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L'histoire complète d'Adelaïde [3/5]
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MessageSujet: L'histoire complète d'Adelaïde [3/5]   L'histoire complète d'Adelaïde [3/5] EmptyLun 14 Mar 2016, 19:14

Explications :
 



Partie I

Je n’ai pas de corps. Ou plus spécifiquement, je n’ai pas d’apparence propre. Quand la première pulsation d’existence a traversé mon être, j’étais informe, une vie qui ne ressemblait à rien de connu, qui n’avait aucune couleur ni saveur. Je constituais à moi-seule une incohérence dans mon environnement, une tâche étrangère sur le tableau qu’est le monde. Et pourtant, ce monde, j’y avais une attache. Un lien aussi subtil et immatériel que moi, mais qui était bien présent, me maintenait dans ce spectacle de couleur qu’était la Nature, comme si j’en faisais moi aussi partie. Mais quelle était ma place ? Quel était mon rôle ? Ces questions rodant dans mon esprit, je décidais pour y répondre d’observer ce qui m’entourait. En comprenant le but de chaque existence, peut-être serais-je capable de comprendre quelle pièce manquait-il à ce puzzle, pièce que je devais incarner.
Tout autour de moi, des plantes. Des arbres. De la vie. Une utopie strictement formée, où chacun avait sa place. Mais il ne manquait rien. N’étais-je donc qu’un ajout, inutile ? Une tâche de trop ? A moins que ce monde ne soit qu’un rêve… Une hallucination, aussi irréelle que moi, formée par mon esprit tentant de s’évader du néant dans lequel il était enfermé.
Proche de moi, aussi proche que l’on peut-être d’un être n’existant que via une non-forme, se tenait une agréable vie. Une ligne verte, ornée d’une couronne blanche. Quelque part en moi résonna le mot « Fleur ». Elle avait une texture. Une odeur. Je voulais la toucher, la sentir, la comprendre. Mais pour cela, il fallait que quelque chose franchisse la distance entre mon Moi et cette Fleur, et le sang de la planète répondit à ma volonté. Je sentis comme une chatouille, et un appendice fragile, bleuté,  se mit à pousser doucement de mon Moi pour atteindre mon objectif. Cependant, ce membre n’était qu’une volonté brute, un simple appel qui n’avait aucune structure, aucune consistance. Bien vite, l’appendice tomba en poussière,  son énergie retournant à Gaïa. Pour toucher cette fleur, il me fallait une forme, quelque chose qui soit solide en ce monde. Si moi-même je n’avais pas cette propriété, je n’avais qu’à formuler le désir de posséder quelque chose qui l’avait. Alors je continuais à observer. Un Temps s’écoula, une durée que je ne pouvais compter, jusqu’à ce que je trouve ce que je cherchais. Une créature, mobile, et bien vivante. Elle était svelte, agile, poilue, prédatrice, au pelage blanc et noir… Quelque part en moi résonna le mot « Chat ». Mais qu’importe ce qu’elle était. Elle avait des appendices, qui eux, avaient forme. Leurs pas faisaient vibrer le sol, leur contact faisait plier l’herbe. Avec de telles appendices, je pourrais enfin atteindre ma si désirée Fleur.
Alors mon corps prit forme. Naissant de l’union entre ma volonté et le souffle de Gaïa, une patte poilue apparut. Elle était chaude. Elle était physique. Elle ressentait le Monde bien plus que mon Moi. Au bout, de petites pointes blanches, dont j’ignorais l’utilité. Enfin. Enfin ! J’allais pouvoir sentir le contact de cette Fleur ! Animant ce bras par ma volonté, je fis un brusque mouvement en sa direction.

Son corps se faucha en deux. Je l’avais coupée. 
 
 
Une nouvelle pulsation me réveilla. Un nouveau Temps s’était écoulé, mais l’associer à un nombre m’était toujours impossible. Le corps agonisant de cette fleur gisait toujours proche de moi, et aucune volonté, aucun rôle que j’avais pu observer ne semblait pouvoir la réparer. Quelque chose de mort restait mort, même une existence telle que moi en avait conscience.
 
Mais alors, ce « Chat » revint. Curieux de l’état de cette « Fleur », il se mit à user de ses appendices pour la toucher, pour « Jouer » avec, sans endommager le reste de son corps. J’observais. Les pointes blanches que j’avais utilisées avaient disparues. Ses « Griffes » s’étaient rétractées, il pouvait ainsi toucher les choses sans danger. Une ingénieuse création de Gaïa, permettant un contact sans destruction.
Je devais savoir en faire de même. Imitant les appendices de cet animal, que soudainement j’appelais « Pattes », ma volonté prit forme à nouveau. Néanmoins le chat prit peur de voir ainsi quelque chose apparaître du néant, et s’enfuit.
J’en profitais alors pour aller un peu plus loin. Plutôt que de n’imiter que ses pattes, j’évoquais le désir de prendre son corps en entier. Et le sang de Gaïa obéit : Soudainement, je me sentis soulevé dans les airs, une brume bleue m’entourant tout entier. De nouveaux sens m’apparurent, de nouvelles sensations… de nouveaux instincts. En moins d’une portion de Temps, aussi nommé seconde, j’avais transformé le sang de Gaïa qui m’entourait en un corps.
 
