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Un voyage classique, sur Era Necrolia
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Valentine W.
Valentine W. ~ Vagabonde ~

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MessageSujet: Un voyage classique, sur Era Necrolia   Un voyage classique, sur Era Necrolia EmptyJeu 31 Déc 2015, 21:15

La route était détrempée à l’extrême. Quoi de plus normal ? Il pleuvait des cordes : même si le brouillard s’était envolé plusieurs heures plus tôt, il était probablement impossible d’y voir clairement à plus de 20 mètres. Même pour les yeux d’une elfe de brume, pourtant capables de percer les ténèbres et certains styles de fumées. Mais à vrai dire, cela importait peu à Valentine : la tête rentrée dans les épaules et dans son col, la demoiselle n’avait pas besoin d’y voir très loin pour continuer sa marche. Les mains fourrées dans les poches de son manteau, elle avait des mèches de cheveux blond sales plaquées sur le visage … et elle était trempée jusqu’aux os, même à travers ses multiples couches de vêtements de toile épaisse. Ses deux pupilles jaunes scrutaient la végétation et les arbres probablement trop nombreux à travers le rideau de pluie, et le sol, alternativement. Faire en sorte de bien avancer sur le chemin, et ne pas se prendre les pieds dans un nid de poules ou quelque chose du genre. Le bruit des gouttes d’eau percutant le sol, les arbres, les feuilles, l’herbe, tout autour d’elle … tout cela atténuait tous les bruits de la forêt … à vrai dire, cette dernière aurait pu être déserte. Les êtres vivants, ou l’immense majorité d’entre eux en tout cas, se cachaient de la colère du ciel. Ils n’avaient pas grand-chose à en craindre, à part d’attraper froid, peut-être … Un danger bien minime, par rapport à ceux que leur existence, pourtant simple, pouvait leur fournir. Les prédateurs étaient largement plus nombreux que les proies, ici comme ailleurs sur ce monde … mais étrangement, l’elfe de brume ne se faisait pas vraiment de mouron à ce sujet. Elle risquait certes un certain nombre de choses … Mais ne craignait aucune d’entre elles.

Malgré le tapage que faisait la pluie, il ne lui fallut pas très longtemps pour percevoir, derrière elle, des bruits distinctifs, qui devinrent plus précis lorsqu’elle consentit à retirer ses oreilles de sa chevelure. Des roues ferrées, qui cahotent et buttent sur les roches les plus épaisses en écrasant celles de plus petite taille. Du bois qui grince à cause de l’effort, mais ne cède pas grâce au travail de l’artisan qui l’a raboté de manière à conserver toute la force qu’il possédait lorsqu’il était encore un arbre. La voix un peu rocailleuse d’un conducteur de chariot, qui tente de motiver son attelage et visiblement de rendre sourd ses passagers par ses chants. Le claquement des sabots qui heurtent lourdement la terre. Un convoi. Pas vraiment un gros, peut-être 3, 4 véhicules. Classique. Il ne fallait pas moins pour pouvoir espérer traverser les étendues sauvages du continent, c’était même un chiffre encore relativement peu élevé … Les voyageurs solitaires, quant à eux, étaient pour la plupart suicidaires ou inconscients. Pour la plupart, du moins. Etant donné que l’hybride elfe ne marchait pas extrêmement vite, elle fut assez rapidement rattrapée par le chariot de tête du convoi, dont les chevaux de traits ne daignaient même pas lever la tête pour l’observer. L’homme qui les conduisait, visiblement interloqué par cette silhouette solitaire sur le bord de la route, attendit d’être parvenu à son niveau pour tenter de lui adresser la parole, se raclant doucement la gorge. C’était bien lui qui chantait un peu plus tôt : visiblement, il n’était pas tout jeune, mais ne ressemblait pas à un vieillard non plus. Un simple humain, père de famille probablement … La chasseuse de vampire, elle, ne daigna pas montrer qu’elle accordait réellement son attention : sans tourner la tête, elle lâcha son salut d’un ton un peu sec.



B’jour.
Bonjour, mademoiselle … Vous …
Vous rendez à Doroza, oui. Ce n’est pas comme si cette route menait quelque part ailleurs, lorsqu’empruntée dans ce sens, de toute manière. A part quelques petits villages qui me serviront d’étapes.
Je voulais surtout dire … Seule ? La plus proche ville doit être à peut-être 30 kilomètres d’ici … et la suivante à 15, si je ne m’abuse.
Je n’ai pas dormi depuis plusieurs jours … Je n’ai pas vraiment la foi de courir tout le long du trajet. J’arriverais quand j’arriverais, je suppose.
… si vous … le dites. Vous comptez poursuivre le trajet à pied ?
Dépend. Vous faites payer le voyage ?
Ce n’était pas mon intention, non … Je voulais juste vous proposer, vu la météo … D’au moins vous abriter dans une des carrioles, temporairement.
Mhh … Vous avez beaucoup de gardes ?
Cette caravane est presque exclusivement marchande … Mais nous savons tous nous y battre. A part peut-être ma nièce … Elle part rejoindre son époux.

L’hybride ne s’était pas arrêtée de marcher, pas plus qu’elle n’avait réellement sorti la tête des épaules ou accordé un regard à l’homme. Son ouïe lui suffisait amplement, à vrai dire. Cependant, elle finit lentement par déplier un peu son cou, et regarder derrière elle, observant les chariots qui suivaient. Tous étaient recouverts d’une toile cirée destinée à protéger ce qu’ils transportaient … Un convoi de vivres, peut-être … encore que. Rien n’aurait apprécié d’être exposé à une pluie pareille, à bien y réfléchir. Elle désigna les véhicules du menton, puis se tourna vers le marchand.

