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Le murmure des larmes....
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Ai Enma
Ai Enma Petite Plume Diplomate

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MessageSujet: Le murmure des larmes....   Le murmure des larmes.... EmptyLun 06 Mai 2019, 19:04






Heu... pas compatible SVG ton navigateur...








Le murmure des larmes.




Tôt le matin, Ai se trouvait assise sur son futon, fixant d'un regard vide dans un silence épais de sa chambre, le mur lui faisant face. Derrière elle, la rosace de verre colorée, transpercée par les premières lueurs de l'aube, déversait d'abondants flots de sang rougeoyants dans la petite pièce. Devant ses grands yeux, absents et noirs comme l’abîme, les eaux garances chatoyaient en une lente danse où s'enchevêtraient mille tons chamarrés d'or et de feu. Bien loin de ce monde, vagabondait son esprit. De souvenirs effrités, elle nourrissait une douce et lénifiante nostalgie. Depuis combien de temps errait-elle dans son passé au milieu des massifs de lycoris baignant à jamais dans l'éternelle lumière d'un soleil couchant ? Dix minutes ? Une heure ? Peut-être plus... peut-être même qu'elle avait jamais quittée l'Entre-monde et qu'elle finirait par se réveiller de cet interminable et douloureux cauchemar. Mais à son grand regret, le bruit qui ralluma la flamme de sa conscience, la replongea dans la sinistre réalité. Triste, abattue, sa tête fléchie lentement et l'esprit vide, c'est le sol que maintenant, elle se mit à fixer. Les coups sur la porte se firent plus insistants, plus pressants. Elle savait que derrière cette symbolique et protectrice planche de bois, se tenait Fusahira, son mentor. Elle aurait tant voulue que ce soit Maromi, sa petite compagne muette avec qui elle partageait de longs moments taciturnes. Elle se serait assise à ses cotés, sans rien dire ni rien faire, si ce n'est plonger son regard, elle aussi, dans les interminables flots de lumières, à contempler toute la vacuité de l’existence. Mais voilà encore ces maudits coups qui retentissaient ! Alors, de sa voix grave, sourde et affligées d'infinies tristesses, elle émit, machinalement et presque à regret, un timide:

-" Oui ?"


Tout comme elle s'y attendait, c'était bien Fusahira qui franchit le seuil de sa porte. Il marcha lentement vers elle, comme s'il prenait soin de ne pas troubler la quiétude des lieux. Poussivement, Ai leva la tête vers lui. Mais son air songeur et dépité fut altéré par une pointe de circonspection. Lui qui était d'un naturel enjoué, ce matin il affichait un air tout aussi sérieux que maussade. Il tenait dans sa large main, un pli dont le sceau de cire bleu indigo avait été brisé. Il n'en fallut pas plus à Ai pour en déterminer l'expéditeur. Cette missive avait été envoyé par le 'Ménestrel'. Grave, Fusahira s'accroupit en face d'Ai. Il semblait vouloir lui parler, mais une gêne le contraignait au silence. Mais après un bref moment, il sut se reprendre et entama son monologue posément de sa voix douce et affable qu'ai lui connaissait si bien, comme s'il avait put faire disparaître se mystérieux embarras d'un battement de cil.

-"Comme tu t'en doutes, le pli qui vient d'arriver, m'a été expédié par le 'Ménestrel'. Et pour tout te dire, de ce que j'ai pu en lire, les nouvelles qu'il apporte ne présagent rien de bon, surtout après tes mésaventures à Minshu... Et, j'avoue que je me demande bien pourquoi le 'Bureau' t'as choisi pour cette mission. Tu viens juste de finir ta formation et ils décident arbitrairement de t'envoyer sur un terrain qui requière une expérience solide, tout autant que de bonnes capacités au combat. C'est à ni rien comprendre. Surtout avec les rapports que je leur ai fait parvenir concernant tes aptitudes martiales. Ils ne peuvent ignorer le fait qu'en cas d’échauffourée, tes chances de t'en sortir sont plus que minimes, c'est comme s'il t'avait désigné pour une mission suicide. Mais pour qu'elles raisons ? Et si raison il y a."