Mais pas seulement. Plus qu’un corps s’il s’agissait d’une existence, d’un rôle. M’incarnant en Chat, je prenais à la fois son apparence et ses désirs, ses forces et ses faiblesses, ses libertés et ses devoirs.
 
Me souvenant de comment il marchait, je me mis à marcher.
Me souvenant de comment il courait, je me mis à courir.
 
Vers où ? Je n’en avais aucune idée. Alors dans le doute je suivais ce chat, mon modèle original, observant et sentant mon environnement grâce aux nouvelles possibilités qu’offrait son existence. La lumière perçait la rétine de mes yeux. Des ondes faisaient vibrer mes tympans. De la vapeur odorante s’engouffrait dans mes narines.  Et ses pattes sentaient le sol sur lequel je courais.
Et cette incroyable, incommensurable, envie de jouer, de toucher à tout ce qui m’intriguait, de chasser, … avant d’aller dormir pour de longues heures. Etre un chat, c’était une expérience incomparable à celle de n’être rien. J’appréciais d’être un chat. Ne pouvais-je pas être un chat ?
 
Le suivre me mena à de nouveaux décors.  La forêt disparût, laissant place à un espace bien plus grand, ouvert.
Le bruit d’une rivière attira mon attention. Là, non loin, de l’eau en grande quantité s’écoulait. Et en parallèle avec cette eau se tenait… quelque chose. C’était bleu, c’était… artificiel. Quelque chose qui n’existait pas habituellement dans la nature, quelque chose… qui n’avait pas été créé par Gaïa.
Mais alors qui ?
 
On aurait dit un chemin. Un chemin « aménagé » avec une ressource que l’on ne trouvait pas naturellement sous cette forme.
 
De l’autre côté de cette chose, des horreurs aberrantes se trouvaient par dizaines. Comme ce « chemin artificiel », mais en bien pire : des ensembles de multiples matériaux naturels, arrangés dans un ensemble qui n’avait ni queue ni tête : Un morceau d’arbre, sous forme rectangulaire, pour bloquer l’entrée ? Du sable solidifié pour filtrer la lumière ? Des cimes sous forme de triangle ?
 
Mais quelle créature pouvait bien chercher un abri aussi inutilement complexe ?
Et surtout, qui oserait remodeler les possessions de Gaïa pour les construire ?
 
Mes interrogations se stoppèrent lorsque je vis de nouveau ce chat. Il me fixait, l’air inquiet, debout au milieu de ce chemin artificiel, avec un air de menace. Bien entendu. Je n’avais pas le droit d’être lui. Il avait sa place, son rôle, je n’en étais qu’une pâle imitation, qu’un voleur insipide. Mais le schéma de la nature était complexe, rigoureux. Où avais-je ma place, si ma force n’était que dans l’imitation de ce qui existait déjà ?
 
Un bruit monstre se fit entendre. Par réflexe, je m’accroupissais, dégainant mes griffes, prêt à les tester face à n’importe quelle créature qui en voudrait à mon existence.
Néanmoins ce danger n’était pas pour moi : L’autre chat, comme mon reflet dans un miroir, n’eût pas le temps  de sauver sa vie : une machine du diable, allant plus vite que les plus rapides animaux, encore plus artificielle que tout ce que j’avais pu voir jusque là, s’était déplacé avec sa vivacité terrifiante et vint percuter mon jumeau qui n’eût le temps de voir venir, trop occupé à s’inquiéter de moi.
Son corps fût démembré et projeté dans le courant de l’eau. Une seconde s’écoula, et il était déjà loin d’ici.
 
« Maou ! Maou ! »
 
Pour une raison que j’ignore, j’accourus proche de cette rivière, miaulant et me plaignant.
 
« Maou ! »
 

Il n’y avait pourtant pas de raison. La nature était faite ainsi. Quelque chose de mort restait mort.
Néanmoins cela avait éveillé une nouvelle sensation. Une sensation liée à cette existence que j’avais empruntée, et en moi résonna le mot « Sentiments ». La tristesse d’avoir perdu un pair, c’est ce que ce chat aurait ressentit s’il avait été à ma place.
Mais à présent il n’était plus. Son rôle s’était terminé. Si Gaïa en avait décidé ainsi, je n’avais aucune contestation à faire… prendre sa place n’avait aucun sens, elle avait disparue en même temps que lui.
Acceptant ce fait, je me détournais, prêt à retourner en direction des bois.
 
« Chanel ? »
 
Mon mouvement se stoppa. Ce nom m’était destiné.
Non… il était destiné au nom de ce chat. Mais quelle différence ?
 
« Chanel, reviens ici ! »
 
Suivant un instinct ancré dans cette existence, je me détournais vers cette voix. Une étrange créature, humanoïde, portant des voiles artificiels pour recouvrir son corps… quel pouvait bien être l’intérêt de recouvrir son corps ?
 
« Chanel ! Ta maîtresse t’attend, reviens ! »
 
C’était à peine si mon corps m’obéissait. N’écoutant que mes intuitions, je mis toutes mes forces  dans mes pattes pour rejoindre cette personne.
 
