tandis que nous descendons dans la cave qui est un véritable laboratoire. La pièce est circulaire dont le rayon approche les trois mètres cinquante ce qui doit nous faire approximativement une quarantaine de mètres au carré. Seul un petit soupirail donnant sur la rue apporte faiblement lumière du soleil dans ce capharnaüm savamment disposé. Le long des murs circulaires courent de nombreuses étagères supportant de multiples bocaux aux contenus étranges, des flacons irisés de liquides multicolores, des morceaux de créatures séchées et une formidable quantité d'ouvrages et de parchemins posés pèle mêle. Au centre de la pièce trône une grande table ovale en chêne d'un coloris très foncé, luisant sous les multiples couches de cire. Un grand bougeoir massif, tout de cuivre apporte la luminosité nécessaire dans cette demi peine ombre. Autours, des plumes, des encriers des parchemins vierges ou couverts d'obscures symboles, des porte-tubes à aisé, deux trois cornues sur des pieds en fer rouillés, des plantes séchées et même quelques minéraux et terres aux couleurs improbables. A coté de la table, un lutrin au pied sculpté de motifs zoomorphes tenant un large ouvrage ouvert. Et à l’opposé du soupirail, sur un four à bois, posé tel un paresseux batracien, se tenait un alambic à la cucurbite toute enflée, de cuivre rouge rutilante chapeauté de son chapiteau d'où s'élance élégamment un majestueux col de cygne plongeant dans une cuve cylindrique pourvue d'un robinet terminant le serpentin. Au travers de la grille de fonte noire fermant l'accès au foyer, un feu intense y dansait frénétiquement. Et de chaque coté du foyer en brique rouge, sombre et parfois calcinées, quelques bûches empilées. Il en irradiait une chaleur douce, bien plus qu'il ne l'aurait laissé croire. L'atmosphère n'était en rien étouffante mais plutôt nacrée et soyeuse. A cela se mêlait l'odeur aromatique des plantes sèches ou vertes. Une pointe de patchouli émanait de quelques bocaux. A vrai dire, j'ai de suite aimé cet endroit. Les sons étouffé du feu crépitant dans ce silence m'avait fort plut. C'est peut-être pour cela que j'ai pris rapidement le goût à l'étude de son enseignement et qu'il me fut facile d'y être assidue. Les heures se succédaient les unes après les autres sans que je m'en rende compte. Et très vite, je me rendais compte que le soleil m'avertissait que le moment de partir de cet endroit confortable était déjà arrivé. Ce qui ne manquait pas, à chaque fois, de m'attrister et de couvrir de sombres nuages le reste de ma journée.



Le savoir qu'il me transmettait était tout aussi captivant qu’existant. Et j'étais bien loin d'imaginer cela. J'avais pensée que les différents poisons dont je pouvais avoir besoin lors de mes missions, me seraient fournit par le Bureau et que je n'aurais pas à m'en soucier outre mesure. Ce qui est en partie vrai. Mais sans me le dire ouvertement, j'ai bien compris que Fusahira voulait que je sois le moins possible dépendante du Bureau et que je puisse me débrouiller seule, le cas échéant. Être le plus autonome possible. Et j'avoue que tout aussi silencieusement, j'acquiesçais en son sens. Le métier demande d'être prudent, même vis à vis de ses supérieurs. Je commençais donc par apprendre à reconnaître les différentes plantes que l'on pouvait trouver dans la région et savoir quels usages en faire. Ensuite vint à proprement parler de l'extraction de la substance active des plantes. Par macération à froid, à chaud par distillation, dans quelle matière sont miscibles les différentes substances, eau, alcool, graisse et bien d'autres encore. Nous avons commencé par extraire des substances qui ne sont pas dangereuses afin que je me familiarise à manipuler les différents ustensiles, connaître leurs noms et pouvoir ainsi débuter les exercices pratiques. Nous avons réalisé un extrait de menthol en utilisant de la menthe mise dans de l'alcool et passée au bain-marie en faisant bien attention avec le thermomètre de ne pas dépasser les soixante degrés Celsius. Puis nous avons fait de l'essence de rose par macération à froid dans de la graisse. Ensuite, nous avons mit la graisse pleine de pétales dans un grand entonnoir, puis avons versé de l'alcool à froid. Par précipitation, l'essence de rose c'est diluée dans l'alcool, lavant la graisse. Il ne nous restait plus qu'à distiller cet alcool pour obtenir l'essence de rose concentrée. Avec ces principes de base, il est possible d'obtenir un grand nombre de substances. Par la suite, nous verrons d'autres procédés. Je dois noter chaque recette car toutes nécessites des doses précises de telle ou telle choses. C'est cette précision omni présente tout au cours des processus me plait bien. Et petit à petit mon herbier se remplie de nombreuses espèces végétales. Puis, nous avons commencé l’étude de plantes prospérant sous d'autres climats. Pour cela, avec les réserves de l’apothicaire, nous ne sommes pas en reste. Et aujourd'hui, nous venons tout juste de commencer l’étude des substances minérales. J'avoue que c'est avec un certain enthousiasme que j’attends de partir le rejoindre dans sa cave, comme une sorte d’excitation. Ce qui me surprend fort d'ailleurs. Je ne me rappelle pas avoir éprouvé un tel sentiment... Ou bien il y a bien longtemps...


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Par contre, s'il est un moment que je déteste c'est bien l'après-midi... Obligation de suivre un entraînement martial avec ce rustre d'Akihiko... C'est ce qui se rapproche, pour moi, le plus d'une vision de l'enfer. Deux heures d’entraînement avec un bokken... Et la je me fais royalement massacrer. Le seul truc que j'arrive à peu près à faire et qui l'agace profondément, c'est que j'arrive avec plus ou moins de succès à éviter les coups par mon agilité. Mais cela ne dure guère. Alors, pour m'endurcir comme il dit, je dois courir avec un sac de toile sur dos lesté de pierres. Et si j'ai le malheur d’émettre la moindre contestation, il le leste encore plus. Ce type est une brute. Et quand je lui ai demandé si j'allais m'exercer à l'art de l'équitation, j'ai eu le droit à une rebuffade ! Après, arts martiaux et là, c'est pas très reluisant non plus... Mais coups ne portent pas et encore quand j'arrive à toucher, alors je me fais traiter de fillette au sang de navet. Charmant ! Et quand il s'agit de bloquer des coups, c'est la même chose qu'avec le bokken, un manque flagrant de force rend mes parades inutiles. Donc il concentre mon enseignent sur l'esquive et par des techniques de blocages particulières. Au lieu de parer le coup simplement, je ne fais que faire dévier sa trajectoire ce qui est loin d'être aisé, utiliser la force de l'adversaire pour éviter le coup sans avoir recours à ma propre force. Ce qui me rappel un peu l’aïkido par certains aspects, mais plus adapté à mon état physique. Il faut dire que rien qu'avec le bokken je me fatigue rapidement, alors avec un véritable sable je ne tiendrais pas trois minutes. Mais le pire qu'il me soit arrivé, c'est quand je me suis couvertes de honte devant tous les autres apprentis. Impossible de bander l'arc qu'il m'avait mit entre les mains et le pire c'est quand il me fit essayer celui que l'on donne aux jeunes enfants du village... J'ai du bloquer l'arc avec mes pieds et tirer sur la corde avec mes deux mains... Je me suis totalement ridiculisée... Et puis cette fichue manie qu'il a de me demander de me faire passer pour un garçon au près des autres en m'affublant du sobriquet de Miki ! Personnellement, je ne sais pas si je pourrais encore en supporter plus. Quand je rentre le soir rejoindre la demeure de Fusahira, je suis moulue et couverte d’hématomes et ce malgré toutes les protections que je porte. Tout ça ne sert à rien... et je perds mon temps. Mais, j'ai fais une promesse à Fusahira, alors bon. Je ne puis me dédire en me dérobant... Par contre je ne suis pas mauvaise en escalade et grimper à une falaise ne me pose pas trop de difficultés, c'est au moins cela. Mais fichtre, ce que je trouve l'après-midi longue et je n'attend qu'une chose, retrouver Fusahira pour pratiquer un art qui me plaît presque autant que la chimie et l'herboristerie, la serrurerie. Sans doute par ce besoin de précision constant, de travailler dans le calme, le silence.


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Mais après le souper, j'ai le droit de consacrer une heure à faire ce qu'il me plaît. Maromi me retrouve dans ma chambre et je continue de lui faire étudier l'écriture à défaut de la lecture. Et c'est avec beaucoup d'application qu'elle trace les hiraganas sur l'ardoise récemment achetée par mes soins. Studieusement, à l'aide d'un bout de craie blanche les hiragana prennent forme et leur donne un sens. Sans oublier que Maromi à effectuer d'important progrès dans le langage des signes. Ce qui nous permet maintenant d'avoir de petites conversations silencieuses. C'est très agréable de communiquer de cette manière. Si tous les humains pouvaient faire de même, le monde ne s'en porterait que mieux. Par contre, même si nous avons un moyen de communiquer facilement, Maromi n'en reste pas moins discrète en ce qui la concerne et finalement, je ne sais pas plus de choses sur elle qu'avant si ce n'est qu'elle apprécie de contempler la voûte céleste parsemée de nombreuses étoiles. Et ce qu'elle aime par dessus tout, c'est d’apercevoir des étoiles filantes. Par contre pas un mot, si je puis ainsi dire sur sa vie ou ses envies, ce qu'elle pense de son travail chez Fusahira ou bien si elle préférait plus travailler avec son père. Car, je suis quand même responsable de certains chamboulement dans son existence depuis ma venue à Murakokkyou. Mais sur cela, elle ne laisse rien transparaître... Est-ce de la timidité ou bien se protège t-elle derrière ce silence ? Quoi qu'il en soit, je ne vais pas prendre le risque de la heurter en lui posant directement des questions. Son silence, je le respecte tout comme elle respecte le mien.


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Puis vient le moment de l'étude de la serrurerie. Je me retrouve avec Fusahira, dans son bureau comme au temps où il m'avait formée pour être clerc de notaire et ce n'est pas sans une certaine nostalgie que je m'installe de nouveau au petit bureau de hêtre accolé au mur, pourvue de sa petite chaise. Mais cette fois-ci, ce sont des tourne vis, des petites pinces et une grosse loupe sur pied qui ont pris possession de l'espace. Dans un silence quasi religieux, je démonte des serrures, visses après visse, écrou après écrou, fait des schémas précis puis je tente de remonter le tout pour que la serrure soit de nouveau fonctionnelle. Ce qui pourrait paraître fastidieux d'un premier abord, me plonge dans une certaine sérénité. Absorbée par ma tâche, concentrée sur l'objet que je tiens entre mes mains, plus rien n'existe autour de moi. Juste cette volonté farouche de comprendre le mécanisme et d'en connaître le fonctionnement dans ses moindres rouages. Pour l'instant je n'ai étudiée que les trois types de serrures les plus courues, mais dans leurs moindres détails. Ce qui n'aurait pas été possible avec les serrures de mon monde qui sont des cylindriques à goupilles et dont le mécanisme est occulté complètement par ce fichu cylindre. Mais sur celle de types à garnitures ou à gorges, tout le mécanisme est accessible, ce qui en permet une compréhension plus aisée et donc facilitera par la suite le crochetage. Mais même si elles livrent leurs secrets plus facilement, elles n'en demeurent pas moins complexes et leurs crochetages sera sûrement ardue. Et ces deux ou trois heures de travaux journaliers ont vite fait de me faire oublier les déconvenues de mon cours précédent.


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Et pour finir, Fusahira et moi revenons dans la cuisine et là, nous asseyons à même sur l'épais tapis posé devant l'âtre de la cheminé. Avec une tasse de thé, que je ne tiens dans mes mains que pour la forme, nous conversons jusqu'à tard dans la nuit. Je passe un délicieux moment avec pour musique d'ambiance le crépitement du feu. Nos conversations portent le plus souvent sur les différentes étiquettes pratiquées dans les nations de Kosaten. Si Fusahira me parle très en détails des us et coutumes de Minshu, de Saika et des Territoires neutres, à contrario il ne possède pratiquement pas d'informations concernant Tenshi. Apparemment cette contrée reste un mystère même pour le Bureau et à sa connaissance aucun espion fuyujin n'y serait allé. Mais bon, il y a déjà beaucoup à apprendre sur les autres nations avant que je ne puisse me fondre dans les diverses populations, intégrer les cours sans éveiller le moindre soupçon sur mes origines. Il me faut connaître aussi les pratiques culinaire, vestimentaire et langagière, sans oublier aussi les légendes les plus marquantes de ces territoires. Le tout, saupoudré d'un brin d'histoire locale. Et c'est assez fréquemment que nous apercevons le soleil levant pointer à l'horizon alors que Fusahira me narre tel ou tel évènement. Alors, pour éviter que je ne somnole lors de mes cours suivant dans la journée, il a prit soin d'installer une pendule munie d'une sonnerie. Je trouve cela un peu dommage quand même...