Ai qui, jusqu'à présent le regardait silencieusement, tristement, baissa la tête en direction du parquet de bois. Il prit conscience qu'il venait accidentellement, par ses propos, de la blesser. Il s'en voulu. Car il savait qu'elle avait mit un point d'honneur à réussir ces examens et en particulier dans l'art du combat où elle avait donné le meilleur d'elle-même. Mais cela ne l'avait pas empêcher d'être plus que médiocre et elle ne devait son obtention de ce poste que par excellents résultats dans  d'autres domaines. Il y avait aussi, fort à parier que le 'Ménestrel' avait dut glisser un mot ou deux à son propos aux agents qualificateurs du 'Bureau'. Sinon, avec de telles inaptitudes au combat, elle aurait été renvoyée directement dans son village. Fusahira le savait, mais il garda le silence. Si elle l'apprenait, il savait que cela la briserait. Alors, il essaya de la réconforter un peu, enfin du mieux qu'il put, car cette étrange nature était bien peu encline à la versatilité des émotions et si étrangère aux transports de l'âme humaine que toutes tentative de vouloir l'égailler se trouvait réduite en cendre, irrémédiablement. Après un bref moment de silence gêné, il reprit sur le même ton:

-"Le 'bureau' pense avoir retrouvé la trace de la 'Marcheuse de Rêves' ou plus précisément des ses acolytes qui semblent avoir de nouveau sévit dans un village au nord l'ouest de la république de Minshu, qu répond au nom de Jiyuu. Il se situe à une dizaine de jours de cheval de notre village, juste après les montagnes frontalières. Cette paisible bourgade a été, récemment, le théâtre de l'enlèvement de plusieurs enfants et plus précisément celui de trois petites filles. Ces enlèvements correspondent aussi à l'arrivée de plusieurs personnes, jusque là inconnues du village. Mais c'est surtout l'une d'elle qui a attirée l'attention du 'Bureaux', il s'agit d'un marchand d'antiquités. Coté discrétion, c'est quand même étrange, comme si elle essayait de se moquer de nous ou bien de nous provoquer. A moins que cela ne soit un piège qu'elle nous tende ou bien un subterfuge des services du contre espionnage minshijin pour confondre nos agents. Quoi qu'il en soit, la situation est périlleuse. D'ailleurs, à ce propos, juste après le premier enlèvement, deux hommes des services des renseignements minshujins ont fait leur apparition au village. Indice supplémentaire qui tend à faire penser qu'il s'agisse bien d'elle. Et ta mission sera de capturer, à la barbe de leurs services, un des sbires de la 'Marcheuse de Rêves' et de le livrer à un point de rendez-vous situé plus au sud dans les montagnes. Comme tu le sais, ils opèrent en bande et sont redoutablement bien organisés, la deuxième partie de ta mission consistera à les éliminer avant que l'un deux ne se fasse capturer par les services minshujins."


Fusahira détourna son regard de celui d'ai et il garda un silence pensif. Il était visiblement amer. Secouant de gauche à droite la tête comme pour chasser un insecte indésirable, il reprit:

-"C'est sur ce dernier point qu'il va falloir que tu improvises. Il te faudra trouver de l'aide soi en chemin, soit sur place, le mieux serait des mercenaires et plusieurs même. Car aucun renseignement sur les forces adverses ne nous a été communiqué. Et s'il s'agit d'une embuscade tendue par la 'Marcheuse', il y fort à parier qu'elle a dut s'assurer la victoire. A ce propos, il existe un rapport non officiel concernant la déposition d'un bûcheron travaillant dans la foret proche de Jiyuu. Il y est fait mention d'une mystérieuse créature qui hanterait ces bois depuis l'enlèvement du premier enfant. Mais si ce rapport ne fait pas parti de l'enquête, c'est que la source est jugée plus que douteuse. Il s'agit d'un bûcheron étranger au village, sûrement un vagabond reconverti, vivant dans un campement isolé dans la foret et qui est particulièrement porté sur la boisson. L'alcool, la superstition et l'isolement ne font pas de ses dire un témoignage de premier plan. Mais au cas où, mieux vaut s'attendre au pire. Surtout sachant qu'elle est versée dans les arts obscures, son penchant pour des rites abominables et qu'on ne sait absolument pas de quoi elle peut être capable en définitive, la prudence s'impose donc."