« C’est bien ! Allez, on rentre maintenant. »
 
Pour une raison que j’ignorais, j’étais heureux. Non… heureuse. Ce chat était une femelle. Cela faisait-il partie de cette existence ? Peut-être. Néanmoins, on me fit entrer dans cet abri artificiel, remplis de choses… qui l’étaient tout autant, et sans en connaître la raison je savais très bien quel route il me fallait prendre.
Prendre l’ « Escalier ». Monter à l’ « Étage », Première « porte » à droite. Toujours accompagnée de cette créature qui semblait vouloir rejoindre le même objectif que moi. J’entrais alors dans une salle moins éclairée que les autres, deux morceaux de bois solides ayant remplacé le sable chaud et transparent qui semblait habituellement permettre de laisser passer les rayons du soleil.
 
Et je me retrouvais alors face à un être que « Chanel » adorait plus que tout, tant la voir me faisait chaud au cœur. Une autre étrange bête humanoïde, dont la blancheur était à la limite de l’éblouissant. Bien plus petite que la première que j’avais rencontrée, sa crinière d’argent reflétait la lumière qui provenait d’une sphère au plafond, sa peau d’une pâleur  lunaire semblait ne jamais avoir connu d’impureté, ses yeux bleus comme le ciel me fixaient d’un regard innocent et amusé. Elle semblait si fragile, si cassante… un peu comme cette Fleur. Mais elle, je ne la briserais pas.
M’approchant, elle fit passer ses fins doigts dans mon pelage, une sensation douce et agréable, que je voulais voir s’éterniser. Ma respiration changea de ton, commençant à vrombir, à… « Ronronner ».
 
« Tu devrais faire attention à elle. Je l’ai encore retrouvée de l’autre côté de la route ! Tu imagines si une voiture la renversait ? »
 
« Ne t’en fais pas, maman, Chanel est intelligente, elle ne se ferait pas avoir comme ça ! » répondit ma « maîtresse ». Même le timbre de sa voix semblait doux et chaleureux.
 
Il y eût un léger soupir, suivit d’un : « …je dois aller au travail. Le médecin arrive dans une heure pour tes examens. »
 

« D’accord maman ! »
Ma maîtresse se leva, allant serrer dans ses pattes ce qui semblait être sa maîtresse à elle.
 
« Porte-toi bien, Adelaïde. »

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MessageSujet: Re: L'histoire complète d'Adelaïde [3/5]   L'histoire complète d'Adelaïde [3/5] EmptyLun 14 Mar 2016, 19:45


Partie II




12 Juillet 1902
Paris, bureau d’un spécialiste des créations alchimiques.
 
Une très jeune fille était assise sur une chaise en bois. Celle-ci semblait avoir presque trois ans, néanmoins cela ne faisait qu’une semaine qu’elle était sortie de son utérus artificiel. Face à elle, de l’autre côté d’une table usée, se tenant un homme approchant la soixantaine, tenant dans ses mains un dossier dont il observait chaque page avec attention. Les deux se trouvaient dans une salle de pierre, cubique, rappelant les cachots d’un château médiéval.
Pourtant ce n’était pas une prison, mais bel et bien ce qu’on pouvait appeler un cabinet médical, tenu par un mage qui n’appréciait pas l’ambiance moderne que l’on trouvait dans les cabinets habituels. Comme beaucoup de mages de nos jours, s’attachant par fierté à des traditions anciennes   aux origines souvent oubliées.
 
« Alors, docteur ? »
 
Une voix de femme, inquiète, jaillit d’un coin de la salle. Et s’y tenait effectivement une femme légèrement plus petite que la moyenne, aux longs cheveux argentés et aux yeux bleus, qui ne devait pas excéder les trente ans.
 
« C’est une création de qualité respectable que nous avons là. Néanmoins elle n’est pas vide de  quelques défauts de fabrication, mais peut-être ne sont-ils pas si graves. Il y en a toujours quand on parle d’Homonculus, la thaumaturgie ne permet pas recréer parfaitement le miracle de la vie. Que comptez-vous en faire ?»
 
« Nous allons l’élever comme notre fille. »
 
Le vieil homme releva soudainement la tête de son dossier, plissant les yeux en fixant son interlocutrice comme s’il venait d’entendre une hérésie.
 
« Comme… votre fille ? » demanda-t-il, dans l’espoir qu’il aurait mal compris quelque chose.
 
Elle hocha la tête :
 
« Une malédiction liée à ma famille empêche les femmes de procréer. Jusque là il y avait toujours eu un homme pour assurer la continuité mais… mon frère est mort le mois dernier des suites d’une expérience trop ambitieuse. Je suis la dernière de ma lignée encore en vie. Même si le lien n’est pas biologique, je lui transmettrais mon blason. Un lien magique suffira. »
 
 Le vieil homme passa sa main dans sa barbe grisâtre, l’air de réfléchir. Que des mages aient créé un Homonculus pour la traiter comme une humaine, c’était quelque chose d’aberrant pour lui. Néanmoins, si c’était leur choix…
 
« Faîtes comme bon vous semble. Néanmoins, il va falloir que je vous prévienne de quelque chose… »
 
Il posa ses yeux sur la gamine, qui jusque alors était restée incroyablement calme, silencieuse. Son regard perdu dans le vide ne semblait même pas remarquer que l’on parlait d’elle.
 
« Comme je vous l’ai indiqué dans ce dossier, la peau de cette fille est anormalement sensible aux rayons ultraviolets provenant des rayons du soleil. Ce n’est peut-être pas létal, néanmoins le contact direct avec la lumière du jour lui provoquera de sévères douleurs. »
 
Le docteur leva les yeux, pour observer la réaction de la… « Mère ». Celle-ci ne fit qu’hocher la tête, alors il reprit sa lecture :
 
«  Mais le trouble réellement problématique vient de son cerveau.  »
 
La mage haussa les sourcils, intriguée.
 