Je peux m’installer dans lequel ?
Oh, et bien … Comme je doute que vous teniez à rester assise dehors par un tel froid, ce sera donc à l’intérieur, sous la toile du chariot. Le miens est rempli à craquer de barriques de vin, le second d’épices et autres … Mais il doit y avoir assez de place dans le troisième chariot pour un passager de plus, je suppose.
C’est là que se trouve votre nièce ?
Balamoth ? À qui tu parles, devant !?
Une voyageuse, Altholeph ! Elle va peut-être monter avec Aslana !
Si la future mariée n’a pas besoin de trop d’intimité pour se préparer à retrouver son cher et tendre … Je ne tiens pas à déranger.
Oh, non, je ne pense pas que ça la dérangera d’avoir un peu de compagnie, elle me disait s’ennuyer à mort… C’est mon frère que vous venez d’entendre.
Combien de personnes êtes-vous, au juste ?
Oh, un petit groupe … 8 personnes, peut-être, au total ? Moi, mon frère, mon fils, ma nièce, mon neveux, et dans le dernier véhicule un père et ses deux fils qui fait lui aussi du commerce, mais ne pouvait pas partir seul. Nous aurons atteint Doroza dans 2 jours, à ce rythme … Mais je ne devrais pas vous faire la discussion de cette manière alors que vous êtes sous la pluie, vous devez être trempée … Montez dans le 3ème chariot, celui d’Altholeph. Il est un peu bourru et peu locace, mais pas méchant, vous verrez.
Mhh … Merci.

S’arrêtant finalement sur place, en gardant ses mains plongées profondément dans ses poches, la chasseuse de vampires laissa la carriole de tête la dépasser. Elle ne répondit pas à la salutation brève que lui adressa le jeune conducteur du second véhicule, et regarda celui du 3ème dans les yeux lorsqu’il parvint à son niveau. Les yeux plissés derrière son imposante barbe rousse, ce dernier se contenta d’un petit signe de tête pour lui intimer de rentrer. Montant à côté de lui, elle passa à travers le rideau pour s’introduire à l’arrière du véhicule, sous la large toile cirée. L’intérieur avait été aménagé de manière à ce qu’un nombre assez certain de meubles imposants puissent tenir les uns sur les autres, de manière à ménager au moins un espace de libre : le fond de charrette, dans lequel se tenait une jeune femme assise sur une chaise empaillée. Cette dernière, qui avait levé ses yeux de son livre en voyant une silhouette inquiétante rentrer dans le véhicule et s’asseoir non loin d’elle, l’observa de ses yeux curieux. Repliant ses genoux pour les mettre contre son torse, la demi vampire posa doucement son menton sur ses jambes … elle était ruisselante, mais ne s’en incommodait visiblement pas, fermant déjà les yeux. Malgré ses réflexes, elle fut cependant presque surprise de recevoir une serviette en plein visage, et  fronça les sourcils en observant la jeune femme. Cette dernière avait un sourire amusé, qui accompagnait parfaitement ses yeux verts, pétillants de malice.

Ne tirez pas cette tête … Je me suis simplement dis que vous pourriez en avoir besoin, si vous ne vouliez pas attraper un mal quelconque. Le corps se refroidit très vite, lorsqu’on cesse d’être en mouvement …
Je n’ai jamais été particulièrement « chaude », je dois dire … mais merci.

Se frottant doucement la tête et les cheveux, la chasseuse de monstres finit par poser son crâne contre la toile derrière elle lorsqu’elle l’eu séché à sa convenance. Elle aurait pu se passer de le faire, mais ne tenait pas particulièrement à froisser son « hôtesse » … Cette dernière, qui s’était replongée dans sa lecture en apparence, ne cessait pas de lui jeter de petits regards en biais. Derrière le masque de tissus qui voilait sa bouche, l’immortelle eut un petit sourire. Les deux yeux verts étincelants finirent par accrocher ses prunelles dorées, alors qu’elle toussait légèrement. Finissant par capituler et abandonner son espionnage plus ou moins discret, la jeune femme posa son livre, ouvert, sur ses genoux.

Vous ne … Retirez pas vos vêtements ? vous n’allez jamais sécher, dans cet état.
Je trouverais ce genre de choses relativement inconvenantes en présence d’une inconnue, pour être honnête, encore plus si elle se destine à un mariage … Et plus sérieusement, je préfère ne pas avoir à me rhabiller dans la précipitation.
Quand nous arriverons à notre prochaine pause ? Ne vous en faites pas, je ne vous presserais pas à sortir …
Je ne pensais pas à cela … Mais plutôt à quand je devrais vous sauver la vie. En revanche, mademoiselle, je suis au regret de vous annoncer que je suis … Passablement fatiguée. Sans ça, vous n’auriez eu aucune chance de me toucher … Si ça ne vous dérange pas, je pense que je vais dormir un petit peu … Vous me réveillerez, lorsqu’on arrivera, si je ne l’ai toujours pas fait moi-même au préalable.
Heum, je … Pas de soucis … Je suppose. Je …
Oui ?
Est-ce que je pourrais au moins connaître votre nom ?
Valentine …
Enchantée, Valentine.
De même, Aslana … Et à tout à l’heure, je suppose.

*     *
*

La pluie n’avait pas diminué d’un iota. Se massant doucement les mains en les frottant dans leurs épaisses mitaines de laine, Balamoth lâcha un petit soupire … Il était frigorifié jusqu’aux os par ce vent qui lui rabattait l’eau dans la figure et lui volait le peu de chaleur qu’il avait conservé, lentement. Pendant un instant, il songea à puiser une gorgée dans la petite gourde qu’il portait à la ceinture … Mais il n’en avait pas énormément : autant l’économiser pour le reste du voyage. Tentant de se réchauffer en pensant au bon feu qu’ils érigeraient ce soir … S’ils y parvenaient. Le conducteur fut légèrement surpris en voyant quelqu’un monter à côté de lui, mais reconnu bien assez tôt son fils aîné, qui se colla un peu à son père pour rester à l’abris sous le morceau de toile qui protégeait le conducteur. Ce but n’était qu’à moitié rempli : il suffisait de voir l’état des jambes du pantalon du vieil homme pour le constater … Mais ça restait au moins à peu près efficace pour le haut du corps. Pour une personne.

Tu ne conduits plus ?
Djackel conduit les chevaux … Au rythme auquel on avance, ils ne verront pas vraiment la différence.
Je suppose … tu es juste venu tenir compagnie à ton vieux père ?
Arrêtes de te vieillir, enfin … Mais non, pas vraiment. Qu’est-ce qui t’as pris ?
Pour la fille ? Bah.
« bah », vraiment ? Passe encore qu’elle soit aimable comme une porte de prison, mais tu as vu sa dégaine ?
C’est très probablement une chasseuse de monstre, oui.
Et c’est tout ce que ça te fait ? Tu invites une tueuse mercenaire, peut-être doublée d’une voleuse ou je ne sais quoi, dans notre convoi, comme ça ?
Fils … Tu juges sur des aprioris.
Je juge sur ce que je sais. Tu as noté ses oreilles, en plus ? Une elfe. Quand je pense que tu l’as envoyée se mettre dans la voiture d’Aslana …
Oui, et ainsi, elle sera probablement plus en sécurité que si elle était entourée par nous tous, et tu le sais très bien.
… Il semblerait que non, je ne sache pas.