De nouveau, un bref silence. Puis avec un voix plus lasse et monotone il reprit:

-"Histoire de rendre cette mission encore plus périlleuse, un climat d'agitation menaçante et de suspicion malsaine domine le village de Jiyuu et ses habitants. On peut même dire que les trois enlèvements qui se sont produit au cours de cette dernière quinzaine, ont tant bouleversés ce village qu'il est au bord de l'implosion et que les villageois sont proches de provoquer des émeutes. Une femme, Hitomi Watara, qui fut il y peu de temps encore la soigneuse appréciée de tout village, a été emprisonnée, soupçonnée d'avoir commit ces enlèvements et attend son jugement qui sera rendu d'ici trois semaines, peut-être moins. Sans surprise, elle risque fort d'être reconnue coupable et condamnée au bûcher. Tsumemasa Rokkaku, le daimo en place semble avoir une opinion différente sur cette affaire. Mais hélas, il se trouve pieds et mains liés car n'ayant d'autre suspect à présenter au tribunal et devant le peuple qui réclame vengeance plus que justice, s'il veut à tout prit les apaiser, il n'aura d'autre choix que de condamner une innocente à la mort. Quant au sort réservé à sa fille, je ne préfère pas savoir. Seule une petite minorité s'élève contre la vindicte populaire et jette le blâme sur les deux bûcherons vivants dans la foret. Comme tous deux sont étrangers au village et qu'ils vivent à l'écart de la communauté, cela en fait de bons suspects. Et c'est donc dans ce climat de paranoïa générale et de confusion que tu vas devoir manœuvrer."


Fusahira se tut une nouvelle fois et son visage se fit plus songeur, plus taciturne. Alors, d'une voix plus grave et douce, il continua:

-"J'imagine bien ce que tu dois penser en ce moment-ci. Pourquoi ne tout simplement pas dire la vérité aux villageois, ce qui éviterait, par là même, la mort d'une ou de plusieurs personnes innocentes et qui de surcroît, faciliterait la capture des vrai coupables ? Tout simplement parce que tu dois suivre les ordres, sans plus te poser de questions. Notre profession n'est pas de rendre la justice ou je ne sais quelle cause altruiste, mais de servir notre souverain, d’asseoir son pouvoir et de lui donner l'avantage dans ses décisions face aux autres nations. En aucun cas tu ne dois remettre en question le but de ta mission ou bien d'essayer d'en comprendre tous les tenants et aboutissants. N'oublie jamais que tu te dois d’exécuter les ordres, sans prendre parti, même si cela peut te paraître injuste. Tu m'as bien compris ai ? N'est-ce pas ?"


Et dans un murmure doux et bas, ai émit désinvoltement:

-"Moui..."


Fusahira ne savait trop quoi penser de cette réponse. Est-ce que finalement le sort des fillettes ou de la soigneuse la laissait indifférente, était-elle devenue un petit soldat bien obéissant ou bien sous cette apparente légèreté, cachait-elle ses véritables sentiments ? Car il la connaissait si peu, même après ces presque deux ans de cohabitation. Et il était loin de pouvoir cerner sa mystérieuse et sombre personnalité. Une chose pourtant lui était clairement apparut, ai avait un sens aiguë et très particulier de la justice. Ce qui ne le laissa pas sans questions. Mais le temps n'était plus aux conjectures et il devait achever sa tache. Alors, lui aussi, il prit un ton badin, comme pour se moquer de sa précédente répartie:

-"Bien bien. Donc pour finir, tu partiras sous la couverture de clerc de notaire, je t'ai préparé à cet effet les papiers dont tu pourrais avoir besoin lors de ton voyage et tu porteras donc le patronyme de Tomoyo Kimonoto. N'oublie pas ton sceau ! Je vais aussi te remettre quatre petites émeraudes d'une valeur de deux cents yens chacune pour que tu puisses acheter les services d'un ou plusieurs spadassins. Pour ce qui est du trajet, suit la route qu'emprunte la malle poste, tu y trouveras régulièrement des auberges pour y dormir. Avec cent cinquante yens tu devrais pouvoir t'en sortir. Une fois arrivée à Jiyuu, prend une chambre à l'auberge de 'L'épi fleuri', le tenancier se nomme Togashi Sano, c'est un bon point de départ pour enquêter. Tu devrais peut-être aussi allez faire un tour du coté du vieux temple, Motonobu Inaba est le vénérable moine qui y officie et aussi chez Joji Ota, l'herboriste qui apparemment connaissait bien la soigneuse. Et pour ce qui est de ta couverture, je te charge de remettre un courrier, un vrai cette fois, au notaire Koei Marubashi. Voilà tout ce que je peux te dire sur le village. Ah ! Une dernière chose quand même, le nom des victimes et de leurs parents. La première disparut se nomme Hiroko Makaru, neuf ans, fille de Kazue Maraku, cultivateur; Keiko Mishida, huit ans, fille de Denbe Mishida, cordonnier et Miya Tsudata, six ans, fille de Yasunari Tsudata, fermier. Bon, voila, c'est tout. Tu partiras demain matin, au lever du soleil."