« De… son cerveau ? » demanda-t-elle, le ton de sa voix trahissant son inquiétude.
 
« Oui. Je me suis permis d’user d’astrologie et de numérologie pour sonder ses avenirs les plus probables. Il s’agit peut-être d’une malformation, néanmoins cela se ressentira dans son caractère… Quoiqu’elle fasse, elle ressentira toujours un vide en elle, aura des difficultés à trouver la force de vivre, respirer pourrait bien être un fardeau, et n’espérez pas la voir évoquer le moindre désir ou ambition. Madame, est-ce que vous voulez vraiment élever une coquille vide ? »
 
Devant la dureté de ses révélations, Roxane Valeria ne put rien faire d’autre que de rester la bouche entrouverte, choquée et quelque peu coupable. Son désir d’avoir un enfant, de la traiter comme une humaine… était-elle prête à aller aussi loin ? Sa détermination était mise à l’épreuve, mais néanmoins… :
 
« Si elle était née normalement… »
 
Elle se stoppa. Non, ce n’était pas ainsi que les choses devaient être dîtes.
 
« …C’est ma fille, et je l’accepterais telle qu’elle est. »
 
D’un pas ferme, elle s’approcha du spécialiste pour lui arracher le dossier des mains, et posa avec force une étrange montre à gousset, dorée, sur la table devant lui.
 
« Trois visites par an pour surveiller son état. Cet objet devrait suffire comme payement, non ? »
 
Le vieil homme, surpris, écarquilla les yeux devant un excès aussi vif de zèle. Puis, il les posa sur la montre, qu’il reconnut immédiatement : C’était un code mystique très ancien, l’une des rares pièces encore trouvables sur Terre de la collection d’un des premiers horloger au monde. Pour un humain il s’agissait déjà d’une relique qui serait vendue à des valeurs dépassant le sens commun, mais aux yeux un mage… ça n’avait tout simplement pas de prix. Comme l’amour d’une mère.
Affichant un léger sourire, il prit délicatement l’artefact millénaire entre ses doigts, et murmura, époustouflé :
 
« Elle est si bien conservée… Où l’avez-vous obtenue ? »
 
« Il s’agit d’un trésor familial. Votre réponse ? »
 
Le médecin n’eût pas à réfléchir longtemps, écrivant rapidement quelque chose sur un bout de papier avant de lui tendre :
 
« Trois visites par an aux dates qui vous arrangent. Voici le numéro de ma ligne privée, elle est toujours ouverte. Appelez-moi au moindre problème, madame Valeria. »
 
Prenant le papier, Roxane salua le vieil homme, et prit avec délicatesse sa fille dans ses bras avant de quitter la salle.
 
 
25 Mars 1906
 
Un silence de mort régnait dans la salle obscure. Seule une oreille attentive pouvait percevoir la délicate respiration d’une jeune fille de treize ans qui dormait tranquillement dans son lit. Son âge mature ayant été atteint à peine quelques mois après sa naissance, cela faisait plus de trois ans qu’elle conservait cette forme.
 
Comme le docteur Karl Wildfrid l’avait prédit, la vie de l’enfant n’était qu’ennui et solitude. Adelaïde Valeria souffrait d’une forme étrange de dépression qui rendait impossible tout amusement, donnait à chaque seconde une allure d’éternité, et transformait la moindre petite action en effort inhumain. C’est de celle maladie que l’Homonculus souffrait. Toutes les tentatives de sa mère pour lui donner goût à la vie avaient jusque là été infructueuses.
 
 
La jeune fille ouvrit les yeux quand quelqu’un poussa doucement la porte de sa chambre. Son sommeil avait toujours été très léger, d’autant plus qu’elle ne rêvait pas. Mais au moins, dormir faisait passer le temps plus rapidement. Sa tête se tourna lentement quand on alluma la lumière de sa chambre : Il s’agissait de Roxane, sa mère. Celle-ci transportait une sorte de petite cage, dans lequel s’agitait un petit être inquiet. La femme s’assit sur le lit de sa fille, et déverrouilla la porte. Le jeune animal s’en extirpa, puis commença à sentir ce nouvel environnement, avec toute sa curiosité.
 
Adelaïde l’observait paisiblement.  La mère observait la réaction de sa fille, demeurant stoïque. Roxane caressa les cheveux de son enfant, et s’approcha pour lui murmurer :
 
« Elle s’appelle Chanel.  C’est ton animal maintenant.»
 
La petite Adelaïde inclina la tête sur le côté. Qu’est ce qu’une chatte allait changer dans l’enfer qu’était sa vie ?...
 
 
13 Janvier 1907
 
 « …Je dois aller au travail. Le médecin arrive dans une heure pour tes examens. »
 
« D’accord maman ! »
 
Je me levais, m’élançant dans l’étreinte que m’offrait ma mère à chaque fois qu’elle me quittait. Elle me lança un sourire :
 
« Porte-toi bien, Adelaïde. » dit-elle, avant de  finalement partir de ma chambre, puis de la maison.
 