Le vieil homme soupira, et finit par se laisser aller un peu en arrière sur sa banquette : décrochant sa gourde de sa ceinture, il en retira le bouchon, et but deux gorgées avant de la tendre à son fils, qui refusa. Haussant les épaules, il remit le conteneur à sa place et reprit les reines d’une main, encourageant les animaux fatigués à avancer un peu plus vite. Etrangement, la pluie semblait progressivement se calmer depuis le début de leur conversation … Un bon présage, peut-être ?

J’ai toujours fait en sorte que toi, ta mère et tes sœurs viviez en ville … Tu as grandi avec d’autres enfants, et tu as reçu une éducation relativement bonne. Tu as appris à prendre les armes, à les manier … à te battre comme un homme, l’épée au poing. Et c’est bien. Je suis fier de toi. Mais nous ne sommes plus dans la cité, ici, fiston. Le pire que tu peux y rencontrer n’est pas un simple maraudeur, non …
Tu fais du commerce depuis un certain temps pourtant, père … Et depuis que je t’accompagne, je n’ai jamais vu de problème sérieux sur notre trajet.
Pries pour que ça n’arrive jamais. Je ne t’ai pas raconté tout ce qu’il m’est arrivé au cours de mes anciens périples … Mais croies-moi, ce ne sont pas des histoires pour les enfants. Et aussi … Répugnante puisse être la réputation des chasseurs de monstres, je peux t’assurer d’une chose … Ils n’en ont pas usurpé  certains aspects que tu ne prends pas en compte. Leur étrangeté est un problème à tes yeux, mais …
Ce qui me pose le plus problème, père, c’est que tu l’ai invitée à aller s’installer avec la dernière personne à souhaiter rencontrer une chasseuse de monstres dans le convoi …
Nous ne savons pas encore de quoi « souffre » Aslana. Ce n’est sûrement qu’une fausse alerte.
Tu refuses juste de l’admettre …Quoi qu’il y ait eu dans cette fiole qu’elle ait bu, ce n’est clairement plus la même.
Nous faisons ce voyage pour vérifier cela, Bill … Mon ami shaman pourra nous dire de quoi il en retourne.
Si ta fille est toujours en vie au moment de devoir le consulter.

Peut-être un peu de rage, ou de dépit, le fils s’était un peu redressé, et avait sauté du véhicule à la fin de sa phrase. Atterrissant dans une flaque, il eut un soupire en voyant la boue qui recouvrait désormais partiellement ses chausses, mais résista à la tentation de jurer. Relevant les yeux et tournant la tête, il pensa repartir directement sur son véhicule après avoir vérifié les prochains virages qui les attendaient sur la route … Mais n’en fit rien. De la même manière, son père, qui à la base avait pensé lâcher un commentaire sans quitter son siège, se releva en tirant sur ses reines pour faire s’arrêter les bêtes. Le chemin était bloqué par un large tronc d’arbre … qui ne semblait pas avoir été renversé par les intempéries. Sortant les armes, les deux hommes se mirent à jeter des regards anxieux et réguliers aux alentours, le plus jeune hélant à l’arrière du convoi pour enjoindre les autres à se préparer à combattre. En quelques instants, chaque personne visible était en train de brandir une arme, et surveillait avec des précautions les espaces entre les arbres. Ils n’eurent cependant pas besoin de ce luxe de précautions, étant donné qu’un applaudissement sonore leur signala la présence d’un des individus qu’ils cherchaient. Hors, ce dernier se trouvait tout simplement sur la route, derrière le tronc d’arbre : il venait de sortir des fourrés, mais si lentement et en faisant tant de bruit avec ses mains qu’il aurait été pratiquement impossible à rater. L’homme portait une barbe noire et courte, finement taillée, qu’il s’amusa à lisser une fois certain d’avoir attiré l’attention des deux marchands. Les toisant de ses yeux gris et délavés, il eut un rictus suffisant, et ne put s’empêcher de claquer une nouvelle fois dans ses mains.

Bravo. Une réaction prompte et efficace. Je vois que j’ai affaire à des gens un minimum préparés et intelligents, et pas à de simples touristes.
C’est vous, ce tronc d’arbre ?
Perspicace, bien qu’un peu jeune … Si cela ne te dérange, je m’entretiendrais avec ton père. Il me semble homme plus mature, et plus réfléchi.
Espèce de sale …
Vous n’êtes que de simples pillards, n’est-ce pas ?
Que le terme est réducteur ! Bien qu’approprié. Je pensais simplement nous éviter à tous un pénible combat : laissez-nous inspecter ce que vous transportez et emporter ce que nous désirons, et le sang ne sera pas versé.
Et vous pensez pouvoir simplement nous demander cela, avec de belles phrases et un « nous » dont nous ne savons même pas combien de personnes il désigne ?

Le bandit eut un petit sourire fin, qui n’augurait rien de bon. Claquant deux fois des doigts, il pencha la tête sur le côté, alors que derrière lui sortaient, des bords de la route, deux autres truands, dont les arbalètes étaient chargées et ne laissaient pas d’ambiguïté sur ce qu’elles visaient.

Apprends mon jeune ami que l’élément de surprise est toujours un avantage … Tu dois également savoir que, dans un endroit comme celui-ci, la caravane ne peut pas se disperser, ni même avancer : si vous voulez fuir, vous serez forcés de le faire à pied … Dans un terrain que nous avons choisi à l’avance. Penses-tu que ce soit une bonne idée ?