Fusahira se leva prestement en prenant soin d'éviter le regard d'ai et se dirigea vers la porte, sans mot dire. A sa démarche, ai remarqua qu'il était vraiment préoccupé, contrarié et elle en savait la cause. Son cœur s'assombrit d'autant plus et elle se remit à fixer les lattes du parquet cherchant l'oublie. Mais ce dernier ne vint pas. L'heure magique des rivières de sang étaient révolues. A leurs places, la lumière dure d'un soleil d'acier dans le vide et la solitude d'un azur tranchant. De coin de l’œil, ai aperçut Fusahira se retourner vers elle, affichant un sourire faux sur le masque mensonger de son visage. La lumière bruissait dans son crane tel un crescendo démentiel, l'air vibrait d'une dissonance terrible, prête à déchirer l'air, l'espace, l'univers tout entier. Et telle la corde d'un violon soumise aux tortures d'un archer diabolique, une voix métallique résonna dans cette cacophonie:

-"Maromi vient d'arriver !"


D'un coup, un silence absolut se fit dans l'esprit d'ai. Enfin venait la seule personne capable de remettre l'harmonie au sein de ce tumulte. Elle ferma les yeux comme pour prier et contempla le noir, le vide qui l'entouraient. Apaisée, c'est dans les bras rassurants de sa tristesse si choyée qu'elle fut envahie de nouveau par une douce et lénifiante neurasthénie. Alors que Maromi s'apprêtait à franchir le seuil de la porte, elle put lire sur les lèvres d'ai, toujours assise sur son futon:

-"Bonjours Maromi... Entre..."



Le visage de Maromi afficha une surprise satisfaite. Il était peu commun qu'ai fasse montre de tant de diligence, du moins verbalement. Et un nuage d’inquiétude passa dans ses yeux. Elle se doutait qu'il y avait sûrement quelque chose d'important qui venait de se produire. Alors, connaissant son caractère particulier, voir désopilant, elle vint s’asseoir à ces cotés et prit sa main si blanche et froide dans la sienne cuivrée et chaude. De longues minutes s'écoulèrent avant qu'ai ne se lève, invitant sa compagne à en faire de même. Maintenant que Maromi maîtrisait le langage des signes, ai, juste par les gestes, lui expliqua sa situation. C'est sans tarder que la tristesse se peignit sur le visage de la petite muette tout en montrant des signes d'agitation retenus. Ai décida de changer de sujet, de plus elle avait un autre souci en tête qui la taraudait depuis quelques minutes. Ce qui aurait aussi pour effet de distraire Maromi. Ai se dirigea vers son armoire et en sortit plusieurs tenues qu'elle mit devant elle. Puis elle se mit à soliloquer doucement:

-"Le kimono en soie noire brodé de motifs floraux ? Non ? Bon... temps pis... Ah non pas ces frusques de paysan quand même ?"


Maromi la regardait avec toute l'importance et le sérieux que nécessitait l'opération. Choisir une tenue de voyage pour ai était quelque chose de grave. Chaque détails devaient être étudiés avec soin. Mais pour l'instant, Maromi gardait toujours une moue boudeuse sur son visage. Par contre son visage rayonna de bonheur quand ai mit son amauti devant elle. Cette fois, ai savait qu'elle faisait un choix judicieux. Et sans plus y réfléchir, elle conclut le plus sérieusement du monde:

-"Définitivement, je ne saurai pas me passer de toi... Tu ferais un parfait petit Yokai..."