Je me retournais vers Chanel, en souriant. Elle me regardait, avec son regard toujours aussi énergique, joueur… elle ne changeait jamais ! L’heure qui suivit, elle resta avec moi, jusqu’à ce que j’entende quelqu’un toquer à la porte, à l’instant même où l’horloge du salon émit un gong : C’était le docteur Wildfrid ! Il avait le don d’arriver toujours pile à l’heure exacte.
Prenant Chanel dans mes bras, je descendis en flèche les marches de l’escalier pour aller lui ouvrir : Il n’avait pas changé, toujours le même vieil homme au regard amical.
 
« Bonjour, Adelaïde. »
 
Je m’apprêtais à lui répondre, mais de derrière lui émanait une vive lumière  qui vint heurter ma peau. Cela me fit comme un picotement la première seconde, qui s’amplifia de manière exponentielle, si bien que je reculais immédiatement dans une zone d’ombre, ce qui dissipa immédiatement la douleur.
 
« Oh...pardon. » s’excusa-t-il avant de rentrer et de fermer la porte.  « Je pensais que ta mère ouvrirait. »
 
« Ce n’est pas grave ! Elle a rejoint père pour son travail.»
 
Comme à notre habitude, nous nous dirigeâmes ensuite vers le salon, dont les sombres rideaux avaient été tirés pour que je ne sois pas dérangée en me baladant dedans. Nous installant chacun sur des fauteuils qui entouraient une table, nous commençâmes le cours.
 
Car oui, même si mère et moi le surnommions toujours docteur ou médecin, Mr. Wildfrid n’était pas que ça. C’était aussi un précepteur qui m’enseignait des tas de choses car mes parents n’avaient pas le temps de tout m’apprendre. S’ils m’avaient enseignés tout ce dont j’avais besoin pour vivre, Mr. Wildfrid était surtout un professeur de magie qui aidait mes parents. C’était plutôt inhabituel pour une famille de mage de faire appel à un enseignement extérieur, sauf si on inscrivait l’enfant à une école, mais je n’étais pas faite pour le style de thaumaturgie qu’ils utilisaient. Leur truc, c’était plutôt l’alchimie. Le mien était plutôt la magie de renforcement. Malgré ma carrure faussement fragile, je m’orientais vers une carrière de mage-combattante… et mes résultats étaient plutôt bons dans le domaine !
 
« Alors, comment vas-tu depuis la dernière fois ? 
 
- Bien ! 
 
- Pas de rechute ? Pas de baisse de moral ? 
 
J’affichais un grand sourire : -Les rares fois où ça arrive, Chanel est là pour m’aider à me relever. » Répondis-je en la regardant : celle-ci était en boule, sur mes genoux.
 
- Cette petite chose a eu un effet miraculeux sur toi dis-donc… Te souviens-tu comment tu étais avant qu’elle n’arrive ? 

-Oui… je m’en rappelle. Mais Chanel a comblé ce vide qui était en moi à force de jouer, de faire des bêtises… Père dit que son comportement insouciant m’a montré que la vie n’était un ensemble d’instants simples, dont il fallait profiter. En tout cas tant qu’elle est là, je me sens vivante. Dès qu’elle s’éloigne, ça m’attriste mais… elle revient toujours très vite. 
 
Il eût l’air heureux :

 -Tout va pour le mieux alors. »
 
J’hochais la tête.
 
Et puis, le cours commença. J’eus droit à une interrogation surprise qui englobait tout ce que je savais du monde de nos jours… Un sujet vaste, mais de la culture générale ne faisait pas de mal. Je pris donc une feuille et un stylo, avant de lire la première question :
 
Quelles sont les deux grandes facettes du monde ?


« Le monde normal, et le monde surnaturel. »
 
Laquelle des deux est la plus méconnue ?


« Le monde surnaturel. Seule une portion de la population connaît l’existence de la magie et des mystères englobant la vérité de notre existence. Pour le reste des humains,  les sorciers, magiciens, mutants, démons, et autres créatures mystiques ne sont que légendes. »
 
Pourquoi est-elle gardée secrète ?


 « L’Origine, la source de toute magie, n’est pas illimitée. Plus il y a de mages, plus la magie s’affaiblit, il est donc dans l’intérêt des magiciens de restreindre le nombre de personnes capables de s’en servir. »
 
Quels sont les grands acteurs de la face méconnue ? Que peut-on dire sur eux, leur rôle, leur lien ?


« Les plus connus sont l’Église et l’Association des mages. La première se concentre sur la traque des créatures surnaturelles dangereuses pour l’humanité –principalement les vampires-, et la récolte de reliques saintes. La seconde est divisée en plusieurs sous-factions, dont la fameuse Tour de l’horloge qui rassemble et étudie tout le savoir que l’on connait sur la thaumaturgie,  tout en s’occupant de la traque les mages renégats. Il y a toujours eu une grande rivalité entre les deux, et même de véritables guerres, mais à présent ils sont en pacte de non-agression. »
 
Qu’est ce que la thaumaturgie ?


« La thaumaturgie, appelée par abus de langage « magie », est l’art que pratiquent les mages. Cela consiste à utiliser des énergies telles que le mana ou le prana afin de créer des interférences dans la réalité. Cependant les possibilités de la thaumaturgie sont limitées par les lois physiques. »
 
Qu’est ce qu’un Homonculus ?