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Mais dans tout ça, la chose qui me déplaît, non me dégoutte par dessus tout et à laquelle je ne vais pouvoir m'abstraire, c'est qu'il va falloir que j'ingère de la nourriture. Cette fichue nourriture d'humain. Jusqu'à présent ni Fusahira ni Maromi n'avaient fait cas à ce que je reste à table devant des couverts vides. Sauf que depuis ce maudit entraînement martial, je reçois de multiples coups qui me laisse des hématomes de plus en plus nombreux. Avant il ne faisaient que parsemer ma peau et nul n'y trouvait véritablement à redire mais maintenant ils la recouvre de manière embarrassante, sans compter les petites coupures qui ça et là biffent de rouge vif le blanc neigeux de mon visage et le reste de mon corps et cela commence à inquiéter. Maintenant ce sont les jointures de mes doigts qui sont devenue bleues... Même à mon retour de Minshu, j'étais bien plus présentable, rien à voir. Le seul soucis, c'est que cela commence à jaser dans le village et quand, au petit jours je le traverse afin de rejoindre la boutique de l’apothicaire, les regards qui avant étaient bienveillants sont devenues méfiants, craintifs ou bien teintée d'une hostilité à peine feinte. Je crois tout simplement que je commence à faire peur aux villageois et qu'ils vont finir par me confondre avec un spectre. Pourtant en étant prise sous l'aile de Fusahira et d'autres villageois, je ne m'attendais pas à une telle réaction, comme si mon image leur en rappelait de bien plus terrifiantes. Je ressens quelque chose que je ne sais définir, une sorte de malaise provoqué par autre chose que moi-même. Comme si j'avais ravivée un cauchemar qu'ils avaient enfouie au plus profond d'eux même. Peut-être me fais-je encore des idées. Quoi qu'il en soit, va falloir que je mange avant que la situation ne prenne un tour plus préoccupant...



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Dernière édition par Ai Enma le Ven 29 Mar 2019, 18:15, édité 2 fois
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Contes et légendes de Murakokkyou.


le onze Septembre.


Finalement, mon sacrifice a fini par porter ses fruits. Et j'ai retrouvée le regard bienveillant des villageois à mon égard ce qui a grandement soulagé Fusahira et tout autant rassurée Maromi. Et cela a même eut un autre effet, relativement inattendu et qui ne fut pas sans surprendre mon maître d'arme, Akihiko. Il a constaté que j'étais bien plus motivée et déterminée qu'avant et que je montre une ardeur au combat qu'il ne me connaissait pas. Il en est ravi. Forcement, moins je me ferais toucher, moins de bleus j'aurais et donc moins de nourriture, ingérer, je devrais. Mais mon propos n'est point là. Et je me suis décidée à faire part à Maromi de mes interrogations au sujet du comportement récent des villageois à mon encontre. Car, même les petits villages ont leurs secrets, bien gardé à l'abri des oreilles et des yeux des étrangers. Pourtant, tout ne peut être caché et certains indices apparaissent si l'on se donne, un temps soit peu, le temps d'observer. Effectivement, à mon arrivée dans le village de Murakokkyou j'avais remarqué une ancien puits condamné par une lourde plaque de bronze aux symboles presque effacés. De forme octogonale, sur chacune des faces de la plaque se trouvaient sculptée une tête de dragon stylisée. Et je m'étais toujours demandée pourquoi les habitants l'avaient ainsi t'il scellé ? De plus, cela les obligeait à parcourir presque deux kilomètres en amont pour aller chercher de l'eau dans le torrent. Et de surcroît, en plein hivers, de devoir couper des blocs de glaces afin d'être approvisionné en eau. L'utilisation d'un puits leur aurait grandement facilité la tâche quand même. Et si ce puits avait été simplement contaminé, pourquoi ne pas en forer un nouveau plus à l’extérieur de village ? Et effectivement, Maromi me le confirma par la suite, leurs craintes en me voyant étaient liées à ce puits dont l'histoire aussi sombre que funeste, se perdait dans la nuit des temps. Aujourd'hui, il n'en persistait que des légendes à demi effacée. Seul un effroi superstitieux demeurait bien vivace, à tel point que même les jours de marcher sur la place carrée, camelots et chalands prenaient un soin particulier à de ne pas s'en approcher de trop près. Et une singulière zone de vide se formait au milieu de cette cohue ayant pour centre le puits. Maromi, tant pas ses gestes que par les expressions de son visage , me brossa un portrait relativement bien détaillé et imagé de cette sinistre légende, une fois son apréhension dissipée.



A une époque très reculée, alors que le village n'était qu'un hameau de quelques habitations faites de bois et dont la majorité des autres n'étaient encore que des huttes couvertes de peaux de bêtes, au début de l’hiver, les villageois découvrir au petit matin le corps d'une femme adossée contre le muret du puits. Ce fait n'avait rien d’exceptionnel en soi et il arrivait que de temps un temps qu'un voyageur égaré ou bien qu'un trappeur au bord de l'épuisement soit retrouvé aux abords du village, étendu dans la neige et le plus souvent, mort de froid. La seule chose qui apparut incongrue, était que cette personne soit arrivée au centre du village sans avoir pu appelée de secours. Pourtant, elle était passée devant quelques habitations. Mais ce fait étrange fut mit sur le compte de l'épuisement et de l'égarement. Par contre, la personne qui s'avérait être une femme, était encore vivante. Un très léger souffle de vie l'animait encore. Elle ne portait qu'une vielle veste de laine toute rapiécée à la couleur incertaine et dessous, un simple kimono de coton de toile grossière laissant apparaître ça et là la peau nue de la femme tant il était usé. La majorité des habitants étaient à cette époque de rustres trappeurs, mais dont le sens de l’hospitalité ne faisait pas défaut. Et c'est ainsi qu'ils emmenèrent la jeune femme chez le chef du village où les femmes lui prodiguèrent soins et nourriture. La jeune femme qui était d'une beauté remarquable au demeurant, resta allongée plusieurs jours avant de ne pouvoir parler et raconter ce qu'il lui était arrivé. Et elle fut tout ce temps, le sujet principal des nombreuses conversations de ces habitants. Mais sans juger ni médire. Ils étaient plutôt curieux et c'est avec impatience qu'ils attendaient qu'elle se réveille enfin. S'il l'un des hommes avait l'audace d’émettre des propos ambiguës ou bien équivoques à son encontre, les femmes, toutes ensembles, le rabrouait vertement et sans ménagement aucun. Quoi qu'il en soit, au bout de quatre jours, elle put s'exprimer et la nouvelle se répandit telle un feu de joie dans le village. Alors, tous accoururent pour la presser de questions. Le chef du village dut user de son autorité afin qu'elle puisse s'exprimer tant le tumulte était grand. Voici ce que la jeune femme, se prénomant Mayako, leur narra donc.



Venant des Territoires Neutres, mais bien plus au sud, elle les avait traversé des semaines durant pour finalement arriver dans les territoires de Fuyu et tomber d'épuisement lors de la chute des premières neiges. Surprise par le froid, elle n'eut plus la force de continuer et c'est ainsi qu'elle fini son voyage dans le village. Elle disait être la fille d'un tisserand qui venait de se fiancer avec un beau jeune habitant sa bourgade. Mais, tous aussi pauvres que leurs parents, ce dernier alla chercher fortune dans les rivières aurifères de l'extrême nord de leurs territoires. Plusieurs mois durant, elle reçut des courriers de son fiancé, lui apprenant son voyage toujours plus au nord tant il n'avait trouvé jusque là, rien de plus que quelques pépites. Mais il finissait toujours ses lettres en lui promettant qu'il deviendrait rapidement riche et que par la suite, il la ferait venir à ses cotés et qu'enfin ils pourraient se marier. Mais un beau jour, les lettres se tarirent et depuis plus de deux mois, la voici sans nouvelle de son amoureux. Alors, au lieu d'être anéantie par le chagrin, sans mot dire à ses parents, elle prit seule la route afin de le retrouver, fortune faite ou pas. Elle l'aimait tant, que le long et périlleux voyage qui l'attendait ne l'intimidait guère. Et c'est avec un simple baluchon qu'elle partit sur ses traces. Les dernières informations qu'elle avait de lui, le situait proche de la frontière des territoires de Fuyu. C'est ainsi qu'elle échoua à Murakokkyou, épuisée, meurtrie et sans plus d'espoir de pouvoir le retrouver un jours. Elle en était venue à penser qu'il avait du rencontrer une autre femme et qu'à ses yeux elle ne devait plus compter. Il l'avait sûrement même oublié. Ou bien était-il tout simplement mort, s'étant perdu loin dans des contrées sauvages et inhospitalières. Émus par ses propos et le drame qui venait de se jouer, les habitants, d'un commun accord, l'adoptèrent comme l'une des leurs et lui donnèrent une place au sein de leur communauté, sans plus poser de questions.



Le rude hivers passa. Les premiers perce-neiges firent leur apparition et le vent plus doux soufflant de l'est commença à réchauffer les terres gelées. Au printemps, les villageois virent la beauté resplendissante de Mayako s’épanouir au coté du chef du village qui était veuf depuis de nombreuses années. Elle avait la peau couleur des premières neiges et faisait l'envie de toutes les femmes du villages. Ses grands yeux noirs, son front haut et noble lui donnaient des allures princières. Mais au lieu de la jalouser, les habitantes en retirèrent plutôt une fierté personnelle. Qu'une si belle femme vive dans leur humble hameau, leur apportait aplomb et assurance. Ses manières étaient élégantes tout comme le timbre de sa voix. Finalement, elle semblait tout simplement parfaite. Et tous se mirent à penser qu'elle ferait une bien belle épouse pour leur chef. Mais ce dernier ne montra rien qui ne laissait croire qu'il eut des vues sur la jeune femme. Certes, elle habitait chez lui, mais il la traitait comme une personne que l'on garde au près de soi plus par humanité ou par charité que comme une future épouse potentielle. En fait, même s'il n'avait jamais partagé son sentiment avec qui que ce soit, il gardait au fond de lui un sentiment de malaise qu'il éprouvait lorsqu’il se retrouvait seul avec elle. Ne sachant l'expliquer, il préféra donc garder le silence, mais continua de se fier à son instinct. Et les choses restèrent ainsi jusqu'à l'arrivée de l'été ou le comportement de Mayako changea. D'une nature douce et réservée, cette dernière se fit plus entreprenante vis à vis du veuf. Une œillade lancée à la dérobée, sa main frôlant la sienne et une coquetterie plus affirmée. Ce changement d'attitude n’alarma point les villageois qui au contraire s'en réjouirent. Il était grand temps pour leur chef de reprendre un épouse et d'avoir enfin une descendance. Si lui restait timoré, c'est elle qui devait prendre l'initiative. Et donc, le plus naturellement du monde, elle rencontra encore plus de considération et d'estime dans leurs yeux. Finalement, ce fut le chef qui écopa des critiques au sujet de sa réticence à se remarier. Et cédant à la pression, il fit donc un pas vers elle. Son ressenti n'était fondé sur rien de concret et pour la première fois de sa vie, il ne s'en remit pas à son instinct. Mais Mayako était bien loin d'être un cadeau tombé du ciel comme tous le pensaient. Et si certains purent croire que les dieux l'avait envoyée parmi eux, ce devait être des dieux bien malveillants alors. C'est un soir d'été, alors que la lune illuminait pleinement le ciel indigo que la tragédie se joua.