Alors qu'une lueur rougeoyante, presque vivante, traversa brièvement ses grands yeux noirs. Surprise par ses propres paroles, un léger frisson lui parcouru le dos. Heureusement que Maromi n'avait put entendre ses paroles. Certes, elle ne les avait point entendues mais elle les avait lues sur les lèvres d'ai. Figée, les yeux ahuris, Maromi tremblait de tout son corps. Car ce qu'elle venait de comprendre, n'était ni plus ni moins qu'une terrible malédiction. Ai qui la savait très superstitieuse eut du mal à la rassurer. Lui dire que c'était de l'humour aurait été vain, ai en était dépourvue et Maromi le savait. Voyant que ses paroles ne l'apaisait que trop peu, elle devait lui occuper l'esprit. Alors, ai lui demanda de faire l'inventaire de tout son matériel et de lui préparer son sac et les sacoches de sa jument. Ainsi occupée, la petite finit par ne plus penser à la terrible sentence que venait d'énoncer ai. De plus, cette dernière venait de lui proposer, une fois l'équipement préparé, d'aller faire rougir Ichika le porteur d'eau et de plonger dans la gêne ou l'envie les autres garçons. Finalement, cela fonctionna plutôt bien et ai en fut soulagée. Le reste de la journée fut sans nuage.

Au petit matin, alors que l'atmosphère translucide laissait encore percer les pales étoiles, ai se leva. Ce qui eut pour effet de réveiller aussi Maromi. Dans le silence de la chambre, cette dernière alluma les quatre bougies du chandelier de bronze se trouvant sur le bureau. Il fit immédiatement apparaître de grandes ombres mouvantes sur les murs et le sol. Maromi n'aimait pas cela. Ai lui prit la main et l'assise en face d'elle sur l'unique chaise de la pièce. Elle mit en premier son pantalon de cuir de rennes à la couleur crème, presque blanche, enfila une longue chemise de coton blanc à lacet qu'elle noua sur son torse et l'enfila dans son pantalon, large, et le ceint d'une lanière de cuir tressée de couleur ivoire. Puis, se fut au tour de ses bottes en cuir de jeune phoque fourrées de leurs doux pelages. Chacun des revers laissant apparaître une large bande de fourrure d'un blanc immaculé. Au passage, ai vérifia la présence de son jeu d'outils de crochetage et des pierres données par Fusahira, cachée sous les revers. Puis, elle enfila son amauti. Maromi le dévorait littéralement des yeux, car même dans cette peine ombre, il resplendissait tel la lune sur l'encre du firmament. Elle se leva et vint l'ajusté sur ai avec mille précautions. Elle tendit les longues manches qui couvraient presque les mains d'ai. Puis lissa les larges bracelets de fourrure de phoque blanc au bas des manches, réajusta l'arrière de l'amauti qui lui descendait jusque derrière les genoux en un demi cercle, eux aussi ourlets de fourrures de lynx des neiges, puis le devant, plus court, qui s'arrêtait à mi-cuisse. Quant à l'imposante capuche qui lui courrait presque jusqu'au bas du dos, Maromi la rabatie doucement sur la tête d'ai. Ce qui laissait voir les trois amulettes d'os polis, attachées par de petites lanières de cuir tout aussi blanche que celle de l'amauti. Les trois petites têtes d'animaux stylisées, qui représentaient un lagopède, une belette et une oreille de caribou apportaient toute à la fois une touche sauvage et élégante à l'habit. Une fois rabattue, Maromi ne semblait pas satisfaite du résulta. Elle prit délicatement deux longues mèches des cheveux d'ében d'ai et lui fit deux tresses qu'elle noua avec un bout de ruban rouge. Elle les détacha bien du visage d'ai et les laissa reposer sur le devant de l'amauti et se mit à sourire. Cette fois elle était satisfaite. Le tableau était effectivement saisissant, la peau couleur de craie d'ai se fondait dans la blancheur du cuir et des fourrures. Seuls apparaissait, encore plus marqués, ces deux tresses noires ornées d'un rouge rubis et ses deux grands yeux grenats. Un peu trop au goût de Maromi qui alla chercher la paire de lunettes aux verre colorée d’émeraude. Elle les lui posa sur le nez et les ajusta, fit deux pas en arrière et admira l'ensemble. Puis elle lui tendit son sceau de guilde qu'elle passa à son index. Ai était fin prête pour son voyage. Et elle lui passa délicatement sa main sur son visage rond. De sa voix grave et douce:

-"Merci... Tu n'oublieras pas de t'occuper de Cioran en mon absence... Ne lui donne pas trop de fromage et privilégie les fruits... Sinon, cette satanée bestiole finira obèse..."