Bill avait le sang chaud. Cela se lisait sur son visage légèrement rougeau, sur ses traits francs, et son nez cassé. Cela se voyait à ses gestes, pressés bien qu’adroits, et à ses postures : il se préparait toujours rapidement à se battre. Pourtant, et malgré l’expression d’énervement intense qui lui plissait le visage, il releva lentement son large cimeterre, et le rangea dans son fourreau avec un crissement métallique. Claquant de la langue de satisfaction, le bandit siffla avec ses doigts. Aussitôt, un petit groupe sorti des fourrés : majoritairement des adolescents, vêtus de guenilles, aux mains avides et aux visages couverts de boue. Clairement, ils avaient moins d’expérience que l’homme qui avait barré la route, et étaient bien moins impressionnants …

N’approchez pas du 3ème charriot.
Et pourquoi cela ?
Il ne contient rien de valeur. Juste …

Un cri déchira le bruit omniprésent causé par la chute de la pluie, et coupa le jeune homme en plein milieu de sa phrase. En entendant la voix de sa sœur, le jeune homme pesta entre ses dents, baissant légèrement la tête. Le père, lui, plissa les yeux, dévisageant le bandit avec un calme apparent pratiquement parfait. Cependant, ses yeux lançaient de fins éclairs de rage qui n’échappaient pas à celui qui en était la cible. Ce dernier se fendit d’un nouveau sourire courtois, frottant sa barbe en adoptant une expression légère.
Le cri initial avait cessé, mais visiblement, la personne qui l’avait émis n’en faisait pas vraiment de même. Gesticulant, proférant des menaces et quémandant pitié alternativement, Aslana finit par être amenée au-devant du convoi à son tour, fermement tenue par le bras par un petit être crapuleux, dont la dégaine, l’apparence et l’odeur corporelle évoquait fortement le rat. Son sourire édenté permettait assez aisément de deviner ce qu’il ferait si, par malheur – ou bonheur pour lui, il venait à être isolé avec la proie qu’il venait de serrer. Bill observa sa sœur un instant : elle semblait n’avoir souffert d’aucun mal, pour l’instant … Mais quelque chose clochait. Où était la chasseuse ?  Sans trop savoir pourquoi, il préféra taire le sujet. Le bandit, ainsi que les deux arbalétriers derrière lui, avaient franchi l’obstacle pour se rapprocher légèrement depuis quelques instants déjà, même si désormais la cible de leur attention semblait toute trouvé. La jeune rousse, qui avait retrouvé un semblant de contenance, semblait à mi-chemin entre une peur légitime et une colère capable, au contraire, de lui faire oublier toute prudence. Celui qu’on avait fait passer pour son père, Altholeph, avait lui aussi avancé jusqu’à la carriole de tête, tenu en respect par un gosse dont la dague était plus largue que ses avant-bras.


Laissez-la tranquille. Elle ne vous a rien fait, que je sache. La voix du père était plus sèche que prévu : lui-même s’en rendit compte, mais son interlocuteur ne releva pas.
C’est vrai, certes … Mais cette belle enfant que Smockey ne me semble … Pas à sa place, dans un convoi de bouseux tel que celui que vous constituez.
Elle le sera toujours plus qu’à vos côtés … Dites à Smockey de la lâcher. Immédiatement.
Modérez vos paroles, jeune homme … Vous pourriez tous le regretter.
Vous aviez dit que –
J’ai dis qu’aucune goutte de sang ne serait versée. Or, à moins que la demoiselle ne soit vierge …

Trois évènements se produire simultanément, ou presque. Le premier fut que le chef des brigands, fier de sa plaisanterie, éclata de rire à sa propre blague. Le second, qui suivit immédiatement, fut l’action de Bill : ce dernier, d’un mouvement aussi brusque que parfaitement inattendu, se jeta sur un des arbalétriers, dont il brisa le nez non protégé d’un coup de coude, avant de pointer le canon de son arme. Le carreau parti, droit dans l’œil de Smockey, qui s’écroula en arrière avec un coassement pitoyable. Le troisième évènement fut quant à lui plus surprenant : alors que le second arbalétrier intentait visiblement de tirer sur Bill pour lui faire payer le prix de son affront, le bruit d’une corde qui se détend se fit entendre. Mais l’arbalète de l’homme était toujours chargée, et Bill, indemne. Une autre fine tige de bois venait d’apparaître dans le champ de vision des différentes personnes présentes, bien qu’elle soit à moitié masquée par le crâne dans lequel elle s’enfonçait via la tempe de sa victime. Visiblement, le voyou n’avait même pas compris qu’il avait quitté ce monde : il gardait la même pose, immobile, son arme heureusement toujours pointée vers le sol. Subitement, son corps s’écroula sur le sol, et tout sembla à partir de cet instant s’enchaîner.

Les différents malfrats qui se trouvaient sur les lieux entendirent tous le sifflement strident que venait de pousser leur chef, soit le signal d’attaque. Les marchands, quant à eux, ne connaissaient pas ce signal, mais cela ne les empêcha pas d’immédiatement dégainer leurs armes et de se jeter sur leurs adversaires. Malgré leur surnombre évident, les jeunes voyous étaient visiblement beaucoup plus entraînés dans l’art de subtiliser une bourse que dans celui du combat au corps à corps, ce qui n’était pas le cas de leurs adversaires. En quelques minutes seulement, le combat fut terminé : le seul survivant était le chef de la troupe de hors-la-loi, dont les deux couteaux recourbés étaient couverts d’un sang qui n’était pas le sien. Il avait cependant battu en retraite, tenu en respect par 4 hommes armés et en bonne forme, dont un qui lui pointait une arbalète fraichement récupérée. Vicieux, mais pas fou, le criminel finit par lever les mains en signe de réédition, et rangea doucement les deux couteaux dans leurs fourreaux respectifs, avant de rabattre son large manteau dessus.