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Hiro, le chef du village, poussa sans bruit la porte coulissante de la chambre de Mayako. Cette dernière, de dos, fixait la lune. De trois quart dos, il pouvait observer une partie de son visage ainsi que sa main et son avant bras apparaissant de la longue manche tombante de son kimono pourpre. Accoudée à la fenêtre de sa chambre, Mayako admirait la danse de lucioles dans l'air clair de la nuit douce. Les petites lanternes nocturnes semblaient jouer avec quelques fées invisibles dans une indicible farandole. Nul bruit ne venait troubler la quiétude de cette douce atmosphère si ce n'était que le chant lointain des grillons qui avaient élu domicile dans les champs avoisinants. Derrière elle, il la regarda, stupéfait, interdit. Restant silencieux, il laissa s'échapper de longues et lourdes secondes avant de manifester sa présence. Hiro était un homme de courage, peu incline à la superstition, mais ce qu'il regardait le fit frémir. Ignorer ce qu'il avait vu lui était impossible. Tout autant pour la sécurité du village que pour la sienne, et s'il y avait un danger à affronter, c'est maintenant qu'il devrait le faire. Hormis de vielles légendes colportés par les vielles femmes du village, il ne savait absolument pas à quoi il avait à faire, ni à quelle créature. Ce qui lui parut le plus simple, mais pas sans danger, était de lui demander directement. Qu'était-il don survenu à son visage qui faisait la fierté des femmes ? Sa peau blanche était couverte d'hématomes dont un si large qu'il lui couvrait la moité de son visage de haut en bas. Par endroit perlaient délicatement, de multiples petites coupures, des gouttes de sang rouges vif. Et sur son bras étaient visibles les même signes de désolation. Sauf que sa peau si délicate d'habitude semblait vouloir se détacher du bout de ses longs doigts. Était-elle malade ? Était-elle une créature nocturne venue abattre sa colère sur le village ? En tout cas, malgré ses craintes, il devait élucider cette sombre histoire. Ne sachant trop comment lui signifier sa présence, il toussa simplement. Surprise d'entendre un bruit derrière elle, Mayako se détourna subitement vers lui tout en recouvrant de sa longue manche son bras dénudé. Son visage qui n'était plus illuminé directement par la lune réapparut comme il l'avait toujours été, resplendissant de cette hiératique beauté. Sur le moment, Hiro pensa avoir été le jouer de la lunaire lunaire mais l'affolement qu'il pouvait lire dans les yeux de la jeune femme lui confirmait le contraire. D'un mouvement preste, elle se releva et s'empressa de s'éloigner de la fenêtre. Tous deux restèrent là, au centre de la pièce, interdits. Puis, Mayako s'effondra sur elle-même et laissa s'échapper de longs sanglots. Hiro ne savait que faire. Au bout d'un moment, elle releva la tête vers lui et les yeux pleins de larmes, lui donna des justifications qui le plongèrent dans un profond doute et dans un grand embarras par la même.



Elle lui expliqua qu'afin de pouvoir retrouver son amour perdu et de le lier à jamais à elle, Mayako avait bue l'eau de la source aux souhaits. Il s'agissait d'une très ancienne source située à l'écart dans la forêt proche de son village. Mais comme tous ceux y ayant bu avait étaient maudits par la suite, les anciens du conseils en avait interdit l'accès. Car comme le disait la légende, seuls les cœurs purs verront leurs souhaits s'exaucer, les autres seraient maudits. Et apparement, le kami, gardien de cette source, n'avait jamais jugé pur aucun des cœurs de ceux qui s'y étaient présentés. Une autre légende évoquait la possibilité de lever cette malédiction, mais jamais cela ne s'était vérifié. Si la personne parvenait à trouver un amour sincère et désintéressé avant l'année révolue, leur mariage lèverait la malédiction. A ces mots, Hiro resta perplexe. La grande beauté de cette femme ne le laissait certes pas indifférent, mais de là à l'aimer. Pourtant il ne pouvait s'empêcher d'éprouver pour elle de la compassion et un attendrissement certain. Ne sachant que lui dire de réconfortant, il fit quand même une promesse. S'il venait à s'éprendre d'elle alors il la prendrait pour épouse.



Mayako usa de tous ses charmes afin de faire chavirer le cœur d'Hiro, mais celui-ci semblait toujours distant et hermétique aux sentiments amoureux. Voyant que les semaines s'écoulaient sans qu'aucun changement ne survienne, elle décida d'user de ruse. Lors de son voyage, elle avait croisée le chemin d'une diseuse de bonne aventure qui lui avait vendue une soit disant potion qui faisait chavirer le cœur des hommes. Doutant des propriétés de la source, Mayako avait achetée, par prudence, une fiole de ce précieux élixir au cas où son ancien amant ne voudrait plus d'elle. Deux garanties valant mieux qu'une. Et par une belle soirée de cette fin d'été, elle vida la fiole dans la tasse de thé d'Hiro. Les effets ne se firent pas attendre et à peine deux semaines s'étaient écoulées que ce dernier lui annonça qu'il l'épouserait dans les trois jours suivant. La vielle diseuse de bonne aventure n'avait donc pas menti et Mayako pourrait ainsi déjouer la malédiction. Effectivement, elle fut mariée dans les trois jours et vérifiant dans un miroir, sous la lumière d'un beau clair de lune, les vilaines tâches bleues avaient disparut tout comme les coupure, sa peau était redevenue ferme et tendue, plus belle que jamais. Les deux époux vécurent toute une année dans une béatitude innocente jusqu'au moment où Hiro voulut une descendance. Cette idée était loin de ravir Mayako mais cette dernière préféra feindre la joie par peur de le perdre lui et son amour. Elle ne voulait en aucun cas risquer de provoquer le retour de la malédiction et tomba enceinte. Mais le kami de la source savait que cet amour n'était point sincère et qu'il n'était que le résultat d'une supercherie. Pour que sa vengeance soit rendue plus pénible et douloureuse pour Mayako, il avait laissé cette dernière baigner dans le bonheur toute une année durant avec son faux amoureux. Ainsi, plus dur serait le châtiment, plus rude serait la chute. Et par une nuit clair d'automne, les deux époux assis sur le rebord du puits du village, admiraient en silence les étoiles. Seuls au milieu de cette nuit, Hiro offrit à Mayako une magnifique épingle à cheveux d'ivoire faite et ouvragée avec grande maîtrise. Délicatement, elle la disposa dans sa longue chevelure d'eben. Elle lui sourit, radieuse. Pas tant pour ce cadeau, mais pour cet amour qui l'avait sauvée de cette terrible malédiction. Tant que durerait leur amour, le kami serait impuissant. Du moins, c'est ce qu'elle pensait. Bercée de cette douce illusion, elle avait enfin retrouvée sa candeur d'autrefois et oubliée son ancien amant.



Ce ne fut qu'au cours de la matinée que l'on constata leur disparition. L'une des jeunes filles du village étant allée cherchée de l'eau à puits avait fait une bien sinistre découverte. Dans le seau plein d'eau, au fond se trouvait l’épingle à cheveux de Mayako ainsi que la chevalière en argent d'Hiro. N'étant point à leur domicile, les villageois en conclurent qu'ils étaient sûrement tombés dans le puits. Derechef l'on descendit dans le puits afin de remonter les cadavres. Mais point de corps ne s'y trouvaient. Pendant plusieurs jours des recherches furent entreprises dans les environs, l'on redescendit dans le puits afin de s'assurer qu'ils ne s'y trouvaient point, mais ils ne furent jamais retrouvés. Et leurs disparitions demeura un mystères. Pendant une période de cent cinquante ans, rien ne vint plus troubler la tranquillité de ce village de trappeur, seule resta la légende de cette femme à la peau couverte d'hématomes et de gerçures qui enleva le chef du village...



Puis par un mois de septembre clément, un jeune couple disparut et l'on retrouva au fond du seau du puits, un objet personnel leur ayant appartenu et l'on s’inquiéta guère plus de leur disparition même si les vieux du villages commençaient à pointer du doigt le puits. L'année suivante, à la même période, ce fut un couple plus âgée qui s’évanouit et dans le seau l'on retrouva aussi deux objets. Les villageois commencèrent sérieusement à s'inquiéter et ne consommèrent plus l'eau du puits. Ils allèrent dans les collines en amonts chercher l'eau à la cascade du torrent. Et bien que la route fut longue, la peur de boire l'eau du puits leur donna toute la motivation nécessaire. Le chef du village trouva cette situation très déplaisante et fit appel à un moine shinto afin de purifier le puits. Ce qui fut fait. Mais, l'année suivante et toujours à la même époque, se fut deux couples qui disparurent. Excédés, les villageois décidèrent d'envoyer une délégation à la capitale afin de faire part de leurs craintes et qu'on puisse leur envoyer un moine spécialisé dans les exorcismes. Car cela ne faisait plus aucun doute, le puits était possédé. Quelques semaines plus tard, un autre moine arriva au village afin de purifier le puits. Mais au cours du rite purificatoire, ce dernier tomba gravement malade. Il eut juste le temps de leur expliquer de quoi il avait été témoin et ce qu'il convenait de faire avant qu'il ne trépasse. Le puits était effectivement possédé par un Yokai. Mais ce dernier, fruit de l'union de deux être à jamais maudit par un kami, ce trouvait être bien trop puissant pour être exorcisé par un simple mortel, si pieu soit-il. La seule chose à faire était de le sceller avec les rites appropriés. Et ne plus jamais le rouvrir, sous aucun prétexte. Une épaisse dalle octogonale de bronze fut mise sur le puits et scellée avec la magie des moines afin de contenir le Yokai et qu'il ne puisse plus agir dans le monde des mortels. Sur chacune des faces de la dalle, un kanji de protection devaient assurer que le puits ne puisse plus être ouverts. Et aujourd'hui encore, on peut les voir, à demi effacés par plusieurs siècles d'intempéries. Plus jamais, le village ne fut le théâtre de disparitions mystérieuses.



Maintenant, je comprends mieux l'appréhension que pouvait nourrir à mon égard les villageois en me voyant dans cet état... Et me voici donc condamnée à devoir manger sous peine de subir l’opprobre populaire... Flûte !



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Dernière édition par Ai Enma le Ven 29 Mar 2019, 18:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyVen 29 Mar 2019, 18:11




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Notes et appréciations d'Ai Enma, fille des Enfers.


Le deux Novembre.


Et bien en quatre mois je ne pensais pas en apprendre autant sur les poisons et leurs fabrications... D'ailleurs, l'étude ne se limite pas seulement aux effets nocifs de ces substances mais aussi aux effets bénéfiques que nous pouvons en retirer. Et je dois dire que Tanada, le père de Maromi est un excellent professeur. Rien qu'avec l'arsenic, je peux obtenir plusieurs variétés de substances aux effets divers. Même s'il est possible de le trouver sous sa forme native, ce qui est rare, l'extraire du mispickel est relativement simple. Une simple cornue chauffée avec un rajout de poussière de fonte et les sels d'arsenic vont se cristalliser sur la paroi du tube supérieur. C'est franchement pas sorcier. Le plus efficace est l'arsenic blanc ou de son nom savant, l’anhydride arsénieux, insipide et inodore que l'on peut employé en solution ou bien sous forme gazeuse. L'arséniate de plomb donne des effets similaires, en plus et il relativement facile de s'en procurer s'il l'on connaît un maître verrier. Il en utilise dans la fabrication du cristal... Avec un dosage approprié, soit la mort arrive très rapidement soit, on peut prolonger les souffrances, au choix. En plus, le gros avantage de ce poison est que les symptômes ressemblent à s'y méprendre à ceux du choléra, vomissements, des douleurs œsophagiennes et abdominales et des diarrhées sanguinolentes, entraînant le collapsus et la mort. Trop pratique ! Et si on est pas trop pressé ou pour d'autres raisons, y a l’orpiment ou arsenic jaune. Suivant le dosage, la mort intervient entre plusieurs jours à plusieurs mois. Ça aussi c'est hyper trop bien ! Par contre, il tout a fait possible d'utiliser l'arsénite de potassium comme tonique. Au cas où...



Après nous nous sommes concentrés sur les poisons utilisables sur les flèches de sarbacane. A mon avis, c'est ceux que je dois le mieux maîtriser car ce seront sûrement ceux que j'utiliserai de manière plus coutumière. Deux nous viennent des régions éloignées de Kosaten, à l'extrémité sud de Minshu et du territoire de Seika. Il s'agit du curare et de la strychnine. Le troisième, le cyanure, peut facilement se fabriquer avec des plantes issues des régions limitrophes de notre royaume. Le curare est extrait d'une liane. Cette substance extrêmement toxique provoque la paralysie des muscles, bloque la respiration et la mort s'en suit. Tanada m'a fait remarquer que le curare n'est pas actif par ingestion. Donc, si je chasse du gibier, la viande reste tout à fait consommable. Et il peut même servir de contre poison à un empoisonnement à la strychnine, autre substance oh combien utile et efficace. Cette dernière doit être extraite d'une sorte de fruit rond qui ressemble à une petite noix toute verte. L'obtention en est enfantine, il suffit de rapper la noix pour en faire des copeaux que l'on met dans de l'alcool et puis y plus qu'à distiller. La liqueur obtenue est prête à l'emploi. L’inconvénient, c'est son goût amère qu'il faut absolument masquer... Mais dans du vin fort ou autre alcool, ça passe sans souci. Je pense qu'il est tout à fait possible de masquer son goût avec de l'essence de vanille ou bien de banane. Et je transforme la banana split en banana ai ! Hou là... je m'emporte... Ça, c'est la faute de Tananda. Bref... Par contre, en dose infime c'est un excellent stimulant nerveux qui accroit aussi le goût, l'odorat et la vue. Elle peut même être utile lors d'efforts physiques intenses en augmentant les capacités respiratoires.