Prenant tout son équipement, elle jeta un dernier regard sur son scrypto castor qui dormait paisiblement sur son cousin et referma la porte derrière elle. Il ne lui restait plus qu'à sceller Youki, sa fidèle jument et se mettre en route. Depuis sa première mission, ai avait convenue avec Maromi qu'il n'y aurait pas d'au revoir au pas de la porte. Elle quitterait seule la maison, sans plus se retourner. Et même si cela déplaisait à la petite muette, elle s'était ralliée à l'avis d'ai. Et puis maintenant, elle n'était plus toute seule, elle devait s'occuper de Cioran. Alors, bon an mal an, elle l'acceptait. Pourtant elle ne put s'empêcher un dernier regard par la fenêtre de la chambre, surplombant de son étage, l'écurie en contre bas pour y voir ai en sortir sur son haut destrier et disparaître dans les premières lueurs de l'aube naissante.

Ai suivait la route de la malle poste comme le lui avait conseillé Fusahira, mais au lieu de dormir dans les auberges, elle préférait, comme à son habitude, chevaucher la nuit et se reposer le jour en se mettant à l’abri des regards. Cette route, elle la connaissait, du moins en partie. Ce fut la première sur laquelle elle chemina quand elle fut arrachée à son monde. La première aussi sur laquelle elle croisa l'étrange mais non moins fascinant Zoro qui l'avait sauvée. Mais c'était aussi par cette route qu'elle avait dut fuir les sbires de la 'Marcheuse de Rêves'. Et d'un coup, à cette pensée, un sentiment amer l'envahie toute entière, ses prunelles si sombres se mirent à luire intensément, sauvagement et elle sentait qu'elle perdait tout contrôle. Alors, elle lutta contre sa propre colère, contre elle-même, mais à peine y parvint-elle. Son désir de vengeance était si fort, si puissant si plaisant et familier... Mais le souvenir salvateur de Tanada lui revint à l'esprit et elle sortie sans plus attendre sa pipe de bois de buis, la remplie 'la chevelure des fées'. Prenant son briquet d'amadou, elle l’alluma en tirant de longues bouffées. Expirant des volutes bleuâtres, son esprit recouvra le calme dont il avait besoin. Et sans plus se préoccuper de rien, sous la voûte étoilée, ai continua, le vague à l'âme, son chemin. Tel un étrange fantômes tout de blanc vêtu, soufflant les âmes aux zéphyrs printaniers, elle laissa son destrier aux contingences de ce monde-ci, la guider. Quelques nuits plus tard, elle arriva en vue du village de Jiyuu, sa destination. Elle décida de se mettre à couvert pour le restant de la nuit et ne reprendrait son chemin qu'au petit matin. Il aurait était mal venue d'arriver en pleine nuit dans un village où les habitants sont aveuglés par leurs désirs de vengeance et animés d'une vindicte insensée.

A l'aube, elle remonta Yuki, se félicitant par là même de ne plus à avoir recours à un escabeau pour se mettre en selle. Finalement, les cours d'équitation et de gymnastique de se vieux Akihiko avaient leurs intérêts. Alors qu'elle s'apprêtait à remonter la rue principale, ai fut étonnée par l'architecture des lieux. D'étranges tuiles pavent le sol et sont gravée d'étranges et inconnus symboles semblant miroiter sous les rayons naissant du jeune soleil. Les constructions, tout comme le sol sont recouverts de tuiles en grès brut ou bien émaillées aux couleurs de l'arc en ciel. Dans la brise clair et lumineuse de cette belle matinée de printemps, ai franchie les portes de la ville, vêtue comme une princesse des glaces. Toutes ces couleurs charmantes, toutes ces lumières délicates auraient du porter son esprit vers les douces vallées d'un sentiment de bonheur serein et de plénitude, lui donner envie de siffloter un petit air léger, se sentir tout simplement bien, sans plus de raison, tant l'harmonie des lieux était fascinante et envoûtante. Personne dans la rue principale pour troubler la paix des lieux, un moment parfait.