Bien … Je l’admets, cela n’a pas tourné à notre avantage … Les loups sont décidément plus dangereux dos au mur. Mais c’est étrange, je pensaIIIRLGL

La fin, relativement chaotique, de la phrase fut malheureusement interrompue lorsque la gorge du briguant, sous sa barbe, s’ouvrit littéralement en deux, déversant un flot monstrueux de sang sur sa tenue et le sol devant lui. Les marchands avaient tous ouvert des yeux terrifiés en voyant la scène : pour peu, on aurait cru que la plaie s’ouvrait toute seule. Lentement, le chef observa ses mains, couvertes de liquide carmin, puis la caravane. Ses lèvres sèches tentèrent probablement d’articuler un mot, alors qu’une goutte écarlate coulait d’un des coins de sa bouche. Mais sans un son, il s’écroula à son tour vers l’avant, face première dans la boue dont il ne bougea plus, alors qu’il laissait une large flaque se répandre sous sa personne. Seule Aslana, ou presque, remarqua la petite « pointe » rouge qui était restée en l’air, pointée vers le bas, derrière le corps. Lentement, cette dernière sembla muer, alors que quelque chose de gris et brin apparaissait lentement sous le sang qui le recouvrait. Une griffe, puis une autre. Une main. Un bras, un torse. Une chevelure blonde, mal organisée, et deux yeux jaunes fatigués à l’extrême finirent par se révéler à la vue de tous. Valentine avait en réalité les avant-bras couverts de tâches toutes relativement récentes, mais ne semblait pas s’en préoccuper outre mesure. Observant le corps pendant un petit instant, elle finit par relever les yeux, les posant sur Bill.

Très jolie action, tout à l’heure … Mais ils étaient au moins 6 à vous viser depuis les fourrés. Un peu plus, et tu vous condamnais tous. Mais bon, ce n’est pas la peine de me remercier … Tout elfe un tant soit peu expérimenté aurait fait de même, je suppose.
Vous … Vous avez …
Elle nous a tous sauvé ! Elle est devenue invisible, sous mes yeux, dans la carriole sans me dire la raison … Elle m’a juste murmuré à l’oreille d’être seule, et de jouer le jeu …
Bien joué, d’ailleurs … Et beaux combats. De manière loyale, vous l’emportiez haut la main.
Nous avons gagné, pourtant.
… Disons que j’ai rendu le combat « loyal », dans ce cas.
Je proteste !

La voix étrangement déformée fit sursauter tout le groupe. Ils la connaissaient déjà tous, mais elle n’était pas supposée pouvoir retentir à nouveau. L’elfe de brume, lentement, contourna le cadavre du briguant, et se plaça juste à côté de la jeune femme, qui ne put s’empêcher de tenter de se cacher un peu derrière son épaule. Le père et le fils, quant à eux, ne purent s’empêcher de remettre leurs mains sur leurs épées, en voyant le corps à terre lever un bras, et s’appuyer dessus pour se redresser. Lentement, l’ancien leader émergea de la boue dans laquelle il avait plongé, et se frotta le visage avec les mains dans l’espoir de dégager au moins un peu ses traits. Là où la manœuvre avait réussi, on pouvait constater que sa peau était pale comme la craie. Du reste, il ne semblait pas aussi choqué que le reste : à peine vaguement surpris, comme un alcoolique observant le fond de sa bouteille pour s’assurer qu’elle était bien vide.

Quelle est donc cette sorcellerie ?
Je dois avouer que je l’ignore moi-même … Ne me suis-je pas fait trancher la gorge ? D’une manière totalement déloyale, d’ailleurs !
… Une goule ne se relève jamais de manière aussi rapide. Et personne ne revient à la vie après s’être tant vidé de son sang …
Cela est … Probablement de mon fait, jeune bâtarde.

La voix qui venait de retentir avait quelque chose de profondément malsain. Pas seulement à cause du mépris perçant qu’exprimait sa propriétaire, ou de l’étrange écho qui résonnait après chaque mot. Non, cette voix dérangeait chacun des êtres vivants qui l’avait entendu car … elle n’appartenait tout simplement pas à l’un des leurs. Lentement, une silhouette s’avançait sur la route. Décharnée, légère, elle ne semblait pas mouvoir ses jambes pour se déplacer. A vrai dire, elle aurait tout aussi bien pu avoir toujours été là, tant elle laissait une impression vague et brouillée à ceux qui la percevaient : à moins de l’observer continuellement, ils ne parvenaient à se décider sur ce dont il s’agissait, sans savoir si cela était dû à la distance, le brouillard léger qui régnait, ou un problème de vue. La pluie s’était désormais parfaitement arrêtée, sans pour autant laisser derrière elle cette douce odeur que possèdent les sous-bois détrempés.  

Ce ne fut que lorsque, d’un simple mouvement de bras, la créature fit pourrir à vue d’œil et même se dissoudre le tronc qui barrait le chemin que Valentine prit pleinement conscience de sa présence.  Quelque chose en cet être était si peu naturel, si profondément altéré par des forces occultes que la réalité elle-même semblait avoir du mal à l’accepter en son sein. Pour un individu normal, comme Bill, Balamoth ou Altholeph, cela était de toute évidence l’œuvre d’une magie sombre. Valentine, pour l’avoir au contraire relativement souvent fréquenté, connaissait cette sensation oppressante au possible, et le nom de la force qui était à son origine. Pourtant, le nom en question sorti, presque naturellement, des lèvres d’Aslana. Un vague murmure, qu’elle aurait pu vouloir chuchoter à un moustique, ou garder pour elle-même.


Le chaos …
Pardonnez-moi, mais … Est-ce à vous que je dois mon retour à la vie ?

Le bandit s’était retourné lui aussi, bien entendu, sur le passage de la créature éternelle : il avait posé la question sur un ton courtois, et malgré le phénomène qui venait de se produire devant lui ou la stupidité de la formulation de sa phrase, il pensait manifestement que sa question restait pertinente. L’être ancien, qui de près ressemblait étrangement à un être déshydraté au possible dans lequel on aurait insufflé une énergie obscure, tourna lentement sa tête vers lui. Lentement, ses dents pointues se décollèrent, et il éclata de rire. Chacun ici présent, de la goule de hors-la-loi jusqu’aux membres du dernier chariot, put entendre ce rire. Et encore une fois, les sensations ressenties par les uns comme les autres étaient toutes des plus désagréables. Au mieux, ils avaient l’impression qu’une nuée de corbeaux hurlaient tous ensemble au-dessus d’un champ de bataille où les cadavres étaient empilés par centaines de milliers ; au pire, quelque chose était lentement en train d’aspirer l’essence même de leur âme. Quelque chose de gluant, omniprésent, et atrocement froid. Balamoth fut probablement le plus affecté du groupe : portant lentement une main à son cœur, il s’écroula lentement en arrière, contre un des chevaux qui ne réagit même pas. Ce dernier avait la bave aux lèvres et l’œil exorbité, mais il était si terrifié que son corps ne bougeait même plus, à part d’incontrôlables frissons. Et, aussi soudainement qu’une bourrasque, le rire cessa de retentir, et un poids sembla s’envoler du cœur de tous les individus présents. La liche regarda son nouvel esclave, et soupira.