Et puis, en dernier lieu, nous avons étudié le cyanure. Son obtention est relativement aisée, on le trouve dans les noyaux de cerises, d'abricot et plus particulièrement dans les amandes amères. Il peut être utilisé sur des fléchettes, bien entendu, mais aussi sous forme gazeuse. Son inhalation provoque l'apnée, viennent les convulsions, le coma et enfin la mort. En quelques secondes toute fois. Il est même possible d'obtenir du cyanure en distillant des fleurs de pêcher. Le souci, c'est qu'il en faut de très importantes quantités... Il est aussi présent dans le corps de certains lépidoptères de notre royaume. Donc, facile à se procurer. Et en cas d'ingestion accidentelle, des sels de cobalt le neutralisent. Me voici donc nantie des principaux poisons que je pourrai utiliser. L'important dans tout ça, c'est le dosage.



Mais depuis deux mois que la neige à fait son apparition dans notre contrée, je me surprends à regretter les longues ballades en forêts ou à travers la campagne, accompagnée de Maromi, à la recherche de plantes, de baies ou bien d'arbustes...


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Je ne pas dire que j’excelle dans les cours d'Akihiko... Et je me fais toujours autant malmener par des gamins du village qui ont à peine une douzaine d'années. C'est franchement humiliant. D'ailleurs, il semblerait que parfois je perde mon sang froid ce qui effraie mon adversaire. J'avoue que ce n'est pas pour me déplaire, mais je me dois de garder mon sang froid en toute circonstance. C'est une des bases de notre profession. Mais rien que de repenser à leur mine terrorisée en voyant mes yeux devenir telles deux braises, me procure une certaine satisfaction. Par contre, un fait nouveau c'est produit assez récemment. Alors que j'étais en train de me faire, une fois de plus dérouiller par un de ces jeunots, j'ai vue de petites flammes violettes, presque noires mais translucides, entourer mes mains comme un gant. Surprise, j'en ai lâchée mon bokken et mon adversaire a détallée fit-ça. Je ne sais absolument pas pourquoi cela c'est produit, ni par quel miracle. Mais ces flammes, froides et douces comme la neige, je les ai reconnues. Cela faisait si longtemps... à l'époque où j'étais encore 'la fille des enfers' d'un autre monde. Car depuis mon arrivée en ce monde étrange, tout ce dont j'étais capable, était disparut. Et voilà qu'en plein combat, une manifestation de mes anciens pouvoirs refait surface. J'en ai été toute chamboulée. Et bien que le phénomène se soit limité à une simple apparition des ses flammes, je me demande s'il ne s'agit là que d'un accident ou bien que, peut-être, certaines choses du passées pourraient revenir... Mais je reste profondément perplexe face à cet réminiscence. Quoi qu'il en soit, si elles devaient réapparaître, il faudra que je sois en mesure de les contrôler... Ah mais si ! Une fois déjà elles étaient apparues, mais je pense avoir volontairement oubliée cette mésaventure. C'était lorsque j'étais partie en mission dans les territoires de Minshu. Je crois que j'aurais préférer ne jamais me rappeler cette épisode... J'ai quand même demandé conseil à Tanada sur cette manifestation, sans lui évoquer cette déconvenue. Et, comme je m'en doutais, il n'en sait pas plus que moi sur le sujet, mais il a constaté que ces manifestations spontanées, qui n'ont eu lieu que lors de mes entraînements, pourraient être causées par le surmenage, la frustration et la colère. Et c'est pour cela qu'il m'a prescrit de fumer de temps à autre une plante qui devrait réguler mon humeur. En faisant bien attention, cependant de ne pas trop en consommer. Sinon, je risquerais d'avoir quelques soucis physiques pendant les cours. Cette plante a goût qui n'est pas déplaisant et qui n'est pas sans rappeler l'eau de fleur d'oranger. Mais il vrai que lorsque je sens la colère vouloir exploser hors de moi, une petite pipe me permet de retrouver ma triste et grise sérénité. Cette plante, 'la chevelure des fées' comme on l'appel, n'est pas sans rappeler les vertus du cannabis. J'aime bien... mais j'ai préférée ne rien dire à Fusahira.



Mais passons, et pour en revenir à l’entraînement, celui-ci est vraiment difficile. Parer les coups d'une arme longue avec une dague, suivre le mouvement de l'adversaire pour se servir de sa force et ainsi en dévier le coup tout en essayant de faire une prise de mon autre main pour essayer de le désarmer, est loin d'être une chose facile... Pour l'instant, j'arrive plus au moins à esquiver les assauts de mes adversaires, à l'aide de mon agilité et de ma souplesse pour réaliser des acrobaties qui m'évitent les coups. Mais cela demande en contre partie beaucoup d’endurance et Akihiko me le rappel en me faisant pratiquer de nombreux exercices. Par contre, nous venons de commencer un nouvel entraînement que je trouve plus aisé, celui de la sarbacane. Il en existe quatre sortes, enfin de quatre longueurs et dont la portée est différentes. Il y a  la petite sarbacane d'une longueur de soixante et un centimètre et dont la portée effective se situe autour des quatre à six mètres maximum, en suite il y a la sarbacane dite moyenne d'une longueur de quatre vingt onze centimètres dont la portée est de sept à neuf mètres. Puis vient la grande sarbacane de cent vingt deux centimètres pour une une portée de dix à dix huit mètre et pour finir, la très grande sarbacane qui avoisine le mètre cinquante et qui porte de dix huit à vingt deux mètres. Même si leurs tailles peut apparaître assez impressionnante pour certaines, elles n'en restent pas moins légères et extrêmement maniables. D'ailleurs, la très grande sarbacane fait exactement la même taille que la mienne, ce qui n'a pas échappé à Akihiko... Et me voici de nouveau sous le joug de ses railleries. Mais pas tant que ça finalement, surtout après mes premiers essais. Bon, si on ne prend pas en compte le fait que je n'ai pas encore pu atteindre une cible, mes aiguilles à empennage de papier portent vraiment loin et ce, avec beaucoup de force. Je les enfiche bien profondément dans le bois disposé derrière les cibles, ce qui est un point très positif. J'ai peut-être, comme le dit si bien Akihiko, du jus de navet dans les bras, mais pour ce qui est du souffle, on peut dire que j'ai de bonnes prédispositions pour cette arme. C'est déjà ça... Ne reste plus qu'à travailler sur la précision de mon tir... Pour ce qui est de mon perfectionnement en équitation, il semble vouloir attendre que nous soyons au cœur de l’hiver. C'est, à ce qu'il m'a dit, les meilleurs conditions pour parfaire mes talents de cavalières... Bien...


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Pour ce qui est de la serrurerie, maintenant nous avons étudié en détails les principaux modèles existants et nantie de mes outils de crochetage, Fusahira me chronomètre. Les ouvrir est une chose, mais le faire vite en est une autre. Et pour me faciliter la tâche, Fusahira en profite pour me poser des questions ou bien me faire réciter ce que j'ai appris lors de mes cours avec Tanada. Comme il aime à me le répéter, je ne serais pas toujours dans une atmosphère détendue pour opérer. Mais j'arrive à rester concentrer tout en lui faisant la causette et mes temps s'améliorent progressivement. Quand il sera suffisamment satisfait de ma rapidité à ouvrir les serrures, nous commencerons à étudier celles qui comportes des pièges ou autres mécanismes de défense. Et plus largement, tout ce concerne ce qui peut être piégé, portes, dalles mouvantes et passages dérobés. J'avoue que j'ai très hâte de pouvoir m'y mettre !



Et le soir, c'est géographie et cartographie de Kosaten. Maintenant que je suis à peu près apte à me fondre dans les différents territoires, il faut bien que je puisse m'y repérer et retrouver mon chemin si besoin est. Et pour ce qui est de l'orientation, Fusahira et moi nous habillons chaudement dans des fourrures épaisses, puis nous allons nous étendre dans la neige, le regard pointé vers les étoiles haut perchées dans le ciel cristallin. Et là, pendant de longues heures, il m'apprend à reconnaître les différentes constellations, leurs noms, leurs histoires et ainsi que leurs mouvements dans le ciel nocturne afin de repérer les étoiles qui me donneront le nord, le sud, l'est et l'ouest. Il me parle à voix basse, chuchotant de belles ou de terribles histoires à propos des astres. Et dans le ciel comme toile de fond, se projettent, hautes en couleurs, ces légendes anciennes. J'apprécie beaucoup de pouvoir partager avec lui ces heures tardives toutes emplies de sérénité.


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Parfois, en début de soirée avant l'heure du souper, je m'octroie une petite heure de ballade solitaire et silencieuse aux abords de vielle forêt qui longe les champs et les herbages au nord ouest du village. C'est un endroit tranquille en hivers. Nulle bêtes, nuls hommes. Et dans ce désert de troncs et de branches nues, croulants sous la neige épaisse, seuls mes pas l'écrasant gémissent sourdement. C'est lors d'une de ces occasions, que je découvris, à demi caché dans cette forêt, le cimetière du village. La partie s'enfonçant parmi les troncs semble la plus ancienne tant les inscriptions sur les stèles s'effacent. Cheminant parmi cette forêt miniatures de pierres, je suis tombée nez à nezsur deux stèles relativement récentes portant chacune un nom qui m'était familier, celui des Nakamura. Et dans ce villages, même si c'était un nom des plus commun, seule une famille du village le portait actuellement, celle de l’apothicaire. La stèle indiquait qu'il s'agissait d'un certaine Sayaka Tanada qui serait décédée il y avait une dizaine d'années à l'âge de sept ans. Ce qui faisait de cette Sayaka la grande sœur de Maromi et de cinq ans son aînée. Mais Tanada ou bien Fusahira n'en avait jamais fait mention, ni Maromi, ni même la femme de Tanada... Aucune allusion à ce sujet. Je me demande bien pourquoi... Et j'avoue ne pas trop avoir le cœur à questionner la principale intéressée. Quand à la deuxième stèle, le nom de Harami y était inscrit. Le même que celui d'Ichika. Moi qui le pensait célibataire... Et là, même chose, il s'agissait d'une enfant morte à l'age de sept ans. C'est alors que je me mis à enlever de la stèle voisine la neige qui la recouvrait pour y découvrir le même nom, celui qui avait du être celui de sa femme et qui était morte l'année suivante. Involontairement, je venais d'entrouvrir les portes d'un monde secret, celui de la vie privée des personnes avec qui je vivais et qui m'estimaient. Et je ne sais plus trop quoi faire maintenant que certaines choses ont été portées à ma connaissance. J'ai l'impression de commettre une grave et très indélicate indiscrétion... Sans compter, que dans la pièce jouxtant ma chambre se trouvent les archives notariales de tout le village...



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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyMer 03 Avr 2019, 04:17




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Histoires sans parole.


Le vingt et un Novembre.


Je l'avoue, je suis honteuse de m'être renseignée de la sorte sur Maromi... A la fois déchirée par cette curiosité d'en savoir d'avantage, sur cette petite jeune fille qui partage une bonne partie de mon existence et sur l’absence totale de savoir comment aborder, ce que me paraissait être un sujet sensible et douloureux, avec elle, j'ai donc préférée menée discrètement mon enquête. Ce que j'ai trouvé au cours de mes investigation n'est pas sans me laisser à la fois perplexe et exaspérée tout autant. En fait, j'en veux un peu à Fusahira qui aurait pu au moins me prévenir que certaines choses qui me sont arrivées s'étaient aussi produite dans le village. Je ne sais vraiment pas pourquoi il a tenu à garder le silence sur ce sujet... D'un autre coté, pour lui, le sujet semble toujours douloureux bien des années après que les faits se soient produits. Et, cela explique sûrement, en partie du moins, toute la diligence dont il me fait part. Je n'irais pas jusqu'à avancer, que tous les cadeaux qu'il m'a fait jusque là, sont pour d'une certaine manière adoucir les tourments de sa conscience, mais en partie du moins. A la lumière des documents que j'ai pu trouver, il est clair qu'il porte un bien lourd fardeau. Certes, il serait facile de le tenir pour responsable de ce qui c'est produit, mais ce n'est pas lui qui à commit ces actes terribles... Et comme il me le dit bien souvent, nous faisons un métier à risque... Pour nous et pour les autres aussi. D'où sa volonté de ne plus s'attacher à qui conque, mais, ce qui avec moi semble avoir échoué...