Mais toute cette légèreté, toute cette insouciance environnante ne fit qu'alourdir le fardeau de son âme. Elle voyait dans ce miroir lui faisant face, des sentiments qui lui resteraient à jamais inconnus, à jamais interdits et qu'elle ne serait toujours qu'une étrangère dans le monde des humains. Une mélancolie déchirante lui fendit le cœur. Elle revit le visage de son étrange grand-mère, de Wanyudo, de Ren et d'Hone Onna, ses fidèles compagnons d'infortunes. Sachant que jamais elle ne pourrait les revoir, elle souhaita de tout son être que cette ville fusse ravagée par les flammes, que les âmes de ces habitants fussent jetées dans les tourments éternels de l'enfer. Mais hélas, aucune malédiction ne se réaliserait, ses pouvoirs disparus. Et c'était elle, qui maintenant éprouvait les affres de l'enfer. Quelle ironie ! De suite elle détesta cette ville ainsi que tout ses habitants. Jiyuu lui faisait penser avec ses tuiles enchevêtrées à une sorte de poisson coloré des récifs coralliens, attendant au fond de l'eau le moment propice pour fondre sur sa proie ou bien qu'elle se prenne dans les dards venimeux dissimulés parmi les couleurs attirantes. Jiyuu était un piège mortel sous son apparence candide.

Quelques centaines de mètres plus loin, elle aperçut deux personnes qui en la croisant la dévisagère lui lancèrent un regard mauvais. Ai passa devant eux, stoïque, du moins le faignant. Elle avait bien fait de rentrer dans la ville avant que l'agitation de la populace ne s'en empare. Il lui aurait été difficile d'affronter beaucoup plus de regard hostile. Et elle commença à désespérer de ne point trouver l'auberge de 'L'épi fleuri'. Par contre, elle n'avait jamais autant vue d'horloger dans une seule et même rue. Son esprit commençait à se perdre quand elle lut sur une large bande de tissus rouge un imposant kanji noir qui indiquait qu'il s'agissait de l'auberge tant convoitée. L'entrée était dissimulée par trois larges bandes de tissus rouge vermillon, descendant du balcon du premier étage de l'auberge pour finir à hauteur de torse d'homme. Le bâtiment, qui faisait l'angle de la rue principale et d'un rue plus petite transversale, s'étendait sur une quarantaine de mètres, le long de chacune. La bâtisse, de pierre était elle aussi, comme bon nombre de constructions, recouvertes de petites tuiles du bas des murs jusqu'au toit. La charpente ressemblait, par ses ondulations, au dos d'un paisible dragon, et l'ensemble faisait penser à la Casa Batllo de Gaudi. D’ailleurs, toute la ville, de par son architecture si surprenante, la laisserait croire toute droite sortie de l'imaginaire de l'architecte catalan. La ville de Jiyuu était une sorte d'immense parc Guell. Vers le centre de la ville, les constructions se faisaient plus hautes et le cœur devenait une forêt de flèches et de cheminées aux couleurs arc en ciel. Les éclats du soleil étaient éblouissant de milles feux sur les tuiles de faiences et de céramiques. Ai descendit de cheval et attacha les rennes de Youki à l'un des anneaux fixés dans le mur et prévus à cet effet. Puis rassemblant tout son courage, elle passa sous les bandes de tissus. Machinalement, elle baissa la tête pour éviter le tissus, geste inutile de par sa taille. En entrant elle fut si surprise qu'elle eut un temps d'arrêt. Loin de s'imaginer cela, elle s'attendait à une pièce obscure aux dimensions modestes. Là, elle déboucha dans une vaste pièce carrée, propre et claire, les tables biens rangées, le mobilier sentant bon la cire. De drôles de lumières jouaient sur le sol, fraîchement lustré, fait de tommettes hexagonales aux jointures précises, d'une belle couleur ocre claire. Ai leva la tête et vit que le plafond était en fait une coupole faite en pâte de verre multicolore derrière laquelle dansait de petite lueurs projetant au sol des lumières colorées. Au premier étage courrait un couloir entourant la pièce et servait à accéder à deux couloirs conduisant aux chambres. L'un des corridors s’enfonçait en face d'elle alors que le second partait sur sa droite. Sur le mur en face d'elle, une grande cheminée, elle aussi recouverte de carreaux émaillées, donnait à voir un charmant camaïeu d'orangés. A l’intérieur pendait une crémaillère à laquelle était fixée une imposante marmite, toute fumante, en fonte noire. Sur sa gauche, un large comptoir en hêtre blanc prenait la totalité de la longueur du mur. Il était lui aussi impeccablement ciré et luisait sous les lumières. Derrière, une femme plantureuse s'activait à ranger les chopes et autres contenants sur de les longues étagères. Elle était vêtue d'un kimono vert pomme recouvert par un tablier en coton blanc. Assez grande, elle devait utiliser un escabeau pour ranger certain des ustensiles sur les étagères le plus hautes. Hormis cette femme la grande pièce, qui devait avoisiner les quatre vingts mètres carrés, était déserte, et seul se faisait entendre le crépitement du feu dans l'âtre. Ai s'avança vers le comptoir et attendit. Mais la femme qui devait approcher la quarantaine, le chignon impeccablement tiré, ne se détourna pas de son ouvrage, laissant ai dans une situation inconfortable. Au bout d'un temps qui lui parut interminable, le femme se détourna vers elle et la toisa. Si son regard était au premier abords chargé de mépris, en voyant ces magnifiques fourrures, elle fut quelque peu surprise et attendit, d'un air interrogatif qu'ai se manifeste. Alors de sa voix basse et d'un ton détaché:

-"Je voudrais une chambre, s'il vous plaît madame..."


Regardant froidement ai, elle lui répondit sèchement:

-"C'est complet."


D'un ton plus doux dans lequel elle laissa percer son désappointement, ai reprit:

-"Ah ? C'est dommage, maître Marubashi m'avait chaudement recommandé l'auberge de monsieur Sano..."


La tenancière interloquée par ces propos se radoucit un peu:

-"Tu connais Marubashi ?"


-"Non, c'est mon employeur qui le connaît et qui m'envoie ici afin de traiter une affaire avec maître Marubashi. Je ne suis que son clerc..."


Se ravisant, la femme se retourna vers les étagère disposées en arrière et en sorti un grand livre avec plume et encre. De dessous le comptoir, elle prit une clef qu'elle posa sur le comptoir.

-"Fallait le dire... Dans ce cas, j'ai une chambre pour toi. C'est la neuf, l'escalier juste en face de toi. C'est six yens la nuit... Tu comptes rester combien de temps ?"


-"Et bien, juste le temps de régler cette affaire... quelques jours je pense... Et pour mon cheval ?"


-"Nous avons une écurie !   Que crois-tu ! L'entrée se fait par l'autre rue."


Puis sans plus s'occuper d'ai, la femme se pencha derrière le comptoir, souleva quelque chose, sûrement une trappe donnant sur la cave et se mit à hurler:

-"Koji ! Y a un cheval pour toi !"


Sans demander son reste, ai ressortie rapidement chercher les sacoches de Youki, monta l'escalier qui débouchait sur les chambres, chercha la neuvième, poussa la porte et la referma derrière elle. Il y avait un petit futon, propre et frais, et une petite commode sur laquelle se trouvait une bassine émaillée blanche avec une serviette à l'intérieur. Au pied de la commode, il y avait un seau d'eau avec une cassote en bambou qui servaient aux ablutions. De petites dimensions, la chambre était propre, elle était aussi pourvue d'une petite fenêtre donnant sur la rue coupant à la perpendiculaire la grand rue qu'elle avait empruntée. Elle s'en approcha et vit qu’elle était encore déserte à cette heure si matinale. Ai pensa que c'était un moment propice pour explorer les environs immédiats de l'auberge. Un fois ces affaires rangée, elle sortie de l'auberge toujours déserte et s'engagea dans la petite rue. Sans faire plus attention où elle mettait les pieds, elle se perdit une nouvelle fois dans ces pensées.

/* Et bien, ça va pas être facile d'obtenir des renseignements par ici... Le peu d'habitants que j'ai pu rencontrer n'ont vraiment pas l'air d'apprécier les étrangers... Et puis cette auberge vide... C'est bien ma veine... Pour trouver quelques mercenaires...*/


D'un coup, elle trébucha. Sûrement sur une de ces étranges dalles, ce ne serait pas la première fois qu'ai trébuche, son esprit vagabondant de pensée en pensée. Ce qu'elle pouvait être tête en l'air parfois ! Sauf qu'au tournant de la rue, elle n'avait pas fait attention que c'était le théâtre d'une altercation entre un homme de grande taille et quelques gens du cru. Se sentant tomber, elle n'eut que le temps d’émettre d'une voix emplie de surprise et fortement teinté de contrariété:


"Heu..."










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Le murmure des larmes....
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