Parfois, l’âme reste accrochée au corps fraichement abattu … La goule, ainsi relevée, possède de bien étranges propriétés.
Je … Suis devenu une goule ? Mais c’est absurde, voyons ! Je parles, peut bouger, réfléchir … Lentement, il semblait réaliser l’ampleur de la gaffe qu’il venait de faire. Malheureusement, ses jambes ne lui permettaient pas de s’enfuir : tout juste frotta-t-il légèrement le sol d’un de ses talons alors qu’un bras parfaitement décharné s’approchait de son visage.
Absurde, en effet … Laisses-moi rectifier cette erreur, ami.

Quelque chose parti de la main du squelette, et traversa le corps. Aussitôt, ce dernier perdit toute trace d’intelligence : sa posture changea, son expression devint neutre, amorphe, comme si un nombre incroyable de muscles avaient soudainement été relâchés, afin de ne maintenir que la station debout possible. Derrière le corps en revanche venait de se créer une substance blanche, translucide, qui s’agita quelques instants en poussant des cris désincarnés. Cependant, elle fut contrainte par une force invisible à venir se loger dans la main de l’immortel, où elle rétrécit jusqu’à n’être pas plus haute qu’une petite flasque de liqueur.

Une âme dont l’esprit était quelque peu raffiné … Mais pourtant, si pauvre. Tu seras bien plus mortel ainsi, cher ami …

Si qui que ce soit avait le moindre doute sur le sens qu’il fallait attribuer à l’adjectif « mortel » ici, une personne au moins semblait l’avoir parfaitement compris : le spectre. Ce dernier, soudainement étrangement placide, reprit sa taille naturelle avant de doucement se déplacer à côté de la liche, reprenant sa taille normale. Ses doigts semblèrent étrangement s’allonger et s’affiner, comme s’ils se changeaient, comme pour la chasseuse, en longues griffes tranchantes. La plupart des gens pensaient que les spectres, de par leur nature relativement immatérielle, ne pouvaient toucher les gens … C’était à la fois véridique, et faux. La plupart du temps, leurs « corps », si l’on pouvait les qualifier ainsi, étaient intangibles : seules les griffes ou armes qu’ils utilisaient étaient réellement matérialisées. Les seules chances qu’avait un individu normal de vaincre un spectre étaient de disposer d’huiles spécifiques, capables de lentement bannir l’essence même de l’âme du plan matériel afin de les vaincre, ou le feu, qui les forçait à se rendre tangible à nouveau. Mais de manière générale, peu d’individus étaient équipés en toutes situations de ce genre de choses … à part les chasseurs de monstres. Lentement, les corps des autres personnes tombées au combat rejoignirent, les uns après les autres, la liche et sa première victime, formant une masse compacte et sanglante. Derrière eux, visiblement contraints au silence par leur maître, quelques spectres, âmes de ceux qui étaient tombés et dont les corps n’étaient plus utilisables, patientaient en observant le groupe pour connaître leurs ordres. Valentine, lentement, leva un bras à l’horizontale, engageant le reste du groupe à ne surtout pas bouger et à rester ici. Puis, seule, elle fit deux pas en avant, « dégainant » les griffes de sa seconde main en la transformant à son tour. Quand bien même elle n’en aurait pas implicitement donné l’ordre, personne ne se serait tenu à ses côtés pour ce combat … Lentement, une fumée se dégagea du corps de la jeune femme. D’abord légère et volatile, elle sembla s’épaissir, et se répandre à une vitesse folle : en une poignée de secondes à peines, on aurait cru se trouver au beau milieu d’un nuage, où la visibilité était quasi-nulle, au mieux.

Tes fumeroles sont certes puissantes, bâtarde … Mais je te vois aussi clairement qu’à travers de l’eau de source.
Eux n’ont pas à voir ce qui va se produire … Et vous-autres. Si vous m’entendez crier … Séparez-vous et courez le plus vite que vous pouvez. Oh, et priez Mortum pour que mon âme ne finisse pas aussi au creux de sa main …

L’un des voyageur aurait bien aimé répondre quelque chose, mais ils n’en eurent pas le temps, et leurs gorges serrées ne leurs en laissaient pas vraiment la possibilité. Ils entendaient des bruits, des coups. De la chaire qui se tranche. Le hurlement d’une créature dont les poumons n’avaient plus besoin de se remplir d’air. D’autres cris désincarnés, provenant d’âmes qui étaient forcées à rester dans cet univers. Des craquements d’os et de cartilage, et le crissement caractéristique du métal qui cognait contre le métal… Ou quelque chose qui s’en rapprochait. Bill vit un bras traverser les brumes et tomber à terre devant lui, détaché du reste du corps auquel il appartenait. L’espace d’un instant, Altholeph eut l’impression que son heure était arrivée : un des spectres, qui semblait perdu dans les brumes, s’arrêta juste devant lui, et tourna vers lui son visage translucide. Etrangement, son faciès, qui ressemblait trait pour trait à celui de Smockey, n’avait pas encore changé au point de devenir méconnaissable, signe de l’âme n’était pas encore assez ancienne et torturée par la haine et le ressenti pour devenir parfaitement méconnaissable comme les autres esprits qu’on décrivait parfois lors des veillées, afin d’effrayer les jeunes avant de les coucher. Cependant, même si l’âme du brigand était toujours « la même », elle n’était à présent plus qu’une esclave du pouvoir de l’ancien nécromant, et ses actions n’étaient probablement pas celles qu’aurait préféré effectuer le malandrin, de son vivant. Cependant, au moment où Smockey levait une main décharnée et nouvellement griffue pour l’abattre sur sa cible, une silhouette sombre et floue sortit du brouillard, et se jeta sur l’entité étherée, qui poussa un cri avant de se dissoudre. La silhouette, quant à elle, disparu aussi vite qu’elle était apparue, reprenant ce combat clairement peu équitable. Au bout d’un temps indéterminé, la voix de la liche commença, une nouvelle fois, à retentir également. Mais contrairement au reste des sons perceptibles, il ne s’agissait pas de quelque chose de violent, d’un cri ou autres … La liche chantait. Cette mélopée aux accents anciens, presque joyeux, avait tout d’une comptine qu’aurait appris un petit enfant pour un rituel ou une cérémonie où il aurait dû être choriste avec ses camarades. Cette note, qui détonnait totalement avec le reste du tableau, laissa à la plupart des membres du convoi l’impression d’être prisonniers de quelque sinistre farce, dont le sens disparaissait progressivement. Et subitement, enfin, les brumes se disloquèrent presque aussi vite qu’elles étaient apparues : se déchirant en fins lambeaux qui eux-mêmes s’étiolèrent jusqu’à la disparition intégrale, ils ne laissaient derrière eux qu’un air étrangement sec, encore crépitant de la magie qui l’avait empli durant quelques minutes.