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J'ai commencée tout naturellement par consulter le registre de l'état civil du village et il m'est apparue qu'au cours de l'année du décès de Sayaka, pas moins de cinq autres décès d'enfants de sept ans y étaient enregistrés. Tous étaient morts courant du mois de mai. Pendant les hivers rigoureux, la mort d'enfant de cet âge aurait pu passer inaperçue tant les causes étaient nombreuses entre le froid et la faim. C'est une période délicate pour les organismes fragiles. Mais en fin de printemps, cela ne paraissait en rien naturel. Et de surcroît, tous étaient de sexe féminin. Le même motif de la cause du décès, invoqué en face de chacun des noms, était la maladie. Mais dans ce cas, trop peu d'enfants avaient été touché par ce mystérieux mal et cela n'expliquait pas non plus que ce soit uniquement des filles. Rien de plus n'était indiqué dans le registre. Sauf en bas de page, il y avait une sorte de référence inscrite, à peine lisible, deux chiffres suivis par quatre lettres. Cela semblait ne correspondre à aucune référence que je connaissais, les dossiers tenus par la garde du poste frontière étant enregistrés de manières différentes. Mais ne voulant écarter aucune piste, je me suis rendue au poste et sous le prétexte de rédiger un rapport pour Fusahira, je demandais à consulter leurs registres. Rien à cette date ne correspondait, ni main courante ni déposition d'un autre genre, pas même une réclamation de complément d'enquête. L'affaire avait été donc étouffée. Pourtant, connaissant quelque uns des villageois dont les enfants étaient morts, cela ne leur ressemblait guère. D'un caractère franc et tranché à la serpe, ils n'auraient sûrement pas laissés cette affaire sans suite, ni même sans émettre la moindre protestation. Pas moins de six enfants avaient trouvées la mort dans d'étranges circonstances. Avant de repartir, j'ai quand même demandé au lieutenant de la garnison si ce type de référence lui disait quelque chose, sans lui dévoiler chiffres ou lettres, mais cela le laissa tout aussi perplexe que moi. Ensuite, je suis retournée au cimeterre afin de vérifier si les noms et les dates du registre correspondaient bien aux stèles funéraires, ce qui s'avéra être le cas. Le mystère restait entier. Mais je savais qu'un autre registre était tenu pas le vieux moine du petit temple shinto situé au nord est, perché dans les hautes collines de schiste noirs.



La marche jusqu'au temple fut longue mais agréable. Pas facile de patauger dans un mètre de neige mais j'ai bien aimé, et ce silence... Enfin bref, une fois arrivée sur place, le vieux moine m'apporta son registre avec un thé chaud. Pour ne pas heurter son hospitalité, je l'ai bu. En plus des offices religieux célébrés, y étaient aussi consignés diverses prestations, comme des soins, des bénédictions pour les récoltes et encore de nombreuses autres choses, même la fabrication de gris-gris afin d'éloigner les mauvais esprits. Sans lui faire part de l'objet de mes recherches, je consultais rapidement les pages. J'ai constaté une chose vraiment bizarre, les offices funéraires de chacun enfants avaient été tous fait le même jours et de surcroît à la même heure ! Il n'y avait donc eu qu'un seul office pour tous les enfants... Si les parents avaient tous été de même condition sociale, cela aurait pu s'expliquer. Mais deux des parents étaient d'une condition bien supérieure et li eut été étonnant qu'ils participent au même office. Il eut été plus logique qu'il eut eu au moins deux cérémonies. Et autre fait étrange, l'office religieux qui devait avoir lieu cent vingts jours après les funérailles n'avait pas eu lieu. Pour des gens croyants et aussi superstitieux, cela ne pouvait pas être un oublie. Mais demander le pourquoi au moine aurait inévitablement dévoilé l'objet de mon enquête et je préférais éviter...  Du moins pour le moment. Une autre chose attira mon attention. Le moine avait prodigué des soins à deux enfants en bas âges dont l'une se trouvait être Maromi, alors âgée de deux ans. L'autre enfant en avait trois. Les soins avaient été prodigués sept jours après les décès, soit quatre après leur inhumation comme le voulait les rites shinto. La aussi, pourquoi Tanada avait eu recours aux services du moine alors qu'il se trouve d'être apothicaire ? N'avait-il point de remède pour sa fille ? Etait-il dépassé par le mal de sa fille ou bien désespéré ? En ce qui concerne l'intervention du moine, il s'agirait qui ait essayer de soigner un mal qui avait prit la gorge des deux enfants. Mais ce mal, quand était-il apparut ? Avant ou après les mystérieux décès ? J'ai bien été tenté de vouloir jeter un œil aux registres de Tanada... Mais d’emblée, il aurait su ce que j'y cherchais... Je risquais fort vite de tomber dans une impasse quand une idée me vint. Dans la pièce à l'étage où se trouvaient moultes registres, courriers et documents, je trouverai peut-être un nouvel indice. Mais là encore comment le faire en toute discrétion ? Fusahira allait être vite fait au courant que je fouillais dans tous ces documents... Dans un tel bazar, impossible d'être discrète... Là encore, j’eus un coup de chance. Alors qu'il m'enseignait les bases du métier de clerc de notaire, il m'avait demandé de ranger et de classer tous les documents de cette pièce. Ce que je m'étais empresser de ne pas faire. Donc, me voilà pourvue d'un alibi à toute épreuve. En espérant, bien entendu, que je trouve des documents relatifs aux faits qui m’intéresse... Et c'est pleine d'espoir que je suis rentrée prête à accomplir, enfin, cette corvée !


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Mon plan a fonctionné merveilleusement bien, Fusahira était tout heureux qu'enfin quelqu'un se mette à classer toute cette profusion d'archives. Et le connaissant, j'étais à peu près sûre qu'il avait consigné quelque part des faits relatifs à cette affaire, ce qui fut le cas. Mais j'étais bien loin de me douter que mes découvertes allaient me replonger dans les sinistres évènements qui m'étaient survenus à Mizu-Umi dans les territoires de la république de Minshu. J'ai découvert des lettres et des rapports épars concernant des personnes qui a priori n'avaient pas de liens directes entre elles. Toutefois, l'accumulation de faits m'a permis de reconstruire l'ensemble de cette funeste histoire.



Un groupe de bandits sévissait de manières sporadiques dans le territoire de Mishu, suivant une route qui allait du sud est et qui semblait se diriger vers le nord ouest, s'approchant de la frontière du royaume de Fuyu. Cette bande de malfrats ne commettait qu'un seul type de crime, celui d'enlèvement d'enfants de sexe féminin et âgées de sept, plus ou moins. Comme ils ne s'en prenaient qu'à des enfants de paysans ou de petits commerçants dans les villages, les forces de l'ordre n'ont jamais vraiment menées d'enquête sérieuses. De plus, une fois les méfaits commis, ces bandits disparaissaient dans la nature. Ils étaient donc difficiles à pister. Et quand ils opéraient dans des villes de plus grandes importances, ils s'en prenaient essentiellement à des enfants des rues ou bien pillaient des orphelinats. Dans les deux cas, personne de se souciait de leur sort car ils ne manquaient à personne. Et très peu de documents relatent ces enlèvements. Là encore, les forces de l'ordre ont passé sous silences les rares dépositions faites au sujet de ces enlèvements. Et c'est d'ailleurs ce qui rend difficile de suivre la trace de ces malfaiteurs. Toute cette histoire était complètement ignorée des services de notre Bureau jusqu'au jours où un de nos agent en poste à Minshu intercepta un message provenant d'un agent de renseignement mishujin à destination de leur agence centrale située dans la capitale. Comment cela se faisait-il que de petites frappes puissent faire l'objet d'une telle surveillance ? La raison en était simple, ils travaillaient pour quelqu'un considéré de bien plus dangereux et qui pourrait mettre en péril potentiellement la sécurité du royaume. Et là, qu'elle surprise de lire dans un rapport le nom de la marcheuse de rêves ! Ce qui les inquiétait n'était pas ces enlèvements, mais elle. Depuis pratiquement une dizaine d'année, les services de renseignements minshujin étaient sur sa trace et c'est eux qui avaient réussi à établir cette cartographie de ses déplacements. A superposer bien entendu qu'elle ne soit pas trop éloignée de ce groupe d'individus peu fréquentables. Quoi qu'il en soit, il devenait urgent pour les agents de la stopper avant qu'elle ne franchisse nos frontières. C'est à ce moment que notre Bureau c'est mis en chasse de cette personne et qu'il a envoyé plusieurs agents sous couvertures dans la république mishujin. C'est à ce moment que Sato fut envoyé dans la ville de Mizu-Umi sous la couverture de notaire... Bien entendu, d'importantes forces ont été déployées le long de notre frontière afin de s'en saisir. Par contre, notre Bureau n'en savait pas plus sur cette marcheuse de rêves, ni quelles étaient ses activités, ni quels pouvaient être ses plans diaboliques, la seule chose portée à leur connaissance, c'est qu'elle était suffisamment dangereuse pour que les services renseignements veuillent la prendre en chasse. Et si notre Bureau parvenait à la capturer avant les mishujins, peut-être pourrait-il en tirer profit...


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Mais cela c'est déroulé tout autrement et ni ces bandits, ni cette marcheuse de rêves ne furent interceptés. Sont-ils passés par le territoire de Minshu ou bien par les Territoires Neutres, quoi qu'il en soit, ils ont finis par sévir dans le petite village de Murakokkyou. Cette attaque, comme toutes les autres, avait minutieusement planifiée et ils avaient sûrement établie une liste d'enfants correspondant à leurs critères. Ce qui implique qu'ils ont du séjourner par trop loin du village afin d'observer et de repérer leurs proies afin de mettre en place une stratégie d'enlèvement. Ils étaient organisés, préparés et n'étaient pas des amateurs à la petite semaine. Des mercenaires ou bien d'ancien combattants ? Quoi qu'il en soit, une nuit ils sont passés à l'action et ont enlevés six fillettes. S'introduisant subrepticement dans les foyers, ils ont utilisés des boules de chanvre incandescentes qui diffusèrent dans les logis un gaz paralysant. Ainsi rendus impuissant par ce gaz, aucun des parents ne put défendre sa progéniture ou bien même donner l’alerte. Les bandits disparurent avec les enfants sans plus laisser de trace. Mais, si ce gaz n'avait pour effet que d'immobiliser les victimes, il en était autrement pour les enfants en bas-âge qui se retrouvèrent avec les cordes vocales brûlées. Ce qui fut le cas pour deux bébés, dont Maromi. C'est donc ainsi qu'elle devint muette. Après, dans les rapports rien n'indique si son père avait utilisé ou non des remèdes. Mais le connaissant, il n'avait du resté sans rien tenter, allant même jusqu'à demander le secours du vieux moine. Quoi qu'il en soit, des recherches furent entreprises par l'ensemble de la communauté et des battues furent organiser dans les bois alentours. Mais aucun enfant ne fut retrouvé, mort ou vif. Sans aucunes dépouilles à incinérer, seulement avec leur immense chagrin, les parents décidèrent d'organiser un office funéraire symbolique pour honorer la mémoire des petites victimes. Fusahira avait transgressé quelque peu le règlement et avait fait part au chef du village qu'il n'y avait pratiquement aucune chance que l'on revoit un jours les enfants et qu'il serait mieux que les villageois fassent leurs deuils. Et d'après les documents, la femme d'Ichika serait morte de chagrin l'année d'après. Ayant perdu son unique enfant et sa femme, il quitta son poste de sergent de la garde du poste frontière pour s'isoler dans la cabane proche du torrent bien connue de tous et devint le porteur d'eau. Tanada et sa femme gardèrent à jamais une douloureuse tristesse au fond de leurs cœur et comme beaucoup d'habitants, rêvent de pouvoir un jour se venger. Ce qui explique que la garde postée au village n'a pas conservée de dépositions ou autres réclamations, ce n'est pas quelles aient été inexistantes, c'est simplement que les agents du Bureau se sont saisis de l'ensemble des pièces. Il avait été décrété que cette affaire relevant, dès à présent, de leur juridiction. Seul Fusahira avait conservé un grand nombre de documents à l’insu du Bureau comme s'il s'apprêtait un jour à reprendre cette enquête.