« Un Homonculus est un être humain artificiel créé par thaumaturgie. Ils sont rarement considérés comme des personnes à part entières, et les familles de mages les fabriquent généralement dans un but précis. La principale caractéristique des Homonculus est leur grande quantité de circuits magiques, une sorte de réseau sanguin parallèle permettant la circulation du mana et/ou du prana. Ils grandissent très vite jusqu’à atteindre la taille prévue par leur créateurs, et leur progression mentale est tout aussi rapide, il est très courant qu’un Homonculus ait une mentalité d’adulte dans un corps d’enfant, alors que sa naissance ne date que de quelques mois.  »
 
Que sont Gaïa et Alaya ?


« Gaïa est la volonté de la planète. Protectrice de la nature, elle interagit avec notre monde via des  Esprits de la Nature, des entités mystérieuses aux pouvoirs incroyables, grandissant avec le temps. Il y a très longtemps elle créa les humains, qui au fil des millénaires se sont séparés de la nature pour devenir comme ils sont aujourd’hui. Alaya, que l’on décrit comme  le Subconscient de l’Humanité, s’est alors progressivement séparé de Gaïa, et les deux devinrent des entités distinctes. Gaïa protège des menaces contre la planète, Alaya protège des menaces contre les humains, pouvant même intervenir dans leurs conflits via des Esprits héroïques, des héros d’histoire ou de légende invoqués dans des corps aux capacités inégalées. »
 
Quand je répondais à la dernière question, Chanel a levé la tête et s’est approchée de la table en reniflant, comme si elle était intriguée par ce que j’écrivais.  Je me demande ce qui pouvait l’avoir attirée ?
 
Néanmoins, je rendis ma copie à Mr. Wildfrid, qui m’indiqua qu’il la corrigerait pour la prochaine fois, c'est-à-dire dans une semaine. Quand il était juste docteur je ne le voyais que trois fois par an, mais depuis qu’il était aussi mon professeur il venait bien plus souvent. Il avait déménagé dans la ville voisine, donc le voyage n’était pas très embêtant pour lui.
 
Après l’interrogation, le cours reprit normalement et il partit à la fin de l’heure suivante. Pour ma part, je passais le reste de la journée à jouer avec ma petite Chanel !
 
 
4 Décembre 1912
 
« Tu devrais faire plus attention, Adelaïde. 
-Désolée… »
 
Ma mère et moi nous trouvions dans ma chambre, assises sur mon lit. Délicatement, elle appliquait un baume alchimique sur mon bras blessé. Il n’y avait même pas une demi-heure, j’avais trébuché dans les escaliers et m’étais rattrapée sur mon bras qui me faisait horriblement mal depuis.
Non… ça c’était la version officielle, que j’avais donnée à ma mère.
 
La vérité est plus étrange. J’avais effectivement manqué de chuter, mais… mon bras seul n’aurait pas suffit à me sauver. C’était Chanel qui l’avait fait. Comment ? Je l’ignore. Elle avait comme bondit puis… c’était comme si elle s’était agrandie pour amortir ma chute, je crois.
Je la fixais en souriant. Elle me regardait avec des yeux morts d’inquiétude.
Quand ma mère eût fini, elle m’embrassa le front avant de quitter la pièce, et Chanel vint me rejoindre en ronronnant.
Il me paraissait évident qu’elle n’était pas qu’un simple chat. Son comportement était similaire, mais sa fidélité était plus proche de ce qu’on pourrait trouver chez un familier. Tout en la caressant, je lui murmurais :
 
« Je me demande bien ce que tu es… »
 
Sa tête se tourna vers moi. Je crus voir une forme d’interrogation dans son regard, mais je lui renvoyais un sourire :
 
« Ne t’inquiète pas, je m’en fiche, tu restes ma Chanel ! »

Pour lui prouver, je la pris dans mes bras, et m’allongeais en le tenant contre mon ventre. Nous restâmes de longues minutes ainsi, avant que je ne l’approche de ma tête :
 
« Je vais te confier un secret. »
 
Ses yeux changèrent d’expression.
 
« Je sais que je ne pourrais jamais vivre normalement. Ma peau supporte de moins en moins la lumière, même celle des lampes. Mes muscles commencent à me faire mal pendant les entraînements, et comme tu as vu, parfois je ne contrôle plus bien mon corps… »
 
Je sentis quelques larmes couler sur mes joues. En un sens, ouvrir ainsi mon cœur m’aidait à prendre conscience de ce que je disais. Comme si toutes ces choses  étaient restées au fond de moi tout ce temps, et sortaient enfin.
 
« S’il m’arrive quelque chose, je veux que tu partes d’ici... A cause de moi, tu ne peux pas sortir, tu ne peux pas explorer ce monde dont on ne connait que des images. Mon souhait le plus cher serait que tu vives à ma place, que tu vives la vie que je n’ai pas vécue… »
 
« Maou ! »
 
Elle n’avait pas miaulé. Non, ce son était venu…d’ailleurs.
 
« Maou ! Maou ! »
 
Chanel, pourquoi ces miaulements si inquiets ?...
 
Une odeur de poussière et de souffre se fit sentir. Je perdis la sensation de mes jambes, un poids monumental m’écrasa la poitrine, de vives brûlures traversèrent mes bras comme mon visage, … et je me réveillais.
 
Aujourd’hui, le 21 Février 1916, proche de Verdun.
 
« Maou ! »
 
Ma maîtresse commença à bouger, enfin. Malgré tous les efforts que j’avais faits pour retirer les débris de la maison, ma force n’était pas suffisante. La moitié du corps de ma maîtresse restait ensevelis.
 