Valentine avait repris sa position précédente, mais quelques détails indiquaient clairement qu’elle était loin d’être restée fixe, le temps où le groupe avait perdu toute vision sur elle. Le principal était, sans équivoque, la large déchirure sur une des manches de son manteau sombre : il était impossible de dire si son bras avait été touché en dessous, mais que ce fut le cas ou pas, il était clair qu’elle avait combattu. Autour d’eux, un nombre assez irrationnel de morceaux de corps étaient répandus sur le corps, brisés, tranchés, disloqués. La chasseuse de monstres n’avait pas seulement pris soin de tuer chacun de ses adversaires, elle avait également fait en sorte de ne jamais permettre le moindre retour de leur part : chacun était plus ou moins démembré, pour ceux dont les corps étaient encore identifiables. Un dernier détail, enfin, attira l’attention des personnes présentes. La présence du spectre que la liche avait réalisé à partir du chef des bandits. Ses deux bras étaient à terre, et remuaient, même si, séparés du corps ils commençaient déjà à se dissoudre lentement. Le bras de la demi-vampire lui rentrait dans le thorax. A travers le corps translucide, les humains pouvaient clairement voir ses doigts scintillant d’une douce lueur verte, recouverts d’un liquide qui suintait d’entre ses griffes et coulait par la plaie. A l’intérieur, les griffes se recourbaient et se dépliaient lentement, prenant l’aspect de crochets presque aussi terrifiants que l’entité qu’elles bloquaient. Puis, subitement, la chasseuse de monstre retira sa main sans la déplier. Le spectre sembla exulter, émettant un dernier gémissement désincarné, avant de disparaître purement et simplement. Alors que les dernières brides de son être se dissipaient, la créature mort-vivante qui était à l’origine de tout cela cessa sa mélopée, et observa la chasseuse avec un air indéchiffrable.


Tu te débrouilles bien, pour une bâtarde …
Pourquoi m’appelez-vous comme cela ?
Parce que je sais ce que tu es … Pas exactement humaine … Néanmoins, pas beaucoup plus elfe de brume. Et je peux même dire … Que tu es encore autre chose que cela.
… Et vous … Vous êtes un asgonarien, n’est-ce pas ?
… Une bâtarde … Relativement cultivée. Mes félicitations, jeune fille … Je suis sûr que nous aurons le plaisir de nous revoir, dans un avenir … Plus ou moins proche. Je suis curieux de savoir si votre transformation en vampire aboutira … Ou pas.

La chasseuse resta impassible à cette remarque, même si elle sentit le poids du regard des êtres qu’elle protégeait passer sur son dos, quelques instants. Lentement, la liche leva une main, et caressa doucement son menton squelettique … Avant d’éclater de rire. Un rire clair, cristallin, presque innocent. Puis, sans un mot de plus, elle se détourna, et s’en retourna sur la route, disparaissant en répétant le procédé qui avait présidé à son apparition : même en les suivant des yeux, et même en se concentrant un maximum sur sa silhouette, il était impossible de focaliser sa vision sur cette dernière. Clignant des yeux, Bill finit par se résigner à cesser d’observer la créature, et se massa légèrement l’arête du nez. Une pluie fine se remit rapidement à tomber sur les personnes présentes, comme si la présence du mort-vivant ne l’avait que la repousser temporairement. Le jeune homme dévisagea les membres de sa famille, constatant avec soulagement qu’à part une profonde entaille sur le bras de son oncle qui n’y accordait plus grande importance, personne ne souffrait de blessure trop grave. Puis, il observa la vampire, s’approchant légèrement. Mais avant qu’il ait pu faire un pas, elle s’écroula à genoux sur le sol, semblant épuisée. Presque aussitôt, Aslana se précipita à côté d’elle, passant un bras autour de ses épaules pour la soutenir et s’assurer qu’elle ne tomberait pas plus bas. Lentement, tremblante, elle l’aida à se relever, et à rentrer à l’intérieur de la carriole où elles s’étaient établi toutes les deux, en silence.


*    *
*


Aslana ? Je … Peux rentrer ?
Il y eut un petit instant de silence, avant que la réponse ne parvienne au jeune homme : Hum, oui oui.

Lentement, le fils du marchand écarta doucement le rideau de toile épaisse, et se hissa à bord de la Carriole. Sa sœur avait changé de robe pour en passer une propre, alors que la chasseuse, elle, était dans une sorte de grande chemise de nuit blanche qui donnait l’impression étrange, avec son teint, qu’il s’agissait d’une malade ayant tout juste quitté son lit. Du reste, elle était assise en tailleurs, à même le sol, sur lequel elle tapotait tranquillement de la pointe de ses griffes acérées. Levant ses yeux jaunes vers le jeune homme, elle le salua d’un léger hochement de tête, avant de laisser son regard se perdre de nouveau dans les nœuds du bois.

C’est … Vous vous êtes … Remises ?
J’ai vu pire.
Elle ne s’est arrêtée de trembler qu’il y a quelques minutes.
Je dois être la seule à peu près capable de dire contre quoi nous sommes tombés, en même temps …
Hum. La réponse est plutôt simple … Une liche.