Par contre, avec quelques lettres, je suis arrivée à retracer un peu de l'histoire de Fusahira. Il aurait été mit en poste à Murakokkyou il y a huit ans de cela en reprenant l'étude de l'ancien notaire, qui trop vieux, avait prit sa retraite. Donc deux ans avant les faits. A cette époque, c'était un agent de terrain qui opérait essentiellement sur toute la ligne frontière entre le royaume de Fuyu et les Territoires Neutres. De nombreuses fois il avait séjourné à Murakokkyou sous de diverses couvertures et connaissait aussi bien le terrain que les hommes qui l'occupaient. Puis le Bureau l'a mit en place dans le village pour être agent de liaison. Après avoir eut connaissance de cette marcheuse de rêve, le Bureau l'impliqua de suite dans la vaste opération de capture de ces bandits. C'est alors que parti en mission de reconnaissance pour quelques jours vers la frontière du sud ouest, que le drame se joua. De fausses informations lui avaient été transmises dans le seul but de l'éloigner. Et la garnison en place reçut elle aussi un faux ordre de mission, ne laissant qu'au village un minimum d'hommes. Ainsi les malfrats purent opérer en toute quiétude. Ceci indique aussi qu'en plus d'être organisés, eux-même doivent disposer de taupes, soit pour obtenir des informations soit pour ce procurer de faux papiers en tous genres. Il s'agit bel et bien d'une branche du crime organisé. Et le Bureau, trop peu renseigné à leurs sujets a du commettre l'erreur de les sous estimer. Quoi qu'il en soit, à son retour, Fusahira ne put que constater les dégâts et la tragédie dans laquelle était plongée le village. Se sentant responsable, coupable, il décida d'envoyer sa lettre de démission au Bureau. Enfin, il y était décidé, mais peut-être ne l'a t-il jamais envoyée car je l'ai tenue de mes propre mains... Sûrement n'a t-il pas eu le choix non plus que d'obéir aux ordres et de devoir rester en poste à Murakokkyou. Par contre, d'agent de terrain il fut assigné à une nouvelle tâche, celle d'agent recruteur et formateur. Sur le sujet, je n'ai trouvée aucunes notes pour savoir qui ou combien de personnes il avait pu recruter. J'ai retrouver quelques notes me concernant uniquement et elles sont tout sauf dithyrambiques. Mais je n'en ai pas pris ombrage, car s'il l'a fait, c'était dans le seul but de me protéger du Bureau. Il a fait tout son possible pour me discréditer afin que l'on me laisse en paix, loin du danger de ces guerres souterraines. Apparemment, il aurait même demandé au Ménestrel de m'exfiltrer hors du royaume de Fuyu. Ce dernier lui a plus que vivement déconseillé, le Bureau ne lâcherait pas aussi facilement une tombée de la lune. Et au lieu de cela, il lui conseilla de faire de moi un excellent agent pour avoir de plus grandes chances de survivre et voir même plus tard avoir les connaissances suffisantes ainsi que l’expérience pour disparaître un jours dans la nature... Mais qu'il valait mieux pour l'instant jouer stratégiquement tout en se conformant aux ordres. J'ai pu lire plusieurs missives dont la teneur était approximativement la même. Il est très clair que Fusahira à développé un grand sentiment de culpabilité et en me voyant telle que je suis, je ne fais que lui rappeler son échec. Il doit en être de même pour Maromi, d'où sa grande mansuétude vis à vis de nous et de toute la prodigalité dont il nous fait preuve... En comprenant cela, une tristesse infinie m’envahit, mais aussi une colère noire et sourde contre cette marcheuse de rêve... Pour moi et Fusahira, je deviendrais le meilleur élément et je mettrais fin aux agissements de cette scélérate ! Peut-être pourrais-je ainsi adoucir son amertume, venger Maromi et rendre justice à tous ces villageois meurtris. Je te le promets Fusahira, je vais me donner à fond dans tous mes entraînements...


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Par contre, un fait étrange est survenue depuis mon enquête et les récentes découvertes que j'ai faite. En fait, je n'ai jamais su pourquoi je dormais car de par ma nature, ma physiologie, je n'en ai aucun besoin. Mais il m'arrive de sombrer dans ce qui pourrait s'appeler le sommeil et ce sans raison apparente. Peut-être par lassitude... Mais j'en doute, car dans mon existence c'est l'ennuie qui domine et cela me va très bien. Une fois dans cet état, c'est pour moi le néant, nul songe, nul tourment ne vienne troubler cette absence totale de ressenti et de sensation. Ça aussi, d'ailleurs, j'aime bien... Mais maintenant, ce n'est plus le cas, à mon grand désespoir. Des visions viennent me hanter, un peu comme celles qui parfois se manifestent alors que je suis pleinement éveillée. Cependant, je n'arrive toujours pas à les comprendre ou à les interpréter... Elles restent sybillines, semblant me narguer d'un monde qui m'est inconnu. La seule vision qui jusqu’alors me troublait était celle d'une adolescente, revêtue d'un juban blanc et qui traversais les flammes dévorant un village. Cette silhouette sans visage aux grands cheveux noirs me ressemble certes... mais elle ne m'évoque absolument rien. J'ai beau chercher dans ma mémoire, je me heurte toujours à ce mur. Aucun souvenir avant les années mille neuf cent quatre vingt dix de mon univers... Aucun souvenir d'enfance, ni même de mes parents... Mon seul souvenir les concernant et qu'ils sont morts, leurs âmes détenues par le maître des enfers... Par contre, je suis toute aussi incapable de savoir la date de leurs décès... Les souvenirs les plus vivaces qu'il me reste sont hors du temps, dans l'Outre Monde où je résidais. Toujours baigné de l'éternel lumière du soleil couchant, des lycoris toujours en fleurs, un monde où le temps était figé. Et maintenant une nouvelle vision vient me hanter, assez déplaisante qui plus est. Par contre, plusieurs choses me sont apparues telles des réminiscences. Je vois une petite fille vêtue d'un magnifique kimono blanc orné de fleurs colorée cheminant sur un sentier pentu. Tout autour d'elle, une foule de villageois gais ou tristes l'accompagne tenant à la main des lanternes de papier. Dans le ciel obscure, des milliers d'étoiles scintillent... Puis, allongée dans un trou qui semble bien être une tombe, petit à petit, la terre recouvre son corps et elle semble murmurer quelque chose. Mais je n'arrive pas à l'entendre tant sa voix est faible, son murmure se perdant dans le tumulte de la foule. La seule chose que je ressens, c'est sa peur, immense, infinie. Et pourtant, tout au fond d'elle même je perçois un espoir, une infime lueur... Et les seuls mots qui ont résonné dans mon esprits furent 'Le sacrifice des Sept Ans'... Épitaphe des plus absconses s'il en est... Quoi qu'il en soit, cette vision me glace et même si je n'en éprouve aucune peur, j'ai demandé à Fusahira d'installer un deuxième futon dans ma chambre pour que Maromi puisse dormir avec moi. J'ai si froid, je me sens si seule... Dire que ses sentiments m'étaient totalement inconnus il y a encore peu... Mais je sais qu'ils ne sont que la cause de cette hallucination... Ça, plus les flammes noires de mon ancien pouvoir qui reviennent... J'avoue être déstabilisée quand même...



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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptyVen 05 Avr 2019, 04:04




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Notes et appréciations d'Ai Enma, fille des Enfers.


Le trois Janvier.


Avec Tanada, nous avons commencés à étudier les différents poisons pouvant être obtenus à partir de certains animaux comme les magnifiques et très colorées grenouilles dendrobates vivantes dans les forêts équatoriales dont la beauté n'a rien à envier à leur toxicité. Et aussi sur les venins des serpents que l'on peut trouver sur l'ensemble des quatre nations. Pour la manipulation des grenouilles, des gants de cuirs sont absolument nécessaires tant leurs mucus peut être violent. Pour la manipulation des serpents, c'est plus difficile. Nous avons en premier lieu utilisé une baguette en forme de fourche afin de les immobiliser, puis à l'aide du pouce et de l'index nous les maintenons fermement juste derrière la tête. Avec une légère pression des deux doigts, ils ouvrent la gueule et montrent leurs beaux crochets. De l'autre main, nous tenons un petit récipient de verre sur lequel nous appuyons délicatement la tête du serpent. Ainsi, leur venin s'écoule goutte à goutte. Il ne nous reste plus qu'à redéposer le serpent au sol et l'affaire est jouée, nous disposons d'un poison prêt à l'emploi. Pour les grenouilles, c'est moins risqué, quoi que... avec une spatule de bois souple, nous prélevons doucement le mucus, lui aussi utilisable sans autre transformation. Je dois être honnête que les serpents me plaisent bien, peut-être parce qu'ils sont moins bruyants que les bigarrés batraciens... Ensuite, ce fut au tour des poissons dont certains on une vésicule remplie de liquide extrêmement toxique et violent. Le principal défaut c'est que cela coûte la vie à l'animal, c'est dommage... De ces animaux, nous pouvons extraire une grande multiplicité de poisons aux effets variés. Son cours est toujours aussi passionnant, mais bien entendue, je me suis gardée de dire quoi que ce soit au sujet de mes découvertes à Tanada, ni à personne d'autre d'ailleurs. Mais j'avoue que mon regard sur eux à quelque peu changé, il s'est fait un peu plus triste qu'à l'habitude.


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Akihiko a quelque peu modifié mon entraînement journalier mais l'a aussi intensifié et c'est assez pénible et particulièrement éprouvant quand même. Ce n'est pas qu'il délaisse notre travail sur techniques de combat au corps à corps, mais il préfère mettre l'accent sur d'autres spécialités dans lesquelles je me sens plus à l'aise et qui pourront tout aussi bien me sauver la vie lors de mes futures misions. Les cours d'équitation sont scindés en deux parties. La première qui consiste à se faire comprendre de l'animal par une simple modulation d'un sifflement. C'est tout l'art du dressage ! Et les grands chevaux du royaume de Fuyu s'y prêtent bien. Cette race d'équidé, particulièrement intelligente est capable d’obéir à de nombreux ordres, mais il ne faut surtout pas oublié qu'ils sont d'une nature fière, caractérielle presque, et bien évidement, très joueuse. Youki en est un exemple typique. Alors qu'elle obéit au moindre sifflement d'Akihiko, quand vient mon tour, elle reste stoïque, faisant mine de ne rien comprendre et reste là à me regarder de ses grand yeux noirs où pétille son espièglerie. Mais une fois qu'Akihiko tourne le dos, alors elle s’exécute le plus naturellement du monde... Elle s'amuse à me ridiculiser, j'en suis sûre. Par contre, lors des exercices, elle se montre un allié fidèle et bien heureusement. Quand il s'agit de parcourir au galop des sentier pentus, recouverts de glace et de neige longeant un profond ravin, je sais que je peux compter sur elle. Tout comme chevaucher dans la foret à vive allure dans une couche de neige qui lui arrive presque au genoux, elle garde le sabot sûre. Et
petit à petit, monture et cavalière finissent par nous comprendre de tout notre corps ce qui m'évite, le plus fréquemment, de me retrouver désarçonnée. Je crois qu'elle est moi apprécions chevaucher dans ces paysages sauvages et enneigés sous un ciel gris plomb alors que la neige et le vent se déchaîne au dessus de nous. C'est très grisant d'être au milieu de ces éléments déchaînés !



Ensuite, c'est le tour de travailler la sarbacane. Je crois que c'est dans ce domaine qu'Akihiko place ses plus grands espoirs en moi. Il est vrai que je montre de très bonne prédisposition avec mon souffle et que je bénéficie d'une excellente vue. Donc, pour pouvoir mettre à profit ces avantages, c'est sur la maîtrise de mon souffle que nous travaillons l'essentiel de notre temps. Et puis par la suite, je m'exerce au tir sur cible fixe. Mais tout ne repose finalement que sur un travail rigoureux d'expiration et de contrôle de ma respiration. Pour cela, il utilise des méthodes peu orthodoxe, mais efficaces. Par contre, je me demande s'il fait de même avec des êtres humains. Non, parce que sans ma résistance au froid, un simple humain passerais de vie à trépas rapidement. A moins que cela ne soit aussi un test de sélection... Dans la grange se trouve une longue et profonde auge où s'abreuvent les chevaux et à cette période de l'année, bien souvent une fine pédicule de glace s'y forme à la surface. Le but des l'exercice réside dans le fait que je dois tenir le plus longtemps possible le corps totalement immergé en retenant ma respiration. Le grand bleu revisité, le glamour en moins... Par contre, je ne comprends toujours pas pourquoi il me fait une mine aussi érayée que courroucée lorsque je me déshabille pour plonger dans l'eau ? Je vais quand même pas y aller toute habillée ?! Ce ne serait certainement pas agréable de parcourir le chemin du retour toute mouillée... Ces humains me surprendront toujours. Quoi qu'il en soit, une fois dans l'eau, il chronomètre la durée que je peux tenir sous l'eau. Au début, je ne restais qu'une ou deux minutes et maintenant j'affiche un beau neuf minutes passé de quelques seconde. Là, ça lui en à bouché un coin comme on dit. Il ne s'attendait sûrement pas à de tels résultats. Ce qui par la même, m'amène à réfléchir sur le fait que j'ai besoin ou pas de respirer. Parce qu'effectivement, à un certain moment je ressens le besoin irrépressible d'apper de l'air, mais plus par réflexe que par nécessité. Comme si ma physiologie n'avait pas réellement utilité à ce que je respire. Alors, j'ai cherchée dans ma mémoire des éléments qui pourraient m'infirmer ou me confirmer mes doutes. De ce que je me rappel, dans le monde des humains que je connaissais, je respirais. Dans l'Outre Monde aussi, mais le faisais-je tout le temps ? Là, je n'en suis pas certaine. Par contre, quand je naviguais sur le lac des morts afin d'apporter les âmes des mortels au royaume des Enfers, je ne me souviens absolument pas d'avoir émis un seul souffle. D'ailleurs, y avait-il même de l'air ? Cela me laisse encore une fois bien perplexe sur ma propre condition...