« Maou ! Maou ! »
 
Le petit village n’était plus que flammes et cendre. Les humains avaient déclaré une guerre pour une raison qui m’échappait, et les troupes ennemies à notre pays semblaient avoir pris notre région pour cible. Depuis plus d’une heure déjà, le grondement de l’artillerie, des hurlements d’armes à feu et des cris d’humains pleurants ou agonisants, avaient remplacé le calme habituel de notre paisible village.
 
Les petits yeux d’Adelaïde s’entrouvrirent. Enfin ! Avec l’aide de sa force, je pourrais la sortir de là.
 
« Maou ! » dis-je, pour essayer de lui faire comprendre mon idée. Pourquoi il avait fallu que ses parents soient absents ce jour spécifique ?
 
M’agrandissant à nouveau, je tentais encore de pousser les débris, mais sa faible voix murmura :
 
 
« Non… »
 
Je retournais alors vers elle, en gardant ma forme agrandie pour lui faire de l’ombre. Même si la lumière était amoindrie par les fumées noires qui nous surplombaient, elle y restait vulnérable.
 
« *Tousse* Ça ne sert à rien… »
 
J’étais désespérée. Mes pouvoirs n’étaient pas assez développés pour l’aider, et ma maîtresse  elle-même semblait avoir abandonné. Je sentis ses doigts fébriles se poser contre ma patte, plus large que la sienne à présent.
 
« Même si tu me sauvais… à quoi ça servirait ? J’irais vivre enfermée ailleurs… sans d’autre espoir… »
 
Sa seconde patte vint elle aussi se poser contre la mienne, paralysée par ce que j’entendais.
 
« Tu es libre à présent… tu as la chance de pouvoir vivre, voir le monde, faire ce qui t’y plaît, alors vas-y…  fais-le pour moi.»
 
Je voulais protester. Je voulais devenir plus forte, détruire ce mur tombé sur elle, et l’emmener avec moi. Mais le temps semblait s’être arrêté. Je n’entendis plus que deux choses.
 
« Porte-toi bien, Chanel… »
 
Et le bruit d’une explosion juste devant moi.
 
 L’onde me fit voler jusqu’à ce que je percute un mur, qui me sonna quelques instants. Ma nature me rendait néanmoins bien plus résistante, et je pu ouvrir les yeux… constatant qu’un obus venait d’anéantir les restes de notre maison. Et… elle aussi.
 
Ces derniers mots résonnèrent dans ma tête. Elle voulait que je vive à sa place, et sa volonté était la mienne. Un nuage bleuté apparut autour de moi l’espace d’une seconde, et je sentis un changement en moi.
La patte de ma maîtresse était dans mon champ de vision. Un bref espoir me traversa. Avait-elle survécu ?
 
« Maîtresse ?... »
 
Sa voix avait retentit à l’instant où j’avais désiré miauler. Quand je voulu bouger, la patte de ma maîtresse bougea selon mes pensées. Je forçais mes pattes arrière à me relever… et instinctivement, je me dressais sur elles, sans utiliser les pattes avant.  
Tourna la tête, j’aperçus ce que les humains appelaient un miroir, contre le mur d’une ruine proche. La vérité m’était déjà évidente, mais… le besoin de voir se faisait sentir.
 
Marcher sur des pattes humaines était difficile. Les premiers pas me firent tituber et tomber de nombreuses fois, mais au bout de quelques mètres je parvins à trouver un semblant d’équilibre… et à atteindre mon objectif. Le visage de ma maîtresse apparut sur le verre souillé du miroir. Elle était en tout point similaire à celle que j’avais connue. J’étais…devenue elle, comme j’avais pris l’identité de Chanel il y a quelques années de cela.
 
Mais un coup de feu se fit entendre, et une balle brisa le visage de la jeune fille. Me retournant, j’aperçus sept soldats de l’armée ennemie qui me pointaient vers leurs armes, parlant dans une langue inconnue. De l’allemand semblait-il.
 
De nouveaux bruits d’arme retentirent, mais ils provenaient d’une autre direction, et deux des soldats tombèrent. Jaillissant des ruines, trois hommes en tenues civils, mais portant des armes lourdes, ouvrirent le feu sur les soldats qui perdirent un autre de leur membre, avant de se mettre à couvert derrière des débris proches.
 
« Matias ! Charles ! Tenez-les à distance ! »
 
L’ordre avait été émis d’un des trois hommes, qui courut m’attraper et se cacher avec moi derrière l’un des murs de la maison détruite. Un roux aux cheveux courts, portant une jeune barbe orangée lui entourant le visage. Ses deux alliés, qui avaient commencés un échange de tirs avec les allemands, portaient les mêmes couleurs. Des frères ?
 
« Reste pas à découvert comme ça, gamine ! » Dit-il en rechargeant son arme, une sorte de fusil mitrailleur lourd. Quelque chose de bien plus sophistiqué que ce que l’on trouvait dans les armureries françaises. Ou de n’importe quel pays au monde.
 
Je m’en rendis compte en cet instant. En ses trois personnes coulait le même fluide que j’avais pu ressentir chez ma maîtresse et ses parents, celui du sang de Gaïa. Ils n’étaient pas des soldats, mais des mages… ayant de quoi tenir tête à des militaires.
 