Chose exceptionnelle, la demi-vampire ne portait pas le masque de tissus qui voilait habituellement sa bouche. Et chose encore plus exceptionnelle, elle eut un sourire aux paroles du jeune homme. Un sourire si rassurant que, malgré toute l’assurance avec laquelle il venait de dire sa phrase, il se sentit obligé de déglutir et de s’excuser à voix basse. La demoiselle avait une dentition relativement normale … Lorsqu’on connaissait sa condition. Etant à la fois une chasseuse de monstres, soit un être à l’âme corrompue et teintée par les créatures plus ou moins maléfiques qu’elle avait chassé et exterminé au cours de sa vie, et en même temps une vampire, la blonde ne pouvait pas vraiment se vanter d’avoir une mâchoire adaptée à un régime végétarien. Sur ses deux mâchoires, celle du haut comme celle du bas, les canines des deux côtés étaient … Doublées. Bien plus longues que des dents normales, et doublées. En clair, elle disposait non pas de 4, mais 8 crocs particulièrement développés … D’où l’utilité, en temps normal, de masquer sa bouche.

Oui … « Juste » une liche. As-tu une idée de ce que c’est précisément ?
… Je pensais que vous chassiez ce genre de créatures tous les jours.
La chasseuse eut un petit rire sec, avant de remettre une mèche de ses cheveux derrière son oreille droite en plissant les yeux. Sur une base quotidienne, je chasse « tous les jours » des goules, ou des spectres, comme ceux que vous avez vu … Mon pas de brume n’était qu’une diversion, tout à l’heure : je tenais simplement à les empêcher de vouloir se concentrer sur vous … Et aussi m’en débarrasser plus rapidement. En revanche, pour la liche … Seule, je n’aurais pas attendu une seconde pour mettre les voiles.
Tu n’as … Pas senti à quel point cette créature était puissante ?
J’aurais dû ?

Un silence relativement inconfortable s’installa sous la carriole. La pluie avait cessé depuis une heure ou deux, permettant à chacun de mieux apprécier les bruits provoqués par la structure de bois du véhicule à chaque fois qu’elle butait sur une pierre ou un nid de poule. Lentement, la demoiselle corrompue se releva doucement, et finit par s’approcher de ses vêtements, qui séchaient sur un des meubles déposé dans le véhicule. Se saisissant de sa veste, elle se rassit à terre, et tendit une main. Pendant quelques instants, les deux humains la dévisagèrent sans comprendre, avant qu’Aslana ne claque subitement ses mains ensemble, et ne réalise. Ouvrant un nécessaire de couture juste à côté d’elle, elle fouilla durant quelques instants, avant de tendre une aiguille et du fil à la traqueuse. Cette dernière observa les deux objets comme si elle aurait préféré ne jamais les recroiser, avant de se mettre à l’ouvrage avec un petit soupire. Lassé par cette absence de discussion, Bill finit par s’asseoir contre le rebord arrière de la Carriole, et posa ses coudes sur ses genoux.

Vous ne nous aviez pas dit que vous étiez une vampire…
Et vous ne m’aviez pas signalé que votre petite sœur était une sorcière.
… Comment savez-vous que …
Oh, après tout, je ne suis qu’une elfe et une chasseuse de monstres … Une tueuse, doublée d’une mercenaire, peut-être même une voleuse voir pire … Et une elfe. Vous pensez que mes oreilles ne servaient qu’à décorer ?
… Je suis désolé d’avoir dit ça.
Bof. Je suis loin d’en être à la première fois où j’entends ce genre de choses. Et à part cela … Je l’ai deviné à l’instant même où j’ai posé les yeux sur toi.
Donc … Elle est … Sorcière ? On peut la guérir ?
« Guérir » … Pour commencer, il faudrait qu’elle soit malade.
Comment ça ?
Voyons voir … Immortalité face au temps, capacités magiques de loin supérieures à tout ce que tu aurais jamais pu développer si tu en avais eu la chance de manière normale, et un certain nombre d’autres capacités que tes sœurs seraient capables de te détailler.
sœurs ? Les autres sorcières ?
Toutes les sorcières sont les filles de Mutis, d’une manière ou d’une autre … Bien qu’il soit extrêmement rare de croiser une « jeune » sorcière.
En fait … Nous avons … Enfin, nous nous rendions à Doroza pour voir un ami orc, shaman, qui … Aurait pu me dire ce que j’avais.
Hmm … Il y a eu un … évènement déclencheur ?
Non, rien … Enfin, rien de particulier. N’est-ce pas ?
Heum … Je … En fait … Il y avait cette vieille fiole, sur l’étagère, que papa n’avait jamais ouvert après qu’un client lui ait passé, il y a des années … Je pensais que c’était juste du vin …
Et c’est à ce moment-là que les choses sont devenues …Différentes ?
Oui … Ce n’était pas du vin, dans la fiole, mais du sang … Mais, je ne sais pas pourquoi, j’ai pas pu m’abstenir d’avaler tout le liquide …
… Du sang de sorcière. Tu as de la chance.
C’est un poison violent, pour d’autres ?
Non, mais boire du sang resté des années dans une fiole est tout, sauf un moyen sûr de rester en bonne santé. En revanche … Je suppose que la déesse t’as à la bonne. Tu avais peut-être une chance sur plusieurs milliers d’obtenir les dons qui t’on étés offerts.

Une nouvelle fois, le silence envahit le véhicule alors que la demi-vampire continuait sa reprise, achevant plus ou moins lentement de réparer sa manche. Lorsqu’elle s’estima enfin satisfaite de son travail, elle se redressa, et s’éclipsa quelques instants derrière une armoire, le temps de se changer, avant de redevenir visible. Voyant qu’elle se dirigeait vers la sortie, Bill fronça les sourcils, s’écartant légèrement sur le côté.

Vous … Repartez ?
La pluie a cessé, je me suis à peu près remise du l’idée que j’ai croisé une créature qui aurait littéralement pu réduire nos âmes en esclavage jusqu’à la fin de temps ou jusqu’à ce qu’un collègue ne nous délivre, laquelle nous a d’ailleurs épargné pour la seule raison qu’elle ne nous estimait pas assez importante pour prendre nos vies gratuitement, et en prime … Je ne suis pas vraiment du genre a apprécier foncièrement les petites familles tranquilles comme la vôtre.
… On se reverra, Valentine ?
Toi, Aslana, peut-être … Je suis moins sûre en ce qui concerne ton oncle, ton père et ton frère. Mais après tout, pourquoi pas … un jour. Si vous survivez jusque-là.
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