Mais revenons à l’entraînement. Il requiert aussi beaucoup de concentration et de calme. Et coté calme, on peut dire que l'affolement ne fait pas trop partie de mon vocabulaire. La méditation ou le yoga sont aussi de bons atouts et ils permettent un bien meilleur contrôle de la bradycardie, c'est le ralentissement du rythme cardiaque. C'est un réflexe qui une fois développé permet d'économiser énormément l'oxygène. Ce qui est très agréable avec l'hypoxie, c'est cette sensation de perte de contrôle, de chuter dans le noir et le silence du néant. Quelle paix... Je dois quand même faire attention à ne pas faire un syncope, je ne suis pas certaine qu'Akihiko me sortirait de l'eau avant que je ne me noie... Mais quel plaisir en sortant de l'auge de voir sa tête méfiante qui masque en fait, je pense, une pointe de frayeur. Il faut dire qu'à chaque fois que je sors de l'eau glacée, mes yeux sont deux braises. Pourtant, je me sens d'un calme olympien. Et puis vient le moment du tir sur cible. Avec l’entraînement précédent et une bien meilleur maîtrise de mon souffle, je peux dire que je me débrouille pas trop mal. D'ailleurs, je dois prochainement commencer le tir sur cible mobile. Je suis curieuse de voir ce dont je serais capable. Enfin, ça me rassure quand même de n'être pas nulle en tout !


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Quant au crochetage, mes chronos sont tout à fait correctes sur les trois types principaux de serrures étudiées. Donc, nous nous sommes attelées à celles qui sont protégées et piégées. Exercices difficile, d'ailleurs je ne compte plus les piqûres de dard ou d’aiguilles sur mes doigts et mes mains. Mine de rien, ces petites meurtrissures, multipliées par un grand nombre, finissent par être gênantes et je perds de ma précision pour manipuler les mécanismes. Ce qui fait que je me fait piquer encore plus... A la longue, ça fait mal ! Histoire de reposer mes petits doigts endoloris, nous étudions plus largement divers pièges que l'on peut placer sur les portes, des dalles de couloirs et au plafond. C'est fou tout ce qui peut exister comme mécanismes. D'ailleurs, ça me laisse songeuse... Vais-je rencontrer au cours de mes missions de tels guet-apens ? Apprendre leurs fonctionnements est une chose, encore faut-il pouvoir les repérer... Quand au désamorçage, c'est parfois tout simplement impossible, n'ayant pas d’accès au mécanisme, il faut déclencher volontairement le piège. C'est une science qui n'est pas sans me laisser quelques appréhensions tout de même. Je préfère de loin m'en tenir au serrures.



Il fait trop froid maintenant pour Fusahira et nous avons abandonnés nos sorties nocturnes afin de contempler les étoiles du ciel. C'est bien dommage. A la place, il m'enseigne comment décacheter une lettre sans laisser de trace, enlever un sceau de cire puis le remettre à l'aide d'un fin fils de cuivre chauffé à la bougie. Comment réaliser le moulage d'un sceau à l'aide d'un mélange de glaise et de soufre, imiter un document officiel, choisir le bon papier et la bonne encre, connaître les formulations types et tout autres choses qui me permettrons l'accès à des lieux non autorisés. Bien moins plaisant que d’observer les constellations, il n'en reste pas moins que cela demande rigueur et concentration, le tout dans un silence de bibliothèque, alors finalement, ces cours ont un charme qui ne me laisse pas indifférente.


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J'ai notée que mes angoisses liées à mes visions c'étaient estompée, et j'en suis pas mécontente. Comme la cohabitation avec Maromi se passe du mieux possible, je n'ai rien dit à ce propos ce qui me permet de la garder à mes cotés. Cela pourrait paraître égoïste de ma part, certes, mais après tout cette situation semble lui convenir. En plus d'avoir acquis le langage des signes, ce qui nous permet de communiquer sans entraves, je continue à lui enseigner l'écriture. Et elle se débrouille assez bien. Je ne sais pas si son père est au courant de tout cela, en tout cas, il n'y a jamais fait allusion devant moi. Fusahira non plus, d'ailleurs.



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Notes et appréciations d'Ai Enma, fille des Enfers.


Le vingt quatre Janvier.


Je crois que ma raison s'égare... Me voilà sous le joug de nouvelles visons et cette fois-ci, explicites. Impossible d'en ignorer le sujet, tant elles sont limpides. Et ce n'est pas pour me plaire. En fait, elles sont venues me hanter dès que j'ai commencé les cours de musique au début de ce mois. Un vieux professeur, rabougris et dépourvu de toute pilosité est venu chez Fusahira pour me donner mes premières leçons. Les yeux constamment mis-clos et affichant sur son visage émacié un perpétuel sourire, il me demanda si j'avais quelques notions de musiques. Ce à quoi, je lui ai répondu que non. Et alors qu'il s'apprêtait à me faire déchiffrer une partition pour en apprendre les notes, fait étrange, je lui ai lu la partition dans son intégralité et sans aucune fausse note. Forcement, il se renfrogna pensant que je m'étais jouée de lui et il me fut difficile de le convaincre du contraire. Moi-même, j'en étais la première surprise. Devant cet état de fait, je dissimulais mon alarme car je savais bien que quelque chose au plus profond de moi, sombre et inconnu, essayait de ce frayer un chemin jusqu'à ma conscience. Telle une force tellurique, il ébranlant chez moi mes certitudes les plus absolues et me jeta dans d'insondables tourments. Moi qui avait pour habitude de donner un avant goût de l'enfer aux humains, c'était à mon tour. Mais il était hors de question que quiconque le sache. Je devais réprimer tout cela au plus vite et montrer bonne figure. Ce premier cours fut un calvaire, car dès que je voyais une note sur la portée, j'étais de nouveau assaillie... J'ai du donc feindre un malaise pour mettre un terme à ce supplice. Mais je savais que ce répit ne serait que de courte durée et qu'il me faudrait reprendre les cours rapidement ou bien devoir donner des explications à Fusahira. Je n'ai donc demandé que trois jours de repos, sans aucun cours, espérant avoir suffisamment de temps pour comprendre ce qui m'arrivait et débusquer cette infernale bête tapie dans l'ombre de mes souvenirs. J'ai bien tentée de faire disparaître tout cela en consommant une grande quantité de chevelure des fées, mais cela n'a fait qu’aggraver la situation... Impossible de retrouver ma sérénité sans combattre mes démons interieurs.



Je me vois dans un appartement presque vide, le soleil couchant déversant des flots de sangs sur les murs et le sol par la seule et unique fenêtre de style Chicago. L'air est tiède. Un futon crasseux s'étale sur les tatamis et à coté une petite table de chevée dont le revêtement de formica crème, couvert de tâches brunes, s'écaille. Dessus, une tasse ébréchée de porcelaine blanche occidentale de mauvais goût et une seringue en verre, sale et une petite cuillère tordue. Un petit étui de cuir et un pot de fer blanc l'accompagnent. Les murs sont dépourvus de toute décoration, hormis une veste militaire accrochée à un clou planté dans le mur. C'est une veste que portait les militaires lors de la seconde guerre mondiale. Dessus, y sont accrochées plusieurs médailles rutilantes sous les éclats du soleil. Deux sont reconnaissables, l'une d'elle provient de la campagne de chine au début des années trente et la seconde, issue de la guerre du pacifique lors de la bataille tristement célèbre d'Okinawa. A n'en pas douter, cette veste appartenait à un vétéran de l'armée. Dans l'ombre, au fond de la pièce se tenait une kitchenette dont l'évier débordait de vaisselle sale. Contre le mur, en dessous de la fenêtre, des toiles s'y accumulaient, de tous formats. Au centre, un chevalet sur lequel reposait une grande toile et derrière un homme tenant palette et pinceaux. Caché derrière la toile, seul son pantalon était visible et l'on pouvait voir qu'il portait de vieilles scandales de cuir élimées. A ses pied, un cendrier fait d'un couvercle de pot de peinture industriel, gavé de mégots, y était posé. La pièce était silencieuse. Au travers de la fenêtre, je pouvais vois le paysage lointain. L'appartement devait se trouver à plusieurs étage du sol, assez haut même. Cette construction semblait dater des année cinquante, tout comme le peu de vêtements visibles de l'homme occupé à peindre ou la seringue. Les héroïnomanes n'utilisent plus ce genre d’ustensiles depuis bien longtemps.



Habillée de mon kimono de soie noire à motifs floraux, je me tenais debout face à lui, contre le mur du fond, immobile. Comme je ne portais ce kimono que pour assouvir un contrat de vengeance, c'est dire tuer une personne et emmener son âme au maître des enfers, j'en déduis que j'étais ici pour le tuer. Pourtant, il me semblait qu'aucune sentence de mort n'avait été contractée à son encontre et que je me trouvais là pour tout autre chose. Désorientée, je me dirigeais vers lui, et à ma grande stupéfaction, le sujet de sa peinture n'était autre que moi même ! interdite, je restais là, muette ne sachant trop quoi penser. C'est alors que je tombe dans un tourbillons de couleurs, rouges, oranges et noirs, se mêlant délicatement. Ma chute ne semble pas vouloir finir et d'un coup la vision cesse dévoilant d'écarlates et aveuglantes vérités, ébranlant par la même toute ma raison. Devant moi brille l'étourdissante lumière de l'inconcevable.



Je sais que je ne suis pas là pour le tuer, bien que son âme soit marquée du sceau du Maître des Enfers. Car c'est lui qui a signé un contrat avec moi. Mais pas véritablement pour se venger de quelqu'un en particulier, non, juste pour avoir enfin l'occasion de me rencontrer en chair et en os si je puis m'exprimer ainsi. S'il a vendu son âme, c'est tout simplement parce qu'il m'aime ! Et ça, c'est tout bonnement impossible ! Comment un être humain pourrait-il tomber amoureux d'une créature telle que moi ?! Il s'est damnée rien que pour moi... juste par amour. Personne ne peut m'aimer ! Personne ! Je n'ai qu'amertume au creux du ventre. Je hais les êtres humains, je hais leur contact, leur odeur et je ne veux que crier mon dégoût ! Personne ne m'a jamais aimée... je ne connais même pas ce sentiments... ni tant d'autres. Alors que me veut-il ce stupide peintre ? Et moi que fais-je là ?! Pourquoi suis-je revenue le voir ? Qu'est-ce qui a bien pu me perdre ? Et pourtant, je le sais, c'est lui qui m'a apprit la musique chaque soir où je venais le voir. Mais pourquoi ? Comment pourrais-je être flattée par cet acte aussi vain que stupide ? Son sacrifice ne devrait-il pas me laisser indifférente ? Je ne suis que glace... pourtant de sinistres craquements résonnent à mon esprit. Il se fissure. Tombe en miette, pulvérisé par l'absurdité de cette relation qui n'en est pas une... Alors pourquoi suis-je avec lui... à attendre qu'il finisse sa toile ?



N'en pouvant plus, je me précipite vers le mur où son adossées les autres toiles... Enivrée par la folie nouvelle qui me prend, je jette violemment à terres toutes les toiles. Au comble de l'horreur, toutes me représentent ! Je sens la pression alentour si grande, si forte, que mon corps tout entier ne tardera pas à céder, s'écrasant sous son propre poids. Et moi, impuissante, j'ai la certitude de sa présence derrière la toile inachevée. Mais il ne bouge pas, continu de peindre mon fantôme. Il ne sais donc pas qui je suis, ou bien s'il le sait, est-il complètement fou ? Je ne suis qu'un désert immense de tristesse et de solitude, aride qui jamais n'a reçue la moindre goutte acide de sentiment humain. La femme qu'il s’évertue à peindre n'a jamais existé et n’existera jamais. Jamais !



Mon sang se fait feu dans mon corps mais ne le consume point, pourtant je brûle et ne ressens rien. Mais que ce passe t-il ? Est-ce moi qui marche au milieu de ces flammes, sur ce sol jonché de cadavres calcinés ? Est-ce moi qui ai anéantie ce village ? Tuée tous ces habitants ? Ainsi que mes propres parents ? Non ! Je m'en fiche bien ! Vous pouvez tous crever et vous consumer dans les feux éternels des Enfers, je m'en fiche bien... Pourquoi m'avez-vous enterrée vivante ? Une fois ne vous avez pas suffit, il a fallut que vous recommenciez ! Pour bien être sûre que je n'en réchappe pas ! Vous n'avez que ce que vous méritez ! J'en peux plus ! Disparaître, oui, je veux disparaître, définitivement...  J'ai froid, si froid...



Au risque de tomber sous la coupe de l'aliénation, je vais clore mes divagations et ce journal et ne le reprendrais que lorsque... en fait j'en sais rien. Je ne sais plus rien et je ne veux plus savoir. Juste m'endormir dans la chaleur du corps de Maromi. Oublier et m'oublier... l'absurde démence.



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MessageSujet: Re: Au Service de Sa Majesté...   Au Service de Sa Majesté... EmptySam 06 Avr 2019, 18:12




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Notes et appréciations d'Ai Enma, fille des Enfers.