« Dis-moi, comment tu t’appelles ? »
 
Je le fixais un instant. Dans son arme, le reflet de visage de ma maîtresse apparaissait, flouté, comme un lointain souvenir. Non, elle n’était plus seulement ma maîtresse à présent, elle était moi. Son dernier ordre avait été clair : je devais vivre à sa place.  Alors à présent, mon nom serait…

« ... Adelaïde. »

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MessageSujet: Re: L'histoire complète d'Adelaïde [3/5]   L'histoire complète d'Adelaïde [3/5] EmptyLun 14 Mar 2016, 19:49


Partie III




Adelaïde fût par la suite adoptée par son « sauveur », qui était en vérité le leader d’une famille de technomages : les Crinardent.  D’abord en tant qu’orpheline rescapée de la bataille de Verdun, elle révéla néanmoins sa véritable nature à ceux qu’elle considéra comme ses nouveaux maîtres, désirant ne pas leur cacher qui elle était réellement.  Bien que la notion d’identité propre demeurait floue dans son esprit.
 
Les Crinardent formaient une famille atypique. Si la plupart des mages évitaient la technologie en général, eux avaient connus leur gloire en s’inspirant des travaux de Nikola Tesla pour les appliquer dans le domaine de la thaumaturgie. Résultat, leurs inventions étaient craintes ou prisées tant par les mages que les armées officielles, et leurs ingénieurs  devinrent en l’espace de quelques années les leaders en matière de technomagie, principalement à application militaire. Durant la première guerre mondiale leur armement avait déjà plus d’un siècle d’avance sur leur époque, et, particulièrement nationalistes, ils n’hésitaient pas à le tester contre les troupes allemandes.
 
L’arrivée d’Adelaïde en leur sein fût accueillie de manière mitigée. Certains voyaient en elle une simple enfant, d’autres un espoir de renflouer la gloire de la famille, tandis qu’une partie d’entre eux la craignaient ou la jalousaient. Il faut dire qu’elle devint très vite une soldate d’exception : Utilisant le style de combat à mains nues que possédait son ancienne maîtresse, elle le complétait avec ses facultés de transformation et d’adaptation formidables, devenant une combattante prodigieuse du point de vue des humains grâce aux aptitudes surnaturelles de sa nature. Maintenant capable d’avoir une vision plus concrète du monde, influencée par l’époque et l’affinité de sa famille, elle déduisit que les hommes cherchaient sans cesse à obtenir de plus puissantes armes possibles.  C’est donc le rôle qu’elle décida de jouer. Devenir l’arme secrète des Crinardent, bien qu’à leur foyer elle agissait également comme une servante, s’occupant de l’entretien de leur quartier général, parfois de la surveillance des jeunes membres. Plus d’une fois elle se proposa comme sujet de tests pour certaines armes et technologies, ses facultés particulières lui permettant d’ignorer toute douleur et de régénérer très rapidement la plupart des dégâts.  
 
Cela dura plusieurs décennies, durant lesquelles les jeunes Crinardent grandirent, les vieux Crinardent périrent. Adelaïde conserva son statut d’arme et servante avec eux par simple désir : Certains l’auraient vu arriver à la tête de la famille, d’autres se demandaient ce qu’une création de la nature avait à voir avec des technomages. Mais les plus sages comprenaient qu’il aurait été du gâchis de la laisser servir une autre famille que la leur, et qu’au final avoir une carte maîtresse aux capacités complètement différentes des leurs pouvait être un réel avantage stratégique.  
 
Le réel tournant de l’histoire débuta lors de la seconde guerre mondiale. Et comme tout évènement majeur de la planète, le surnaturel y était secrètement impliqué. Les Crinardent, toujours aussi proches de leur nation, se dressèrent en première ligne pour arrêter les troupes d’Hitler durant la Blitzkrieg. Néanmoins, au sein du troisième Reich s’était formée une division secrète spécialisée dans les affaires de la société magique, la division Rosenhart, portant le nom de leur charismatique et cruelle capitaine. Enchaînant les rafles de matériaux&personnes pour le bien de leurs expériences douteuses même pour la pragmatique association des mages,  une des cibles arrivant bien rapidement dans leur ligne de mire fût cette fameuse famille d’ingénieurs. Ils mettaient bien trop de bâtons dans les roues de l’avancée de l’armée nazie, et Rosenhart convoitait leurs savoirs technomagiques si évolués.
 
Au bout de quelques mois la division parvint à trouver le manoir et atelier principal des Crinardent,  pourtant bien caché derrière de solides barrières, et ne tardèrent pas à envoyer leur meilleur escouade, menée par la capitaine Rosenhart en personne. Encerclés, et pris par surprise un beau matin, les technomages résistèrent du mieux qu’ils pouvaient au siège sans merci des soldats allemands.  Néanmoins ils n’étaient pas préparés à faire face à un assaut de cette envergure,  et l’étreinte de Rosenhart se resserra lentement mais sûrement sur eux. L’évacuation du manoir via des réseaux souterrains était nécessaire, mais l’ordre fût donné trop tard, l’entrée des ennemis était imminente.  Il fallait que quelqu’un reste pour les ralentir.
 
Quelle ne fût alors pas leur surprise lorsque, après avoir fait exploser la porte, la seule personne qui leur fît face était une jeune fille désarmée se tenant immobile au milieu du hall principal… 

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