Le cinq Avril.


Cioran semblait assez déçue que je ne prenne plus sa petite queue entre mes doigts. Elle aussi a du bien se sentir inutile... Je n'avais tout simplement plus le cœur à écrire tant dans mon esprit le trouble régnait, et même encore aujourd'hui. Disons simplement que ces visions ne viennent plus me tourmenter, mais elles ont laissées derrières d'aigus tessons sur lesquels ma conscience se déchire. Car m'ont-elles montrées un passé bien réel qui fut le mien ou bien n'était-ce que perfides illusions ? Je pense, hélas n'avoir jamais de preuves sur leurs véracités. Quoi qu'il en soit, elles ne sont pas seulement le fruit d'un malheureux hasard, ce qui me glace les os. De tout cela, je me suis gardée d'en parler même si des changements notables dans mon humeur ont été constatés par ceux de mon entourage. Mais qu'aurais-je bien pu leur dire ? Je n'aurais fait que les inquiéter inutilement, ajouter un poids supplémentaire à leurs propres fardeaux. De plus, dans mon métier, raconter ce genre de chose ne ferait que jeter le discrédit sur mes capacités à remplir les conditions essentielles que l'on attend de moi, sans compter la déception de Fusahira qui malgré tout a placé en moi de nombreux espoirs... Après tout, jamais personne ne m'a vue gai, joyeuse ou bien sourire ne serait-ce qu'une fois. Donc, pour eux, je ne suis que plus triste, taciturne et mélancolique qu'à l'habitude, même si Fusahira et Maromi se doute de quelque chose. J'ai pu lire dans leurs yeux, parfois, de l'inquiétude et une certaine anxiété qu'à chaque fois j'ai essayée de dissiper. Après tout, mentir doit devenir et être ma seconde nature et je considère cela comme un bon entraînement finalement. Beaucoup de choses sont déplaisantes, je dois m'y faire...



Pour l'instant, ma principale question repose sur mes origines. Qui suis-je en fin de compte ? Ais-je vraiment eu des parents ? Étaient-ils humains ? Ais-je jamais été humaine ? Et quand suis-je née ? Si mes derniers souvenirs en date remontaient aux années mille neuf cent quatre vingt dix, les visions m'ont indiquées un autre repère temporel, celui du début des années cinquante. Hors, entre les deux périodes, je n'ai aucun souvenir. Comme si ma mémoire avait été effacée. Et rien non plus d'avant les années cinquante, ce qui ne signifie pas que j'ai pu exister à une époque plus reculée. Par contre dans la vision du village en flamme, je n'ai pas réussie à identifier des indices pouvant m'indiquer clairement une époque. Il pourrait très bien s'agir de faits remontant à l'époque de d'Edo qu'à la période Muromachi. Aucun détail architectural ou bien vestimentaire n'a pu me donner un indication précise à ce sujet. Toutes ces questions vont me tarauder pendant longtemps encore, il faudra que je vive avec cela... Et n'en laisser rien paraître...



Ces visions seraient-elles en lien avec la réapparition assez récente des flammes noires ? Reliquat de mon ancien pouvoir, leurs manifestations se font de plus en plus présentes et si jusqu'à lors elles surgissaient uniquement quand je perdais mon sang froid ou bien que j'étais exposée à une menace sérieuse, maintenant, elles semblent se montrer dans de toutes autres circonstances. Pourtant ce phénomène ne m'inquiète pas vraiment. Peut-être que je nourris secrètement l'espoir de retrouver mes anciens pouvoirs et ainsi regagner mon monde, c'est possible. Quand à Fusahira qui en a été témoin par inadvertance, il ne s'est pas exprimé sur le sujet et c'est pudiquement remit à ces affaires comme si de rien n'était. C'était pendant l'un des cours avec lui alors que j'examinais la serrure d'un petit coffret à bijoux que je savais piégée. J'approchais lentement ma main de la serrure comme pour effleurer quand du bout de mes doigts sortirent de petites flammèches sombres. Mais au lieu de n’entourer que mes doigts, elles se rapprochèrent du mécanisme, comme poussées par un imperceptible vent. On les eut dites animées d'une volonté propre comme si elles voulaient s’engouffrer par le trou de la serrure. Je dois bien dire que cela m'a fortement surprise et d'un geste instinctif, je retirais vivement ma main. Poussée par la curiosité, je remis ma main devant le coffret mais rien ne se produisit, ce qui me laissa désappointée. Quelques jours passèrent sans qu'elles ne se manifestent. Puis, cela recommença dans les mêmes circonstances. Cette fois-ci, je décidais de me laisser aller, de lâcher prise totalement, ce qui rétrospectivement me parut fortement imprudent. Je fermais les yeux et déplaçais lentement ma main devant le coffret. Je pouvais les sentir vouloir toucher le coffre, irrésistiblement attirées par lui. Puis ce fut comme si elles cherchaient à s'y introduire, par le moindre petit interstice, la moindre jointure. Passant à proximité de la serrure, elles s'étirèrent doucement pour y pénétrer, à la manière d'un petit animal farouche. touchant ça et là le métal de la serrure, comme pour savoir si elles couraient le moindre danger, guettant la moindre réaction de la part de l'objet. Puis, comme rassurées, elles s'y engouffrèrent, se répandant dans tout le mécanisme. C'est alors qu'un phénomène étrange m'envahit. Je ne peux pas dire que je voyais le mécanisme réellement, mais je le devinais plus ou moins. Cela devait s'approcher d'une vision proche de l'écho location que certain animaux possèdent. Des images m'apparaissaient par intermittence, fragmentées, peu précises. Mais cette expérience ne me laissa pas sans perspective qu'un jours il me serais peut-être possible de les manipuler afin de découvrir des mécanismes... Encore faudrait-il les dompter. Quelque peu grisée par ces pensées, les flammes disparurent et mon doigt se posa sur la serrure. Un dard en jaillit et me transperça le bout du doigt. Douloureusement surprise, je lâchais un cri grave qui fit rire Fusahira... Ce qui ne me déplut guère, lui aussi était devenu morose et affligé par mon changement d'humeur de ces derniers mois.


Au Service de Sa Majesté... Deco_puce_01

Sinon, il m'enseigne aussi le moyen de pouvoir communiquer des informations sensibles sans qu'elles puissent être lisible par n'importe qui, du moins en théorie. C'est tout le jeu de la cryptographie. Un singulier mélange de logique et de mathématiques. Rigoureux et austère, c'est plaisant. Nous avons commencé par les systèmes simples. Comme le remplacement d'une lettre par une autre ou d'un groupe de caractères par un autre qui peuvent être durci par l'utilisation d'une clef alphanumérique. Ce sont des systèmes de chiffrements par substitution. Il y en avait un de très connu dans mon monde, utilisé dans l'antiquité, appelé le code César. Mais bon, cette technique de décalage des lettres à ses limites et une personne ayant de bonne connaissance en cryptographie, disposant d'un peu de temps, pourra casser le code. Après tout, il n'y a que vingt six lettres dans l'alphabet romain et que quarante six hiraganas dans le syllabaire japonais... Par contre une autre technique de chiffrement, plus couramment utilisée dans les services de renseignements car bien plus robuste, est basée sur une grille alphabétique ou syllabique et d'un mot de passe. C'est un système de chiffrement par substitution polyalphabétique qui a son équivalent chez moi sous le nom de chiffre de Vigenère, diplomate français du seizième siècles. Son utilisation est très simple. Disposer de la grille originale comme suit, sur l'axe X les vingt six lettres de l'alphabet de A à Z et sur l'axe Y, même chose. L'axe des X donne les lettres en clairs et l'axe des Y sont les lettres de la clef de chiffrement. L'intersection des deux axes donne le message crypté. Plus la clef et longue, plus le chiffrement est fort. Il est tout à fait possible de changer le départ des lettres au début de chaque case pour rendre la table moins évidente. Bon, je teste vite fait... Mon texte à chiffrer sera: "My name is ai, ai enma" et la clef "james bond". Facile... mais bon... hum... de circonstance, ma foi. Ce qui donnera:

My name is ai, ai enma.  
ja mesb ondja, me sbon.

Et le résultat: Vy zeef wf dr, au ifno. Pas incassable certes, mais efficace quand même. Par contre, c'est fichtrement long à faire... Heu, j'espère qu'en cas d'utilisation en conditions réelles, les messages seront courts. Autant assise confortablement à mon bureau, je trouve cela ludique, autant sur le terrain ça risquerait d'être galère... surtout en état d'urgence... Mais bon, en pratiquant et l'habitude venant, ça devrait devenir plus facile par la suite. Je l'espère en tout cas...


Au Service de Sa Majesté... Deco_cercle_02

Fusahira vient de m'annoncer qu'à partir du dix de ce mois, c'est vacances pour moi et Maromi. Cela m'a grandement étonnée, mais j'avoue que cela me fera le plus grand bien. A cette période ou la neige commence à fondre et la nature reprenant peu peu de la vigueur, cette période sera très agréable pour un congé. Il m'a donné deux semaines. Je pensais qu'à l'issue de ce repos, j'aurais le droit à un examen pour être admise au sein du bureau, mais ce n'est pas le cas. Fusahira m'a dit que mon examen aurait lieu en conditions réelles. Forcement, je lui ai posée quelques questions quand même. Et là, stupeur ! A la fin du mois, je dois partir pour les territoires inconnus suite à une invitation pour représenter la nation fuyujin lors de l’inauguration d'un parc à jeux... Sans blague ! Un parc à jeux ! Si j'avais su faire, je me serais mise à rire, mais là j'étais plus que morose. Mais c'est à la lecture complète de mon ordre de mission que j'ai vue rouge ! Au sein d'une délégation diplomatique, il fallait dérober des plans... Heu, pour une première mission, c'est quand même sacrément retors ! Sans compter un trajet de cinq semaines aux bas mots ! Honnêtement, tout cela me laissa sans voix. J'ai crue à une blague de mauvais goût de la part de Fusahira jusqu'au moment où il me donna le courrier. Je sentie une vague de colère monter au plus profond de moi et j'eu bien du mal à la réprimer. Il voulait m'envoyer en mission suicide ou quoi ? A peine formée, l'on me jetée directement dans la gueule du loup. Si je devais avoir peur, c'était fichu tant je bouillais de rage. Comment pouvait-on envoyée une novice dans une telle mission ? J'étais littéralement atterrée. Mais bon, la première que l'on nous enseigne c'est la discipline. Alors, je n'avais rien à objecter, juste à préparer mon départ. J'étais furax !


Il fut décider que je voyagerais par la malle post partant de Murakokkyou et qui traversait la toundra boréenne. Une fois sur place, je serais récupérée par un guide, qui lui me mènerait aux abords du parc. Une fois arrivée sur le lieu, je devrais me débrouiller complètement seule. Mon équipement est déjà prêt de toute façon et je n'emporterai qu'un minimum. de toute façon. Seul me chagrine le fait de devoir laisser Youki. Pour Cioran, je n'ai aucune inquiétude. Maromi s'en occupera à merveille mais il faudra qu'elle surveille quand même sa consommation légèrement excessive de fromage. C'est clair qu'elle c'est très bien acclimatée à un intérieur chaud et douillé la petite bête... Et surtout à une nourriture abondante... Elle finira obèse la créature... Bref. Maromi a décider de faire un repas spécial pour la veille de mon départ et elle y a conviée Tanada bien entendu et Akihiko. D'un autre coté je ne le déteste pas vraiment, c'est juste que j'aurais envie de le tourmenter dans mille enfers... Mais bon, je n'ai aucune envie de la contrarier et je sais qu'elle se fait déjà une joie de penser aux préparatifs du repas. Et puis avec toutes les cerises en bocaux qu'elle m'a faite et que j'ai dégustée tout cet hivers, je ne vais pas la chagriner ou lui déplaire. D'ailleurs, j'ai prévue de lui faire un cadeau. Comme elle commence à se débrouiller en écriture, je lui ai acheté un porte plume en os blanc ciselé à son extrémité, un jeu de plumes en acier et un encrier en verre. Je l'ai commandé chez le verrier de notre village en lui demandant d'être discret sur ma commande. Je veux faire la surprise à Maromi. Jamais je n’oubliai ses yeux, son regard, quand je lui ai mis dans ses mains celui que m'avait offert Fusahira. Et rien que pour revoir cette lueur dans ses yeux, je veux lui faire en présent. J'ai juste demandé que dans la patte de verre soit ajouter quelques oxydes pour qu'il soit panaché de belles couleurs bleu indigo et turquoise. La commande devrait être prête d'ici peu. Finalement, c'est moi qui suis la plus impatiente !



Bon, c'est pas tout ça, mais Cioran réclame, encore, de la nourriture... Avant que mon encrier ne tombe en panne, je clos ces quelques lignes...



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